27. Ce n'est pas croyable pour vous, ni dans la nature des choses, sage

lecteur, et trop évidemment ce n'est qu'une glose que l'extravagance

monastique donne du récit primitif.

Soit. Toutefois cette création de l'extravagance monastique comprise

par le cœur eût été le châtiment et le frein de toute forme de

l'orgueil et de la sensualité de l'Église qui, de nos jours, a

littéralement abaissé le service de Dieu et de ses pauvres au service

du clergyman et de ses riches; et fait de ce qu'était jadis pour

l'esprit découragé la parure de la louange, les paillettes des

paillasses dans une mascarade ecclésiastique.

28. Mais encore une légende, et nous en aurons assez pour voir les

racines de l'influence étrange et universelle de ce saint sur la

chrétienté.

«Ce qui distingue particulièrement saint Martin fut la sérénité

douce, sérieuse et inaltérable; personne ne l'avait jamais vu ni en

colère, ni triste, ni gai, il n'y avait rien dans son cœur que la

piété envers Dieu et la pitié envers les hommes. Le diable qui était

particulièrement jaloux de ses vertus détestait par-dessus tout son

extrême charité, parce qu'elle était le plus nuisible à sa propre

puissance et, un jour, il lui reprocha ironiquement de si vite

accueillir favorablement les pécheurs et les repentis. Mais saint

Martin lui répondit tristement: «Oh! malheureux que tu es! si _toi_

aussi tu pouvais cesser de poursuivre et de séduire de misérables

créatures, si, toi aussi, tu pouvais te repentir, tu obtiendrais de

Jésus-Christ ta grâce et ton pardon[74].»

29. Dans cette douceur était sa force; et l'on ne peut mieux en

apprécier l'efficacité pratique qu'en comparant la portée de son

œuvre à celle de l'œuvre de saint Firmin.

L'impatient missionnaire tapage et crie comme un énergumène dans les

rues d'Amiens, insulte, exhorte, persuade, baptise, met tout, comme nous

l'avons dit, sens dessus dessous pendant quarante jours: après quoi il

a la tête tranchée, et son nom n'est plus jamais prononcé _hors_

d'Amiens.

Saint Martin ne contrarie personne, ne dépense pas un souffle en une

exhortation désagréable, comprend par la première leçon du Christ à

lui-même que des gens non baptisés peuvent être aussi bons que des

baptisés si leurs cœurs sont purs; il aide, pardonne, console

(sociable jusqu'à partager la coupe de l'amitié) avec autant

d'empressement le manant que le roi; il est le patron d'une honnête

boisson[75], l'odeur de la farce de votre oie de la Saint-Martin est

agréable à ses narines et sacrés sont pour lui les rayons de l'été

qui s'en va. Et, de façon ou d'autre, près et loin, les idoles

chancellent devant lui, les dieux païens s'évanouissent, son Christ

devient le Christ de tous les hommes, son nom est invoqué au pied

d'innombrables nouveaux autels dans tous les pays, sur les hauteurs des

collines romaines comme au fond des champs anglais. Saint Augustin

baptisa les premiers Anglais qu'il convertit dans l'église de

Saint-Martin à Cantorbéry; et à Londres la station de Charing Cross

elle-même n'a pas entièrement effacé des esprits sa mémoire ou son

nom.

30. L'histoire de la Robe épiscopale est la dernière histoire relative

à saint Martin dont je me risquerai à vous dire qu'il est plus sage de

la tenir pour littéralement vraie que pour un simple mythe; bien

qu'elle reste assurément un mythe de la valeur et de la beauté la plus

grande; enfin j'ai encore à vous conter une histoire, cette fois-ci

vraiment la dernière et où je reconnais que vous serez plus sage de

voir une fable que l'exacte expression de la vérité, bien que quelque

grain de vérité soit sans nul doute à sa base. Ce grain de vérité,

de ceux qui, jetés sur un bon terrain, se multiplient au centuple en

poussant, ce doit être quelque trait tangible et inoubliable de la

façon dont saint Martin se comportait dans la haute société; quant au

mythe, sa valeur et sa signification sont de tous les temps.

Saint Martin donc, comme le veut le récit, était un jour à dîner à

la première table du globe terrestre--à savoir, chez l'empereur et

l'impératrice de Germanie! Vous n'avez pas besoin de chercher quel

empereur, ou laquelle des femmes de l'empereur! L'empereur de Germanie

est dans tous les anciens mythes l'expression du plus haut pouvoir

sacré dans l'État, comme le pape est le plus haut pouvoir sacré dans

l'Église. Saint Martin était donc à dîner, comme nous l'avons dit,

avec naturellement l'empereur assis à côté de lui à gauche,

l'impératrice à droite; tout se passait dans les règles. Saint Martin

prenant grand plaisir au dîner, et se rendant agréable à la

compagnie, pas le moins du monde une sorte de saint à la saint

Jean-Baptiste. Vous savez aussi que dans les fêtes royales de ce temps,

des gens d'un rang social très inférieur avaient accès dans la salle

à manger: ils arrivaient derrière les chaises des invités, voyaient

et entendaient ce qui se passait et, pendant ce temps-là, sans être

importuns ils ramassaient les miettes et léchaient les plats.

Quand le dîner fut un peu avancé, et que vint le moment de servir les

vins, l'empereur remplit sa coupe, remplit celle de l'impératrice,

remplit celle de saint Martin, choque affectueusement son verre contre

celui de saint Martin. L'impératrice, également aimable et encore plus

sincèrement croyante, regarde à travers la table, humblement, mais

aussi royalement, s'attendant, naturellement, à ce que saint Martin

approche de suite son verre du sien pour le toucher. Saint Martin

regarde d'abord autour de lui d'un air de réflexion, s'aperçoit qu'il

a à côté de sa chaise un pauvre mendiant déguenillé, ayant l'air

altéré, qui a réussi à se faire remplir sa coupe d'une manière ou

d'une autre, par un laquais charitable.

Saint Martin tourne le dos à l'impératrice et trinque avec _lui!_

31. Pour laquelle charité--mythique si vous voulez, mais éternellement

exemplaire--il reste, comme nous l'avons dit, le patron des buveurs bons

chrétiens à cette heure.

Comme les années passaient sur lui, il paraît avoir senti qu'il avait

porté le poids de la crosse assez longtemps, que l'active Tours avait

besoin maintenant d'un évêque plus actif, que pour lui-même il

pourrait dorénavant prendre innocemment son plaisir et son repos là

où la vigne poussait et l'alouette chantait. Pour palais épiscopal il

prend une petite excavation dans les rochers calcaires du bassin

supérieur du fleuve, organise toutes choses pour le lit et la table, à

peu de frais. Nuit par nuit, pour lui le ruisseau murmure, jour par

jour, les feuilles de la vigne lui donnent leur ombre; et le soleil, son

héraut, trouant l'horizon chaque jour rapproché, descend pour lui dans

l'eau qu'il empourpre--là, où maintenant, la paysanne trotte vers la

maison entre ses paniers, où la scie est arrêtée dans le bois à demi

fendu, et où le clocher du village s'élève gris contre la lumière la

plus éloignée dans le _Bord de la Loire_ de Turner[76].

32. Toutes choses que je ne vous ai pas racontées, à présent, bien

qu'elles ne soient pas par elles-mêmes sans profit, sans avoir pour

cela une raison spéciale, qui était de vous rendre capables de

comprendre la signification d'un fait qui marqua le début de la marche

de Clovis dans le sud contre les Wisigoths.

Ayant passé la Loire à Tours, il traversa les domaines de l'abbaye de

Saint-Martin qu'il déclara inviolables, et refusa à ses soldats

l'autorisation de toucher à rien, excepté à l'eau et à l'herbe pour

leurs chevaux. Ses ordres furent si sévères et si inflexible la

rigueur avec laquelle il exigea qu'ils fussent obéis, qu'un soldat

franc ayant pris sans le consentement du propriétaire du foin qui

appartenait à un pauvre homme, et disant en plaisantant «que ce

n'était que de l'herbe», il fit mettre l'agresseur à mort, s'écriant

qu'«on ne pouvait attendre la victoire, si l'on offensait saint

Martin».

33. Maintenant remarquez-le bien, ce passage de la Loire à Tours

contient en puissance l'accomplissement des propres destinées du

royaume de France et la devise de son pouvoir reconnu et sûrement

établi est: «Honneur aux pauvres!» Même un peu d'herbe ne doit pas

être volé à un pauvre homme sous peine de mort. Ainsi le veut le

chevalier chrétien des armées romaines; placé maintenant sur un

trône élevé auprès de Dieu. Ainsi le veut le premier roi chrétien

des Francs au loin victorieux; baptisé par Dieu, ici, dans le Jourdain

de sa terre promise, alors qu'il le traverse pour en prendre possession.

Pour combien de temps?

Jusqu'à ce que cette même devise soit lue à rebours par un trône

dégénéré; jusqu'à ce que, la nouvelle étant apportée que les

pauvres du peuple de France n'avaient pas de pain à manger, il leur

fût répondu: «Qu'ils pouvaient manger de l'herbe[77].» Sur quoi,

près du faubourg Saint-Martin et de la porte Saint-Martin, furent

données par le chevalier des Pauvres contre le Roi, des ordres qui

terminèrent son festin.

Et souvenez-vous de tous ces exemples, de l'influence sur les âmes

françaises présentes et à venir, de saint Martin de Tours.

[Note 52: L'éminent érudit, M. Charles Newton Scott, veut bien

m'écrire qu'il voit dans ce titre _By the rivers of waters_ une

citation du _Cantique des Cantiques_, V. 2 «(Tes yeux sont comme des

colombes) au bord des eaux vives.»--(Note du traducteur.)]

[Note 53: Cf. avec _Præterita_:

«Vers le moment de l'après-midi où le moderne voyageur fashionable,

parti par le train du matin de Charing Cross pour Paris, Nice et

Monte-Carlo, s'est un peu remis des nausées de sa traversée, et de

l'irritation d'avoir eu à se battre pour trouver des places à

Boulogne, et commence à regarder à sa montre pour voir à quelle

distance il est du buffet d'Amiens, il est exposé au désappointement

et à l'ennui d'un arrêt inutile du train aune gare sans importance où

il lit le nom: «Abbeville».

Au moment où le train se remet en marche, il pourra voir, s'il se

soucie de lever pour un instant les yeux de son journal, deux tours

carrées que dominent les peupliers et les osiers du sol marécageux

qu'il traverse. Il est probable que ce coup d'œil est tout ce qu'il

souhaitera jamais leur accorder d'attention; et je ne sais guère

jusqu'à quel point je pourrai arriver à faire comprendre au lecteur,

même le plus sympathique, l'influence qu'elles ont eue sur ma propre

vie.

Je dois ici, d'avance, dire au lecteur qu'il y a eu, en somme, trois

centres de la pensée de ma vie: Rouen, Genève et Pise.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

C'est en 1835 que je vis pour la première fois Rouen et Venise--Pise

seulement en 1840--et je ne pus comprendre la puissance complète

d'aucun de ces trois grands spectacles que beaucoup plus tard. Mais,

pour Abbeville, qui est comme là préface et l'interprétation de

Rouen, j'étais déjà alors en état de la comprendre et je sentis

qu'il y avait là, pour moi accès immédiat dans un travail sain et

dans la joie.

... Mes bonheurs les plus intenses, je les ai connus dans les montagnes.

Mais comme plaisir joyeux et sans mélange, arriver en vue d'Abbeville

par une belle après-midi d'été, sauter à terre dans la cour de

l'hôtel de l'Europe et descendre la rue en courant pour voir

Saint-Wulfran avant que le soleil ait quitté les tours, sont des choses

pour lesquelles il faut chérir le passé jusqu'à la fin. De Rouen et

de sa cathédrale ce que j'ai à dire trouvera place, si les jours me

sont donnés, dans _Nos Pères nous ont dit._» (_Præterita_, I, IX, §

177, 180, 181.)--(Note du Traducteur.)]

[Note 54: Cf. _Præterita_, l'impression des lents courants de marée

montante et descendante le long des marches de l'hôtel Danielli.--(Note

du Traducteur.)]

[Note 55: Isaac Walton, célèbre pêcheur de la Dove, né en 1593 à

Strafford, mort en 1683, qui a écrit notamment _le Parfait pêcheur à

la ligne_ (Londres, 1653).--(Note du Traducteur.)]

[Note 56: Déjà, dans _Modern Painters_, il est question «de la

simplicité sereine et de la grâce des peupliers d'Amiens» (_Modern

Painters_, IV, V, 20). Le IVe volume des _Modern Painters_ est de

1855.--(Note du Traducteur.)]

[Note 57: M. H. Dusevel, _Histoire de la ville d'Amiens._ Amiens, Caron

et Lambert, 1848, p. 305.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 58: Carpaccio, lorsque, représentant une fête dans une ville, il

veut donner une impression de grande splendeur, a recours aux draperies

déployées aux fenêtres.--(Note de l'Auteur.)

Dans aucune des deux grandes études que Ruskin a consacrées à

Carpaccio (_Guide de l'Académie des Beaux Arts à Venise_ et dans _le

Repos de Saint-Marc, l'Autel des Esclaves_), je n'ai trouvé cette

remarque. Ceci vient à l'appui de ce que je dis dans l'introduction, p.

60 et 61 de ce volume. Je n'ai pas souvenir qu'il en soit question non

plus dans les pages de _Fors Clavigera_ consacrées à Carpaccio (_Fors

Clavigera_, lettre 71.)--(Note du Traducteur.)]

[Note 59: Le nom de Pénélope, évoqué ici à propos d'une petite

Picarde, l'est dans _The Story of Arachné_ à propos d'une ouvrière

normande. «Arachné était une jeune fille lydienne d'une pauvre

famille. Et comme devraient faire toutes les jeunes filles, elle avait

appris à filer et à tisser, et non pas seulement à tisser et à

tricoter de bons vêtements solides mais à les couvrir d'images, comme

vous le savez, on dit que Pénélope en a tissées, ou comme celles que

la reine de notre propre Guillaume le Conquérant broda. Desquelles il

ne subsiste plus que celles de Bayeux en Normandie, connues du monde

entier sous le nom de _la Tapisserie de Bayeux._» (_Verona and other

lectures_, II, _The Story of Arachné_, § 18.)--(Note du Traducteur.)]

[Note 60: «Vos cheminées d'usines, combien plus hautes et plus aimées

que les flèches des cathédrales» (_Crown of wild olive_, XIe

Conference).--(Note du Traducteur.)]

[Note 61: Saint Jean, VI, 29.--(Note du Traducteur.)]

[Note 62: Cf. la description de la tour de l'église de Calais (_Modern

Painters_, V, I, § 2 et 3.)--(Note du Traducteur.)]

[Note 63: Cf., dans _Queen of the Air_ (I, 11), Proserpine appelée la

Reine du Destin.--(Note du Traducteur.)]

[Note 64: En réalité, Ruskin ne parlera plus de cette clôture

extérieure du chœur, sauf, sous forme de simple allusion, au IVe

chapitre. Mais vous pourrez en lire une superbe description aux pages

400 et 401 de _la Cathédrale_ de M. Huysmans. Nous n'avons pas

malheureusement la place de la reproduire ici. M. Huysmans qui a voué

une dévotion toute particulière à Notre-Dame de Chartres reconnaît

pourtant que la clôture du chœur est beaucoup plus belle à Amiens

qu'à Chartres.--(Note du Traducteur.)]

[Note 65: Les premiers pas fixés et établis; des tribus errantes du

nom de Francs avaient tour à tour balayé le pays puis reculé. Mais

_cette_ invasion des Francs, dits Francs Saliens, ne se retirera

plus.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 66: Voir la note à la fin du chapitre ainsi que la pape 118 pour

les allusions à la bataille de Soissons.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 67: Les quatre premières figures de cette illustration sont

expliquées dans le texte. La cinquième représente les relations de la

Normandie, du Maine, de l'Anjou et de l'Aquitaine. Voyez Viollet-le-Duc,

_Dict. Arch._, vol. I, p. 136.--(Note de l'Auteur.)

Voici l'aspect que présentent les quatre premières cartes de France,

que nous n'avons pas reproduites ici. La première est simplement une

carte physique de la France. Dans la seconde, il y a au nord, jusqu'à

la Somme, deux petites rangées de fleurs de lis, c'est-à-dire des

Francs. De la Somme à la Loire, un espace laissé en blanc figure, je

crois, la domination romaine. La Bretagne est couverte de hachures

diagonales descendant de gauche à droite, qui signifient les Bretons;

la Burgondie, de hachures diagonales descendant de droite à gauche, qui

signifient les Burgondes; le midi de la France, de la Loire aux

Pyrénées, de hachures horizontales qui indiquent les Wisigoths. Dans

les cartes 3 et 4, la Bretagne et la Burgondie resteront couvertes

respectivement de Bretons et de Burgondes. Mais ce sont les seules

parties de la France qui ne changeront pas. En effet, dans la carte 3

qui expose les résultats de la bataille de Soissons, l'espace, blanc

tout à l'heure, qui est compris entre la Seine et la Loire, est

maintenant couvert de fleurs de lis (de Francs). Et dans la carte 4,

carte de la France après la bataille de Poitiers, les fleurs de lis ont

partout remplacé les hachures horizontales (les Wisigoths) de la Loire

aux Pyrénées, sauf dans la partie comprise entre la Garonne et la

mer.--(Note du Traducteur.)]

[Note 68: Hachures diagonales descendant de gauche à droite.]

[Note 69: Hachures diagonales descendant de droite à gauche.]

[Note 70: Hachures horizontales.]

[Note 71: Plus exactement son manteau de chevalier, selon toute

probabilité la trabea à raies rouges et blanches, le vêtement même

des rois de Rome et principalement de Romulus.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 72: MM. Jameson, _Art légendaire_, vol. II, p. 721.--(Note de

l'Auteur.)]

[Note 73: Personnage du _Pilgrim's Progress_ de John Bunyan.--(Note du

Traducteur.)]

[Note 74: MM. Jameson, vol. II, p. 722.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 75: Ce n'est pas seulement Ruskin, il me semble, qui aime à se

représenter un saint sous ces traits. Les meilleurs d'entre les

clergymens de George Eliot et d'entre les prophètes de Carlyle ne sont

pas davantage des «saints qui prêchent», ni «des sortes de saints à

la saint Jean-Baptiste». Ils «ne dépensent pas non plus un souffle en

une exhortation désagréable». Ils sont aussi aimables «pour le

manant que pour le roi», aiment eux aussi « une honnête boisson».

D'abord, dans Carlyle, voyez Knox: «Ce que j'aime beaucoup en ce Knox,

c'est qu'il avait une veine de drôlerie en lui. C'était un homme de

cœur, honnête, fraternel, frère du grand, frère aussi du petit,

sincère dans sa sympathie pour les deux; il avait sa pipe de Bordeaux

dans sa maison d'Édimbourg, c'était un homme joyeux et sociable. Ils

errent grandement, ceux qui pensent que ce Knox était un fanatique

sombre, spasmodique, criard. Pas du tout: c'était un des plus solides

d'entre les hommes. Pratique, prudent, patient, etc.» De même Burns:

«était habituellement gai de paroles, un compagnon d'infini

enjouement, rire, sens et cœur. Ce n'est pas un homme lugubre; il a les

plus gracieuses expressions de courtoisie, les plus bruyants flots de

gaieté, etc.» C'est encore Mahomet: «Mahomet sincère, sérieux,

cependant aimable, cordial, sociable, enjoué même, un bon rire en lui

avec tout cela.» Et de même Carlyle aime à parler du rire de Luther.

(Carlyle, _les Héros_, traduction Izoulet, pages 237, 298, 299, 83,

etc.)

Et dans Georges Eliot, voyez M. Irwine dans _Adam Bede_ M. Gilfil dans

les _Scènes de la vie du Clergé_, M. Farebrother dans _Middlemarch_,

etc.

«Je suis obligé de reconnaître que M. Gilfil ne demanda pas à Mme

Fripp pourquoi elle n'avait pas été à l'église et ne fit pas le

moindre effort pour son édification spirituelle. Mais le jour suivant

il lui envoya un gros morceau de lard, etc. Vous pouvez conclure de cela

que ce vicaire ne brillait pas dans les fonctions spirituelles de sa

place et, à la vérité, ce que je puis dire de mieux sur son compte,

c'est qu'il s'appliquait à remplir ses fonctions avec célérité et

laconisme.» Il oubliait d'enlever ses éperons avant de monter en

chaire et ne faisait pour ainsi dire pas de sermons. Pourtant jamais

vicaire ne fut aussi aimé de ses ouailles et n'eut sur elles une

meilleure influence. «Les fermiers aimaient tout particulièrement la

société de M. Gilfil, car non seulement il pouvait fumer sa pipe et

assaisonner les détails des affaires paroissiales de force

plaisanteries, etc. Aller à cheval était la principale distraction du

vieux monsieur maintenant que les jours de chasse étaient passés pour

lui. Ce n'était pas aux seuls fermiers de Shepperton que la société

de M. Gilfil était agréable, il était l'hôte bienvenu des meilleures

maisons de ce côté du pays. Si vous l'aviez vu conduire Lady Sitwell

à la salle à manger (comme tout à l'heure saint Martin l'impératrice

de Germanie) et que vous l'eussiez entendu lui parler avec sa galanterie

fine et gracieuse, etc.». «Mais le plus souvent il restait à fumer sa

pipe en buvant de l'eau et du gin. Ici, je me trouve amené à vous

parler d'une autre faiblesse du vicaire, etc.» (_le Roman de M.

Gilfil_, traduction d'Albert-Durade, pages 116, 117, 121, 124, 125, 126).

«Quant au ministre, M. Gilfil, vieux monsieur qui fumait de très

longues pipes et prêchait des sermons très courts.» (_Tribulations du

Rév. Amos Barton_, même trad., p. 4.) «M. Irwine n'avait

effectivement ni tendances élevées, ni enthousiasme religieux et

regardait comme une vraie perte de temps de parler doctrine et réveil

chrétien au vieux père Taft ou à Cranage, le forgeron. Il n'était ni

laborieux, ni oublieux de lui-même, ni très abondant en aumônes et sa

croyance même était assez large. Ses goûts intellectuels étaient

plutôt païens, etc. Mais il avait cette charité chrétienne qui a

souvent manqué à d'illustres vertus. Il était indulgent pour les

fautes du prochain et peu enclin à supposer le mal, etc. Si vous

l'aviez rencontré monté sur sa jument grise, ses chiens courant à ses

côtés, avec un sourire de bonne humeur, etc. L'influence de M. Irwine

dans sa paroisse fut plus utile que celle de M. Ryde qui insistait

fortement sur les doctrines de la Réformation, condamnait sévèrement

les convoitises de la chair, etc., qui était très savant. M. Irwine

était aussi différent de cela que possible, mais il était si

pénétrant; il comprenait ce qu'on voulait dire à la minute, il se

conduisait en gentilhomme avec les fermiers, etc. Il n'était pas un

fameux prédicateur, mais ne disait rien qui ne fût propre à vous

rendre plus sage si vous vous en souveniez.» (_Adam Bede_, même trad.,

pages 84, 85, 226, 227, 228, 230).--(Note du Traducteur.)]

[Note 76: _Modern Painters_, planche LXXIII.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 77: Parole faussement attribuée à Foulon, commissaire des

guerres, et pour laquelle il fut égorgé (juillet 1789).--(Note du

Traducteur.)]

NOTES DU CHAPITRE I

La Bible d'Amiens · 第 8 / 24 段