Pendant toute la nuit, deux tombereaux chargés de cadavres se

promenèrent dans les rues à la lueur des torches; le lendemain

tout Paris était aux barricades, et Sobrier sans connaissance

était rapporté chez lui. C'était Sobrier qui, sans savoir ce

qu'il faisait, venait de donner une secousse au monde.

Ganneau et Sobrier sont morts, et l'on peut maintenant, sans

danger pour eux, révéler à l'histoire ce terrible exemple du

magnétisme des enthousiastes et des fatalités que peuvent

entraîner après elles les maladies nerveuses de certains hommes.

Nous tenons de source certaine les choses que nous racontons et

nous pensons que cette révélation peut apporter un soulagement à

la conscience du Bélisaire de la poésie, l'auteur de l'_Histoire

des Girondins_.

[525] Les phénomènes magnétiques produits par Ganneau durèrent même

après sa mort. Sa veuve, femme sans instruction et d'une

intelligence assez négative, fille d'un honnête Auvergnat, est

restée dans le somnambulisme statique où son mari l'avait

plongée. Semblable à ces enfants qui subissent la forme des

imaginations de leurs mères, elle est devenue une image vivante

de Marie-Antoinette prisonnière à la Conciergerie. Ses manières

sont celles d'une reine à jamais veuve et désolée, parfois

seulement elle laisse échapper quelques plaintes qui sont de

s'écrier que son rêve la fatigue, mais elle s'indigne

souverainement contre ceux qui cherchent à la réveiller; elle ne

donne d'ailleurs aucun signe d'aliénation mentale; sa conduite

extérieure est raisonnable, sa vie parfaitement honorable et

régulière. Rien n'est plus touchant, selon nous, que cette

obsession persévérante d'un être follement aimé qui se survit

dans une hallucination conjugale. Si Artémise a existé, il est

permis de croire que Mausole était aussi un puissant magnétiseur,

et qu'il avait entraîné et fixé à jamais les affections d'une

femme toute sensitive en dehors des limites du libre arbitre et

de la raison.

CHAPITRE VI.

DES SCIENCES OCCULTES.

SOMMAIRE.--Coup d'oeil synthétique sur les sciences occultes.--La

recherche de l'absolu.

Le secret des sciences occultes c'est celui de la nature

elle-même, c'est le secret de la génération des anges et des

mondes, c'est celui de la toute-puissance de Dieu!

[526] Vous serez comme les Élohims, connaissant le bien et le mal,

avait dit le serpent de la Genèse, et l'arbre de la science est

devenu l'arbre de la mort.

Depuis six mille ans, les martyrs de la science travaillent et

meurent au pied de cet arbre pour qu'il redevienne l'arbre de

vie.

L'absolu cherché par les insensés et trouvé par les sages, c'est

la _vérité_, la _réalité_ et la _raison_ de l'équilibre

universel!

L'équilibre, c'est l'harmonie qui résulte de l'analogie des

contraires.

Jusqu'à présent l'humanité a essayé de se tenir sur un seul pied,

tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre.

Les civilisations se sont élevées et ont péri, soit par la

démence anarchique du despotisme, soit par l'anarchie despotique

de la révolte.

Tantôt les enthousiasmes superstitieux, tantôt les misérables

calculs de l'instinct matérialiste ont égaré les nations, et Dieu

pousse le monde enfin vers la raison croyante et les croyances

raisonnables.

Nous avons eu assez de prophètes sans philosophie et de

philosophes sans religion, les croyants aveugles et les

sceptiques se ressemblent et ils sont aussi loin les uns que les

autres du salut éternel.

Dans le chaos du doute universel et des conflits de la science et

de la foi, les grands hommes et les voyants n'ont été que des

artistes malades qui cherchaient la beauté idéale aux risques et

périls de leur raison et de leur vie.

Aussi voyez-les tous encore, ces sublimes enfants, ils sont

[527] fantasques et nerveux comme des femmes, un rien les blesse, la

raison les offense, ils sont injustes les uns envers les autres,

et eux qui ne vivent que pour être couronnés, ils sont les

premiers à faire dans leurs fantasques humeurs ce que Pythagore

défend d'une manière si touchante dans ses symboles admirables,

ils déchirent et foulent aux pieds les couronnes! Ce sont les

aliénés de la gloire, mais Dieu, pour les empêcher de devenir

dangereux, les contient avec les chaînes de l'opinion.

Le tribunal de la médiocrité juge le génie sans appel, parce que

le génie étant la lumière du monde, est regardé comme nul et

comme mort, dès qu'il n'éclaire pas.

L'enthousiasme du poëte est contrôlé par le sang-froid de la

prosaïque multitude. L'enthousiaste que le bon sens public

n'accepte pas, n'est point un génie, c'est un fou.

Ne dites pas que les grands artistes sont les esclaves de la

foule ignorante, car c'est d'elle que leur talent reçoit

l'équilibre de la raison.

La lumière, c'est l'équilibre de l'ombre et de la clarté.

Le mouvement, c'est l'équilibre de l'inertie et de l'activité.

L'autorité, c'est l'équilibre de la liberté et du pouvoir.

La sagesse, c'est l'équilibre dans les pensées.

La vertu, c'est l'équilibre dans les affections; la beauté, c'est

l'équilibre dans les formes.

Les belles lignes sont les lignes justes, et les magnificences de

la nature sont un algèbre de grâces et de splendeurs.

[528] Tout ce qui est juste est beau: tout ce qui est beau doit être

juste.

Le ciel et l'enfer sont l'équilibre de la vie morale; le bien et

le mal sont l'équilibre de la liberté.

Le grand oeuvre, c'est la conquête du point central où réside la

force équilibrante. Partout ailleurs, les réactions de la force

équilibrée conservent la vie universelle par le mouvement

perpétuel de la naissance et de la mort.

C'est pour cela que les philosophes hermétiques comparent leur or

au soleil.

C'est pour cela que cet or guérit toutes les maladies de l'âme et

donne l'immortalité. Les hommes arrivés à ce point central sont

les véritables adeptes, ce sont les thaumaturges de la science et

de la raison.

Ils sont maîtres de toutes les richesses du monde et des mondes,

ils sont les confidents et les amis des princes du ciel, la

nature leur obéit parce qu'ils veulent ce que veut la loi qui

fait marcher la nature.

Voilà ce que le Sauveur du monde appelle le _royaume de Dieu!_

c'est le _sanctum regnum_ de la sainte kabbale. C'est la couronne

et l'anneau de Salomon, c'est le sceptre de Joseph devant lequel

s'inclinent les étoiles du ciel et les moissons de la terre.

Cette toute-puissance nous l'avons retrouvée, et nous ne la

vendons pas, mais si Dieu nous avait chargé de la vendre, nous ne

trouverions pas que ce soit assez de toute la fortune des

acheteurs; nous leur demanderions encore, non pas pour nous, mais

pour elle toute leur âme et toute leur vie!

[529]

CHAPITRE VII.

RÉSUMÉ ET CONCLUSION.

SOMMAIRE.--L'énigme du Sphinx.--Les questions

paradoxales.--Portée des découvertes de la science magique dans

l'ordre religieux, dans l'ordre moral et dans l'ordre

politique.--Objet et but de cet ouvrage.

Il nous reste maintenant à résumer et à conclure.

Résumer l'histoire d'une science, c'est résumer la science. Aussi

allons-nous récapituler les grands principes de l'initiation

conservés et transmis à travers tous les âges.

La science magique est la science absolue de l'équilibre.

Cette science est essentiellement religieuse, elle a présidé à la

formation des dogmes de l'ancien monde, et a été ainsi la mère

nourrice de toutes les civilisations.

Mère pudique et mystérieuse, qui, en allaitant de poésie et

d'inspiration les générations naissantes, couvrait son visage et

son sein!

Avant tout principe, elle nous dit de croire en Dieu, et de

l'adorer sans chercher à le définir, parce que souvent pour notre

intelligence imparfaite, un Dieu défini est en quelque sorte un

Dieu fini! Mais après Dieu, elle nous montre comme souverains

principes des choses, les mathématiques éternelles et les forces

équilibrées.

Il est écrit dans la Bible que Dieu a tout disposé par le poids,

le nombre et la mesure, voici le texte:

_Omnia in pondere et numero et mensurâ disposuit Deus._

[530] Ainsi le poids, c'est-à-dire l'équilibre, le nombre ou la

quantité et la mesure, c'est-à-dire la proportion, telles sont

les bases éternelles ou divines de la science de la nature.

La formule de l'équilibre est celle-ci:

«L'harmonie résulte de l'analogie des contraires.»

Le nombre est l'échelle des analogies dont la proportion est la

mesure.

Toute la philosophie occulte du Sohar pourrait s'appeler la

_science de l'équilibre._

La clef des nombres se trouve dans le Sepher Jézirah. La

génération des nombres est analogue à la filiation des idées et à

la production des formes.

En sorte que, dans leur alphabet sacré, les sages hiérophantes de

la kabbale ont réuni les signes hiéroglyphiques des nombres, des

idées et des formes.

Les combinaisons de cet alphabet donnent des équations d'idées,

et mesurent, en les indiquant, toutes les combinaisons possibles

dans les formes naturelles.

Dieu, dit la Genèse, a fait l'homme à son image: or, l'homme

étant le résumé vivant de la création, il s'ensuit que la

création aussi est faite à l'image de Dieu.

Il y a dans l'univers trois choses: l'_esprit_, le _médiateur

plastique_ et la _matière._

Les anciens donnaient à l'esprit pour instrument immédiat, le

fluide igné auquel ils prêtaient le nom générique de _soufre_; au

médiateur plastique, le nom de _Mercure_ à cause du symbolisme

représenté par le caducée, et à la matière le nom de _sel_, à

cause du sel fixe qui reste après la combustion et qui résiste à

l'action du feu.

[531] Ils comparaient le soufre au père, à cause de l'activité

génératrice du feu; le mercure à la mère, pour sa puissance

d'attraction et de reproduction; et le sel était pour eux

l'enfant ou la substance soumise à l'éducation de la nature.

La substance créée pour eux était une, et ils la nommaient

lumière.

Lumière positive ou ignée, le soufre volatil; lumière négative ou

rendue visible par les vibrations du feu, le mercure fluide

éthéré; et lumière neutralisée ou ombre, le mixte coagulé ou fixé

sous la forme de terre ou de sel.

C'est pourquoi Hermès trismégiste s'exprime ainsi dans son

symbole connu sous le nom de _Table d'émeraude:_

«Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en

bas est comme ce qui est en haut pour former les merveilles de la

chose unique.»

C'est-à-dire que le mouvement universel est produit par les

analogies du fixe et du volatil, le volatil tendant à se fixer,

et le fixe à se volatiliser, ce qui produit un échange continuel

entre les formes de la substance unique et, par cet échange, les

combinaisons sans cesse renouvelées des formes universelles.

Le feu c'est Osiris ou le soleil, la lumière c'est Isis ou la

lune, ils sont le père et la mère du grand Télesma, c'est-à-dire

de la substance universelle, non qu'ils en soient les créateurs,

mais ils en représentent les deux forces génératrices, et leur

effort combiné produit le fixe ou la terre, ce qui fait dire à

Hermès que leur force est parvenue à toute sa manifestation quand

la terre en a été formée.

[532] Osiris n'est donc pas Dieu, même pour les grands hiérophantes du

sanctuaire égyptien. Osiris n'est que l'ombre lumineuse ou ignée

du principe intellectuel de la vie, et c'est pour cela qu'au

moment des dernières initiations on jetait en courant dans

l'oreille de l'adepte cette révélation redoutable: _Osiris est un

dieu noir._

Malheur, en effet, au récipiendaire dont l'intelligence ne se

serait pas élevée par la foi au-dessus des symboles purement

physiques de la révélation égyptienne! Cette parole devenait pour

lui une formule d'athéisme et son esprit était frappé

d'aveuglement. Elle était au contraire pour le croyant d'un génie

plus élevé, le gage des plus sublimes espérances. Enfant,

semblait lui dire l'initiateur, tu prends une lampe pour le

soleil, mais ta lampe n'est qu'une étoile de la nuit; il existe

un véritable soleil; sors de la nuit et cherche le jour!

Ce que les anciens appelaient les _quatre éléments_ n'étaient pas

pour eux des corps simples, mais bien les quatre formes

élémentaires de la substance unique. Ces quatre formes étaient

figurées sur le sphinx: l'air par les ailes, l'eau par le sein de

femme, la terre par le corps de taureau, le feu par les griffes

du lion.

La substance une, trois fois triple en mode d'essence, et

quadruple en forme d'existence, tel est le secret des trois

pyramides triangulaires d'élévation, carrées par la base et

gardées par le sphinx. L'Égypte, en élevant ces monuments, avait

voulu poser les colonnes d'Hercule de la science universelle.

Aussi les sables ont monté, les siècles ont passé et les

pyramides toujours grandes proposent aux nations leur énigme dont

[533] le mot a été perdu. Quant au sphinx, il semble avoir sombré dans

la poussière des âges. Les grands empires de Daniel ont régné

tour à tour sur la terre, et se sont enfoncés de tout leur poids

dans le tombeau. Conquêtes de la guerre, fondations du travail,

oeuvres des passions humaines, tout s'est englouti avec le corps

symbolique du sphinx; maintenant la tête humaine se dresse seule

au-dessus des sables du désert, comme si elle attendait l'empire

universel de la pensée.

Devine ou meurs! tel était le terrible dilemme posé par le sphinx

aux aspirants à la royauté de Thèbes. C'est qu'en effet les

secrets de la science sont ceux de la vie; il s'agit de régner ou

de servir, d'être ou de ne pas être. Les forces naturelles nous

briseront, si elles ne nous servent à conquérir le monde. Roi ou

victime, il n'y a pas de milieu entre cet abîme et cette sommité,

à moins qu'on ne se laisse tomber dans la masse de ceux qui ne

sont rien, parce qu'ils ne se demandent jamais pourquoi ils

vivent ni ce qu'ils sont.

Les formes du sphinx représentent aussi par analogie

hiéroglyphique les quatre propriétés de l'agent magique

universel, c'est-à-dire de la lumière astrale: dissoudre,

coaguler, réchauffer, refroidir. Ces quatre propriétés dirigées

par la volonté de l'homme, peuvent modifier toutes les formes de

la nature, et produire, suivant l'impulsion donnée, la vie ou la

mort, la santé ou la maladie, l'amour ou la haine, la richesse

même ou la pauvreté. Elles peuvent mettre au service de

l'imagination tous les reflets de la lumière; elles sont la

solution paradoxale des questions les plus téméraires qu'on

puisse poser à la haute magie.

[534] Les questions paradoxales de la curiosité humaine, les voici;

nous allons les poser et y répondre:

1. Peut-on échapper à la mort?

2. La pierre philosophale existe-t-elle, et comment faire pour la

trouver?

3. Peut-on se faire servir par les esprits?

4. Qu'est-ce que la clavicule, l'anneau et le sceau de Salomon?

5. Peut-on prévoir l'avenir par des calculs certains?

6. Peut-on faire à son gré du bien ou du mal par influence

magique?

7. Que faut-il pour être un vrai magicien?

8. En quoi consistent précisément les forces de la magie noire?

Nous appelons paradoxales ces questions qui sont en dehors de

toute science, et qui semblent être d'avance résolues

négativement par la foi.

Ces questions sont téméraires si elles sont faites par un

profane, et leur solution complète donnée par un adepte

ressemblerait à un sacrilège.

Dieu et la nature ont fermé le sanctuaire intime de la haute

science, en sorte qu'au delà de certaine limite celui qui sait,

parlerait inutilement, il ne se ferait plus comprendre; la

révélation du grand arcane magique est donc heureusement

impossible.

Les solutions que nous allons donner seront donc la dernière

expression du verbe magique; nous les rendrons aussi claires

qu'elles peuvent être, mais nous ne nous chargeons pas de les

faire comprendre à tous nos lecteurs.

[535] QUESTIONS 1 et 2.

1. Peut-on échapper à la mort?

2. La pierre philosophale existe-t-elle, et comment faire pour la

trouver?

RÉPONSES.

On peut échapper à la mort de deux manières, dans le temps et

dans l'éternité.

Dans le temps, en guérissant toutes les maladies et en évitant

les infirmités de la vieillesse;

Et dans l'éternité, en perpétuant par le souvenir l'identité

personnelle dans les transformations de l'existence.

Posons d'abord en principes:

1° Que la vie résultant du mouvement ne peut se conserver que par

la succession et le perfectionnement des formes;

2° Que la science du mouvement perpétuel est la science de la

vie;

3° Que cette science a pour objet la juste pondération des

influences équilibrées;

4° Que tout renouvellement s'opère par la destruction, et

qu'ainsi toute génération est une mort, et toute mort une

génération.

Maintenant établissons avec les anciens sages que le principe

universel de la vie est un mouvement substantiel ou une substance

éternellement et essentiellement mue et motrice, invisible et

impalpable, à l'état volatil, et qui se manifeste matériellement

en se fixant par les phénomènes de la polarisation.

[536] Cette substance est indéfectible, incorruptible, et par

conséquent immortelle.

Mais ses manifestations par la forme sont éternellement changées

par la perpétuité du mouvement.

Ainsi tout meurt parce que tout vit, et si l'on pouvait éterniser

une forme, on arrêterait le mouvement et l'on aurait créé la

seule véritable mort.

Emprisonner à jamais une âme dans un corps humain momifié, telle

serait la solution horrible du paradoxe magique de l'immortalité

prétendue dans le même corps et sur la même terre.

Tout se régénère par le dissolvant universel qui est la substance

première.

Ce dissolvant concentre sa force dans la quintessence,

c'est-à-dire au centre équilibrant d'une double polarité.

Les quatre éléments des anciens sont les quatre forces polaires

de l'aimant universel représenté par une croix.

Cette croix qui tourne indéfiniment autour de son centre, en

posant ainsi l'énigme de la quadrature du cercle.

Le Verbe créateur se fait entendre du milieu de la croix et il

crie: Tout est consommé.

C'est dans la juste proportion des quatre formes élémentaires

qu'il faut chercher la médecine universelle des corps, comme la

médecine de l'âme nous est présentée par la religion en celui qui

s'offre éternellement sur la croix pour le salut du monde.

L'aimentation et la polarisation des corps célestes résultent de

[537] leur gravitation équilibrée autour des soleils, qui sont les

réservoirs communs de leur électro-magnétisme.

La vibration de la quintessence autour des réservoirs communs se

manifeste par la lumière, et la lumière révèle sa polarision par

les couleurs.

Le blanc est la couleur de la quintessence. Vers son pôle

négatif, cette couleur se condense en bleu et se fixe en noir;

mais vers son pôle positif, elle se condense en jaune et se fixe

en rouge.

La vie rayonnante va donc toujours du noir au rouge, en passant

par le blanc; et la vie absorbée redescend du rouge au noir, en

traversant le même milieu.

Les quatre nuances intermédiaires ou mixtes produisent avec les

trois couleurs de la syllepse de l'analyse et de la synthèse

lumineuse, ce qu'on appelle les sept couleurs du prisme ou du

spectre solaire.

Ces sept couleurs forment sept atmosphères ou sept zones

lumineuses autour de chaque soleil, et la planète dominante dans

chaque zone se trouve aimentée d'une manière analogue à la

couleur de son atmosphère.

Les métaux dans les entrailles de la terre se forment comme les

planètes dans le ciel, par les spécialités d'une lumière latente

qui se décompose en traversant divers milieux.

S'emparer du sujet dans lequel la lumière métallique est latente,

avant qu'elle se soit spécialisée, et la pousser à l'extrême pôle

positif, c'est-à-dire au rouge vif, par un feu emprunté à la

lumière même, tel est tout le secret du grand oeuvre.

On comprend que cette lumière positive à son extrême degré de

[538] condensation est la vie même devenue fixe, et peut servir de

dissolvant universel et de médecine à tous les règnes de la

nature.

Mais pour arracher à la marcassite, au stibium, à l'arsenic des

philosophes son sperme métallique vivant et androgyne, il faut un

premier dissolvant qui est un menstrue minéral salin, il faut de

plus le concours du magnétisme et de l'électricité.

Le reste se fait de soi-même, dans un seul vase, dans un seul

athanor, et par le feu gradué d'une seule lampe; c'est, disent

les adeptes, un travail de femmes et d'enfants.

Ce que les chimistes et les physiciens modernes appellent

chaleur, lumière, électricité, magnétisme, n'était pour les

anciens que les manifestations phénoménales élémentaires de la

substance unique appelée _aour_, od, tik _et_ ob, par les

Hébreux. _Od_ est le nom de l'actif, _ob_ le nom du passif, et

_aour_, dont les philosophes hermétiques ont fait leur or, est le

nom du mixte androgyne et équilibré.

L'or vulgaire c'est l'_aour_ métallisé, l'or philosophique c'est

l'_aour_ à l'état de pierrerie soluble.

En théorie, suivant la science transcendantale des anciens, la

pierre philosophale qui guérit toutes les maladies et opère la

transmutation des métaux, existe donc incontestablement.

Existe-t-elle et peut-elle exister en fait? Si nous l'affirmions,

on ne nous croirait pas, donnons donc cette affirmation comme une

solution paradoxale aux paradoxes exprimés par les deux premières

questions et passons au second chapitre.

_Remarque_.--Nous ne répondons pas à la question subsidiaire:

[539] _Comment faire pour la trouver_, parce que M. de La Palisse

lui-même répondrait à notre place que pour trouver il est

indispensable de chercher, à moins qu'on ne trouve par hasard.

Nous en avons dit assez pour diriger et faciliter les recherches.

QUESTIONS 3. ET 4.

3.--Peut-on se faire servir par les esprits?

4.--Qu'est-ce que la clavicule, le sceau et l'anneau de Salomon.

RÉPONSES.

Lorsque le Sauveur du monde eut triomphé, dans sa tentation du

désert, des trois convoitises qui asservissent l'âme humaine:

La convoitise des appétits, la convoitise des ambitions et celle

des cupidités.

Il est écrit que les anges s'approchèrent de lui et le servirent.

Car les esprits sont au service de l'esprit souverain, et

l'esprit souverain est celui qui enchaîne les turbulences

déréglées et les entraînements injustes de la chair.

Remarquons bien toutefois qu'il est contre l'ordre de la

Providence d'intervertir la série naturelle des communications

entre les êtres.

Nous ne voyons pas que le Sauveur et les apôtres aient évoqué les

âmes des morts.

L'immortalité de l'âme étant un des dogmes les plus consolants de

la religion, doit-être réservée aux aspirations de la foi, et ne

sera par conséquent jamais prouvée par des faits accessibles à la

critique de la science.

Aussi l'ébranlement ou la perte de la raison est-elle et

[540] sera-t-elle toujours le châtiment de ceux qui auront la témérité

de regarder, dans l'autre vie, avec les yeux de celle-ci.

Aussi les traditions magiques font-elles toujours apparaître les

morts évoqués, avec des visages tristes et colères.

Ils se plaignent d'avoir été troublés dans leur repos et ne

profèrent que des reproches et des menaces.

Les clefs ou clavicules de Salomon sont des forces religieuses et

rationnelles exprimées par des signes, et qui servent moins à

évoquer les esprits qu'à se préserver soi-même de toute

aberration dans les expériences relatives aux sciences occultes.

Le sceau résume les clefs, l'anneau en indique l'usage.

L'anneau de Salomon est à la fois circulaire et carré, et il

figure ainsi le mystère de la quadrature du cercle.

Il se compose de sept carrés disposés de manière à former un

cercle. On y adapte deux chatons, l'un circulaire, l'autre carré,

l'un en or, l'autre en argent.

La bague doit être faite de filigrane des sept métaux.

Dans le chaton d'argent on enchâsse une pierre blanche, et dans

le chaton d'or une pierre rouge avec ces signatures:

Sur la pierre blanche, le signe du macrocosme;

Sur la pierre rouge, le signe du microcosme.

Lorsqu'on met l'anneau à son doigt, une des pierres doit être au

dedans de la main, l'autre au dehors, suivant qu'on veut

commander aux esprits de lumière ou aux puissances des ténèbres.

Expliquons en quelques paroles la toute-puissance de cet anneau.

[541] La volonté est toute-puissante, lorsqu'elle s'arme des forces

vives de la nature.

La pensée est oisive et morte tant qu'elle ne se manifeste pas

par le verbe ou par le signe, elle ne peut donc alors ni exciter,

ni diriger la volonté.

Le signe étant la forme nécessaire de la pensée est l'instrument

indispensable de la volonté.

Histoire de la magie · 第 36 / 38 段