l'Écriture?--insinue-t-elle--citant de Jérôme cet aveu remarquable de
sa manière de composer un livre, spécialement de composer ce livre,
_Commentaires sur les Galates_, où il accuse saint Pierre et saint Paul
tous deux de fausseté et même d'hypocrisie. Le grand saint Augustin a
porté contre lui cette fâcheuse accusation (dit Sa Majesté qui donne
le chapitre et le paragraphe) et Jérôme répond: «J'ai suivi les
commentaires d'Origène, de...»--cinq ou six personnes différentes qui
dans la suite devinrent des hérétiques avant que Jérôme en ait fini
avec elles.--«Et pour vous confesser l'honnête vérité», continue
Jérôme, «j'ai lu tout cela et, après avoir bourré ma tête d'une
grande quantité de choses, j'ai envoyé chercher mon secrétaire et je
lui ai dicté, tantôt mes propres pensées, tantôt celles des autres
sans beaucoup me souvenir de l'ordre, quelquefois des mots, ni même du
sens.» Ailleurs (plus loin, dans le même livre[155]) il dit: «Je
n'écris pas moi-même: j'ai un secrétaire et je lui dicte ce qui me
vient aux lèvres. Si je désire réfléchir un peu, ou exprimer mieux
la chose, ou une chose meilleure, il fronce le sourcil et tout son
regard me dit assez qu'il ne peut supporter d'attendre.» Voici un vieux
gentleman sacré auquel il n'est pas bon de se fier pour interpréter
les Écritures, pense Sa Majesté; mais elle ne dit pas--laissant le
père Vota à ses réflexions.» Hélas non, reine Sophie, il ne faut
nous en rapporter pour cette sorte de chose ni au vieux saint Jérôme
ni à aucune autre lèvre ou esprit humains; mais seulement à
l'Éternelle Sophia[156], à la Puissance de Dieu et à la sagesse de
Dieu. Au moins pouvez-vous voir dans votre vieil interprète qu'il est
absolument franc, innocent, sincère, et qu'à travers un tel homme,
qu'il soit oublieux de son auteur, ou pressé par son scribe, il est
plus que probable que vous pourrez entendre ce que Dieu sait être le
meilleur pour vous; et extrêmement improbable que vous vous
pervertissiez, si peu que ce soit, tandis que par un maître prudent et
exercé aux artifices de l'art littéraire, retirent dans ses
doutes, et adroit dans ses paroles, toute espèce de préjugés et
d'erreur peut vous être présentée de façon acceptable, ou même être
irrémédiablement fixée en vous, bien qu'à aucun moment il ne vous
ait le moins du monde demandé de vous fier à son inspiration.
48. Car la seule confiance, à vrai dire, et la seule sécurité que
dans de telles matières nous puissions posséder ou espérer, résident
dans notre propre désir d'être guidés justement et dans notre bonne
volonté à suivre avec simplicité la direction accordée. Mais toutes
nos idées et nos raisonnements au sujet de l'inspiration ont été
faussées par notre habitude--d'abord de distinguer à tort ou au moins
sans nécessité entre l'inspiration des mots et des actes et
secondement par ce fait que nous attribuons une force ou une sagesse
inspirées à certaines personnes ou certains écrivains seulement au
lieu de l'accorder au corps entier des croyants pour autant qu'ils
participent à la grâce du Christ, à l'amour de Dieu, à la Communion
du Saint-Esprit[157]. Dans la mesure où chaque chrétien reçoit ou
refuse les dons multiples exprimés par cette bénédiction générale,
il entre dans l'héritage des Saints ou en est rejeté. Dans la mesure
exacte où il renie le Christ, courrouce le Père et chagrine le
Saint-Esprit, il perd l'inspiration et la sainteté; et dans la mesure
où il croit au Christ, obéit au Père, et se soumet à l'Esprit, il
devient inspiré dans le sentiment, dans l'action, dans la parole, dans
la réception de la parole, selon les capacités de sa nature. Il ne
sera pas doué d'aptitudes plus hautes, ni appelé à une fonction
nouvelle, mais rendu capable d'user des facultés naturelles qui lui ont
été accordées, là où il le faut, pour la fin la meilleure. Un
enfant est inspiré comme un enfant, et une jeune fille comme une jeune
fille; les faibles dans leur faiblesse même, et les sages seulement à
leur heure. Ceci est pour l'Église, et telle qu'on peut la dégager
avec certitude, la théorie de l'inspiration chez tous ses vrais
membres; sa vérité ne peut être reconnue qu'en la mettant à
l'épreuve, mais je crois qu'il n'y a pas souvenir d'un homme qui l'ait
éprouvée et déclarée vaine[158].
49.--Au-delà de cette théorie de l'inspiration générale il y a celle
d'un appel et d'un ordre spécial avec la dictée immédiate des actes
qui doivent être accomplis ou des paroles qui doivent être
prononcées. Je ne veux pas entrer à présent dans l'examen des
témoignages d'une si effective élection; elle n'est pas revendiquée
par les Pères de l'Église, ni pour eux-mêmes, ni même pour le corps
entier des écrivains sacrés.
Elle est seulement attribuée à certains passages dictés à certains
moments en vue de nécessités spéciales; et il n'est pas possible
d'attacher l'idée de vérité infaillible à aucune forme de ce langage
humain dans lequel même ces passages exceptionnels nous ont été
donnés. Mais du volume entier qui les renferme tel que nous le
possédons et le lisons, tel, pour chacun de nous, qu'il peut être
rendu dans sa langue natale, on peut alarmer et démontrer que, quoique
mêlé d'un mystère qu'on ne nous demande pas d'éclaircir ou de
difficultés que nous serions insolents de vouloir résoudre, il
contient l'enseignement véritable pour les hommes de tout rang et de
toute situation dans la vie, enseignement grâce auquel, autant qu'ils y
obéissent honnêtement et implicitement, ils seront heureux et
innocents dans la pleine puissance de leur nature, et capables de
triompher de toutes les adversités, qu'elles résident dans la
tentation ou dans la douleur.
50. En effet le Psautier seul, qui pratiquement fut le livre d'offices
de l'Église pendant bien des siècles, contient, simplement dans sa
première moitié, la somme de la sagesse individuelle et sociale. Les
Ier, VIIIe, XIIe, XVe, XIXe, XXIIIe et XXIVe psaumes bien appris et crus
sont assez pour toute direction personnelle; les XLVIIIe, LXXIe et LXXVe
ont en eux la loi et la prophétie de tout gouvernement juste, et chaque
découverte de la science naturelle est anticipée dans le CIVe. Quant
au contenu du volume entier, considérez si un autre cycle de
littérature historique et didactique a une étendue qui lui soit
comparable. Il renferme:
I. L'histoire de la Chute et du Déluge, les deux plus grandes
traditions humaines fondées sur l'horreur du péché.
II. L'histoire des Patriarches, dont la vérité permanente est encore
visible aujourd'hui dans l'histoire des races juive et arabe.
III. L'histoire de Moïse avec ses résultats pour la loi morale de tout
l'univers civilisé.
IV. L'histoire des Rois--virtuellement celle de toute royauté, dans
David, et de toute la philosophie, dans Salomon, atteignant son point le
plus élevé dans les Psaumes et les Proverbes, avec la sagesse encore
plus serrée et pratique de l'Ecclésiaste et du fils de Sirach.
V. L'histoire des Prophètes--virtuellement celle du mystère le plus
profond, de la tragédie, de la fatalité perpétuellement immanente à
une existence nationale.
VI. L'histoire du Christ.
VII. La loi morale de saint Jean qui trouve à la fin dans l'Apocalypse
son accomplissement.
Demandez-vous si vous pouvez comparer sa table des matières, je ne dis
pas à aucun autre «livre», mais à aucune autre «littérature».
Essayez, autant que cela est possible à chacun de nous,--qu'il soit
adversaire ou défenseur de la foi,--de dégager votre intelligence de
l'association que l'habitude a formée entre elle et le sentiment moral
basé sur la Bible, et demandez-vous quelle littérature pourrait avoir
pris sa place ou rempli sa fonction même si toutes les bibliothèques
de l'univers étaient restées intactes et si toutes les paroles les
plus riches de vérité des maîtres avaient été écrites?
52. Je ne suis pas contempteur de la littérature profane, si peu que je
ne crois pas qu'aucune interprétation de la religion grecque ait été
jamais aussi affectueuse, aucune de la religion romaine aussi
révérente, que celle qui se trouve à la base de mon enseignement de
l'art et qui court à travers le corps entier de mes œuvres. Mais ce
fut de la Bible que j'appris les symboles d'Homère et la foi
d'Horace[159].
Le devoir qui me fut imposé dans ma première jeunesse[160] de lire
chaque mot des évangiles et des prophéties, comme s'il avait été
écrit par la main de Dieu, me donna l'habitude d'une attention
respectueuse qui, plus tard, rendit bien des passages des auteurs
profanes, frivoles pour un lecteur irréligieux, profondément graves
pour moi. Jusqu'à quel point mon esprit a été paralysé par les
fautes et les chagrins de la vie[161],--jusqu'où ma connaissance de la
vie est courte, comparée à ce que j'aurais pu apprendre si j'avais
marché plus fidèlement dans la lumière qui m'avait été départie,
dépasse ma conjecture ou ma confession. Mais comme je n'ai jamais
écrit pour mon propre plaisir ou pour ma renommée, j'ai été
préservé, comme les hommes qui écrivent ainsi le seront toujours, des
erreurs dangereuses pour les autres[162], et les expressions
fragmentaires de sentiments ou les expositions de doctrines, que de
temps en temps, j'ai été capable de donner, apparaîtront maintenant
à un lecteur attentif, comme se reliant à un système général
d'interprétation de la littérature sacrée, à la fois classique et
chrétienne, qui le rendra capable, sans injustice, de sympathiser avec
la foi des âmes candides de tous temps et de tous pays.
53. Qu'il y ait une littérature sacrée classique, suivant un cours
parallèle à celle des Hébreux et venant s'unir aux légendes
symboliques de la chrétienté au moyen âge[163], c'est un fait qui
apparaît de la manière la plus tendre et la plus expressive dans
l'influence indépendante et cependant similaire de Virgile sur le Dante
et l'évêque Gawaine Douglas. À des dates plus anciennes,
l'enseignement de chaque maître formé dans les écoles de l'Orient
était nécessairement greffé sur la sagesse de la mythologie grecque,
et ainsi l'histoire du Lion de Némée[164], vaincu avec l'aide
d'Athéné, est la véritable racine de la légende du compagnon de
saint Jérôme conquis par la douceur guérissante de l'esprit de vie.
54. Je l'appelle une légende seulement. Qu'Héraklès ait jamais tué,
ou saint Jérôme jamais chéri la créature sauvage ou blessée, est
sans importance pour nous enseigner ce que les Grecs entendaient nous
dire en représentant le grand combat sur leurs vases[165], où les
peintres chrétiens faisant leur thème de prédilection de la fermeté
de l'Ami du Lion. Une tradition plus ancienne, celle du combat de
Samson[166],--le prophète désobéissant,--de la première victoire
inspirée de David[167], et finalement du miracle opéré pour la
défense du plus favorisé et fidèle des grands prophètes[168], suit
son cours symbolique parallèlement à la fable dorienne. Mais la
légende de saint Jérôme reprend la prophétie du Millenium et
prédit, avec la Sibylle de Cumes[169], et avec Isaïe, un jour où la
crainte de l'homme ne sera plus chez les êtres inférieurs de la haine
mais s'étendra sur eux comme une bénédiction, où il ne sera plus
fait de mal ni de destruction d'aucune sorte dans toute l'étendue de la
Montagne sainte[170] et où la paix de la terre sera tirée aussi loin
de son présent chagrin, que le glorieux univers animé l'est du désert
naissant, dont les profondeurs étaient le séjour des dragons, et les
montagnes, des dômes de feu. Ce jour-là aucun homme ne le
connaît[171], mais le royaume de Dieu est déjà venu[172] pour ceux
qui ont dompté dans leur propre cœur l'ardeur sans frein de la nature
inférieure[173] et ont appris à chérir ce qui est charmant et humain
dans les enfants errants des nuages et des champs.
Avallon, 28 août 1882.
[Note 113: «On vous a appris que, puisque vous aviez des tapis..., des
«kickshaws» au lieu de bœuf pour votre nourriture, des égouts au
lieu de puits sacrés pour votre soif, vous étiez la crème de la
création et chacun de vous un Salomon» (_Pleasures of England_, p. 49,
cité par M. Bardoux, p. 237).]
[Note 114: En prenant la San, bras de la Vistule supérieure.--(Note de
l'Auteur.)]
[Note 115: Remarquez, toutefois, que généralement, la force d'une
rivière, _ceteris paribus_, doit être estimée d'après son cours
direct, les plaines (qui donnent presque toujours naissance aux
méandres) ne pouvant leur apporter aucun affluent. (Note de l'Auteur.)]
[Note 116: Les considérations sur la Vistule et le Dniester,
fleuves-fossés de l'Europe, sont reprises dans _Candida Casa_ (§ 22),
quatrième conférence du recueil _Vérona_ et premier chapitre de
_Valle Crucis. Valle Crucis_ devait prendre place dans nos _Nos Pères
nous ont dit._ Du reste cette partie de _Candida Casa_ rappelle beaucoup
par ses vues historiques et géographiques et par les citations
ironiques de Gibbon le chapitre du _Drachenfels._--(Note du
Traducteur.)]
[Note 117: «Elles» (les sept églises d'Éphèse, de Smyrne, de
Pergame, de Thyatire, de Sardes, de Philadelphie et de Laodicée) sont
bâties le long des collines, et par les plaines de Lydie, dessinant une
large courbe comme un vol d'oiseaux ou comme un tourbillon de nuages,
toutes en Lydie même ou sur la frontière, toutes de caractère
essentiellement lydien, les plus enrichies d'or, les plus délicatement
luxueuses, les plus doucement musicales, les plus tendrement sculptées
des églises d'alors. En elles s'étaient réunis les talents et les
félicités de l'Asiatique et du Grec. Si le dernier message du Christ
eût été adressé aux églises de Grèce il n'eût été que pour
l'Europe et pour une durée limitée. S'il eût été adressé aux
églises de Syrie, il n'eût été que pour l'Asie et pour une durée
limitée. Adressé à la Lydie, il est adressé à l'univers et pour
toujours» (_Fors Clavigere_, lettre LXXXIV). Ce message du Christ aux
sept églises--qui est longuement commenté dans le reste de la
lettre--est contenu, comme l'on sait, dans les trois premiers chapitres
de l'Apocalypse de saint Jean ou plus exactement dans le IIe et le IIIe
chapitres. Dans le Ier, Jésus ordonne à saint Jean d'écrire aux anges
des sept églises. Voir aussi sur les églises d'Asie Mineure, le beau
livre de M. de Voguë.--(Note du Traducteur.)]
[Note 118: «Puis prenant la parole, tu diras devant l'Éternel ton Dieu
mon Père était un pauvre Syrien prêt à périr et il descendit en
Égypte avec un petit nombre de gens et il y fit séjour et devint là
une nation grande, forte et qui s'est fort multipliée.» (Deutéronome,
XXVI, 5)--(Note du Traducteur.)]
[Note 119: Sir F. Palgrave, _Arabie_, vol. II, p. 155. J'adopte avec
reconnaissance dans le paragraphe suivant sa division des nations
asiatiques (p. 160).--(Note de l'Auteur.)]
[Note 120: Le XXXVIe chapitre de Gibbon commence par une sentence qui
peut être prise comme l'épitome de l'histoire tout entière que nous
avons à étudier. «Les trois grandes nations du monde, les Grecs, les
Sarrazins, les Francs, se rencontrèrent toutes sur le théâtre de
l'Italie.»
J'emploie le mot plus général de Goths au lieu de Francs et le mot
plus précis Arabe au lieu de Sarrasins, mais en dehors de cela le
lecteur remarquera que la division est la même que la mienne. Gibbon ne
reconnaît pas le peuple romain comme nation, mais seulement la
puissance romaine comme empire.--(Note de l'Auteur.)]
[Note 121: De récents événements ont montré la force de ces paroles
(Note de la révision, mai 1885).--(Note de l'Auteur.)]
[Note 122: Mais l'ange de l'Éternel la trouva auprès d'une fontaine
d'eau au désert, près de la fontaine qui est au chemin de Sair. Et il
lui dit: Agar, servante de Saraï, d'où viens-tu, etc. (Genèse, XVI, 1
et 8.)--(Note du Traducteur.)]
[Note 123: Genèse, XII, 1.--(Note du Traducteur.)]
[Note 124: Cf. Il n'y eut jamais qu'un seul art grec, des jours
d'Homère à ceux du doge Selvo (_St-Mark's Rest_, VIII, § 92).--(Note
du Traducteur.)]
[Note 125: Dans _Crown of wild olive_ Cincinnatus symbolisait aussi la
force de Rome. «Elle fut (l'agriculture), la source de toute la force
de Rome et de toute sa tendresse, l'orgueil de Cincinnatus et
l'inspiration de Virgile (_la Couronne d'olivier sauvage_, p.
196).--(Note du Traducteur.)]
[Note 126: Milman, _Histoire du Christianisme_, vol. III, p. 36.--(Note
de l'Auteur.)]
[Note 127: Je trouve la même généralisation fournie à l'étudiant
moderne dans le terme «péninsule balkanique» qui éteint à la fois
tout rayon et toute trace de l'histoire du passé.--(Note de l'Auteur.)]
[Note 128: Gibbon dit plus clairement: «De la côte ou de l'extrémité
de Caithness et d'Ulster le souvenir de l'origine cette fut
distinctement conservé dans la ressemblance perpétuelle du langage, de
la religion et des manières, et le caractère particulier des
différentes tribus britanniques peut être naturellement attribué à
l'influence de circonstances accidentelles et locales.» Les Écossais
des plaines, «mangeurs de froment», ou vagabonds et les Irlandais,
sont entièrement identifiés par Gibbon à l'époque où commence notre
propre histoire. «_Il est certain_ (l'italique est de lui, non de moi)
qu'à l'époque du déclin de l'empire romain la Calédonie, l'Irlande
et l'île de Man étaient habitées par les Écossais» (chap. XXV, vol.
IV, p. 279). La civilisation plus avancée et le moindre courage des
_Anglais_ des plaines faisaient d'eux les victimes de l'Écosse ou les
sujets reconnaissants de Rome. Les montagnards, pictes dans les
Grampians, ou autochtones dans la Cornouailles et le pays de Galles,
n'ont jamais été instruits ni subjugués et restent aujourd'hui la
force inculte et sans peur de la race britannique.--(Note de l'Auteur.)]
[Note 129: «Le Phénix est, dès la plus haute antiquité chrétienne,
le symbole de l'immortalité» (Émile Male, _Histoire de l'art
religieux au_ XIIIe _siècle_).--(Note du Traducteur.)]
[Note 130: Voir dans _On the old road_, l'Espoir de la Résurrection,
condition nécessaire du Chant pour les chrétiens. Même dans
l'antiquité le chant d'Orphée, le chant de Philomèle, le chant du
cygne, le chant d'Alcyon, sont inspirés par un espoir obscur de
résurrection (_On the old road_, II, 45 et 46).--(Note du Traducteur.)]
[Note 131: Allusion au verset de la Genèse qui précède le Songe de
Jacob: «Il prit donc des pierres du lieu et en fit son chevet et
s'endormit au même lieu (Genèse, XXVIII, 11).--(Note du Traducteur.)]
[Note 132: Allusion à la Bible: «Alors Moïse dit: Je me détournerai
maintenant et je verrai cette grande vision et pourquoi le buisson ne se
consume pas» (Exode, III, 3).--(Note du Traducteur.)]
[Note 133: I Samuel, XVII, 28.--(Note du Traducteur.)]
[Note 134: Saint Luc, I, 80. Il s'agit de saint Jean-Baptiste.--(Note du
Traducteur.)]
[Note 135: Je dois moi-même marquer comme particulièrement fatale dans
le déclin de l'empire romain, l'heure où Julien rejette le conseil des
augures. «Pour la dernière fois les Aruspices Étrusques
accompagnèrent un empereur romain, mais par une singulière fatalité
leur interprétation défavorable des signes du ciel fut dédaignée, et
Julien suivit l'avis des philosophes qui colorèrent leur prédiction
des teintes brillantes de l'ambition de l'empereur». (Milman, _Histoire
du Christianisme_, chap. VI.)--(Note de l'Auteur.)]
[Note 136: «Je suis seul, à ce que je crois, à penser encore avec
Hérodote.» Toute personne ayant l'esprit assez fin pour être frappée
des traits caractéristiques de la physionomie d'un écrivain, et ne
s'en tenant pas au sujet de Ruskin à tout ce qu'on a pu lui dire, que
c'était un prophète, un voyant, un protestant et autres choses qui
n'ont pas grand sens, sentira que de tels traits, bien que certainement
secondaires, sont cependant très «ruskiniens». Ruskin vit dans une
espèce de société fraternelle avec tous les grands esprits de tous
les temps, et comme il ne s'intéresse à eux que dans la mesure où ils
peuvent répondre à des questions éternelles, il n'y a pas pour lui
d'anciens et de modernes et il pout parler d'Hérodote comme il ferait
d'un contemporain. Comme les anciens n'ont de prix pour lui que dans la
mesure où ils sont «actuels», peuvent servir d'illustration à nos
méditations quotidiennes, il ne les traite pas du tout en anciens. Mais
aussi toutes leurs paroles ne subissant pas le déchet du recul,
n'étant plus considérées comme relatives à une époque, ont une plus
grande importance pour lui, gardent en quelque sorte la valeur
scientifique qu'elles purent avoir, mais que le temps leur avait fait
perdre. De la façon dont Horace parle à la Fontaine de Bandusie,
Ruskin déduit qu'il était pieux, «à la façon de Milton». Et déjà
à onze ans, apprenant les odes d'Anacréon pour son plaisir, il y
apprit «avec certitude, ce qui me fut très utile dans mes études
ultérieures sur l'art grec, que les Grecs aimaient les colombes, les
hirondelles et les roses tout aussi tendrement que moi» (_Præterita_,
§ 81). Évidemment pour un Emerson la «culture» a la même valeur.
Mais sans même nous arrêter aux différences qui sont profondes,
notons d'abord, pour bien insister sur les traits particuliers de la
physionomie de Ruskin, que la science et l'art n'étant pas distincts à
ses yeux (Voir la Préface, p. 51-57) il parle des anciens comme savants
avec la même révérence que des anciens comme artistes. Il invoque le
104° psaume quand il s'agira de découvertes d'histoire naturelle, se
range à l'avis d'Hérodote (et l'opposerait volontiers à l'opinion
d'un savant contemporain) dans une question d'histoire religieuse,
admire une peinture de Carpaccio comme une contribution importante à
l'histoire descriptive des perroquets (_St-Mark's Rest: The Shrine of
the Slaves_). Évidemment nous rejoindrions vite ici l'idée de l'art
sacré classique (Voir plus loin les notes des pages 244, 245, 246 et
des pages 338 et 339) «il n'y a qu'un art grec, etc., saint Jérôme et
Hercule», etc., chacune de ces idées conduisant aux autres. Mais en ce
moment nous n'avons encore qu'un Ruskin aimant tendrement sa
bibliothèque, ne faisant pas de différence entre la science et l'art,
par conséquent pensant qu'une théorie scientifique peut rester vraie
comme une œuvre d'art peut demeurer belle (cette idée n'est jamais
explicitement exprimée par lui, mais elle gouverne secrètement, et
seule a pu rendre possible toutes les autres) et demandant à une ode
antique ou à un bas-relief du moyen âge un renseignement d'histoire
naturelle ou de philosophie critique, persuadé que tous les hommes
sages de tous les temps et de tous les pays sont plu» utiles à
consulter que les fous, fussent-ils d'aujourd'hui. Naturellement cette
inclination est réprimée par un sens critique si juste que nous
pouvons entièrement nous fier à lui, et il l'exagère seulement pour
le plaisir de faire de petites plaisanteries sur «l'entomologie du
XIIIe siècle», etc., etc.--(Note du Traducteur.)]
[Note 137: Même les meilleurs historiens catholiques trop habituellement
ont fermé les yeux à la connexité inéluctable entre la vertu monastique
et la règle bénédictine du travail agricole.--(Note de l'Auteur à la
révision de 1885.)]
[Note 138: Robert d'Humières me dit qu'il y a ici une allusion aux
montagnes de la Suisse, telles que le Matterhorn, etc.--(Note du
Traducteur.)]
[Note 139: La conclusion hypothétique de Gibbon relativement aux effets
de la mortification et la constatation historique qui suit doivent être
remarquées comme contenant déjà tous les systèmes des philosophes ou
des politiques modernes qui ont, depuis, changé les monastères
d'Italie en baraques et les églises de France en magasins. «Ce martyre
volontaire a forcément détruit graduellement la sensibilité, aussi
bien de l'esprit que du corps; car _on ne peut admettre_ que les
fanatiques qui se torturent eux-mêmes soient capables d'aucune
affection vive pour le reste de l'espèce humaine. _Une sorte
d'insensibilité cruelle a caractérisé les moines de toute époque et
de tout pays._»
Combien de pénétration et de jugement, dénote cette sentence,
apparaîtra, j'espère, au lecteur, à mesure que je déroulerai devant
lui l'histoire véritable de sa foi; mais étant moi-même, je crois, un
des derniers témoins de la vie recluse telle qu'elle existait encore au
commencement de ce siècle, je puis renvoyer au portrait parfait et
digne de foi dans la lettre comme dans l'esprit qui en est donné par
Scott dans l'introduction du _Monastère_; quant à moi je puis dire que
les sortes de caractères les plus doux, les plus raffinés, les plus
aimables, au sens le plus profond du mot, que j'aie jamais connus, ont
été ou ceux de moines, ou ceux de serviteurs ayant été élevés dans
la foi catholique. Et quand je formulais ce jugement je ne connaissais
pas l'Edwige de Miss Alexander (Note de la révision de 1885).--(Note de
l'Auteur.)]