à la sainte kabbale, ou tradition des enfants de Seth, emportée
de Chaldée par Abraham, enseignée au sacerdoce égyptien par
Joseph, recueillie et épurée par Moïse, cachée sous des symboles
dans la Bible, révélée par le Sauveur à saint Jean, et contenue
encore tout entière sous des figures hiératiques analogues à
celles de toute l'antiquité dans l'Apocalypse de cet apôtre.
Les kabbalistes ont en horreur tout ce qui ressemble à
l'idolâtrie; ils donnent pourtant à Dieu la figure humaine, mais
c'est une figure purement hiéroglyphique.
Ils considèrent Dieu comme l'infini intelligent, aimant et
vivant. Ce n'est pour eux ni la collection des êtres, ni
l'abstraction de l'Être ni un être philosophiquement
définissable. Il est dans tout, distinct de tout et plus grand
que tout. Son nom même est ineffable: et encore ce nom
n'exprime-t-il que l'idéal humain de sa divinité. Ce que Dieu est
par lui-même il n'est pas donné à l'homme de le comprendre.
Dieu est l'absolu de la foi; mais l'absolu de la raison c'est
l'ÊTRE.
[106] L'Être est par lui-même et parce qu'il est. La raison d'être de
l'Être c'est l'Être même. On peut demander: «Pourquoi existe-t-il
quelque chose, c'est-à-dire pourquoi telle ou telle chose
existe-t-elle?» Mais on ne peut sans être absurde demander:
«Pourquoi l'Être est-il?» Ce serait supposer l'Être avant l'Être.
La raison et la science nous démontrent que les modes d'existence
de l'Être s'équilibrent suivant des lois harmonieuses et
hiérarchiques. Or la hiérarchie se synthétise en montant et
devient toujours de plus en plus monarchique. La raison cependant
ne peut s'arrêter à un chef unique sans s'effrayer des abîmes
qu'elle semble laisser au-dessus de ce suprême monarque, elle se
tait donc et cède la place à la foi qui adore.
Ce qui est certain, même pour la science et pour la raison, c'est
que l'idée de Dieu est la plus grande, la plus sainte et la plus
utile de toutes les aspirations de l'homme; que sur cette
croyance repose la morale avec sa sanction éternelle. Cette
croyance est donc dans l'humanité le plus réel des phénomènes de
l'Être, et si elle était fausse, la nature affirmerait l'absurde,
le néant formulerait la vie, Dieu serait en même temps et ne
serait pas.
C'est à cette réalité philosophique et incontestable, qu'on nomme
l'idée de Dieu, que les kabbalistes donnent un nom; dans ce nom
sont contenus tous les autres. Les chiffres de ce nom produisent
tous les nombres, les hiéroglyphes des lettres de ce nom
expriment toutes les lois et toutes les choses de la nature.
Nous ne reviendrons pas ici sur ce que nous avons dit dans notre
[107] dogme de la haute magie sur le tétragramme divin, nous ajouterons
seulement que les kabbalistes l'écrivent de quatre principales
manières:
[Hébreu]
JHVH,
qu'ils ne prononcent pas, mais qu'ils épèlent: _Jod, he vau hé_,
et que nous prononçons _Jéhovah_, ce qui est contraire à toute
analogie, car le tétragramme ainsi défiguré se trouverait composé
de six lettres.
[Hébreu]
ADNI,
que nous prononçons _Adonaï_, ce nom veut dire Seigneur.
[Hébreu]
AHIH,
que nous prononçons _Eieie_, ce nom signifie Être.
[Hébreu]
AGLA,
qui se prononce comme il s'écrit, et qui renferme
hiéroglyphiquement tous les mystères de la kabbale.
En effet la lettre Aleph [Hébreu] est la première de l'alphabet
hébreu; elle exprime l'unité, elle représente hiéroglyphiquement
le dogme d'Hermès: «Ce qui est supérieur est analogue à ce qui
est inférieur.» Cette lettre, en effet, a comme deux bras dont
l'un montre la terre et l'autre le ciel avec un mouvement
analogue.
La lettre Ghimel [Hébreu] est la troisième de l'alphabet; elle
exprime numériquement le ternaire et hiéroglyphiquement
l'enfantement, la fécondité.
La lettre Lamed [Hébreu] est la douzième; elle est l'expression
[108] du cycle parfait. Comme signe hiéroglyphique, elle représente la
circulation du mouvement perpétuel, et le rapport du rayon à la
circonférence.
La lettre Aleph répétée est l'expression de la synthèse.
Le nom d'AGLA signifie donc:
L'unité qui par le ternaire accomplit le cycle des nombres pour
retourner à l'unité;
Le principe fécond de la nature qui fait un avec lui;
La vérité première qui féconde la science et la ramène à l'unité;
La syllepse, l'analyse, la science et la synthèse;
Les trois personnes divines qui sont un seul Dieu. Le secret du
grand oeuvre, c'est-à-dire la fixation de la lumière astrale par
une émission souveraine de volonté, ce que les adeptes figuraient
par un serpent percé d'une flèche formant avec elle la lettre
Aleph [Hébreu].
Puis les trois opérations, dissoudre, sublimer, fixer,
correspondant aux trois substances nécessaires, sel, soufre et
mercure, le tout exprimé par la lettre Ghimel [Hébreu].
Puis les douze clefs de Basile (Valentin) exprimées par Lamed
[Hébreu].
Enfin l'oeuvre accomplie conformément à son principe et
reproduisant le principe même.
Telle est l'origine de cette tradition kabbalistique qui met
toute la magie dans un mot. Savoir lire ce mot et le prononcer,
c'est-à-dire en comprendre les mystères et traduire en actions
ces connaissance absolues, c'est avoir la clef des merveilles.
Pour prononcer le nom d'AGLA, il faut se tourner du côté de
l'orient, c'est-à-dire s'unir d'intention et de science à la
[109] tradition orientale. N'oublions pas que suivant la kabbale, le
Verbe parfait est la parole réalisée par des actes. De là vient
cette expression qui se retrouve plusieurs fois dans la Bible:
«Faire une parole» (_facere verbum_), dans le sens d'accomplir
une action.
Prononcer kabbalistiquement le nom d'AGLA, c'est donc subir
toutes les épreuves de l'initiation et en achever toutes les
oeuvres.
Nous avons dit dans notre dogme de la haute magie comment le nom
de Jéhovah se décompose en soixante et douze noms explicatifs,
qu'on appelle _Schemhamphoras_. L'art d'employer ces soixante et
douze noms et d'y trouver les clefs de la science universelle,
est ce que les kabbalistes ont nommé les _clavicules_ de Salomon.
En effet, à la suite des recueils d'évocations et de prières qui
portent ce titre, on trouve ordinairement soixante et douze
cercles magiques formant trente-six talismans. C'est quatre fois
neuf, c'est-à-dire le nombre absolu multiplié par le quaternaire.
Ces talismans portent chacun deux des soixante et douze noms avec
le signe emblématique de leur nombre et de celle des quatre
lettres du nom de Jéhovah à laquelle ils correspondent. C'est ce
qui a donné lieu aux quatre décades emblématiques du tarot: le
bâton figurant le Jod; la coupe, le hé; l'épée, le vaf; et le
denier, le hé final. Dans le tarot on a ajouté le complément de
la dizaine, qui répète synthétiquement le caractère de l'unité.
Les traditions populaires de la magie disaient que le possesseur
des clavicules de Salomon peut converser avec les esprits de tous
les ordres et se faire obéir par toutes les puissances
[110] naturelles. Or, ces clavicules plusieurs fois perdues, puis
retrouvées, ne sont autre chose que les talismans des soixante et
douze noms et les mystères des trente-deux voies
hiéroglyphiquement reproduits par le tarot. A l'aide de ces
signes et au moyen de leurs combinaisons infinies, comme celles
des nombres et des lettres, on peut, en effet, arriver à la
révélation naturelle et mathématique de tous les secrets de la
nature, et entrer, par conséquent, en communication avec la
hiérarchie entière des intelligences et des génies.
Les sages kabbalistes se tiennent en garde contre les rêves de
l'imagination et les hallucinations de la veille. Aussi
évitent-ils toutes ces évocations malsaines qui ébranlent le
système nerveux et enivrent la raison. Les expérimentateurs
curieux des phénomènes de vision extranaturelle ne sont guère
plus sensés que les mangeurs d'opium et de haschish. Ce sont des
enfants qui se font du mal à plaisir. On peut se laisser
surprendre par l'ivresse; on peut même s'oublier volontairement
au point de vouloir en éprouver les vertiges; mais à l'homme qui
se respecte une seule expérience suffit; et les honnêtes gens ne
s'enivrent pas deux fois.
Le comte Joseph de Maistre dit qu'on se moquera un jour de notre
stupidité actuelle comme nous nous moquons de la barbarie du
moyen âge. Qu'eût-il pensé, s'il eût vu nos tourneurs de tables?
et s'il eût entendu nos faiseurs de théories sur le monde occulte
des esprits? Pauvres gens que nous sommes! Nous n'échappons à
l'absurde que par l'absurde contraire. Le XVIIIe siècle croyait
protester contre la superstition en niant la religion, et nous
protestons contre l'impiété du XVIIIe siècle en revenant aux
[111] vieux contes de grand'mères; ne pourrait-on être plus chrétien
que Voltaire et se dispenser de croire encore aux revenants?
Les morts ne peuvent pas plus revenir sur la terre qu'ils ont
quittée, qu'un enfant ne pourrait rentrer dans le sein de sa
mère.
Ce que nous appelons la _mort_, est une naissance dans une vie
nouvelle. La nature ne défait pas ce qu'elle a fait dans l'ordre
des progressions nécessaires de l'existence, et elle ne saurait
donner le démenti à ses lois fondamentales.
L'âme humaine, servie et limitée par des organes, ne peut qu'au
moyen de ces organes mêmes se mettre en rapport avec les choses
du monde visible. Le corps est une enveloppe proportionnelle au
milieu matériel dans lequel l'âme ici-bas doit vivre. En limitant
l'action de l'âme il la concentre et la rend possible. En effet,
l'âme sans corps serait partout, mais partout si peu, qu'elle ne
pourrait agir nulle part; elle serait perdue dans l'infini, elle
serait absorbée et comme anéantie en Dieu.
Supposez une goutte d'eau douce enfermée dans un globule et jetée
dans la mer: tant que le globule ne sera pas brisé, la goutte
d'eau subsistera dans sa nature propre, mais si le globule se
brise, cherchez la goutte d'eau dans la mer.
Dieu en créant les esprits n'a pu leur donner une personnalité
consciencieuse d'elle-même qu'en leur donnant une enveloppe qui
centralise leur action et l'empêche de se perdre en la limitant.
Quand l'âme se sépare du corps, elle change donc nécessairement
de milieu puisqu'elle change d'enveloppe. Elle part revêtue
[112] seulement de sa forme astrale, de son enveloppe de lumière et
elle monte d'elle-même au-dessus de l'atmosphère comme l'air
remonte au-dessus de l'eau en s'échappant d'un vase brisé.
Nous disons que l'âme monte parce que son enveloppe monte, et que
son action et sa conscience sont comme nous l'avons dit attachées
à son enveloppe.
L'air atmosphérique devient solide pour ces corps de lumière
infiniment plus légers que lui et qui ne pourraient redescendre
qu'en se chargeant d'un vêtement plus lourd, mais où
prendraient-ils ce vêtement au-dessus de notre atmosphère? Ils ne
pourraient donc revenir sur la terre qu'en s'y incarnant de
nouveau, leur retour serait une chute, ils se noieraient comme
esprits libres et recommenceraient leur noviciat. Mais la
religion catholique n'admet pas qu'un pareil retour soit
possible.
Les kabbalistes formulent par un seul axiome toute la doctrine
que nous exposons ici:
«L'esprit, disent-ils, se revêt pour descendre et se dépouille
pour monter.»
La vie des intelligences est toute ascensionnelle; l'enfant dans
le sein de sa mère vit d'une vie végétative et reçoit la
nourriture par un lien qui s'attache comme l'arbre est attaché à
la terre et nourri en même temps par sa racine.
Lorsque l'enfant passe de la vie végétative à la vie instinctive
et animale, son cordon se brise, il peut marcher.
Lorsque l'enfant se fait homme, il échappe aux chaînes de
l'instinct et peut agir en être raisonnable.
Lorsque l'homme meurt, il échappe à ces lois de la pesanteur qui
le faisaient toujours retomber sur la terre.
[113] Lorsque l'âme a expié ses fautes, elle devient assez forte pour
quitter les ténèbres extérieures de l'atmosphère terrestre et
pour monter vers le soleil.
Alors commence la montée éternelle de l'échelle sainte, car
l'éternité des élus ne saurait être oisive; ils vont de vertus en
vertus, de félicité en félicité, de triomphe en triomphe, de
splendeur en splendeur.
La chaîne toutefois ne saurait être interrompue et ceux des plus
hauts degrés peuvent encore exercer une influence sur les plus
bas, mais suivant l'ordre hiérarchique, et de la même manière
qu'un roi en gouvernant sagement fait du bien au dernier de ses
sujets.
D'échelons en échelons, les prières montent et les grâces
descendent sans se tromper jamais de chemin.
Mais les esprits une fois montés ne redescendent plus, car à
mesure qu'ils montent les degrés se solidifient sous leurs pieds.
Le grand chaos s'est affermi, dit Abraham, dans la parabole du
mauvais riche; et ceux qui sont ici ne peuvent plus descendre
là-bas.
L'extase peut exalter les forces du corps sidéral au point de lui
faire entraîner dans son élan le corps matériel, ce qui prouve
que la destinée de l'âme est de monter.
Les faits de suspension aérienne sont possibles: mais il est sans
exemple qu'un homme ait pu vivre sous terre ou dans l'eau.
Il serait également impossible qu'une âme séparée de son corps
pût vivre, même un seul instant, dans l'épaisseur de notre
atmosphère. Les âmes des morts ne sont donc pas autour de nous
[114] comme le supposent les tourneurs de tables. Ceux que nous aimons
peuvent nous voir encore et nous apparaître, mais seulement par
mirage et par reflet dans le miroir commun qui est la lumière.
Ils ne peuvent plus d'ailleurs s'intéresser aux choses mortelles,
et ne tiennent plus à nous que par ceux de nos sentiments qui
sont assez élevés pour avoir encore quelque chose de conforme ou
d'analogue à leur vie dans l'éternité.
Telles sont les révélations de la haute kabbale contenues et
cachées dans le livre mystérieux de Sohar. Révélations
hypothétiques sans doute pour la science, mais appuyées sur une
série d'inductions rigoureuses en partant des faits mêmes que la
science conteste le moins; or il faut aborder ici un des secrets
les plus dangereux de la magie. C'est l'hypothèse plus que
probable de l'existence des larves fluidiques connues dans
l'ancienne théurgie sous le nom d'esprits élémentaires. Nous en
avons dit quelques mots dans notre _Dogme et rituel de la haute
magie_[7], et le malheureux abbé de Villars, qui s'était joué de
ces terribles révélations, a payé de sa vie son imprudence. Ce
secret est dangereux en ce qu'il touche de près au grand arcane
magique. En effet, évoquer les esprits élémentaires, c'est avoir
la puissance de coaguler les fluides par une projection de
lumière astrale. Or cette puissance ainsi dirigée ne peut
produire que des désordres et des malheurs comme nous le
prouverons plus tard. Voici maintenant la théorie de l'hypothèse
avec les preuves de la probabilité:
L'esprit est partout, c'est lui qui anime la matière; il se
[115] dégage de la pesanteur en perfectionnant son enveloppe qui est sa
forme. Nous voyons, en effet, la forme progresser avec les
instincts jusqu'à l'intelligence et la beauté; ce sont les
efforts de la lumière attirée par l'attrait de l'esprit, c'est le
mystère de la génération progressive et universelle.
[Note 7: _Dogme et Rituel de la haute magie_, 1856, 2 vol. in-8
avec 23 fig.]
La lumière est l'agent efficient des formes et de la vie, parce
qu'elle est en même temps mouvement et chaleur. Lorsqu'elle
parvient à se fixer et à se polariser autour d'un centre, elle
produit un être vivant, puis elle attire pour le perfectionner et
le conserver toute la substance plastique nécessaire. Cette
substance plastique formée en dernière analyse de terre et d'eau,
a été avec raison appelée dans la Bible le limon de la terre.
Mais la lumière n'est point l'esprit, comme le croient les
hiérophantes indiens, et toutes les écoles de goétie; elle est
seulement l'instrument de l'esprit. Elle n'est point le corps du
_protoplastes_, comme le faisaient entendre les théurgistes de
l'école d'Alexandrie; elle est la première manifestation physique
du souffle divin. Dieu la crée éternellement, et l'homme, à
l'image de Dieu, la modifie et semble la multiplier.
Prométhée, dit la fable, ayant dérobé le feu du ciel, anima des
images faites de terre et d'eau, et c'est pour ce crime qu'il fut
enchaîné et foudroyé par Jupiter.
Les esprits élémentaires, disent les kabbalistes dans leurs
livres les plus secrets, sont les enfants de la solitude d'Adam;
ils sont nés de ses rêves, lorsqu'il aspirait à la femme que Dieu
ne lui avait pas donnée encore.
Paracelse dit que le sang perdu, soit régulièrement, soit en
rêve, par les célibataires des deux sexes, peuple l'air de
fantômes.
[116] Nous croyons indiquer assez clairement ici, d'après les maîtres,
l'origine supposée de ces larves sans qu'il soit besoin de nous
expliquer davantage.
Ces larves ont donc un corps aérien formé de la vapeur du sang.
C'est pour cela qu'elles cherchent le sang répandu et se
nourrissaient autrefois de la fumée des sacrifices.
Ce sont les enfants monstrueux de ces cauchemars impurs qu'on
appelait autrefois les incubes et les succubes.
Lorsqu'ils sont assez condensés pour être vus, ce n'est qu'une
vapeur colorée par le reflet d'une image; ils n'ont pas de vie
propre, mais ils imitent la vie de celui qui les évoque comme
l'ombre imite le corps.
Ils se produisent surtout autour des idiots et des êtres sans
moralité que leur isolement abandonne à des habitudes déréglées.
La cohésion des parties de leur corps fantastique étant très
faible, ils craignent le grand air, le grand feu et surtout la
pointe des épées.
Ils deviennent en quelque sorte des appendices vaporeux du corps
réel de leurs parents, puisqu'ils ne vivent que de la vie de ceux
qui les ont créés ou qui se les approprient en les évoquant. En
sorte que si on blesse leurs apparences de corps, le père peut
être réellement blessé, comme l'enfant non encore né est
réellement blessé ou défiguré par les imaginations de sa mère.
Le monde entier est plein de phénomènes qui justifient ces
révélations singulières et ne peuvent s'expliquer que par elles.
[117] Ces larves attirent à elles la chaleur vitale des personnes bien
portantes, et épuisent rapidement celles qui sont faibles.
De là sont venues les histoires de vampires, histoires
affreusement réelles et périodiquement constatées comme chacun
sait.
C'est pour cela qu'à l'approche des _médiums_, c'est-à-dire des
personnes obsédées par les larves, on sent un refroidissement
dans l'atmosphère.
Ces larves ne devant l'existence qu'aux mensonges de
l'imagination exaltée et au dérèglement des sens, ne se
produisent jamais en présence d'une personne qui sait et qui peut
dévoiler le mystère de leur monstrueuse naissance.
[118]
LIVRE II
FORMATION ET RÉALISATIONS DU DOGME.
[Hébreu], Beth.
CHAPITRE PREMIER.
SYMBOLISME PRIMITIF DE L'HISTOIRE.
SOMMAIRE.--Le pantacle édénique.--Le chérub.--Les enfants de
Caïn.--Secrets magiques de la tour de Babel.--Malédiction des
descendants de Chanaan.--Anathème porté contre les
sorciers.--Grandeurs et décadences du dogme en Egypte, en Grèce
et à Rome.--Naissance de la philosophie sceptique.--Guerre de
l'empirisme contre la magie.--Scepticisme tempéré de
Socrate.--Essai de synthèse de Platon.--Rationalisme
d'Aristote.--Le sacerdoce et la science.
Il ne nous appartient pas d'expliquer l'Écriture sainte au point
de vue religieux et dogmatique. Soumis avant toute chose à
l'ordre hiérarchique, nous laissons la théologie aux docteurs de
l'Église et nous rendons à la science humaine tout ce qui est du
domaine de l'expérience et de la raison. Lors donc que nous
paraissons risquer une application nouvelle d'un passage de la
Bible ou de l'Évangile, c'est toujours sauf le respect des
décisions ecclésiastiques. Nous ne dogmatisons pas, nous
soumettons aux autorités légitimes nos observations et nos
études.
Ce qui nous frappe tout d'abord en lisant dans le livre sacré de
Moïse l'histoire originelle du genre humain, c'est la description
[119] du paradis terrestre qui se résume dans la figure d'un pantacle
parfait. Il est circulaire ou carré, puisqu'il est arrosé
également par quatre fleuves disposés en croix, et au centre se
trouvent les deux arbres qui représentent la science et la vie,
l'intelligence stable et le mouvement progressif, la sagesse et
la création. Autour de l'arbre de la science se roule le serpent
d'Asclépios et d'Hermès: au pied de l'arbre sont l'homme et la
femme, l'actif et le passif, l'intelligence et l'amour. Le
serpent, symbole de l'attrait originel et du feu central de la
terre, tente la femme qui est la plus faible, et celle-ci fait
succomber l'homme; mais elle ne cède au serpent que pour le
dompter plus tard, et un jour elle lui écrasera la tête en
donnant un sauveur au monde.
La science tout entière est figurée dans cet admirable tableau.
L'homme abdique le domaine de l'intelligence en cédant aux
sollicitations de la partie sensitive; il profane le fruit de la
science qui doit nourrir l'âme en le faisant servir à des usages
de satisfaction injuste et matérielle, il perd alors le sentiment
de l'harmonie et de la vérité. Il est revêtu d'une peau de bête,
parce que la forme physique se conforme toujours tôt ou tard aux
dispositions morales; il est chassé du cercle arrosé par les
quatre fleuves de vie, et un chérub, armé d'une épée flamboyante
toujours agitée, l'empêche de rentrer dans le domaine de l'unité.
Comme nous l'avons fait remarquer dans notre dogme, Voltaire,
ayant découvert qu'en hébreu un chérub signifie un boeuf, s'est
fort amusé de cette histoire. Il aurait moins ri s'il avait vu
dans l'ange à tête de taureau l'image du symbolisme obscur, et
dans le glaive flamboyant et mobile ces éclairs de vérité mal
[120] conçue et trompeuse, qui donnèrent tant de crédit après la chute
originelle à l'idolâtrie des nations.
Le glaive flamboyant représentait aussi cette lumière que l'homme
ne savait plus diriger et dont il subissait les atteintes fatales
au lieu d'en gouverner la puissance.
Le grand oeuvre magique considéré d'une manière absolue, c'est la
conquête et la direction de l'épée flamboyante du chérub.
Le chérub c'est l'ange ou l'âme de la terre représentée toujours
dans les anciens mystères sous la figure d'un taureau.
C'est pour cela que dans les symboles mitthriaques, on voit le
maître de la lumière domptant le taureau terrestre et lui
plongeant dans le flanc le glaive qui en fait sortir la vie
figurée par des gouttes de sang.
La première conséquence du péché d'Ève, c'est la mort d'Abel. En
séparant l'amour de l'intelligence, Ève l'a séparé de la force;
la force, devenue aveugle et asservie aux convoitises terrestres,
devient jalouse de l'amour et le tue. Puis les enfants de Caïn
perpétuent le crime de leur père. Ils mettent au monde des filles
fatalement belles, des filles sans amour, nées pour la damnation
des anges et pour le scandale des descendants de Seth.
Après le déluge et à la suite de cette prévarication de Cham,
dont nous avons déjà indiqué le mystère, les enfants des hommes
veulent réaliser un projet insensé: ils veulent construire un
pantacle et un palais universel. C'est un gigantesque essai de
socialisme égalitaire, et le phalanstère de Fourier est une
conception bien chétive auprès de la tour de Babel. C'était un
essai de protestation contre la hiérarchie de la science, une
[121] citadelle élevée contre les inondations et la foudre, un
promontoire du haut duquel la tête du peuple divinisé planerait
sur l'atmosphère et sur les tempêtes. Mais on ne monte pas à la
science sur des escaliers de pierre; les degrés hiérarchiques de
l'esprit ne se bâtissent pas avec du mortier comme les étages
d'une tour. L'anarchie protesta contre cette hiérarchie
matérialisée. Les hommes ne s'entendirent plus, leçon fatale, si
mal comprise par ceux qui de nos jours ont rêvé une autre Babel.
Aux doctrines brutalement et matériellement hiérarchiques,
répondent les négations égalitaires: toutes les fois que le genre
humain, se bâtira une tour, on s'en disputera le sommet, et la
tendance des multitudes sera d'en déserter la base. Pour
satisfaire toutes les ambitions, en rendant le sommet plus large
que la base, il faudrait faire une tour branlante au vent qui
tomberait au moindre choc.