ADOLPHE BRISSON.

Le _Temps_ de mercredi soir, après avoir évoqué, dans un article

d'adieux empreint d'une émotion profonde, l'admirable carrière du

maître journaliste que fut Adrien Hébrard, y ajoute de brèves notes

biographiques et quelques détails très sobres sur sa mort:

«On chercherait vainement, dit-il, une biographie quelconque imprimée

d'Adrien Hébrard. Sa vie durant, notre directeur se refusa aux plus

petites contributions de ce genre. Dans _l'Annuaire de l'Association

des journalistes républicains_, à laquelle il appartenait depuis sa

fondation, se trouve seule la date de sa naissance: 1er juin 1833.

«Il était né à Grisolles, chef-lieu de canton de Tarn-et-Garonne, voisin

de Toulouse. Il avait fait ses études au lycée de cette ville, et

commencé ses études de droit qu'il devait terminer à Paris.

«Là, il se lia de très bonne heure avec Nefftzer et Gambetta.

«Avec Nefftzer, Adrien Hébrard participa à la fondation du _Temps_, le

25 avril 1861. Il y fut bientôt chargé du Bulletin du jour, qui était

l'appréciation quotidienne et motivée des événements importants de la

France et de l'étranger.

«Le jeudi 18 mars 1867, l'assemblée générale des actionnaires du

_Temps_, sous la présidence de Nefftzer, fondateur, nommait Adrien

Hébrard directeur. Il fallut attendre jusqu'au 30 juin 1871 pour vaincre

sa modestie et pour qu'Adrien Hébrard consentît à signer, pour la

première fois, dans le journal de son titre de directeur-gérant.

«Le 5 janvier 1879, il était élu sénateur de la Haute-Garonne. Il

conserva son mandat pendant dix-huit ans, consacrant néanmoins au

_Temps_ toute son activité.

«La maladie, pour la première fois, le sépara de nous il y a deux ans.

Le 7 juillet de l'année dernière, une rechute le tint à nouveau éloigné

pendant quelques jours.

«Cette année, la maladie le frappait encore. Le 19 juin on le

transportait à Saint-Germain; on espérait que le changement d'air lui

procurerait quelque bien. Trois semaines après, il voulut rentrer

à Paris. Depuis, les soins attentifs de M. le docteur Guépin, des

professeurs Robin et Debove, ont vainement lutté contre la mort. Notre

bien cher patron s'est éteint ce matin à midi, sans aucune souffrance,

d'un sommeil d'enfant.»

L'Illustration, No. 3727, 1er Août 1914 · 第 7 / 34 题