Cette puissance excentrique d'attraction ou de projection suppose

toujours un état maladif chez celui qui en est le sujet, les

_médiums_ sont tous des êtres excentriques et mal équilibrés; la

médiomanie suppose ou occasionne une suite d'autres manies

nerveuses, idées fixes, dérèglements d'appétits, érotomanie

désordonnée, penchants au meurtre ou au suicide. Chez les êtres

ainsi affectés, la responsabilité morale semble n'exister plus;

ils font le mal avec la conscience du bien; ils pleurent de piété

à l'église et peuvent être surpris dans de hideuses bacchanales;

ils ont une manière de tout expliquer, c'est le diable, ce sont

les esprits qui les obsèdent et les entraînent. Que leur

voulez-vous? que leur demandez-vous? Ils ne vivent plus en

eux-mêmes; c'est un être mystérieux qui les anime, c'est lui qui

agit à leur place, et être se nomme légion!

Les essais réitérés d'une personne bien portante pour se créer

des facultés de _médium_ la fatiguent, la rendent malade, et

[495] peuvent déranger sa raison. C'est ce qui est arrivé à Victor

Hennequin, ancien rédacteur de la _Démocratie pacifique_, et

membre, après 1848, de l'Assemblée nationale: c'était un jeune

avocat d'une parole abondante et facile, il ne manquait ni

d'instruction, ni de talent, mais il était infatué de rêveries de

Fourier: exilé après le 2 décembre, il se livra dans l'inaction

de sa retraite aux expériences des tables tournantes; bientôt il

fut atteint de _médiomanie_, et crut être l'instrument des

révélations de l'âme de la terre. Il publia un livre intitulé:

_Sauvons le genre humain,_ c'était un mélange de souvenirs

phalanstériens et de réminiscences chrétiennes, une dernière

lueur de raison mourante y brille encore, mais les expériences

continuèrent et la folie triompha. Dans un dernier ouvrage dont

le premier volume a été seul publié, Victor Hennequin représente

Dieu comme un immense polype placé au centre de la terre avec des

antennes et des trompes contournées en vrilles qui vont et

viennent à travers son cerveau et celui de sa femme Octavie.

Bientôt après on apprit que Victor Hennequin était mort des

suites d'un accès de démence furieuse dans une maison d'aliénés.

Nous avons entendu parler d'une dame du grand monde qui se

livrait à des conversations avec les prétendus esprits des

meubles, et qui, scandalisée outre mesure par les réponses

inconvenantes de son guéridon, fit le voyage de Rome pour déférer

le meuble hérétique au saint siège; elle avait emporté avec elle

le coupable, et en fit un autodafé dans la capitale du monde

chrétien. Mieux vaut brûler son mobilier que de se rendre folle,

et en vérité pour cette dame le péril était imminent.

[496] Ne rions pas d'elle, nous, enfants d'un siècle de raison où des

hommes sérieux, comme le comte de Mirville, attribuent au diable

les phénomènes inexpliqués de la nature.

Dans un mélodrame qui se joue sur les boulevards, il est question

d'un magicien qui, pour se faire un auxiliaire formidable, a créé

un androïde, un monstre à griffes de lion, à cornes de taureau, à

écailles de liévathan, il donne la vie à ce sphinx hybride, et

aussitôt, épouvanté de son ouvrage, il prend la fuite. Le monstre

le poursuit, apparaît entre lui et sa fiancée, incendie sa

maison, brûle son père, enlève son fils, le poursuit jusque sur

la mer, monte avec lui sur son vaisseau qu'il fait engloutir et

finit lui-même par un coup de foudre. Ce spectacle affreux,

risible à force d'épouvante, a été réalisé dans l'histoire de

l'humanité, la poésie a été personnifiée le fantôme du mal lui a

prêté toutes les forces de la nature. Elle voulait de cet

épouvantail faire un auxiliaire à la morale, puis elle a eu peur

de cette laideur enfantée par ses rêves. Depuis ce temps, le

monstre nous poursuit à travers les âges, il apparaît hideux et

grimaçant entre nous et les objets de nos amours, cauchemar

immonde, il étouffe nos enfants pendant leur sommeil, il apporte

dans la création, cette maison paternelle de l'humanité,

l'incendie inextinguible de l'enfer, il brûle et torture à jamais

nos pères et nos mères; il étend ses ailes noires pour nous

cacher le ciel et il nous crie: Plus d'espérance! il monte en

groupe et galope après nous comme le chagrin; il plonge dans

l'océan du désespoir la dernière arche de notre espérance; c'est

l'antique Arimanes des Perses, c'est le Typhon de l'Égypte, c'est

le dieu noir des sectaires de Manès, du comte de Mirville et de

[497] la magie noire du diable, c'est l'horreur du monde et l'idole des

mauvais chrétiens. Les hommes ont essayé d'en rire et ils en ont

peur. Ils en font des caricatures, et ils tressaillent, parce

qu'il leur semble voir ces caricatures mêmes s'animer pour se

moquer d'eux à leur tour. Cependant son règne est passé, mais il

ne périra pas écrasé par la foudre du ciel: la science a conquis

le feu du tonnerre, et elle a fait des flambeaux, le monstre

s'évanouira devant les splendeurs de la science et la vérité: le

génie de l'ignorance et de la nuit ne peut être foudroyé que par

la lumière!

CHAPITRE IV.

LES FANTAISISTES EN MAGIE.

SOMMAIRE.--_Le Magicien_, par Alphonse Esquiros.--Les livres et

les miracles de Henri Delaage.--Les expériences du comte

d'Ourches.--Le livre du baron de Guldenstabbé.--Un mot sur les

nécromanciens et les vampires.--Le cartomancien Edmond.

Il y a une vingtaine d'années qu'un de nos amis d'enfance,

_Alphonse Esquiros_, publia un livre de haute fantaisie,

intitulé _le Magicien_. C'était tout ce que le romantisme d'alors

pouvait imaginer de plus bizarre, l'auteur donnait à son magicien

un sérail de femmes mortes, mais embaumées par un procédé

retrouvé depuis par Gannal. Un androïde de bronze qui prêchait la

chasteté, un hermaphrodite amoureux de la lune et qui entretenait

avec elle une correspondance suivie, et bien d'autres choses

[498] encore que nous ne nous rappelons pas. Alphonse Esquiros, par la

publication de ce roman, fonda une école de fantaisistes en magie

dont le jeune et intéressant _Henri Delaage_ est actuellement le

représentant le plus distingué.

Henri Delaage est un écrivain fécond, un thaumaturge méconnu et

un fascinateur habile. Son style n'est pas moins étonnant que les

idées d'Alphonse Esquiros, son initiateur et son maître; ainsi

dans son livre _des Ressuscités_, il dit en parlant d'une

objection contre le christianisme: «Je vais prendre cette

objection à la gorge, et quand je la lâcherai, la terre retentira

sourdement sous le poids de son cadavre étranglé.» Il est vrai

qu'il ne répond pas grand'chose ensuite à cette objection, mais

que voulez-vous qu'on réponde à une objection étranglée, quand

une fois la terre a retenti sourdement sous le poids de son

cadavre?

Henri Delaage est, avons-nous dit, un thaumaturge méconnu; il a

avoué, en effet, à une personne de notre connaissance que pendant

un hiver où régnait impitoyablement cette affection de poitrine

si fâcheuse qu'on nomme la grippe, il n'avait qu'à se présenter

dans un salon pour guérir immédiatement toutes les personnes qui

s'y trouvaient; il est vrai qu'il était la victime du miracle,

car il y a gagné un léger enrouement qui ne l'a pas quitté

depuis.

Plusieurs amis d'Henri Delaage nous ont assuré qu'il a le don

d'ubiquité, on vient de le quitter au bureau de la _Patrie_, on

le retrouve chez Dentu, son éditeur, on s'enfuit effrayé, on

rentre chez soi et l'on y trouve... Delaage qui vous attendait.

[499] Henri Delaage est aussi un fascinateur habile. Une dame du monde

qui venait de lire un de ses livres, déclarait qu'elle ne

connaissait rien au monde de plus beau et de mieux écrit, mais ce

n'est pas seulement à ses livres que Delaage communique le don de

beauté. Un jour nous venions de lire un feuilleton signé

Fiorentino, où l'on disait que les charmes physiques du jeune

magicien égalaient ou même surpassaient ceux des anges. Nous

rencontrons Delaage et nous le questionnons avec curiosité sur

cette révélation singulière. Delaage alors met la main dans son

gilet, se tourne de trois quarts et lève en souriant les yeux

vers le ciel... Heureusement nous avions sur nous l'_Enchiridion_

de Léon III, qui est, comme on sait, un préservatif contre les

enchantements, et la beauté angélique du fascinateur resta

invisible à nos yeux.

Nous donnerons à Henri Delaage des éloges plus sérieux que ceux

des admirateurs de sa beauté, il se déclare sincèrement

catholique, et proclame hautement son respect et son amour pour

la religion; or la religion pourra faire de lui un saint, ce qui

est un titre plus estimable et plus glorieux que celui de

sorcier.

C'est à cause de sa qualité de publiciste que nous avons nommé ce

jeune homme le premier parmi les fantaisistes de la magie. Ce

rang sous tous les autres rapports appartenait à M. _le comte

d'Ourches_, homme vénérable par son âge qui consacre sa vie et sa

fortune aux expériences magnétiques. Chez lui les meubles et les

dames somnambules se livrent à des danses effrénées, les meubles

se fatiguent et se brisent, mais les dames, à ce qu'on assure, ne

s'en portent que mieux.

[500] Pendant longtemps M. le comte d'Ourches a été dominé par une idée

fixe: la crainte d'être enterré vivant, et il a fait plusieurs

mémoires sur la nécessité de constater les décès d'une manière

plus certaine qu'on ne le fait habituellement. M. d'Ourches avait

d'autant plus raison de craindre, que son tempérament est

pléthorique, et que son extrême susceptibilité nerveuse,

journellement surexcitée par ses expériences avec les jolies

somnambules, l'expose peut-être à des attaques d'apoplexie.

M. le comte d'Ourches est en magnétisme l'élève de l'abbé Faria,

et en nécromancie il appartient à l'école du baron de

Guldenstubbé.

Le _baron de Guldenstubbé_ a publié un livre intitulé:

_Pneumatologie positive et expérimentale; la réalité des esprits

et le phénomène merveilleux de leur écriture directe_.

Voici comment il raconte lui-même sa découverte:

«Ce fut déjà dans le courant de l'année 1850, _environ trois ans

avant l'invasion de l'épidémie des tables tournantes_, que

l'auteur a voulu introduire en France les cercles du

_spiritualisme d'Amérique, les coups mystérieux de Rochester et

récriture purement machinale des médiums_. Il a rencontré

malheureusement beaucoup d'obstacles de la part des autres

magnétiseurs. Les _fluidistes_, et même ceux qui s'intitulèrent

_magnétiseurs spiritualistes_, mais qui n'étaient en vérité que

_des somnambuliseurs de bas étage_, traitèrent les coups

mystérieux du spiritualisme américain de folies et de songes

creux. Aussi ce n'est qu'au bout de plus de six mois, que

l'auteur a pu former le premier cercle selon le mode des

Américains, grâce au concours zélé que lui a prêté M. Roustan,

[501] ancien membre de la _société des magnétiseurs spiritualistes_,

homme simple, mais plein d'enthousiasme pour la sainte cause du

spiritualisme. Plusieurs autres personnes sont venues se joindre

à nous, parmi lesquelles il faut citer feu _l'abbé Châtel_, le

fondateur de l'Église française, qui, malgré ses tendances

rationalistes, a fini par admettre la réalité d'une révélation

objective et surnaturelle, condition indispensable du

spiritualisme et de toutes les religions positives. _On sait que

les cercles américains sont basés_ (abstraction faite de

certaines conditions morales, également requises) _sur la

distinction des principes magnétiques ou positifs et électriques

ou négatifs_.

»Ces cercles se composent _de douze personnes_, dont _six_

représentent les _éléments positifs_, et les six autres, les

éléments _négatifs_ ou _sensitifs_. La distinction des éléments

ne doit pas être faite d'après le sexe des personnes, bien que

généralement les femmes aient des attributs _négatifs et

sensitifs_, et que les hommes soient doués de _qualités positives

et magnétiques_. Il faut donc bien étudier la constitution morale

et physique de chacun, avant de former les cercles, car il y a

des femmes délicates qui ont des qualités masculines, comme

quelques hommes vigoureux ne sont que des femmes au moral. On

place une table dans un endroit spacieux et aéré. Le _médium_ (ou

les milieux) doit s'asseoir au bout de la table et être

entièrement isolé; il sert de conducteur à l'électricité par son

calme et sa quiétude contemplative. Un bon _somnambule_ est en

général un excellent MÉDIUM. On place les _six natures

électriques_ ou _négatives_ qu'on reconnaît généralement aux

qualités affectueuses du coeur et à leur sensibilité, _à droite

du médium_, en mettant immédiatement auprès du médium la personne

[502] _la plus sensitive_ ou _négative_ du cercle. Il en est de même

quant _aux natures positives_ que l'on _place à gauche_ du

médium, parmi lesquelles la personne la plus positive, la plus

intelligente doit se mettre également auprès du médium. Pour

former _la chaîne_, il faut que les douze personnes posent la

_main droite_ sur la table, et qu'elles mettent la _main gauche

du voisin dessus_, en faisant ainsi le tour de la table de la

même façon. Quant au médium ou aux milieux, s'il y en a

plusieurs, ils restent entièrement isolés des douze personnes qui

forment la chaîne.

»Nous avons obtenu au bout de plusieurs séances certains

phénomènes remarquables, tels que des secousses simultanées,

ressenties par tous les membres du cercle au moment de

l'_évocation_ mentale des personnes les plus intelligentes. Il en

est de même des coups mystérieux et des sons étranges; plusieurs

_personnes même très insensibles_ ont eu des visions simultanées,

bien qu'elles fussent restées à l'état ordinaire de veille. Quant

aux sujets sensibles, ils ont acquis l'_admirable faculté des

médiums, d'écrire machinalement grâce à une attraction

invisible_, laquelle se sert d'un bras sans intelligence pour

exprimer ses idées. Au surplus, les individus insensibles

ressentaient cette influence mystérieuse d'un souffle externe,

mais l'effet n'était pas assez fort pour mettre en mouvement

leurs membres. Du reste, tous ces phénomènes obtenus selon le

mode du spiritualisme américain, ont le défaut d'être encore plus

ou moins _indirects, parce qu'on ne peut pas se passer dans ces

expériences de l'intermédiaire d'un être humain, d'un médium_. Il

[503] en est _de même des tables tournantes et parlantes_ qui n'ont

envahi l'Europe qu'au commencement de l'année 1853.

»L'auteur a fait beaucoup d'expériences de tables avec son

honorable ami, M. le comte d'Ourches, l'un des hommes les plus

versés dans la magie et dans les sciences occultes. Nous sommes

parvenus peu à peu à mettre les tables _en mouvement sans

attouchement quelconque_; M. le comte d'Ourches _les a fait

soulever même sans attouchement_. L'auteur a fait courir les

tables avec une grande vitesse également sans attouchement et

sans le concours d'un cercle magnétique. Il en est de même des

vibrations des cordes d'un piano, phénomène obtenu déjà le 20

janvier 1856 en présence des comtes de _Szapary_ et _d'Ourches_.

Tous ces phénomènes révèlent bien la réalité de certaines forces

occultes, _mais ces faits ne démontrent pas suffisamment

l'existence réelle et substantielle des intelligences

invisibles_, indépendantes de notre volonté et de notre

imagination, dont on agrandit, il est vrai, démesurément, de nos

jours le pouvoir. De là le reproche que l'on adresse aux

spiritualistes américains de n'avoir que des communications

insignifiantes et vagues avec le monde des esprits, qui ne se

manifestent que par certains coups mystérieux, et par la

vibration de quelques sons. En effet il n'y a qu'un phénomène

_direct, intelligent et matériel à la fois, indépendant de notre

volonté et de notre imagination, tel que l'écriture directe des

esprits_, qu'on n'a pas même évoqués ni invoqués, _qui puisse

servir de preuve irréfragable de la réalité du monde surnaturel_.

»L'auteur, étant toujours à la recherche d'une preuve

intelligente et palpable en même temps, de la réalité

[504] substantielle du monde surnaturel, afin de démontrer par des

faits irréfragables, l'immortalité de l'âme, n'a jamais cessé

d'adresser des prières ferventes à l'Éternel de vouloir bien

indiquer aux hommes un moyen infaillible pour raffermir la foi en

l'immortalité de l'âme, cette base éternelle de la religion.

L'Éternel, dont la miséricorde est infinie, a amplement exaucé

cette faible prière. Un beau jour, c'était le premier août 1856,

l'idée vint à l'auteur d'essayer si les esprits pouvaient écrire

_directement_, sans l'_intermédiaire d'un médium_. Connaissant

l'écriture directe et merveilleuse du Décalogue selon Moïse, et

l'écriture également directe et mystérieuse durant le festin du

roi Baltazar suivant Daniel, ayant en outre entendu parler des

mystères modernes de _Strattford_ en Amérique, où l'on avait

trouvé certains caractères illisibles et étranges, tracés sur des

morceaux de papier, et qui ne paraissaient pas provenir des

_médiums_, l'auteur a voulu constater la réalité d'un phénomène

dont la portée serait immense, s'il existait réellement.

»Il mit donc un papier blanc à lettres et un crayon taillé dans

une petite boite fermée à clef, en portant cette clef toujours

sur lui-même et sans faire part de cette expérience _à personne_.

Il attendit durant douze jours en vain, sans remarquer la moindre

trace d'un crayon sur le papier, mais quel fut son étonnement,

lorsqu'il remarqua le 13 août 1856 certains caractères

mystérieux, tracés sur le papier; à peine les eut-il remarqués

qu'il répéta _dix fois_ pendant cette journée, à jamais

mémorable, la même expérience, en mettant toujours au bout d'une

[505] demi-heure, une nouvelle feuille de papier blanc dans la même

boîte. L'expérience fut couronnée chaque fois d'un succès

complet.

»Le lendemain, 14 août, l'auteur fit de nouveau une vingtaine

d'expériences, en laissant la boîte ouverte et en ne la perdant

pas de vue; c'est alors que l'auteur voyait que des caractères et

des mots dans la langue esthonienne se formèrent ou furent gravés

sur le papier, sans que le crayon bougea. Depuis ce moment,

l'auteur, voyant l'inutilité du crayon, a cessé de le mettre sur

le papier; il place simplement un papier blanc sur une table chez

lui, ou sur le piédestal des statues antiques, sur les

sarcophages, sur les urnes, etc., au _Louvre_, à _Saint-Denis,_ à

l'_église Saint-Étienne-du-Mont_, etc. Il en est de même des

expériences faites dans les différents cimetières de Paris. Du

reste, l'auteur n'aime guère les cimetières, la plupart des

esprits préférant les lieux où ils ont vécu durant leur carrière

terrestre, aux endroits où repose leur dépouille mortelle.»

Nous sommes loin de révoquer en doute les phénomènes singuliers

observés par M. le baron, mais nous lui ferons observer que la

découverte avait été faite avant lui par Lavater et qu'il y a

encore loin de quelques lignes obtenues par M. de Guldenstubbé au

portrait peint à l'aquarelle par le kabbaliste Gablidone.

Maintenant, au nom de la science, nous dirons à M. de

Guldenstubbé, non pas pour lui qui ne nous croira pas, mais pour

les observateurs sérieux de ces phénomènes extraordinaires:

Monsieur le baron, les écritures que vous obtenez ne viennent pas

de l'autre monde; et c'est vous-même qui les tracez à votre insu.

[506] Vous avez par vos expériences multipliées à l'excès et par

l'excessive tension de votre volonté détruit l'équilibre de votre

corps fluidique et astral, vous le forcez à réaliser vos rêves et

il trace en caractères empruntés à vos souvenirs le reflet de vos

imaginations et de vos pensées.

Si vous étiez plongé dans un sommeil magnétique parfaitement

lucide, vous verriez le mirage lumineux de votre main s'allonger

comme une ombre au soleil couchant, et tracer sur le papier

préparé par vous ou vos amis les caractères qui vous étonnent.

Cette lumière corporelle qui émane de la terre et de vous est

contenue par une enveloppe fluidique d'une extrême élasticité, et

cette enveloppe se forme de la quintessence de vos esprits vitaux

et de votre sang.

Cette quintessence emprunte à la lumière une couleur déterminée

par votre volonté secrète, elle se fait ce que vous rêvez qu'elle

est; alors les caractères s'impriment sur le papier comme les

signes sur le corps des enfants qui ne sont pas encore nés sous

l'influence des imaginations de leurs mères.

Cette encre que vous voyez apparaître sur le papier, c'est votre

sang noirci et transfiguré. Vous vous épuisez à mesure que les

écritures se multiplient. Si vous continuez vos expériences,

votre cerveau s'affaiblira graduellement, votre mémoire se

perdra; vous ressentirez dans les articulations des membres et

des doigts d'inexprimables douleurs et vous mourrez enfin, soit

foudroyé subitement, soit dans une longue agonie accompagnée

d'hallucinations et de démence. Voici pour M. le baron de

Guldenstubbé.

[507] Maintenant nous dirons à M. le comte d'Ourches: Vous ne serez pas

enterré vivant, mais vous risquez de mourir par les précautions

mêmes que vous prendrez pour ne pas l'être.

Les personnes enterrées vivantes ne peuvent d'ailleurs avoir sous

terre que des réveils rapides et de peu de durée, elles peuvent

toutefois y vivre longtemps conservées par la lumière astrale

dans un état complet de somnambulisme lucide.

Leurs âmes alors sont sur la terre encore enchaînées au corps

endormi par une chaîne invisible, alors si ce sont des âmes

avides et criminelles, elles peuvent aspirer la quintessence du

sang des personnes endormies du sommeil naturel, et transmettre

cette séve à leur corps enterré pour le conserver plus longtemps

dans l'espérance vague qu'il sera enfin rendu à la vie. C'est cet

effrayant phénomène qu'on appelle le vampirisme, phénomène dont

la réalité a été constatée par des expériences nombreuses aussi

bien attestées que tout ce qu'il y a de plus solennel dans

l'histoire.

Si vous doutez de la possibilité de cette vie magnétique du corps

humain dans la terre, lisez ce récit d'un officier anglais nommé

_Osborne_, récit dont la fidélité a été attestée à M. le baron Du

Potet par le général _Ventura_.

«Le 6 juin (1838), dit M. Osborne, la monotonie de notre vie de

camp fut heureusement interrompue par l'arrivée d'un individu

célèbre dans le Pendjab. Il jouit parmi les Sikhs d'une grande

vénération à cause de la faculté qu'il a de rester enseveli sous

terre aussi longtemps qu'il lui plaît. On rapportait dans le pays

des faits si extraordinaires sur cet homme, et tant de personnes

[508] respectables en garantissaient l'authenticité, que nous étions

extrêmement désireux de le voir. Il nous raconta lui-même qu'il

exerçait ce qu'il appelle son _métier_ (celui de se faire

enterrer) depuis plusieurs années; on l'a vu en effet répéter

cette étrange expérience sur divers points de l'Inde. Parmi les

hommes graves et dignes de foi qui en rendent témoignage, je dois

citer le capitaine Wade, agent politique à Lodhiana. Cet officier

m'a affirmé très sérieusement avoir assisté lui-même à la

_résurrection_ de ce fakir après un enterrement qui avait eu lieu

quelques mois auparavant, en présence du général Ventura, du

maharadja et des principaux chefs sikhs. Voici les détails qu'on

lui avait donnés sur l'enterrement, et ceux qu'il ajoutait,

d'après sa propre autorité, sur l'exhumation.

»A la suite de quelques préparatifs qui avaient duré quelques

jours et qu'il répugnerait d'énumérer, le fakir déclara être prêt

à subir l'épreuve. Le maharadja, les chefs sikhs et le général

Ventura se réunirent près d'une tombe en maçonnerie construite

exprès pour le recevoir. Sous leurs yeux, le fakir ferma avec de

la cire, à l'exception de la bouche, toutes les ouvertures de son

corps qui pouvaient donner entrée à l'air; puis il se dépouilla

des vêtements qu'il portait: on l'enveloppa alors d'un sac de

toile, et, suivant son désir, on lui retourna la langue en

arrière de manière à lui boucher l'entrée du gosier; aussitôt

après cette opération le fakir tomba dans une sorte de léthargie.

Le sac qui le contenait fut fermé, et un cachet y fut apposé par

le maharadja. On plaça ensuite ce sac dans une caisse de bois

[509] cadenassée et scellée qui fut descendue dans la tombe: on jeta

une grande quantité de terre dessus, on foula longtemps cette

terre et on y sema de l'orge; enfin des sentinelles furent

placées tout alentour avec l'ordre de veiller jour et nuit.

Histoire de la magie · 第 34 / 38 段