53. Car, dans le sud, Théodoric avait déjà «remis le sabre au

fourreau dans l'orgueil de sa victoire et la vigueur de son âge et son

règne qui continue pendant trente-trois ans fut consacré aux devoirs

du gouvernement civil». Même quand son beau-fils Alaric périt de la

main de Clovis à la bataille de Poitiers, Théodoric se contenta

d'arrêter la puissance des Francs à Arles, sans poursuivre son

succès, et de protéger son petit-fils en bas-âge, corrigeant en même

temps certains abus dans le gouvernement civil de l'Espagne. En sorte

que la souveraineté bienfaisante du grand Goth fut établie de la

Sicile au Danube et de Sirmium à l'Océan Atlantique.

54. Ainsi donc, à la fin du Ve siècle, vous avez une Europe divisée

simplement par la ligne de partage de ses eaux; et deux rois

chrétiens[111] régnant, avec un pouvoir entièrement bienfaisant et

sain--l'un au nord--l'autre au sud--le plus puissant et le plus digne

des deux mariés à la plus jeune sœur de l'autre: une sainte reine au

nord, une reine-mère catholique, pieuse et sincère, au sud. C'est là

une conjonction de circonstances assez mémorable dans l'histoire de la

terre et certes à méditer, si jamais dans le tourbillon de vos

voyages, ô lecteur, vous pouvez vous séparer pour une heure du bétail

parqué qu'on pousse sur le Rhin ou l'Adige et vous promener en paix,

passé la porte sud de Cologne, ou sur le pont de Fra-Giacondo à

Vérone.--Alors, arrêtez-vous et regardez dans l'air limpide au delà

du champ de bataille de Tolbiac, vers le bleu Drachenfels, ou, par la

plaine de St-Ambrogio vers les montagnes de Garde. Car là furent

remportées si vous voulez y penser sérieusement, les deux grandes

victoires du monde chrétien. Celle de Constantin donna seulement une

autre forme et une nouvelle couleur aux murs tombants de Rome; mais les

races Franque et Gothique, par ces conquêtes et sous ces gouvernements,

fondèrent les arts et établirent les lois qui donnèrent à toute

l'Europe future sa joie et sa vertu. Et il est charmant de voir comment,

d'aussi bonne heure, la chevalerie féodale avait déjà sa vie liée à

la noblesse de la femme.

Il n'y eut pas d'apparition à Tolbiac et la tradition n'a pas prétendu

depuis qu'il y en ait eu. Le roi pria simplement le Dieu de Clotilde. Le

matin de la bataille de Vérone, Théodoric visita la tente de sa mère

et de sa sœur «et demanda que pour la fête la plus brillante de sa

vie, elles le parassent des riches vêtements qu'elles avaient faits de

leurs propres mains».

55. Mais sur Clovis s'étendit encore une autre influence--plus grande

que celle de sa reine. Lorsque son royaume atteignit la Loire, la

bergère de Nanterre était déjà âgée;--elle n'était ni une vierge

porte-flambeau des batailles, comme Clotilde, ni un guide chevaleresque

de délivrance comme Jeanne; elle avait blanchi dans la douceur de la

sagesse et était maintenant «pleine de plus en plus d'une lumière

cristalline». Le père de Clovis l'avait connue; lui-même en avait

fait son amie, et quand il quitta Paris pour la plaine de Poitiers, il

fit le vœu que, s'il était victorieux, il bâtirait une église

chrétienne sur les collines de la Seine. Il revint victorieux et, avec

sainte Geneviève à son côté, s'arrêta sur l'emplacement des ruines

des Thermes Romains, juste au-dessus de l'«Ile» de Paris, pour

accomplir son vœu: et pour déterminer les limites des fondations de la

première église métropolitaine de la Chrétienté franque[112].

Le roi donne le branle à sa hache de guerre et la lança de toute sa

force.--Mesurant ainsi dans son vol la place de son propre tombeau, et

de celui de Clotilde, et de sainte Geneviève.

«Là ils reposèrent et reposent,--en âme,--ensemble. La colline tout

entière porte encore le nom de la patronne de Paris; une petite rue

obscure a gardé celui du Roi Conquérant.»

[Note 81: Sur saint Benoît, voir dans _Verona and other lectures_ les

deux chapitres qui devaient faire partie de _Nos pères nous ont dit_,

dans le VIe volume _Valle Crucis_, sur l'Angleterre. Et notamment les

pages 124-128 de Verona.--(Note du Traducteur.)]

[Note 82: Personnage des romans chevaleresques, introduit par Tennyson

dans _Idylles du roi._--(Note du Traducteur.)]

[Note 83: Miss Ingelow.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 84: Après enquête je trouve dans la plaine entre Paris et

Sèvres.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 85: On les montrerait encore à Nanterre sous les noms de Parc de

Sainte-Geneviève et de Clos de Sainte-Geneviève (abbé Vidieu, Sainte

Geneviève, _patronne de Paris_).--(Note du Traducteur.)]

[Note 86: Allusion à Michée, IV, 8.--(Note du Traducteur.)]

[Note 87: Voyez, d'une manière générale, toutes les descriptions que

Carlyle a eu occasion de donner de la terre prussienne et polonaise, ou

de l'extrémité des rivages de la Baltique.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 88: Gigantesque--et pas encore fossile! Voyez la note de Gibbon

sur la mort de Théodebert: «le roi pointa sa lance--le taureau

_renversa un arbre sur sa tête_--il mourut le même jour» (VII, 255).

La corne d'Uri et son bouclier surmonté des hauts panaches du casque

allemand attestent la terreur qu'inspiraient ces troupeaux

d'aurochs.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 89: Claudius, Aurélien, Probus, Constantius; et après le partage

de l'empire, à l'est Justinien. «L'empereur Justinien était né d'une

obscure race de barbares, les habitants d'un pays sauvage et désolé,

auquel les noms de Dardanie, de Dacie, et de Bulgarie ont été

successivement appliqués. Les noms de ces paysans Dardaniens sont

goths, et presque anglais, Justinien est une traduction de Uprauder

(upright); son père Sabatius (en langue greco-barbare, Stipes) était

appelé dans son village «Istock» (Stock). (Gibbon, commencement du

chap. XI et note.)--(Note de l'Auteur.)]

[Note 90: Personnage de l'_Antiquaire._--(Note du Traducteur.)]

[Note 91: Voir le _Childe Harold_ de Byron.--(Note du Traducteur.)]

[Note 92: Sur le confluent du Teess et de la Greta, voir les pages de

_Modern Painters_ où sont cités les vers de Walter Scott (_Modern

Painters_, III, IV, 16, § 36 et 37. Sur la Greta par Turner, voir

_Lectures on art_, § 170).--(Note du Traducteur.)]

[Note 93: Gibbon serre le sujet de plus près dans une phrase de son

XXIIe chapitre: «Les guerriers indépendants de Germanie _qui

considéraient la sincérité comme la plus noble de leurs vertus_ et la

liberté comme le plus précieux de leurs biens.» Il parle

spécialement de la tribu franque des Attuarii contre laquelle

l'empereur Julien eut à refortifier le Rhin de Clèves à Bâle. Mais

les premières lettres de l'empereur Jovien, après la mort de Julien

«déléguaient le commandement militaire de la Gaule et de l'Illyrie

(quel vaste commandement c'était, nous le verrons plus tard) à

Malarich, un _brave et fidèle_ officier de la nation des Francs»; et

ils restent les loyaux alliés de Rome dans sa dernière lutte avec

Alaric. Apparemment, pour le plaisir seul de varier d'une façon

captivante sa manière de dire et, en tout cas, sans donner à entendre

qu'il y eut une cause quelconque à un si grand changement dans le

caractère national, nous voyons M. Gibbon, dans son volume suivant,

adopter tout à coup les épithètes abusives de Procope et appeler les

Francs «une nation légère et perfide» (VII, 251). Les seuls motifs

discernables de cette définition inattendue sont qu'ils refusent de

vendre leur amitié ou leur alliance à Rome et Ravenne; et que dans son

invasion d'Italie le petit-fils de Clovis n'envoya pas préalablement

l'avis direct de la route qu'il se proposait de suivre, ni même ne

signifia entièrement ses intentions avant qu'il ne se fût assuré du

Pô à Pavie; dévoilant son plan ensuite avec une clarté suffisante,

en «attaquant presque au même instant les camps hostiles des Goths et

des Romains qui, au lieu d'unir leurs armes, fuirent avec une égale

précipitation».--(Note de l'Auteur.)]

[Note 94: Pour illustrer en détail ce mot, voyez «Val d'Arno»,

_Cours_ VIII; _Fors Clavigera_, lettres XLVI, 231, LXXVII, 137;--et

Chaucer, _le Roman de la rose_ (1212). À côté de lui (le chevalier

Arthur) «dansait dame Franchise». Les vers anglais sont cités et

commentés dans le premier cours de _Ariadne Florentina_ (§ 26); je

donne ici le français:

«Après tous ceulx estait Franchise

Que ne fut ne brune ne bise

Ains fut comme la neige blanche

_Courtoyse_> estait, _joyeuse_, et _franche_

Le nez avait long et tretis

Yeulx vers, riants; sourcils faitis,

Les cheveulx eut très blons et longs

Simple fut comme les coulons

Le cœur eut doux et débonnaire.

_Elle n'osait dire ni faire_

_Nulle riens que faire ne deust_.»

Et j'espère que mes lectrices ne confondront plus Franchise

avec Liberté.

(Note de l'Auteur.)]

[Note 95: Leur première mauvaise exultation, en Alsace, avait été

provoquée par les Romains eux-mêmes (ou du moins par Constantin dans

sa jalousie de Julien) qui y avaient employé «présents et promesses,

l'espoir du butin et la concession perpétuelle de tous les territoires

qu'ils seraient capables de conquérir» (Gibbon, chap. IX, 3-208). Chez

tout autre historien que Gibbon (qui n'a réellement aucune opinion

arrêtée sur aucun caractère ni sur aucune question, mais s'en tient

au truisme général que les pires hommes agissent quelquefois bien, et

les meilleurs souvent mal, loue quand il a besoin d'arrondir une phrase

et blâme quand il ne peut pas, sans cela, en terminer une autre),--nous

aurions été surpris d'entendre dire de la nation «qui mérita, prit

et garde le nom honorable d'hommes libres», que «ces voleurs

indisciplinés traitaient comme leurs ennemis naturels tous les sujets

de l'empire possédant une propriété qu'ils désiraient acquérir».

La première campagne de Julien qui rejette les Francs et les Allemands

au-delà du Rhin, mais accorde aux Francs Saliens, sous serment

solennel, les territoires situés dans les Pays-Bas, sera retracée une

autre fois.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 96: Il s'agit pourtant de Ronsard.--(Note du Traducteur.)]

[Note 97: «Encounters, en quartiers».]

[Note 98: C'est, pour Ruskin, la caractéristique des mauvais écrivains

Cf. «N'ayez jamais la pensée que Milton emploie ces épithètes pour

remplir son vers, comme ferait un écrivain vide. Il a besoin de toutes,

et de pas une de plus que celles-ci.» (_Sesame and Liles, of Kings

Treasuries_, 21). Voir également plus loin.--(Note du Traducteur.)]

[Note 99: Allusion à l'Épître aux Éphésiens: «Ayez à vos reins la

vérité pour ceinture» (Saint Paul, Épître aux Éphésiens, VI, 14).

Saint Paul ne fait, d'ailleurs, ici, que reprendre une image d'Isaïe.

«Et la justice sera la ceinture de ses reins» (Isaïe, XI, 5). Voir

aussi saint Pierre: «Venez donc, ayant ceint les reins de votre

esprit.» (Ier Épître, I, 13.)--(Note du Traducteur.)]

[Note 100: Cf. Val d'Arno à propos d'une statue de la cathédrale de

Chartres et d'une peinture de l'abbaye de Westminster: «À Chartres et

à Westminster... le plus haut rang a pour signe distinctif la chevelure

flottante, etc. Si vous ne savez pas lire ces symboles vous n'avez plus

devant vous qu'une figure raide et sans intérêt» (Val d'Arno, VIII,

212). Il y a là, d'ailleurs, bien d'autres choses que cela--et qu'on

peut aimer sans savoir lire ces symboles--dans ces statues de Chartres.

Et Ruskin l'a lui-même montré dans des pages admirables (_les Deux

sentiers_, I, 33 et suivants) que j'ai citées plus loin, pages 260, 261

et 262, en note.--(Note du Traducteur.)]

[Note 101: On entrera plus avant dans la pensée de cette phrase en la

rapprochant de la fin du IIe chapitre des _Sept Lampes de

l'architecture_ (_Lampe de vérité_, p. 139 de la traduction Elwall):

«L'architecture du moyen âge s'écroula parce qu'elle avait perdu sa

puissance et perdu toute force de résistance, en manquant à ses

propres lois, en sacrifiant une seule vérité. Il nous est bon de nous

le rappeler en foulant l'emplacement nu de ses fondations et en

trébuchant sur ces pierres éparses. Ces squelettes brisés de murs

troués où mugissent et murmurent nos brises de mer, les jonchant

morceau par morceau et ossement par ossement, le long des mornes

promontoires, sur lesquels jadis les maisons de la Prière tenaient lieu

de phares,--ces voûtes grises et ces paisibles nefs sous lesquelles les

brebis de nos vallées paissent et se reposent dans l'herbe qui a

enseveli les autels--ces morceaux informes, qui ne sont point de la

terre, qui bombent nos champs d'étranges talus émaillés, ou arrêtent

le cours de nos torrents de pierres qui ne sont pas à eux, réclament

de nous d'autres pensées que celles qui déploreraient la rage qui les

dévasta ou la peur qui les délaissa. Ce ne fut ni le bandit, ni le

fanatique, ni le blasphémateur qui mirent là le sceau à leur œuvre

de destruction; guerre, courroux, terreur auraient pu se déchaîner et

les puissantes murailles se seraient de nouveau dressées et les

légères colonnes se seraient élancées de nouveau de dessous la main

du destructeur. Mais elles ne pouvaient surgir des ruines de leur propre

vérité violée.»--(Note du Traducteur.)]

[Note 102: «Ne laissez pas le soleil se coucher sur votre colère»

(saint Paul, Épître aux Éphésiens, IV, 26).--(Note du Traducteur.)]

[Note 103: Lire comme exemple l'article de M. Plinsoll sur les mines de

charbon.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 104: Décapité en 1535, sur l'ordre de Henri VIII, pour avoir

refusé de prêter le serment de suprématie.--(Note du Traducteur.)]

[Note 105: Dans tout ce portrait de Clovis se fait jour, chez Ruskin,

une tendance à ne pas donner de la dureté une interprétation morale

trop défavorable, tendance qui existe aussi, il me semble, chez Carlyle

(voir dans Carlyle, _Cromwell_, etc.). En ceci, il y a, je crois, deux

choses. D'abord, une sorte de don historique ou sociologique qui sait

découvrir dans des actions en apparence identiques une intention morale

différente, selon le temps et la civilisation, et apparenter les formes

extrêmement diverses que revêt une même moralité ou immoralité à

travers les âges. Ce don existe à un très haut degré chez des

écrivains comme Ruskin, et plus encore chez George Eliot. Il existe

aussi chez M. Tarde. Deuxièmement une sorte de goût de l'imagination

assez naturel chez un lettré très bon pour la sauvagerie inculte. Ce

goût se reconnait même parfois jusque dans les lettres de Ruskin, à

une certaine affectation de dureté et de non-conformisme. Lire dans le

livre de M. de la Sizeranne, page 61, la réponse de Ruskin à un

révérend endetté: «Vous devriez mendier d'abord; je ne vous

défendrais pas de voler si cela était nécessaire. Mais n'achetez pas

de choses que vous ne puissiez payer. Et de toutes les espèces de

débiteurs les gens pieux qui bâtissent des églises sont, à mon avis,

les plus détestables fous. Et vous êtes, de tous, les plus absurdes,

etc., etc.»--(Note du Traducteur.)]

[Note 106: La légende s'empara plus tard de ce rapprochement et les

murs d'Angoulême, après la bataille de Poitiers, passent pour être

tombés aux sons des trompettes de Clovis. «Un miracle, dit Gibbon, qui

peut être réduit à la supposition que quelque ingénieur clérical

aura secrètement ruiné les fondations du rempart.» Je ne puis trop

souvent mettre nos honnêtes lecteurs en garde contre l'habitude moderne

de réduire toute histoire quelconque à la «supposition que», etc. La

légende est, sans doute, l'expansion naturelle et fidèle d'une

métaphore.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 107: Allusion, me dit Robert d'Humières, à ce proverbe anglais:

«L'Ethiopien ne peut changer sa peau ni le léopard ses taches.»--(Note

du Traducteur.)]

[Note 108: Augustin Thierry, d'après la grammaire des langues

germaniques de Grimm donnait: «Hlodo-wig célèbre guerrier, Hildebert,

brillant dans les combats, Hlodo-mir chef célèbre».--Note du

Traducteur.]

[Note 109: Quand? car cette tradition, comme celle du vase, implique

l'amitié de Clovis et de saint Rémi, et un singulier respect de la

part du roi pour les chrétiens de Gaule, bien que lui-même ne fût pas

encore converti.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 110: C'est une preuve curieuse de l'absence, chez les historiens

médiocres, du plus léger sens de l'intérêt véritable de la chose

qu'ils racontent, quelle qu'elle soit, que ni dans Gibbon, ni dans MM.

Bussey et Gaspey, ni dans la savante _Histoire des Villes de France_, je

ne puis trouver, dans les recherches les plus consciencieuses que me

permet de faire ma matinée d'hiver, quelle ville était en ce temps la

capitale de la Burgondie ou au moins dans laquelle de ses quatre

capitales nominales--Dijon, Besançon, Genève et Vienne--fut élevée

Clotilde. La probabilité me paraît en faveur de Vienne (appelée

toujours par MM. B. et G. «Vienna» avec l'espoir de quel profit pour

l'esprit de leurs lecteurs peu géographes, je ne puis le dire) surtout

parce qu'on dit que la mère de Clotilde a été «jetée dans le Rhône

avec une pierre au cou». L'auteur de l'introduction de la _Bourgogne_

dans l'_Histoire des Villes_ est si impatient d'avoir à donner son

petit coup de dent à ce qui peut, en quoi que ce soit, avoir rapport à

la religion, qu'il oublie entièrement l'existence de la première reine

de France, ne la nomme jamais, ni, comme tel, le lieu de sa naissance,

mais fournit seulement à l'instruction des jeunes étudiants ce

contingent bienfaisant que Gondebaud «plus politique que guerrier,

trouva au milieu de ses controverses théologiques avec Avitus, évêque

de _Vienne_, le temps de faire mourir ses trois frères et de recueillir

leur héritage».

Le seul grand fait que mes lecteurs auront tout avantage à se rappeler,

c'est que la Bourgogne, en ce temps-là, par quelque roi ou tribu

victorieuse que ses habitants puissent être soumis, comprend exactement

la totalité de la Suisse française, et même allemande, jusque

Vindonissa à l'est, la Reuss, de Vindonissa au Saint-Gothard, en

passant par Lucerne, étant sa limite effective à l'est; qu'à l'ouest,

il faut entendre par Bourgogne tout le Jura, et les plaines de la

Saône, et qu'au sud elle comprenait toute la Savoie et le Dauphiné.

Selon l'auteur de la Suisse historique, le messager de Clovis fut

d'abord envoyé à Clotilde, déguisé en mendiant, tandis qu'elle

distribuait des aumônes à la porte de Saint-Pierre à Genève, et

c'est de Dijon qu'elle partit et s'enfuit, en France, poursuivie par les

émissaires de son oncle.--(Note de l'Auteur).]

[Note 111: Clovis et Théodoric.--(Note du Traducteur.)]

[Note 112: La basilique de Saint-Pierre et Saint-Paul. Voir l'abbé

Vidieu, _Sainte Geneviève_, patronne de Paris.--(Note du Traducteur.)]

CHAPITRE III

LE DOMPTEUR DE LIONS

1. On a souvent proclamé dans ces derniers temps, comme une découverte

toute nouvelle, que l'homme est un produit des circonstances, et on

appelle avec insistance notre attention sur ce fait, dans l'espoir, si

séduisant aux yeux de certaines personnes, de pouvoir résoudre en une

succession de clapotements dans la boue ou de tourbillons de l'air, les

circonstances responsables de sa création. Mais le fait plus important

que sa nature ne dépend pas comme celle d'un moustique des brouillards

d'un marais, ni comme celle d'une taupe des éboulements d'un terrier,

mais a été dotée de sens pour discerner, et d'instinct pour adopter

les conditions qui lui feront tirer de sa vie le meilleur parti possible

est très nécessairement ignoré par les philosophes qui proposent à

l'humanité, comme un bel accomplissement de ses destinées, une vie

alimentée par le bavardage scientifique dans une cave éclairée par

des étincelles électriques, chauffée par des conduites de vapeur, où

le drainage est confié à des rivières enfouies, et que l'entremise de

races moins instruites, et mieux approvisionnées, nourrit d'extrait de

bœuf et de crocodile mis en pot[113].

2. De ces conceptions chimiquement analytiques d'un Paradis dans les

catacombes, qui n'est troublé dans ses vertus alcalines ou acides ni

par la crainte de la Divinité, ni par l'espoir de la vie future, je ne

sais jusqu'à quel point le lecteur moderne pourra consentir à

s'abstraire quelque temps pour entendre parler d'hommes qui dans leurs

jours les plus sombres et les moins sensés cherchèrent par leur labeur

à faire du désert même le jardin du Seigneur et par leur amour à

mériter la permission de vivre avec lui pour toujours.

Et pourtant jusqu'ici ce n'est jamais que dans un tel travail et dans

une telle espérance que l'homme a pu trouver le bonheur, le talent et

la vertu; et même à la veille de la nouvelle loi et au seuil du

Chanaan promis, riche en béatitudes de fer, de vapeur et de feu, il en

est çà et là quelques-uns parmi nous qui dans un sentiment de piété

filiale s'arrêteront pour jeter un regard en arrière vers cette

solitude du Sinaï, où leurs pères adorèrent et moururent.

3. Même en admettant pour le moment que les larges rues de Manchester,

le district qui entoure immédiatement la Banque de Londres, la Bourse

et les boulevards de Paris, fassent déjà partie du futur royaume du

Ciel où la Terre sera tout Bourse et Boulevards, l'Univers dont nos

pères nous entretiennent était divisé selon eux, comme vous le savez

déjà, à la fois en zones climatériques, en races, en périodes

historiques, et les circonstances dans lesquelles une créature humaine

a été appelée à la vie devaient être considérées sous ces trois

chefs: Sous quel climat est-il né? De quelle race? À quelle époque?

Il ne saurait être autre chose que ce que ces conditions lui permettent

d'être. C'est en se référant à celle-ci qu'il doit être

entendu--compris, s'il est possible;--jugé--par notre amour

d'abord--par notre pitié, s'il en a besoin, par notre humilité en fin

de compte et toujours.

4. Pour en arriver là il est évidemment nécessaire que nous ayons

pour commencer des cartes véridiques du monde et pour finir des cartes

véridiques de nos propres cœurs; et ni les unes ni les autres de ces

cartes ne sont faciles à tracer en aucun temps et moins que jamais

peut-être aujourd'hui où l'objet d'une carte est principalement

d'indiquer les hôtels et les chemins de fer, et où des sept péchés

mortels l'humilité est tenue pour le plus déplaisant et le plus

méprisable.

5. Ainsi au début de l'histoire d'Angleterre de Sir Edward Creasy vous

trouvez une carte dont l'objet est de mettre en évidence les

possessions de la nation britannique, et qui fait ressortir la conduite

extrêmement sage et courtoise de M. Fox envers un Français de la suite

de Napoléon, quand, «s'avançant vers un globe terrestre d'une

dimension et d'une netteté peu communes et l'entourant de ses bras

passés à la fois autour des océans et sur les Indes» il lui fît

observer dans cette attitude impressionnante que «tant que les Anglais

vivraient, ils s'étendraient sur le monde entier et l'enserreraient

dans le cercle de leur puissance».

6. Enflammé par l'enthousiasme de M. Fox, Sir Edward qui, à cette

exception près, se fait rarement remarquer par sa fougue, nous dit

alors «que notre home insulaire est la demeure favorite de la liberté,

de la domination et de la gloire».

Il ne se donne pas à lui-même ni à ses lecteurs l'ennui de se

demander combien de temps les nations assujetties par le peuple libre

que nous sommes et de l'opprobre desquelles est faite notre gloire,

pourront trouver leur satisfaction dans cet arrangement du globe et de

ses affaires; ou même si dès à présent la méthode qu'il emploie

dans le tracé des cartes, ne peut pas suffit à les convaincre de la

situation avilisante qu'elles y occupent.

Car la carte, étant dessinée d'après le système de projection de

Mercator, se trouve représenter les possessions britanniques en

Amérique comme ayant deux fois la dimension des États-Unis et comme

considérablement plus grandes que toute l'Amérique du Sud ensemble,

tandis que le cramoisi éclatant dont toute notre propriété foncière

est teinte ne peut que graver profondément dans l'esprit de l'innocent

lecteur l'impression d'un flux universel de liberté et de gloire

s'élançant à travers tous ces champs et de tous ces espaces.

Aussi est-il peu probable qu'il aille chicaner sur des résultats aussi

merveilleux et chercher à s'instruire sur la nature et le degré de

perfection du gouvernement que nous exerçons dans tel lieu ou dans tel

autre, par exemple en Irlande, aux Hébrides ou au Cap.

La Bible d'Amiens · 第 12 / 24 段