Remontons maintenant aux sources de la vraie science et revenons

à la sainte kabbale, ou tradition des enfants de Seth, emportée

de Chaldée par Abraham, enseignée au sacerdoce égyptien par

Joseph, recueillie et épurée par Moïse, cachée sous des symboles

dans la Bible, révélée par le Sauveur à saint Jean, et contenue

encore tout entière sous des figures hiératiques analogues à

celles de toute l'antiquité dans l'Apocalypse de cet apôtre.

Les kabbalistes ont en horreur tout ce qui ressemble à

l'idolâtrie; ils donnent pourtant à Dieu la figure humaine, mais

c'est une figure purement hiéroglyphique.

Ils considèrent Dieu comme l'infini intelligent, aimant et

vivant. Ce n'est pour eux ni la collection des êtres, ni

l'abstraction de l'Être ni un être philosophiquement

définissable. Il est dans tout, distinct de tout et plus grand

que tout. Son nom même est ineffable: et encore ce nom

n'exprime-t-il que l'idéal humain de sa divinité. Ce que Dieu est

par lui-même il n'est pas donné à l'homme de le comprendre.

Dieu est l'absolu de la foi; mais l'absolu de la raison c'est

l'ÊTRE.

[106] L'Être est par lui-même et parce qu'il est. La raison d'être de

l'Être c'est l'Être même. On peut demander: «Pourquoi existe-t-il

quelque chose, c'est-à-dire pourquoi telle ou telle chose

existe-t-elle?» Mais on ne peut sans être absurde demander:

«Pourquoi l'Être est-il?» Ce serait supposer l'Être avant l'Être.

La raison et la science nous démontrent que les modes d'existence

de l'Être s'équilibrent suivant des lois harmonieuses et

hiérarchiques. Or la hiérarchie se synthétise en montant et

devient toujours de plus en plus monarchique. La raison cependant

ne peut s'arrêter à un chef unique sans s'effrayer des abîmes

qu'elle semble laisser au-dessus de ce suprême monarque, elle se

tait donc et cède la place à la foi qui adore.

Ce qui est certain, même pour la science et pour la raison, c'est

que l'idée de Dieu est la plus grande, la plus sainte et la plus

utile de toutes les aspirations de l'homme; que sur cette

croyance repose la morale avec sa sanction éternelle. Cette

croyance est donc dans l'humanité le plus réel des phénomènes de

l'Être, et si elle était fausse, la nature affirmerait l'absurde,

le néant formulerait la vie, Dieu serait en même temps et ne

serait pas.

C'est à cette réalité philosophique et incontestable, qu'on nomme

l'idée de Dieu, que les kabbalistes donnent un nom; dans ce nom

sont contenus tous les autres. Les chiffres de ce nom produisent

tous les nombres, les hiéroglyphes des lettres de ce nom

expriment toutes les lois et toutes les choses de la nature.

Nous ne reviendrons pas ici sur ce que nous avons dit dans notre

[107] dogme de la haute magie sur le tétragramme divin, nous ajouterons

seulement que les kabbalistes l'écrivent de quatre principales

manières:

[Hébreu]

JHVH,

qu'ils ne prononcent pas, mais qu'ils épèlent: _Jod, he vau hé_,

et que nous prononçons _Jéhovah_, ce qui est contraire à toute

analogie, car le tétragramme ainsi défiguré se trouverait composé

de six lettres.

[Hébreu]

ADNI,

que nous prononçons _Adonaï_, ce nom veut dire Seigneur.

[Hébreu]

AHIH,

que nous prononçons _Eieie_, ce nom signifie Être.

[Hébreu]

AGLA,

qui se prononce comme il s'écrit, et qui renferme

hiéroglyphiquement tous les mystères de la kabbale.

En effet la lettre Aleph [Hébreu] est la première de l'alphabet

hébreu; elle exprime l'unité, elle représente hiéroglyphiquement

le dogme d'Hermès: «Ce qui est supérieur est analogue à ce qui

est inférieur.» Cette lettre, en effet, a comme deux bras dont

l'un montre la terre et l'autre le ciel avec un mouvement

analogue.

La lettre Ghimel [Hébreu] est la troisième de l'alphabet; elle

exprime numériquement le ternaire et hiéroglyphiquement

l'enfantement, la fécondité.

La lettre Lamed [Hébreu] est la douzième; elle est l'expression

[108] du cycle parfait. Comme signe hiéroglyphique, elle représente la

circulation du mouvement perpétuel, et le rapport du rayon à la

circonférence.

La lettre Aleph répétée est l'expression de la synthèse.

Le nom d'AGLA signifie donc:

L'unité qui par le ternaire accomplit le cycle des nombres pour

retourner à l'unité;

Le principe fécond de la nature qui fait un avec lui;

La vérité première qui féconde la science et la ramène à l'unité;

La syllepse, l'analyse, la science et la synthèse;

Les trois personnes divines qui sont un seul Dieu. Le secret du

grand oeuvre, c'est-à-dire la fixation de la lumière astrale par

une émission souveraine de volonté, ce que les adeptes figuraient

par un serpent percé d'une flèche formant avec elle la lettre

Aleph [Hébreu].

Puis les trois opérations, dissoudre, sublimer, fixer,

correspondant aux trois substances nécessaires, sel, soufre et

mercure, le tout exprimé par la lettre Ghimel [Hébreu].

Puis les douze clefs de Basile (Valentin) exprimées par Lamed

[Hébreu].

Enfin l'oeuvre accomplie conformément à son principe et

reproduisant le principe même.

Telle est l'origine de cette tradition kabbalistique qui met

toute la magie dans un mot. Savoir lire ce mot et le prononcer,

c'est-à-dire en comprendre les mystères et traduire en actions

ces connaissance absolues, c'est avoir la clef des merveilles.

Pour prononcer le nom d'AGLA, il faut se tourner du côté de

l'orient, c'est-à-dire s'unir d'intention et de science à la

[109] tradition orientale. N'oublions pas que suivant la kabbale, le

Verbe parfait est la parole réalisée par des actes. De là vient

cette expression qui se retrouve plusieurs fois dans la Bible:

«Faire une parole» (_facere verbum_), dans le sens d'accomplir

une action.

Prononcer kabbalistiquement le nom d'AGLA, c'est donc subir

toutes les épreuves de l'initiation et en achever toutes les

oeuvres.

Nous avons dit dans notre dogme de la haute magie comment le nom

de Jéhovah se décompose en soixante et douze noms explicatifs,

qu'on appelle _Schemhamphoras_. L'art d'employer ces soixante et

douze noms et d'y trouver les clefs de la science universelle,

est ce que les kabbalistes ont nommé les _clavicules_ de Salomon.

En effet, à la suite des recueils d'évocations et de prières qui

portent ce titre, on trouve ordinairement soixante et douze

cercles magiques formant trente-six talismans. C'est quatre fois

neuf, c'est-à-dire le nombre absolu multiplié par le quaternaire.

Ces talismans portent chacun deux des soixante et douze noms avec

le signe emblématique de leur nombre et de celle des quatre

lettres du nom de Jéhovah à laquelle ils correspondent. C'est ce

qui a donné lieu aux quatre décades emblématiques du tarot: le

bâton figurant le Jod; la coupe, le hé; l'épée, le vaf; et le

denier, le hé final. Dans le tarot on a ajouté le complément de

la dizaine, qui répète synthétiquement le caractère de l'unité.

Les traditions populaires de la magie disaient que le possesseur

des clavicules de Salomon peut converser avec les esprits de tous

les ordres et se faire obéir par toutes les puissances

[110] naturelles. Or, ces clavicules plusieurs fois perdues, puis

retrouvées, ne sont autre chose que les talismans des soixante et

douze noms et les mystères des trente-deux voies

hiéroglyphiquement reproduits par le tarot. A l'aide de ces

signes et au moyen de leurs combinaisons infinies, comme celles

des nombres et des lettres, on peut, en effet, arriver à la

révélation naturelle et mathématique de tous les secrets de la

nature, et entrer, par conséquent, en communication avec la

hiérarchie entière des intelligences et des génies.

Les sages kabbalistes se tiennent en garde contre les rêves de

l'imagination et les hallucinations de la veille. Aussi

évitent-ils toutes ces évocations malsaines qui ébranlent le

système nerveux et enivrent la raison. Les expérimentateurs

curieux des phénomènes de vision extranaturelle ne sont guère

plus sensés que les mangeurs d'opium et de haschish. Ce sont des

enfants qui se font du mal à plaisir. On peut se laisser

surprendre par l'ivresse; on peut même s'oublier volontairement

au point de vouloir en éprouver les vertiges; mais à l'homme qui

se respecte une seule expérience suffit; et les honnêtes gens ne

s'enivrent pas deux fois.

Le comte Joseph de Maistre dit qu'on se moquera un jour de notre

stupidité actuelle comme nous nous moquons de la barbarie du

moyen âge. Qu'eût-il pensé, s'il eût vu nos tourneurs de tables?

et s'il eût entendu nos faiseurs de théories sur le monde occulte

des esprits? Pauvres gens que nous sommes! Nous n'échappons à

l'absurde que par l'absurde contraire. Le XVIIIe siècle croyait

protester contre la superstition en niant la religion, et nous

protestons contre l'impiété du XVIIIe siècle en revenant aux

[111] vieux contes de grand'mères; ne pourrait-on être plus chrétien

que Voltaire et se dispenser de croire encore aux revenants?

Les morts ne peuvent pas plus revenir sur la terre qu'ils ont

quittée, qu'un enfant ne pourrait rentrer dans le sein de sa

mère.

Ce que nous appelons la _mort_, est une naissance dans une vie

nouvelle. La nature ne défait pas ce qu'elle a fait dans l'ordre

des progressions nécessaires de l'existence, et elle ne saurait

donner le démenti à ses lois fondamentales.

L'âme humaine, servie et limitée par des organes, ne peut qu'au

moyen de ces organes mêmes se mettre en rapport avec les choses

du monde visible. Le corps est une enveloppe proportionnelle au

milieu matériel dans lequel l'âme ici-bas doit vivre. En limitant

l'action de l'âme il la concentre et la rend possible. En effet,

l'âme sans corps serait partout, mais partout si peu, qu'elle ne

pourrait agir nulle part; elle serait perdue dans l'infini, elle

serait absorbée et comme anéantie en Dieu.

Supposez une goutte d'eau douce enfermée dans un globule et jetée

dans la mer: tant que le globule ne sera pas brisé, la goutte

d'eau subsistera dans sa nature propre, mais si le globule se

brise, cherchez la goutte d'eau dans la mer.

Dieu en créant les esprits n'a pu leur donner une personnalité

consciencieuse d'elle-même qu'en leur donnant une enveloppe qui

centralise leur action et l'empêche de se perdre en la limitant.

Quand l'âme se sépare du corps, elle change donc nécessairement

de milieu puisqu'elle change d'enveloppe. Elle part revêtue

[112] seulement de sa forme astrale, de son enveloppe de lumière et

elle monte d'elle-même au-dessus de l'atmosphère comme l'air

remonte au-dessus de l'eau en s'échappant d'un vase brisé.

Nous disons que l'âme monte parce que son enveloppe monte, et que

son action et sa conscience sont comme nous l'avons dit attachées

à son enveloppe.

L'air atmosphérique devient solide pour ces corps de lumière

infiniment plus légers que lui et qui ne pourraient redescendre

qu'en se chargeant d'un vêtement plus lourd, mais où

prendraient-ils ce vêtement au-dessus de notre atmosphère? Ils ne

pourraient donc revenir sur la terre qu'en s'y incarnant de

nouveau, leur retour serait une chute, ils se noieraient comme

esprits libres et recommenceraient leur noviciat. Mais la

religion catholique n'admet pas qu'un pareil retour soit

possible.

Les kabbalistes formulent par un seul axiome toute la doctrine

que nous exposons ici:

«L'esprit, disent-ils, se revêt pour descendre et se dépouille

pour monter.»

La vie des intelligences est toute ascensionnelle; l'enfant dans

le sein de sa mère vit d'une vie végétative et reçoit la

nourriture par un lien qui s'attache comme l'arbre est attaché à

la terre et nourri en même temps par sa racine.

Lorsque l'enfant passe de la vie végétative à la vie instinctive

et animale, son cordon se brise, il peut marcher.

Lorsque l'enfant se fait homme, il échappe aux chaînes de

l'instinct et peut agir en être raisonnable.

Lorsque l'homme meurt, il échappe à ces lois de la pesanteur qui

le faisaient toujours retomber sur la terre.

[113] Lorsque l'âme a expié ses fautes, elle devient assez forte pour

quitter les ténèbres extérieures de l'atmosphère terrestre et

pour monter vers le soleil.

Alors commence la montée éternelle de l'échelle sainte, car

l'éternité des élus ne saurait être oisive; ils vont de vertus en

vertus, de félicité en félicité, de triomphe en triomphe, de

splendeur en splendeur.

La chaîne toutefois ne saurait être interrompue et ceux des plus

hauts degrés peuvent encore exercer une influence sur les plus

bas, mais suivant l'ordre hiérarchique, et de la même manière

qu'un roi en gouvernant sagement fait du bien au dernier de ses

sujets.

D'échelons en échelons, les prières montent et les grâces

descendent sans se tromper jamais de chemin.

Mais les esprits une fois montés ne redescendent plus, car à

mesure qu'ils montent les degrés se solidifient sous leurs pieds.

Le grand chaos s'est affermi, dit Abraham, dans la parabole du

mauvais riche; et ceux qui sont ici ne peuvent plus descendre

là-bas.

L'extase peut exalter les forces du corps sidéral au point de lui

faire entraîner dans son élan le corps matériel, ce qui prouve

que la destinée de l'âme est de monter.

Les faits de suspension aérienne sont possibles: mais il est sans

exemple qu'un homme ait pu vivre sous terre ou dans l'eau.

Il serait également impossible qu'une âme séparée de son corps

pût vivre, même un seul instant, dans l'épaisseur de notre

atmosphère. Les âmes des morts ne sont donc pas autour de nous

[114] comme le supposent les tourneurs de tables. Ceux que nous aimons

peuvent nous voir encore et nous apparaître, mais seulement par

mirage et par reflet dans le miroir commun qui est la lumière.

Ils ne peuvent plus d'ailleurs s'intéresser aux choses mortelles,

et ne tiennent plus à nous que par ceux de nos sentiments qui

sont assez élevés pour avoir encore quelque chose de conforme ou

d'analogue à leur vie dans l'éternité.

Telles sont les révélations de la haute kabbale contenues et

cachées dans le livre mystérieux de Sohar. Révélations

hypothétiques sans doute pour la science, mais appuyées sur une

série d'inductions rigoureuses en partant des faits mêmes que la

science conteste le moins; or il faut aborder ici un des secrets

les plus dangereux de la magie. C'est l'hypothèse plus que

probable de l'existence des larves fluidiques connues dans

l'ancienne théurgie sous le nom d'esprits élémentaires. Nous en

avons dit quelques mots dans notre _Dogme et rituel de la haute

magie_[7], et le malheureux abbé de Villars, qui s'était joué de

ces terribles révélations, a payé de sa vie son imprudence. Ce

secret est dangereux en ce qu'il touche de près au grand arcane

magique. En effet, évoquer les esprits élémentaires, c'est avoir

la puissance de coaguler les fluides par une projection de

lumière astrale. Or cette puissance ainsi dirigée ne peut

produire que des désordres et des malheurs comme nous le

prouverons plus tard. Voici maintenant la théorie de l'hypothèse

avec les preuves de la probabilité:

L'esprit est partout, c'est lui qui anime la matière; il se

[115] dégage de la pesanteur en perfectionnant son enveloppe qui est sa

forme. Nous voyons, en effet, la forme progresser avec les

instincts jusqu'à l'intelligence et la beauté; ce sont les

efforts de la lumière attirée par l'attrait de l'esprit, c'est le

mystère de la génération progressive et universelle.

[Note 7: _Dogme et Rituel de la haute magie_, 1856, 2 vol. in-8

avec 23 fig.]

La lumière est l'agent efficient des formes et de la vie, parce

qu'elle est en même temps mouvement et chaleur. Lorsqu'elle

parvient à se fixer et à se polariser autour d'un centre, elle

produit un être vivant, puis elle attire pour le perfectionner et

le conserver toute la substance plastique nécessaire. Cette

substance plastique formée en dernière analyse de terre et d'eau,

a été avec raison appelée dans la Bible le limon de la terre.

Mais la lumière n'est point l'esprit, comme le croient les

hiérophantes indiens, et toutes les écoles de goétie; elle est

seulement l'instrument de l'esprit. Elle n'est point le corps du

_protoplastes_, comme le faisaient entendre les théurgistes de

l'école d'Alexandrie; elle est la première manifestation physique

du souffle divin. Dieu la crée éternellement, et l'homme, à

l'image de Dieu, la modifie et semble la multiplier.

Prométhée, dit la fable, ayant dérobé le feu du ciel, anima des

images faites de terre et d'eau, et c'est pour ce crime qu'il fut

enchaîné et foudroyé par Jupiter.

Les esprits élémentaires, disent les kabbalistes dans leurs

livres les plus secrets, sont les enfants de la solitude d'Adam;

ils sont nés de ses rêves, lorsqu'il aspirait à la femme que Dieu

ne lui avait pas donnée encore.

Paracelse dit que le sang perdu, soit régulièrement, soit en

rêve, par les célibataires des deux sexes, peuple l'air de

fantômes.

[116] Nous croyons indiquer assez clairement ici, d'après les maîtres,

l'origine supposée de ces larves sans qu'il soit besoin de nous

expliquer davantage.

Ces larves ont donc un corps aérien formé de la vapeur du sang.

C'est pour cela qu'elles cherchent le sang répandu et se

nourrissaient autrefois de la fumée des sacrifices.

Ce sont les enfants monstrueux de ces cauchemars impurs qu'on

appelait autrefois les incubes et les succubes.

Lorsqu'ils sont assez condensés pour être vus, ce n'est qu'une

vapeur colorée par le reflet d'une image; ils n'ont pas de vie

propre, mais ils imitent la vie de celui qui les évoque comme

l'ombre imite le corps.

Ils se produisent surtout autour des idiots et des êtres sans

moralité que leur isolement abandonne à des habitudes déréglées.

La cohésion des parties de leur corps fantastique étant très

faible, ils craignent le grand air, le grand feu et surtout la

pointe des épées.

Ils deviennent en quelque sorte des appendices vaporeux du corps

réel de leurs parents, puisqu'ils ne vivent que de la vie de ceux

qui les ont créés ou qui se les approprient en les évoquant. En

sorte que si on blesse leurs apparences de corps, le père peut

être réellement blessé, comme l'enfant non encore né est

réellement blessé ou défiguré par les imaginations de sa mère.

Le monde entier est plein de phénomènes qui justifient ces

révélations singulières et ne peuvent s'expliquer que par elles.

[117] Ces larves attirent à elles la chaleur vitale des personnes bien

portantes, et épuisent rapidement celles qui sont faibles.

De là sont venues les histoires de vampires, histoires

affreusement réelles et périodiquement constatées comme chacun

sait.

C'est pour cela qu'à l'approche des _médiums_, c'est-à-dire des

personnes obsédées par les larves, on sent un refroidissement

dans l'atmosphère.

Ces larves ne devant l'existence qu'aux mensonges de

l'imagination exaltée et au dérèglement des sens, ne se

produisent jamais en présence d'une personne qui sait et qui peut

dévoiler le mystère de leur monstrueuse naissance.

[118]

LIVRE II

FORMATION ET RÉALISATIONS DU DOGME.

[Hébreu], Beth.

CHAPITRE PREMIER.

SYMBOLISME PRIMITIF DE L'HISTOIRE.

SOMMAIRE.--Le pantacle édénique.--Le chérub.--Les enfants de

Caïn.--Secrets magiques de la tour de Babel.--Malédiction des

descendants de Chanaan.--Anathème porté contre les

sorciers.--Grandeurs et décadences du dogme en Egypte, en Grèce

et à Rome.--Naissance de la philosophie sceptique.--Guerre de

l'empirisme contre la magie.--Scepticisme tempéré de

Socrate.--Essai de synthèse de Platon.--Rationalisme

d'Aristote.--Le sacerdoce et la science.

Il ne nous appartient pas d'expliquer l'Écriture sainte au point

de vue religieux et dogmatique. Soumis avant toute chose à

l'ordre hiérarchique, nous laissons la théologie aux docteurs de

l'Église et nous rendons à la science humaine tout ce qui est du

domaine de l'expérience et de la raison. Lors donc que nous

paraissons risquer une application nouvelle d'un passage de la

Bible ou de l'Évangile, c'est toujours sauf le respect des

décisions ecclésiastiques. Nous ne dogmatisons pas, nous

soumettons aux autorités légitimes nos observations et nos

études.

Ce qui nous frappe tout d'abord en lisant dans le livre sacré de

Moïse l'histoire originelle du genre humain, c'est la description

[119] du paradis terrestre qui se résume dans la figure d'un pantacle

parfait. Il est circulaire ou carré, puisqu'il est arrosé

également par quatre fleuves disposés en croix, et au centre se

trouvent les deux arbres qui représentent la science et la vie,

l'intelligence stable et le mouvement progressif, la sagesse et

la création. Autour de l'arbre de la science se roule le serpent

d'Asclépios et d'Hermès: au pied de l'arbre sont l'homme et la

femme, l'actif et le passif, l'intelligence et l'amour. Le

serpent, symbole de l'attrait originel et du feu central de la

terre, tente la femme qui est la plus faible, et celle-ci fait

succomber l'homme; mais elle ne cède au serpent que pour le

dompter plus tard, et un jour elle lui écrasera la tête en

donnant un sauveur au monde.

La science tout entière est figurée dans cet admirable tableau.

L'homme abdique le domaine de l'intelligence en cédant aux

sollicitations de la partie sensitive; il profane le fruit de la

science qui doit nourrir l'âme en le faisant servir à des usages

de satisfaction injuste et matérielle, il perd alors le sentiment

de l'harmonie et de la vérité. Il est revêtu d'une peau de bête,

parce que la forme physique se conforme toujours tôt ou tard aux

dispositions morales; il est chassé du cercle arrosé par les

quatre fleuves de vie, et un chérub, armé d'une épée flamboyante

toujours agitée, l'empêche de rentrer dans le domaine de l'unité.

Comme nous l'avons fait remarquer dans notre dogme, Voltaire,

ayant découvert qu'en hébreu un chérub signifie un boeuf, s'est

fort amusé de cette histoire. Il aurait moins ri s'il avait vu

dans l'ange à tête de taureau l'image du symbolisme obscur, et

dans le glaive flamboyant et mobile ces éclairs de vérité mal

[120] conçue et trompeuse, qui donnèrent tant de crédit après la chute

originelle à l'idolâtrie des nations.

Le glaive flamboyant représentait aussi cette lumière que l'homme

ne savait plus diriger et dont il subissait les atteintes fatales

au lieu d'en gouverner la puissance.

Le grand oeuvre magique considéré d'une manière absolue, c'est la

conquête et la direction de l'épée flamboyante du chérub.

Le chérub c'est l'ange ou l'âme de la terre représentée toujours

dans les anciens mystères sous la figure d'un taureau.

C'est pour cela que dans les symboles mitthriaques, on voit le

maître de la lumière domptant le taureau terrestre et lui

plongeant dans le flanc le glaive qui en fait sortir la vie

figurée par des gouttes de sang.

La première conséquence du péché d'Ève, c'est la mort d'Abel. En

séparant l'amour de l'intelligence, Ève l'a séparé de la force;

la force, devenue aveugle et asservie aux convoitises terrestres,

devient jalouse de l'amour et le tue. Puis les enfants de Caïn

perpétuent le crime de leur père. Ils mettent au monde des filles

fatalement belles, des filles sans amour, nées pour la damnation

des anges et pour le scandale des descendants de Seth.

Après le déluge et à la suite de cette prévarication de Cham,

dont nous avons déjà indiqué le mystère, les enfants des hommes

veulent réaliser un projet insensé: ils veulent construire un

pantacle et un palais universel. C'est un gigantesque essai de

socialisme égalitaire, et le phalanstère de Fourier est une

conception bien chétive auprès de la tour de Babel. C'était un

essai de protestation contre la hiérarchie de la science, une

[121] citadelle élevée contre les inondations et la foudre, un

promontoire du haut duquel la tête du peuple divinisé planerait

sur l'atmosphère et sur les tempêtes. Mais on ne monte pas à la

science sur des escaliers de pierre; les degrés hiérarchiques de

l'esprit ne se bâtissent pas avec du mortier comme les étages

d'une tour. L'anarchie protesta contre cette hiérarchie

matérialisée. Les hommes ne s'entendirent plus, leçon fatale, si

mal comprise par ceux qui de nos jours ont rêvé une autre Babel.

Aux doctrines brutalement et matériellement hiérarchiques,

répondent les négations égalitaires: toutes les fois que le genre

humain, se bâtira une tour, on s'en disputera le sommet, et la

tendance des multitudes sera d'en déserter la base. Pour

satisfaire toutes les ambitions, en rendant le sommet plus large

que la base, il faudrait faire une tour branlante au vent qui

tomberait au moindre choc.

Histoire de la magie · 第 8 / 38 段