LES CARESSES.

NON, mon ami, n'y songez plus. Ce que vous me demandez me révolte et me

dégoûte. On dirait que Dieu, car je crois à Dieu, moi, a voulu gâter

tout ce qu'il a fait de bon en y joignant quelque chose d'horrible.

Il nous avait donné l'amour, la plus douce chose qui soit au monde,

mais trouvant cela trop beau et trop pur pour nous, il a imaginé les

sens, les sens ignobles, sales, révoltants, brutaux, les sens qu'il

a façonnés comme par dérision et qu'il a mêlés aux ordures du corps,

qu'il a conçus de telle sorte que nous n'y pouvons songer sans rougir,

que nous n'en pouvons parler qu'à voix basse. Leur acte affreux est

enveloppé de honte. Il se cache, révolte l'âme, blesse les yeux, et,

honni par la morale, poursuivi par la loi, il se commet dans l'ombre,

comme s'il était criminel.

Ne me parlez jamais de cela, jamais!

Je ne sais point si je vous aime, mais je sais que je me plais près de

vous, que votre regard m'est doux et que votre voix me caresse le cœur.

Du jour où vous auriez obtenu de ma faiblesse ce que vous désirez, vous

me deviendriez odieux. Le lien délicat qui nous attache l'un à l'autre

serait brisé. Il y aurait entre nous un abîme d'infamies.

Restons ce que nous sommes. Et... aimez-moi si vous voulez, je le

permets.

Votre amie,

Œuvres complètes de Guy de Maupassant - volume 16 · 第 47 / 63 题