[Note 140: L'habitude de supposer à la conduite d'hommes de sens et de

cœur des motifs intelligibles aux insensés et probables à ceux qui

ont l'âme basse, prévaut, chez tous les historiens vulgaires, en

partie par la satisfaction, en partie par l'orgueil qu'ils en

ressentent; et il est horrible de contempler la quantité de faux

témoignages contre leurs voisins que portent des écrivains médiocres,

simplement pour arrondir leurs jugements superficiels et leur donner

plus de force. «Jérôme admet, en effet, _avec une humilité

spécieuse mais sujette à caution_, l'infériorité du moine non

ordonné au prêtre ordonné», dit Dean Milman, dans son chapitre XI,

faisant suivre son doute gratuit sur l'humilité de Jérôme d'une

affirmation non moins gratuite de l'ambition de ses adversaires. «Le

clergé, cela est hors de doute, eut la sagesse de deviner le rival

_dangereux_, quant à l'influence et l'autorité, qui apparaissait dans

la société chrétienne.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 141: Le meilleur endroit pour lire ce chapitre est l'église San

Giorgio dei Schiavoni à Venise. On prend une gondole et dans un calme

canal, un peu avant d'arriver à l'infini frémissant et miroitant de la

lagune on aborde à cet «Autel des Esclaves» où on peut voir (quand

le soleil les éclaire) les peintures que Carpaccio a consacrées à

saint Jérôme. Il faut avoir avec soi _Saint Mark's Rest_ et lire tout

entier le chapitre dont je donne ici un important extrait, non que ce

soit un des meilleurs de Ruskin, mais parce qu'il a été visiblement

écrit sous l'empire des mêmes préoccupations que le chapitre III de

la Bible d'Amiens,--et pour donner au «Dompteur du lion» une

illustration où l'on voie «le lion». C'est de septembre 1876 à mai

1877, c'est-à-dire deux ou trois ans avant de commencer la _Bible

d'Amiens_ que Ruskin était allé étudier Carpaccio à Venise. Voici le

passage de _Saint-Mark's Rest_:

«Mais le tableau suivant! Comment a-t-on jamais pu permettre que

pareille chose fût placée dans une église! Assurément rien ne

pourrait être plus parfait comme art comique; saint Jérôme, en

vérité, introduisant son lion novice dans la vie monastique, et

l'effet produit sur l'esprit monastique vulgaire.

«Ne vous imaginez pas un instant que Carpaccio ne voie pas le comique

de tout ceci, aussi bien que vous, peut-être même un peu mieux.

«Demandez après lui demain, croyez-moi, et vous le trouverez un homme

grave.»

«Mais aujourd'hui Mercutio lui-même n'est pas plus fantasque ni

Shakespeare lui-même plus gai dans sa fantaisie du «doux animal et

d'une bonne conscience» que n'est ici le peintre quand il dessine son

lion souriant délicatement avec sa tête penchée de côté comme un

saint du Pérugin, et sa patte gauche levée, en partie pour montrer la

blessure faite par l'épine, en partie en signe de prière:

Car si je devais, comme lion venir en lutte

En ce lieu, ce serait pitié pour ma vie.

«Les moines s'enfuyant sont tout d'abord à peine intelligibles et ne

semblent que des masses obliques blanches et bleues; et il y a eu grande

discussion entre M. Muray et moi pendant qu'il dessinait le tableau pour

le Musée de Sheffield, pour savoir si l'action de fuir était, en

réalité, bien rendue ou non: lui, maintenant que les moines couraient

réellement comme des archers olympiques...; moi, au contraire, estimant

que Carpaccio a échoué, n'ayant pas le don de représenter le

mouvement rapide. Nous avons probablement raison tous deux, je ne doute

pas que l'action de courir, du moment que M. Murray le dit, soit bien

dessinée; mais à cette époque les peintres vénitiens n'avaient

appris à représenter qu'un mouvement lent et digne, et ce n'est que

cinquante ans plus tard, sous l'influence classique, que vint la

puissance impétueuse de Véronèse et du Tintoret.

«Mais il y a beaucoup de questions bien plus profondes à se poser

relativement à ce sujet de saint Jérôme que celle de l'habileté

artistique. Le tableau, en effet, est une raillerie; mais n'est-ce

qu'une raillerie? La tradition elle-même est-elle une raillerie? ou

est-ce seulement par notre faute, et peut-être par celle de Carpaccio,

que nous la faisons telle?

«En tous cas, veuillez, en premier lieu, vous souvenir que Carpaccio,

comme je vous l'ai souvent dit, n'est pas responsable lui-même en cette

circonstance. Il commence par se préoccuper de son sujet, comptant,

sans aucun doute, l'exécuter très sérieusement. Mais son esprit n'est

pas plus tôt fixé dessus que la vision s'en présente à lui comme une

plaisanterie et il est forcé de le peindre ainsi. Forcé par les

destins... C'est à Atropos et non à Carpaccio que nous devons demander

pourquoi ce tableau nous fait rire; et pourquoi la tradition qu'il

rappelle nous paraît purement chimérique et n'est plus qu'un objet de

risée. Maintenant que ma vie touche à son déclin il n'est pas un jour

qui ne passe sans avoir augmenté mes doutes sur le bien fondé des

mépris où nous nous complaisons et mon désir anxieux de découvrir ce

qu'il y avait à la racine des récits des hommes de bien, qui sont

maintenant la fortune du moqueur.

«Et j'ai besoin de lire une bonne _Vie de saint Jérôme._ Et si je

vais chez M. Ongania je trouverai, je suppose, l'autobiographie de

George Sand, et la vie de M. Sterling peut-être; et de M. Werner,

écrit par mon propre maître et qu'en effet j'ai lu, mais j'oublie

maintenant qui furent soit M. Sterling ou M. Werner; et aussi peut-être

j'y trouverai dans la littérature religieuse la vie de M. Wilberforce

et de Mrs Fry; mais non le plus petit renseignement sur saint Jérôme.

Auquel néanmoins, toute la charité de George Sand, et toute

l'ingénuité de M. Sterling, et toute la bienfaisance de M.

Wilberforce, et une grande quantité, sans que nous le sachions, du

bonheur quotidien et de la paix de nos propres petites vies de chaque

jour, sont véritablement redevables, comme à une charmante vieille

paire de lunettes spirituelles sans lesquelles nous n'eussions jamais lu

un mot de la _Bible protestante._ Il est, toutefois, inutile de

commencer une vie de saint Jérôme à présent, et de peu d'utilité

pourtant de regarder ces tableaux sans avoir une vie de saint Jérôme,

mais il faut seulement que vous sachiez clairement ceci sur lui, qui

n'est pas le moins du monde douteux ni mythique, mais entièrement vrai,

et qui est le commencement de faits d'une importance sans limites pour

toute l'Europe moderne--à savoir, qu'il était né de bonne ou du moins

de riche famille, en Dalmatie, c'est-à-dire à mi-chemin entre l'Orient

et l'Occident; qu'il rendit le grand livre de l'Orient, la Bible,

lisible pour l'Occident, qu'il fut le premier grand maître de la

noblesse du savoir et de l'ascétisme affable et cultivé, comme

opposés à l'ascétisme barbare; le fondateur, à proprement dire, de

la cellule bien arrangée et du jardin soigné, là où avant il n'y

avait que le désert et le bois inculte,--et qu'il mourut dans le

monastère qu'il avait fondé à Bethléem.

«C'est cette union d'une vie douce et raffinée avec une noble

continence, cet amour et cette imagination illuminant la caverne de la

montagne et en faisant un cloître couvert de fresques, amenant ses

bêtes sauvages à devenir des amis domestiques, que Carpaccio a reçu

ordre de peindre pour nous, et avec un incessant raffinement

d'imagination exquise il remplit ces trois canevas d'incidents qui

signifiaient, à ce que je crois, l'histoire de toute la vie monastique,

et la mort, et la vie spirituelle pour toujours: le pouvoir de ce grand

et sage et bienfaisant esprit régnant à jamais sur toute culture

domestique; et le secours que la société des âmes des créatures

inférieures apporte avec elle à la plus haute intelligence et à la

vertu de l'homme. Et si au dernier tableau,--saint Jérôme en train de

travailler, pendant que son chien blanc» [dans _Præterita_ (III, II)

Ruskin dit que son chien Wisie était exactement pareil au chien de

saint Jérôme dans Carpaccio] «observe d'un air satisfait son

visage,--vous voulez comparer, dans votre souvenir, un morceau de chasse

par Rubens ou Snyders, où les chiens éventrés roulent sur le sol dans

leur sang, vous commencerez peut-être à sentir qu'il y a quelque chose

de plus sérieux dans ce kaléidoscope de la chapelle de Saint-Georges

que vous ne l'aviez cru d'abord. Et, si vous vous soudez de continuer à

le suivre avec moi, pensons à ce sujet risible un peu plus

tranquillement.

«180. Quel témoignage nous est apporté ici, volontairement ou

involontairement, au sujet de la vie monastique, par un homme de la

perception la plus subtile, vivant au milieu d'elle? Que tous les moines

qui ont aperçu le lion sont terrifiés à en perdre l'esprit. Quelle

preuve curieuse de la timidité du monachisme! Voici des hommes qui font

profession de préférer à la Terre le Ciel--se préparant à passer de

l'une à l'autre--comme à la récompense de tout leur sacrifice

présent! Et voilà la façon dont ils reçoivent la première chance

qui leur est offerte d'accomplir ce changement d'état.

«Évidemment l'impression de Carpaccio sur les moines doit être qu'ils

étaient plus braves ou meilleurs que les autres hommes, mais qu'ils

aimaient les livres, et les jardins, et la paix, et avaient peur de la

mort, par conséquent reculaient devant les formes du danger qui

étaient l'affaire des guerriers de la chevalerie, d'une façon quelque

peu égoïste et mesquine.

«Il les regarde clairement dans leur rôle de chevaliers. Ce qu'il

pourra nous dire ensuite de bien sur eux ne sera pas d'un témoin

prévenu en leur faveur. Il nous en dit cependant quelque bien, même

ici. L'arrangement, agréable dans la sauvagerie, des arbres; les

bâtiments pour les besoins religieux et agricoles disposés comme dans

une exploitation américaine de défrichement, çà et là, comme si le

terrain avait été préparé pour eux; la grâce parfaite d'un art

joyeux, pur, illuminant, remplissant chaque petit coin de corniche de la

chapelle, d'un portrait de saint (*), enfin, et par-dessus tout, la

parfaite bonté, la tendresse pour tous les animaux. N'êtes-vous pas,

quand vous contemplez cet heureux spectacle, mieux en état de

comprendre quelle sorte d'hommes furent ceux qui mirent à l'abri du

tumulte des guerres les doux coins de prairies qu'arrosent vos propres

rivières descendues des montagnes, à Bolton et Fountains, Furnest et

Tintern? Mais, du saint lui-même, Carpaccio n'a que du bien à vous

dire. Les moines vulgaires étaient, du moins, des créatures

inoffensives, mais lui est une créature forte et bienfaisante. «Calme,

devant le lion!» dit le Guide avec sa perspicacité habituelle, comme

si, seul, le saint avait le courage d'affronter la bête furieuse,--un

Daniel dans la fosse aux lions! Ils pourraient aussi bien dire de la

beauté vénitienne de Carpaccio qu'elle est calme devant le petit

chien. Le saint fait entrer son nouveau favori comme il amènerait un

agneau, et il exhorte vainement ses frères à ne pas être ridicules.

«L'herbe sur laquelle ils ont laissé tomber leurs livres est ornée de

fleurs; il n'y a aucun signe de trouble ni d'ascétisme sur le visage du

vieillard, il est évidemment tout à fait heureux, sa vie étant

complète et la scène entière est le spectacle de la simplicité et de

la sécurité idéales de la sagesse céleste:

«Ses chemins sont des chemins charmants et tous ses sentiers sont la

paix.»--(Note du Traducteur.)

Le verset biblique qui termine cette citation est tiré des Proverbes

(III, 17).

(*) Voyez la partie du monastère qu'on aperçoit au loin, dans le

tableau du lion, avec ses fragments de fresque sur le mur, sa porte

couverte de lierre et sa corniche enluminée.]

[Note 142: Milman, _Histoire du Christianisme_, vol. III, p. 162.

Remarquez la phrase en italique, car elle relate la vraie origine de la

papauté.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 143: Saint Mathieu, X, 37. Cf. _Fors Clavigera_: «Il vient une

heure pour tous ses vrais disciples où cette parole du Christ doit

entrer dans leur cœur: «Celui qui aime son père et sa mère plus que

moi n'est pas digne de moi.» Quitter la maison où est votre paix,

être en rivalité avec ceux qui vous sont chers: c'est cela--si les

paroles du Christ ont un sens--c'est bien cela qui sera demandé à ses

vrais disciples.»--(Note du Traducteur.)]

[Note 144: Cf. _Sesame and Lilies, of Kings Treasuries_, 17: «Quel

effet singulier et salutaire cela aurait sur nous qui sommes habitués

à prendre l'acception usuelle d'un mot pour le sens véritable de ce

mot, si nous gardions la forme grecque _biblos_ ou _biblion_ comme

l'expression juste pour «livre», au lieu de l'employer seulement dans

le cas particulier où nous désirons donner de la dignité à l'idée

et si nous le traduisions en anglais partout ailleurs. Par exemple, nous

traduirions ainsi _les Actes des Apôtres_ (XIX, 19): «Beaucoup de ceux

qui exerçaient des arts magiques réunirent leurs Bibles et les

brûlèrent devant tous les hommes, et en comptèrent le prix et le

trouvèrent de cinquante mille pièces d'argent.» Et si au contraire

nous traduisions là où nous la conservons, et parlons toujours du

Saint Livre au lieu de la Sainte Bible, etc.»--(Note du Traducteur.)]

[Note 145: Cette sorte d'ignorance de ce qui est au fond de leur âme

est à la base de l'idée que Ruskin se fait de tous les prophètes,

c'est-à-dire de tous les hommes vraiment géniaux. Parlant de lui-même

il dit: «Ainsi, d'année en année, j'ai été amené à parler, ne

sachant pas, lorsque je dépliais le rouleau où était contenu mon

message, ce qui se trouverait plus bas, pas plus qu'un brin d'herbe ne

sait quelle sera la forme de son fruit (_Fors_, IV, lettre LXXVIII, p.

121) et parlant des derniers jours de la vie de Moïse: «Quand il vit

se dérouler devant lui l'histoire entière de ces quarante dernières

années et quand le mystère de son propre ministère lui fut enfin

révélé» (_Modern Painters_, IV, V, XX, 46, cité par M. Brunhes).

Mais cet avenir que les hommes ne voient pas, est déjà contenu dans

leur cœur. Et Ruskin me semble ne jamais l'avoir exprimé d'une façon

plus mystérieuse et plus belle que dans cette phrase sur Giotto enfant,

quand pour la première fois il vit Florence: «Il vit à ses pieds les

innombrables tours de la cité des lys; mais la plus belle de toutes (le

Campanile) était encore cachée dans les profondeurs de son propre

cœur» (_Giotto and his work in Padua_, p. 321 de l'édition

américaine: _The Poetry of Architecture; Giotto and his work in

Padua_).--(Note du Traducteur.)]

[Note 146: Saint Luc, XVI, 31.--(Note du Traducteur.)]

[Note 147: Gibbon, chap. XV (II, 277).]

[Note 148: Ibid., II, 283.--Son expression «les plus instruits et les

plus riches» doit être retenue comme confirmation de ce fait qui

apparaît éternellement dans le christianisme que des cerveaux modestes

dans leurs conceptions, et des vies peu soucieuses du gain sont les plus

aptes à recevoir ce qu'il y a d'éternel dans les principes

chrétiens.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 149: Saint Paul, Éphésiens, II, 2, et V,

6 ;--Colossiens, III, 6.--(Note du Traducteur.)]

[Note 150: Saint Matthieu, XVI, 24;--Saint Marc, VIII, 34, et X, 21.

Voir dans le post-scriptum de mon Introduction une phrase des _Lectures

on Art_ où cette parole de saint Matthieu est magnifiquement

commentée.--(Note du Traducteur.)]

[Note 151: Un des plus curieux aspects de la pensée évangélique

moderne est l'aimable connexité qu'elle établit entre la vérité de

l'Évangile et l'extension du commerce lucratif! Voyez plus loin la note

pages 231, 238, 239.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 152: «Prenez aussi le casque du salut et l'épée de l'Esprit qui

est la parole de Dieu (saint Paul, Éphésiens, VI, 17). Saint Paul

développe l'image dans l'Épître aux Hébreux (IV, 12).--(Note du

Traducteur.)]

[Note 153: Voir les passages de _Præterita_ (III, 34, 39) cités par M.

Bardoux, où Ruskin discute sur la Bible avec un protestant «qui ne se

fiait qu'à soi pour interpréter tous les sentiments possibles des

hommes et des anges» et où à Turin il entre dans un temple où l'on

prêche à quinze vieilles femmes «qui sont, à Turin, les seuls

enfants de Dieu».--(Note du Traducteur.)]

[Note 154: Ruskin avait dit autrefois (1856) dans un sentiment

d'ailleurs différent: «Cet art du dessin qui est de plus d'importance

pour la race humaine que l'art d'écrire, car les gens peuvent

difficilement dessiner quelque chose sans être de quelque utilité aux

autres et à eux-mêmes et peuvent difficilement écrire quelque chose

sans perdre leur temps et celui des autres.» (_Modern Painters_, IV,

XVII, 31, cité par M. de la Sizeranne).--(Note du Traducteur).]

[Note 155: _Commentaires sur les Galates_, chap. III.--(Note de

l'Auteur.)]

[Note 156: Allusion essentiellement ruskinienne à l'étymologie du mot:

Sophie; ici c'est à peine un calembour, mais le lecteur a pu voir au

dernier chapitre à propos de la signification délicatement «Saline»

du mot Salien et dans les jeux de mots avec «Salés» et «Saillants»

jusqu'où pouvait aller la manie étymologique de Ruskin. Pour nous en

tenir au passage ci-dessus (Sophie-Sagesse), il trouve son explication

(et avec lui tous les jeux de mots de Ruskin, même les plus fatigants),

dans les lignes suivantes de _Sesame and lilies, Of kings treasuries_,

15: Il (l'homme instruit) est savant dans la descendance des mots,

distingue d'un coup d'œil les mots de bonne naissance des mots

canailles modernes, se souvient de leur généalogie, de leurs

alliances, de leurs parentés, de l'extension à laquelle ils ont été

admis et des fonctions qu'ils ont tenues parmi la noblesse nationale des

mots, en tous temps et en tous pays», etc. Je n'ai pas le temps de

montrer qu'il y a là encore une forme d'idolâtrie et de celles à la

tentation de qui un homme de goût a le plus de peine à ne pas

succomber.--(Note du Traducteur.)]

[Note 157: «Tous les dimanches, si ce n'est plus souvent, le plus grand

nombre des personnes bien pensantes en Angleterre reçoit avec

reconnaissance, de ses maîtres, une bénédiction ainsi formulée: «La

grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, l'amour de Dieu et la communion

du Saint-Esprit soient avec vous.» Maintenant je ne sais pas quel sens

est attribué dans l'esprit public anglais à ces expressions. Mais ce

que j'ai a vous dire positivement est que les trois choses existent

d'une façon réelle et actuelle, peuvent être connues de vous, si vous

avez envie de les connaître, et possédées si vous avez envie de les

posséder.»

Suit le commentaire de ces trois mots (_Lectures on Art_, IV, §

125).--(Note du Traducteur.)]

[Note 158: Voyez le dernier paragraphe de la page 43 de l'_Autel des

Esclaves._ Chose curieuse, au moment où je revois cette page pour

l'impression, on m'envoie une découpure du journal le Chrétien où il

y a un commentaire de l'éditeur évangélique orthodoxe qui pourra,

dans l'avenir, servir à définir l'hérésie propre de sa secte; il

oppose actuellement, dans son audace extrême, le pouvoir du

Saint-Esprit à l'œuvre du Christ (je voudrais seulement avoir été à

Matlock et avoir entendu l'aimable sermon du médecin).

«On a pu assister, samedi dernier, dans le Derbyshire, à un spectacle

intéressant et quelque peu inaccoutumé: Deux Amis vêtus à l'ancienne

mode--dans le costume original des Quakers,--prêchant au bord de la

route un vaste et attentif auditoire, à Matlock. L'un d'eux qui a,

comme médecin, une bonne clientèle dans le comté, et se nomme le Dr

Charles-A. Fox, fit un énergique appel à ses auditeurs, les pressant

de veiller à ce que chacun vécût docilement à la lumière du

Saint-Esprit qui est en lui. «Le Christ, au dedans de nous, était

l'espoir de la gloire, et c'était parce qu'il était suivi dans le

ministère du Saint-Esprit que nous étions sauvés par Lui qui devenait

ainsi le commencement et la fin de la loi. Il recommanda à ses

auditeurs de ne pas bâtir leur maison sur le sable en croyant au libre

et facile évangile qu'on prêche habituellement sur les routes, comme

si nous devions être sauvés en «croyant ceci ou cela». Rien,

excepté l'action du Saint-Esprit dans l'âme de chacun, ne pourrait

nous sauver, et prêcher quoi que ce soit hormis cela était simplement

abuser les simples et les crédules de la manière la plus terrible.

«_Il serait déloyal de critiquer un discours d'après un si court

extrait, mais nous devons exprimer notre conviction à savoir que c'est

l'obéissance du Christ jusqu'à la mort, la mort sur la croix, bien

plutôt que l'action du Saint-Esprit en nous, qui constitue la bonne

nouvelle pour les pécheurs._--Ed.»

En regard de ce morceau éditorial de la presse théologique moderne en

Angleterre, je placerai simplement le 4°, 6° et 13° versets des

Romains (en mettant en italique les expressions qui sont d'une plus

haute importance et qui sont toujours négligées): «afin que _la

justice de la_ LOI _soit accomplie en nous_, qui marchons non selon la

chair mais selon l'esprit... Car avoir l'esprit _tourné_ aux choses de

la chair, c'est la mort, mais aux choses de l'esprit, c'est la vie, et

la paix... Car, si vous vivez pour la chair, vous mourrez; mais, si

_c'est par l'esprit_ que vous mortifiez les actes du corps, vous

vivrez.»

Il serait bon pour la chrétienté que le service baptismal appliquât

ce qu'il fait profession d'abjurer.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 159: Cf. «Vous êtes peut-être surpris d'entendre parler

d'Horace comme d'une personne pieuse. Les hommes sages savent qu'il est

sage, les hommes sincères qu'il est sincère. Mais les hommes pieux,

par défaut d'attention, ne savent pas toujours qu'il est pieux. Un

grand obstacle à ce que vous le compreniez est qu'on vous a fait

construire des vers latins toujours avec l'introduction forcée du mot

«Jupiter» quand vous étiez en peine d'un dactyle. Et il vous semble

toujours qu'Horace ne s'en servait que quand il lui manquait un dactyle.

Remarquez l'assurance qu'il nous donne de sa piété: _Dis pieta mea, et

musa, cordi est_, etc. » (_Val d'Arno_, chap. IX, § 218, 219, 220, 221

et suiv.). Voyez aussi: «Horace est exactement aussi sincère dans sa

foi religieuse que Wordsworth, mais tout pouvoir de comprendre les

honnêtes poètes classiques a été enlevé à la plupart de nos

gentlemens par l'exercice mécanique de la versification au collège.

Dans tout le cours de leur vie, ils ne peuvent se délivrer

complètement de cette idée que tous les vers ont été écrits comme

exercices et que Minerve n'était qu'un mot commode à mettre comme

avant-dernier dans un hexamètre et Jupiter comme dernier. Rien n'est

plus faux... Horace consacre son pin favori à Diane, chante son hymne

automnal à Faunus, dirige la noble jeunesse de Rome dans son hymne à

Apollon, et dit à la petite-fille du fermier que les Dieux l'aimeront

quoiqu'elle n'ait à leur offrir qu'une poignée de sel et de

farine,--juste aussi sérieusement que jamais gentleman anglais ait

enseigné la foi chrétienne à la jeunesse anglaise, dans ses jours

sincères (_The Queen of the air_, I, 47, 48). Et enfin: «La foi

d'Horace en l'esprit de la Fontaine de Brundusium, en le Faune de sa

colline et en la protection des grands Dieux est constante, profonde et

effective» (_Fors Clavigere_, lettre XCII, 111.)--(Note du

Traducteur.)]

[Note 160: Voir _Præterita, I._--(Note du Traducteur.)]

[Note 161: Cf. _Præterita_, I, XII: «J'admire ce que j'aurais pu être

si à ce moment-là l'amour avait été avec moi au lieu d'être contre

moi, si j'avais eu la joie d'un amour permis et l'encouragement

incalculable de sa sympathie et de son admiration.» C'est toujours la

même idée que le chagrin, sans doute parce qu'il est une forme

d'égoïsme, est un obstacle au plein exercice de nos facultés. De

même plus haut (page 224 de la Bible): «toutes les adversités,

qu'elles résident dans la _tentation_ ou dans la _douleur_» et dans la

préface _Arrows of the Chase._ «J'ai dit à mon pays des paroles dont

pas une n'a été altérée par l'intérêt ou affaiblie par la

douleur.» Et dans le texte qui nous occupe _chagrin_ est rapproché de

_faute_ comme dans ces passages _tentation_ de _peine_ et _intérêt_ de

_douleur._ «Rien n'est frivole comme les mourants,» disait Emerson. À

un autre point de vue, celui de la sensibilité de Ruskin, la citation

de _Præterita_: «Que serais-je devenu si l'amour avait été avec moi

au lieu d'être contre moi,» devrait être rapprochée de cette lettre

de Ruskin à Rossetti, donnée par M. Bardoux: «Si l'on vous dit que je

suis dur et froid, soyez assuré que cela n'est point vrai. Je n'ai

point d'amitiés et point d'amours, en effet; mais avec cela je ne puis

lire l'épitaphe des Spartiates aux Thermopyles, sans que mes yeux se

mouillent de larmes, et il y a encore, dans un de mes tiroirs, un vieux

gant qui s'y trouve depuis dix-huit ans et qui aujourd'hui encore est

plein de prix pour moi. Mais si par contre vous vous sentez jamais

disposé à me croire particulièrement bon, vous vous tromperez tout

autant que ceux qui ont de moi l'opinion opposée. Mes seuls plaisirs

consistent à voir, à penser, à lire et à rendre les autres hommes

heureux, dans la mesure où je puis le faire, sans nuire à mon propre

bien.»--(Note du Traducteur.)]

La Bible d'Amiens · 第 16 / 24 段