Il y a trois rayons dans la lumière;

Il y a trois forces dans la nature;

Ces forces sont figurées par la règle qui unit, le levier qui

soulève et le maillet qui affermit.

La rébellion des instincts brutaux, contre l'aristocratie

hiérarchique de la sagesse, s'arme successivement de ces trois

forces qu'elle détourne de l'harmonie.

Il y a trois rebelles typiques:

Le rebelle à la nature;

Le rebelle à la science;

Le rebelle à la vérité.

Ils étaient figurés dans l'enfer des anciens par les trois têtes

de Cerbère.

[404] Ils sont figurés dans la Bible par Coré, Dathan et Abiron.

Dans la légende maçonnique, ils sont désignés par des noms qui

varient suivant les rites.

Le premier qu'on appelle ordinairement _Abiram_ ou meurtrier

d'Hiram, frappe le grand maître avec la règle.

C'est l'histoire du juste mis à mort, au nom de la loi, par les

passions humaines.

Le second nommé _Miphiboseth_, du nom d'un prétendant ridicule et

infirme à la royauté de David, frappe Hiram avec le levier ou

avec l'équerre.

C'est ainsi que le levier populaire ou l'équerre d'une folle

égalité devient l'instrument de la tyrannie entre les mains de la

multitude et attente, plus malheureusement encore que la règle, à

la royauté de la sagesse et de la vertu.

Le troisième enfin achève Hiram avec le maillet.

Comme font les instincts brutaux, lorsqu'ils veulent faire

l'ordre au nom de la violence et de la peur en écrasant

l'intelligence.

La branche d'acacia sur la tombe d'Hiram est comme la croix sur

nos autels.

C'est le signe de la science qui survit à la science; c'est la

branche verte qui annonce un autre printemps.

Quand les hommes ont ainsi troublé l'ordre de la nature, la

Providence intervient pour le rétablir, comme Salomon pour venger

la mort d'Hiram.

[405] Celui qui a assassiné avec la règle, meurt par le poignard.

Celui qui a frappé avec le levier ou l'équerre, mourra sous la

hache de la loi. C'est l'arrêt éternel des régicides.

Celui qui a triomphé avec le maillet, tombera victime de la force

dont il a abusé, et sera étranglé par le lion.

L'assassin par la règle, est dénoncé par la lampe même qui

l'éclaire et par la source où il s'abreuve.

C'est-à-dire, qu'on lui appliquera la peine du talion.

L'assassin par le levier sera surpris quand sa vigilance sera en

défaut comme un chien endormi, et il sera livré par ses

complices; car l'anarchie est mère de la trahison.

Le lion qui dévore l'assassin par le maillet, est une des formes

du sphinx d'Oedipe.

Et celui-là méritera de succéder à Hiram dans sa dignité qui aura

vaincu le lion.

Le cadavre putréfié d'Hiram montre que les formes changent, mais

que l'esprit reste.

La source d'eau qui coule près du premier meurtrier, rappelle le

déluge qui a puni les crimes contre la nature.

Le buisson ardent et l'arc-en-ciel qui font découvrir le second

assassin, représentent la lumière et la vie, dénonçant les

attentats contre la pensée.

Enfin le lion vaincu représente le triomphe de l'esprit sur la

matière et la soumission définitive de la force à l'intelligence.

Depuis le commencement du travail de l'esprit pour bâtir le

temple de l'unité, Hiram a été tué bien des fois, et il

ressuscite toujours.

[406] C'est Adonis tué par le sanglier, c'est Osiris assassiné par

Typhon.

C'est Pythagore proscrit, c'est Orphée déchiré par les

Bacchantes, c'est Moïse abandonné dans les cavernes du Mont-Nébo,

c'est Jésus mis à mort par Caïphe, Judas et Pilate.

Les vrais maçons sont donc ceux qui persistent à vouloir

construire le temple, suivant le plan d'Hiram.

Telle est la grande et principale légende de la maçonnerie; les

autres ne sont pas moins belles et moins profondes, mais nous ne

croyons pas devoir en divulguer les mystères, bien que nous

n'ayons reçu l'initiation que de Dieu et de nos travaux, nous

regardons le secret de la haute maçonnerie comme le nôtre.

Parvenus par nos efforts à un grade scientifique qui nous impose

le silence, nous nous croyons mieux engagé par nos convictions

que par un serment. La science est une noblesse qui oblige, et

nous ne démériterons point la couronne princière des roses-croix.

Nous aussi nous croyons à la résurrection d'Hiram!

Les rites de la maçonnerie sont destinés à transmettre le

souvenir des légendes de l'initiation, à le conserver parmi les

frères.

On nous demandera peut-être comment, si la maçonnerie est si

sublime et si sainte, elle a pu être proscrite et si souvent

condamnée par l'Église.

Nous avons déjà répondu à cette question, en parlant des

scissions et des profanations de la maçonnerie.

La maçonnerie, c'est la gnose, et les faux gnostiques ont fait

condamner les véritables.

Ce qui les oblige à se cacher, ce n'est pas la crainte de la

[407] lumière, la lumière est ce qu'ils veulent, ce qu'ils cherchent,

ce qu'ils adorent.

Mais ils craignent les profanateurs, c'est-à-dire, les faux

interprètes, les calomniateurs, les sceptiques au rire stupide,

et les ennemis de toute croyance et de toute moralité.

De notre temps d'ailleurs un grand nombre d'hommes qui se croyent

francs-maçons, ignorent le sens de leurs rites, et ont perdu la

clé de leurs mystères.

Ils ne comprennent même plus leurs tableaux symboliques, et

n'entendent plus rien aux signes hiéroglyphiques, dont sont

historiés les tapis de leurs loges.

Ces tableaux et ces signes sont les pages du livre de la science

absolue et universelle.

On peut les lire à l'aide des clés kabbalistiques, et elles n'ont

rien de caché pour l'initié qui possède les clavicules de

Salomon.

La maçonnerie a non-seulement été profanée, mais elle a servi

même de voile et de prétexte aux complots de l'anarchie, par

l'influence occulte des vengeurs de Jacques de Molay, et des

continuateurs de l'oeuvre schismatique du temple.

Au lieu de venger la mort d'Hiram, on a vengé ses assassins.

Les anarchistes ont repris la règle, l'équerre et le maillet, et

ont écrit dessus liberté, égalité, fraternité.

C'est-à-dire liberté pour les convoitises, égalité dans la

bassesse, et fraternité pour détruire.

Voilà les hommes que l'Église a condamnés justement et qu'elle

condamnera toujours!

[408]

LIVRE VI.

LA MAGIE ET LA RÉVOLUTION.

[Hébreu], Waou.

CHAPITRE PREMIER.

AUTEURS REMARQUABLES DU XVIIIe SIÈCLE.

SOMMAIRE.--Importantes découvertes en Chine.--Les livres

kabbalisliques de fo-hi--L'y-Kun et les trigrammes.--Kong-Fu-Tzée

et fo.--Les jésuites et les théologiens.--Mouvement des esprits

en Europe.--Swedenborg et Mesmer.

Jusqu'à la fin du XVIIe siècle, la Chine était à peu près

inconnue au reste du monde. C'est seulement à cette époque que ce

vaste empire, exploré par nos missionnaires, nous est révélé par

eux, et nous apparaît comme une nécropole de toutes les sciences

du passé. Les Chinois semblent être un peuple de momies. Rien ne

progresse chez eux, et ils vivent dans l'immobilité de leurs

traditions dont l'esprit et la vie se sont retirés depuis

longtemps. Ils ne savent plus rien, mais ils se souviennent

vaguement de tout. Le génie de la Chine est le dragon des

Hespérides qui défend les pommes d'or du jardin de la science.

Leur type humain de la divinité, au lieu de vaincre le dragon

comme Cadmus, s'est accroupi, fasciné et magnétisé par le monstre

qui fait miroiter devant lui le reflet changeant de ses écailles.

[409] Le mystère seul est vivant en Chine, la science est en léthargie,

ou du moins elle dort profondément et ne parle jamais qu'en rêve.

[Illustration: LE GRAND ARCANE HERMÉTIQUE suivant Basile

Valentin.]

Nous avons dit que la Chine possède un tarot calculé sur les

mêmes données kabbalistiques et absolues que le Sepher Jézirah

des Hébreux, elle possède aussi un livre hiéroglyphique composé

uniquement des combinaisons de deux figures, ce livre est

l'_y-Kim_ attribué à l'empereur _Fo-hi_, et M. de Maison, dans

ses _Lettres sur la Chine_, le déclare parfaitement

indéchiffrable.

Il ne l'est pourtant pas plus que le Sohar dont il parait être un

complément fort curieux, et un précieux appendice. Le Sohar est

l'explication du travail de la balance ou de l'équilibre

universel: l'y-Kim en est la démonstration hiéroglyphique et

chiffrée.

La clé de ce livre est un pantacle connu sous le nom des

_Trigrammes de Fo-hi_. Suivant la légende rapportée dans le

_Vay-Ky_, recueil d'une grande autorité en Chine, et qui fut

composé par Léon-Tao-Yuen, sous la dynastie des Soms, il y a sept

ou huit cents ans, l'empereur Fo-hi méditant un jour au bord

d'une rivière sur les grands secrets de la nature, vit sortir de

l'eau un sphinx, c'est-à-dire, un animal allégorique ayant la

forme mixte d'un cheval et d'un dragon. Sa tête était allongée

comme celle du cheval, il avait quatre pieds et finissait par une

queue de serpent; son dos était couvert d'écailles et sur chacune

de ses écailles brillait la figure des mystérieux Trigrammes,

plus petits vers les extrémités, plus larges sur sa poitrine et

sur le dos, mais en parfaite harmonie les uns avec les autres. Ce

dragon se mirait dans l'eau, et son reflet avait les mêmes

[410] formes, et portait les mêmes images que lui, mais en sens inverse

des formes et des images réelles. Ce cheval serpent, inspirateur

ou plutôt porteur d'inspirations comme le Pégase de la mythologie

grecque, symbole de la vie universelle, comme le serpent de

kronos, initia Fo-hi à la science universelle. Les Trigrammes lui

servirent d'introduction, il compta les écailles du

cheval-serpent, et combina les Trigrammes en autant de manières

qu'il conçut une synthèse des sciences comparées et unies entre

elles par les harmonies préexistantes et nécessaires de la

nature; la rédaction des tables de l'y-Kim fut le résultat de

cette merveilleuse combinaison. Les nombres de Fo-hi sont les

mêmes que ceux de la haute kabbale, son pantacle est analogue à

celui de Salomon, comme nous l'avons expliqué dans notre _dogme

et rituel de la haute magie_; ses tables correspondent aux

trente-deux voies et aux cinquante portes de la lumière, et

l'y-Kim ne saurait avoir d'obscurité pour les sages kabbalistes

qui ont la clé du sepher Jézirah et du Sohar.

La science de la philosophie absolue a donc existé en Chine. Les

Kims ne sont que les commentaires de cet absolu caché aux

profanes, et ils sont à l'y-Kim ce que le _Pentateuque_ de Moïse

est aux révélations du Siphra de Zéniuta, qui est le livre des

mystères, et la clé du Sohar chez les Hébreux. _Koug-fu-tzée_, ou

_Confucius_, n'eût été que le révélateur ou _révoilateur_ de

cette kabbale qu'il eût niée peut-être pour en détourner les

recherches des profanes, comme le savant _Talmudiste Maïmonides_

nia les réalités de la clavicule de Salomon, puis vint le

matérialiste _Fo_, qui substitua les traditions de la sorcellerie

[411] indienne aux souvenirs de la haute magie des Égyptiens. Le culte

de Fo paralysa en Chine le progrès des sciences, et la

civilisation avortée de ce grand peuple tomba dans la routine et

dans l'abrutissement.

Un philosophe d'une admirable sagacité et d'une grande

profondeur, le sage _Leibnitz_, qui eût été si digne d'être

initié aux vérités suprêmes de la science absolue, croyait voir

dans l'y-Kim sa propre invention de l'arithmétique binaire, et

dans la ligne droite et la ligne brisée de Fo-hi, il retrouvait

les caractères 1 0, employés par lui-même dans ses calculs; il

était bien près de la vérité, mais il ne l'entrevoyait que dans

un de ses détails, il ne pouvait en embrasser l'ensemble.

Des disputes théologiques ont été l'occasion des recherches les

plus importantes sur les antiquités religieuses de la Chine. Il

s'agissait de savoir si les jésuites avaient raison de tolérer

chez les Chinois convertis au christianisme le culte du ciel et

celui des ancêtres; en d'autres termes, si l'on devait croire que

par le ciel les lettrés de la Chine entendaient Dieu ou

simplement l'espace et la nature. Il était tout naturel de s'en

rapporter aux lettrés eux-mêmes et au bon sens public, mais ce ne

sont pas là des autorités théologiques; on argumenta donc, on

écrivit beaucoup, on intrigua davantage, les jésuites qui avaient

raison pour le fond furent convaincus d'avoir tort pour la forme,

et on leur créa de nouvelles difficultés qui ne sont pas

surmontées encore et qui font de nos jours même couler en Chine

le sang de nos infatigables martyrs.

Pendant qu'on disputait ainsi à la religion ses conquêtes en

Asie, une immense inquiétude agitait l'Europe. La foi chrétienne

[412] semblait prête à s'y éteindre et il n'était bruit de tous côtés

que de révélations nouvelles et de miracles. Un homme

sérieusement posé dans la science et dans le monde, _Emmanuel

Swedenborg_, étonnait la Suède par ses visions et l'Allemagne

était pleine de nouveaux illuminés; le mysticisme dissident

conspirait pour remplacer les mystères de la religion

hiérarchique par les mystères de l'anarchie; une imminente

catastrophe se préparait.

Swedenborg, le plus honnête et le plus doux des prophètes du faux

illuminisme, n'était pas pour cela moins dangereux que les

autres. Prétendre, en effet, que tous les hommes sont appelés à

communiquer directement avec le ciel, c'est remplacer

l'enseignement religieux régulier et l'initiation progressive par

toutes les divagations de l'enthousiasme et toutes les folies de

l'imagination et des rêves. Les illuminés intelligents sentaient

bien que la religion étant un des grands besoins de l'humanité,

on ne la détruira jamais; aussi voulaient-ils se faire de la

religion même et du fanatisme qu'elle entraîne par une

conséquence fatale de l'enthousiasme inspiré à l'ignorance, des

armes pour détruire l'autorité hiérarchique de l'Église, comptant

bien voir sortir des conflits du fanatisme une hiérarchie

nouvelle dont ils espéraient être les fondateurs et les chefs.

«Vous serez comme des dieux, connaissant tout sans avoir eu la

peine de rien apprendre; vous serez comme des rois, possédant

tout sans avoir eu la peine de rien acquérir.»

Telles sont en résumé les promesses de l'esprit révolutionnaire

aux multitudes envieuses. L'esprit révolutionnaire, c'est

[413] l'esprit de mort; c'est l'ancien serpent de la _Genèse_, et

cependant c'est le père du mouvement et du progrès, puisque les

générations ne se renouvellent que par la mort; c'est pour cela

que les Indiens adoraient Schiva, l'impitoyable destructeur, dont

la forme symbolique était celle de l'amour physique et de la

génération matérielle.

Le système de Swedenborg n'est autre chose que la kabbale, moins

le principe de la hiérarchie; c'est le temple sans clef de voûte

et sans fondement; c'est un immense édifice, heureusement tout

fantastique et aérien, car si l'on avait jamais tenté de le

réaliser sur la terre, il tomberait sur la tête du premier enfant

qui essayerait, nous ne dirons pas de l'ébranler, mais de

s'appuyer seulement contre une de ses principales colonnes.

Organiser l'anarchie, tel est le problème que les

révolutionnaires ont et auront éternellement à résoudre; c'est le

rocher de Sisyphe qui retombera toujours sur eux; pour exister un

seul instant ils sont et seront toujours fatalement réduits à

improviser un despotisme sans autre raison d'être que la

nécessité, et qui, par conséquent, est violent et aveugle comme

elle. On n'échappe à la monarchie harmonieuse de la raison, que

pour tomber sous la dictature désordonnée de la folie.

Le moyen proposé indirectement par Swedenborg, pour communiquer

avec le monde surnaturel, était un état intermédiaire qui tient

du rêve, de l'extase et de la catalepsie. L'illuminé suédois

affirmait la possibilité de cet état, mais il ne donnait pas la

théorie des pratiques nécessaires pour y arriver; peut-être ses

disciples, pour combler cette lacune, eussent-ils recouru au

rituel magique de l'Inde, lorsqu'un homme de génie vint compléter

[414] par une thaumaturgie naturelle les intuitions prophétiques et

kabbalistiques de Swedenborg. Cet homme était un médecin

allemand, nommé _Mesmer_.

Mesmer eut la gloire de retrouver, sans initiateur et sans

connaissances occultes, l'agent universel de la vie et de ses

prodiges; ses _Aphorismes_[18], que les savants de son temps

devaient regarder comme autant de paradoxes, deviendront un jour

les bases de la synthèse physique.

[Note 18: Mesmer, _Mémoires et aphorismes, suivis des procédés

d'Eslon_, nouvelle édition, 1846, 1 vol. gr. in 18.]

Mesmer reconnaît dans l'être naturel deux formes, qui sont la

substance et la vie, d'où résultent la fixité et le mouvement qui

constituent l'équilibre des choses.

Il reconnaît l'existence d'une matière première fluidique,

universelle, capable de fixité et de mouvement, qui, en se

fixant, détermine la constitution des substances, et qui, se

mouvant toujours, modifie et renouvelle les formes.

Cette matière fluidique est active et passive: comme passive elle

s'attire elle-même, comme active elle se projette.

Par elle les mondes et les êtres vivants qui peuplent les mondes,

s'attirent et se repoussent; elle passe des uns aux autres par

une circulation comparable à celle du sang.

Elle entretient et renouvelle la vie de tous les êtres, elle est

l'agent de leur force et peut devenir l'instrument de leur

volonté.

Les prodiges sont les résultats des forces ou des volontés

exceptionnelles.

[415] Les phénomènes de cohésion, d'élasticité, de densité ou de

subtilité des corps, sont produits par les diverses combinaisons

des deux propriétés du fluide universel ou de la matière

première.

La maladie, comme tous les désordres physiques, vient d'un

dérangement de l'équilibre normal de la matière première dans un

corps organisé.

Les corps organisés sont ou sympathiques ou antipathiques les uns

aux autres, par suite de leur équilibre spécial.

Les corps sympathiques peuvent se guérir les uns les autres, en

rétablissant mutuellement leur équilibre.

Cette propriété des corps de s'équilibrer les uns les autres par

l'attraction ou la projection de la matière première, Mesmer la

nomme magnétisme, et comme elle se spécifie suivant les

spécialités des êtres, lorsqu'il en étudie les phénomènes dans

les êtres animés, il la nomme magnétisme animal.

Mesmer prouva sa théorie par des oeuvres, et ses expériences

furent couronnées d'un plein succès.

Ayant observé l'analogie qui existe entre les phénomènes du

magnétisme animal et ceux de l'électricité, il fit usage de

conducteurs métalliques, aboutissant à un réservoir commun qui

contenait de la terre et de l'eau, pour absorber et pour projeter

les deux forces; on a depuis abandonné l'appareil compliqué des

baquets, qu'on peut remplacer par une chaîne vivante de mains

superposées à un corps circulaire et mauvais conducteur comme le

bois d'une table, l'étoffe de soie ou de laine d'un chapeau, etc.

[416] Il appliqua ensuite aux êtres vivants et organisés les procédés

de l'aimantation métallique, et il acquit la certitude de la

réalité et de la similitude des phénomènes qui s'ensuivirent.

Un seul pas lui restait à faire, c'était de déclarer que les

effets attribués en physique aux quatre fluides impondérables

sont les manifestations diverses d'une seule et même force

diversifiée par ses usages, et que cette force inséparable de la

matière première et universelle qu'elle fait mouvoir, tantôt

splendide, tantôt ignée, tantôt électrique et tantôt magnétique,

n'a qu'un seul nom indiqué par Moïse dans la _Genèse_, lorsqu'il

la fait apparaître à l'appel du Tout-Puissant, avant toutes les

substances et avant toutes les formes: LA LUMIÈRE; [Hébreu]

Et maintenant ne craignons pas de le dire d'avance, car on le

reconnaîtra plus tard.

La grande chose du XVIIIe siècle, ce n'est pas l'encyclopédie, ce

n'est pas la philosophie ricaneuse et dérisoire de Voltaire, ce

n'est pas la métaphysique négative de Diderot et de d'Alembert,

ce n'est pas la philanthropie haineuse de Rousseau; c'est la

physique sympathique et miraculeuse de Mesmer! Mesmer est grand

comme Prométhée, il a donné aux hommes le feu du ciel que

Franklin n'avait su que détourner.

Il ne manqua au génie de Mesmer, ni la sanction de la haine, ni

la consécration des persécutions et des injures; il avait été

chassé de l'Allemagne, on se moqua de lui en France, tout en lui

faisant une fortune, car ses guérisons étaient évidentes et les

malades allaient à lui et le payaient, puis se disaient guéris

par hasard, pour ne pas attirer sur eux l'animadversion des

savants. Les corps constitués ne firent pas même au thaumaturge

[417] l'honneur d'examiner sa découverte et le grand homme dut se

résigner à passer pour un adroit charlatan.

Les savants seuls n'étaient pas hostiles au mesmérisme, les

hommes sincèrement religieux s'alarmaient des dangers de la

découverte nouvelle, et les superstitieux criaient au scandale et

à la magie. Les sages prévoyaient les abus, les insensés

n'admettaient pas même l'usage de cette merveilleuse puissance.

N'allait-on pas au nom du magnétisme nier les miracles du Sauveur

et de ses saints, disaient les uns; que va devenir la puissance

du diable, disaient les autres? Et pourtant la religion qui est

vraie, ne doit craindre la découverte d'aucune vérité;

d'ailleurs, en donnant la mesure de la puissance humaine, le

magnétisme ne donne-t-il pas aux miracles divins une sanction

nouvelle, au lieu de les détruire? Il est vrai que les sots

attribueront au diable moins de prodiges, ce qui leur laissera

moins d'occasions d'exercer leur haine et leurs fureurs; mais ce

ne sont certainement pas les personnes d'une véritable piété qui

songeront jamais à s'en plaindre: le diable doit perdre du

terrain quand la lumière se fait et quand l'ignorance se retire;

mais les conquêtes de la science et de la lumière étendent,

affermissent et font aimer de plus en plus au monde l'empire et

la gloire de Dieu!

[418]

CHAPITRE II

PERSONNAGES MERVEILLEUX DU XVIIIe SIÈCLE.

SOMMAIRE.--Le comte de Saint-Germain.--L'adepte Lascaris et le

grand Cophte dit le médecin Joseph Balsamo.--Le baron du Phénix

et le comte de Cagliostro.

Le XVIIIe siècle n'a eu de crédulité que pour la magie, car les

croyances vagues sont la religion des âmes sans foi: on niait les

miracles de Jésus-Christ et l'on attribuait des résurrections au

_comte de Saint-Germain_. Ce singulier personnage était un

théosophe mystérieux qu'on faisait passer pour avoir les secrets

du grand oeuvre et pour fabriquer des diamants et des pierres

précieuses; c'était d'ailleurs un homme du monde, d'une

conversation agréable et d'une grande distinction dans ses

manières. Madame de Genlis, qui, pendant son enfance, le voyait

presque tous les jours, assure qu'il savait donner même à des

pierreries qu'il représentait en peinture, tout leur éclat

naturel et un feu dont aucun chimiste ni aucun peintre ne pouvait

deviner le secret; avait-il trouvé le moyen de fixer la lumière

sur la toile, ou employait-il quelque préparation de nacre ou

quelque incrustation métallique? c'est ce qu'il nous est

impossible de savoir, puisqu'il ne nous reste aucune de ces

peintures merveilleuses.

Le comte de Saint-Germain faisait profession de la religion

catholique, et en observait les pratiques avec une grande

fidélité; on parlait cependant d'évocations suspectes et

d'apparitions étranges, il se flattait de posséder le secret de

[419] la jeunesse éternelle. Était-ce mysticisme, était-ce folie?

Personne ne connaissait sa famille, et à l'entendre causer des

choses du temps passé, il semblait qu'il eût vécu plusieurs

siècles; il parlait peu de tout ce qui se rapportait aux sciences

occultes, et lorsqu'on lui demandait l'initiation, il prétendait

ne rien savoir; il choisissait lui même ses disciples, et leur

demandait tout d'abord une obéissance passive, puis il leur

parlait d'une royauté à laquelle ils étaient appelés, celle de

Melchisédech et de Salomon, la royauté des initiés qui est aussi

un sacerdoce. «Soyez le flambeau du monde, disait-il; si votre

lumière n'est que celle d'une planète, vous ne serez rien devant

Dieu: je vous réserve une splendeur dont celle du soleil n'est

que l'ombre, alors vous dirigerez la marche des étoiles, et vous

gouvernerez ceux qui régnent sur les empires.»

Histoire de la magie · 第 28 / 38 段