3° Le danger d'hallucinations dans les opérations magiques mal

dirigées;

4° L'instrument magnétique qui est le rhombus, espèce de jouet

d'enfant en bois creux qui tourne sur lui-même avec un ronflement

toujours croissant;

5° La raison des enchantements par les paroles et les noms

barbares;

6° La fin de l'oeuvre magique, qui est l'apaisement de

l'imagination et des sens, l'état de somnambulisme complet et la

parfaite lucidité.

Il résulte de cette révélation de l'ancien monde, que l'extase

[61] lucide est une application volontaire et immédiate de l'âme au

feu universel, ou plutôt à cette _lumière pleine d'images_ qui

_rayonne_, qui _parle_ et qui _s'enroule_ autour de tous les

objets et de tous les globes de l'univers.

Application qui s'opère par la persistance d'une volonté dégagée

des sens et affermie par une série d'épreuves.

C'était là le commencement de l'initiation magique.

L'adepte, parvenu à la lecture immédiate dans la lumière,

devenait voyant ou prophète; puis, ayant mis sa volonté en

communication avec cette lumière, il apprenait à la diriger comme

on dirige la pointe d'une flèche; il envoyait à son gré le

trouble ou la paix dans les âmes, communiquait à distance avec

les autres adeptes, s'emparait enfin de cette force représentée

par le lion céleste.

C'est ce que signifient ces grandes figures assyriennes qui

tiennent sous leurs bras des lions domptés.

C'est la lumière astrale qui est représentée par ces gigantesques

sphinx, ayant des corps de lions et des têtes de mages.

La lumière astrale, devenue l'instrument de la puissante magique,

est le glaive d'or de Mithra qui immole le taureau sacré.

C'est la flèche de Phoebus qui perce le serpent Python.

Reconstruisons maintenant en esprit ces grandes métropoles de

l'Assyrie, Babylone et Ninive, remettons à leur place ces

colosses de granit, rebâtissons ces temples massifs, portés par

des éléphants ou par des sphinx, relevons ces obélisques

au-dessus desquels planent des dragons aux yeux étincelants et

aux ailes étendues.

[62] Le temple et le palais dominent ces entassements de merveilles;

là se tiennent cachées en se révélant sans cesse par des miracles

les deux divinités visibles de la terre, le sacerdoce et la

royauté.

Le temple, au gré des prêtres, s'entoure de nuages ou brille de

clartés surhumaines; les ténèbres se font parfois pendant le

jour, parfois aussi la nuit s'illumine; les lampes du temple

s'allument d'elles-mêmes, les dieux rayonnent, on entend gronder

la foudre, et malheur à l'impie qui aurait attiré sur sa tête la

malédiction des initiés! Le temple protége le palais, et les

serviteurs du roi combattent pour la religion des mages; le roi

est sacré, c'est le dieu de la terre, on se prosterne lorsqu'il

passe, et l'insensé qui oserait sans ordre franchir le seuil de

son palais, serait immédiatement frappé de mort!

Frappé de mort sans massue et sans glaive, frappé par une main

invisible, tué par la foudre, terrassé par le feu du ciel! Quelle

religion et quelle puissance! quelles grandes ombres que celles

de Nemrod, de Bélus et de Sémiramis! Que pouvaient donc être

avant les cités presque fabuleuses, où ces immenses royautés

trônèrent autrefois, les capitales de ces géants, de ces

magiciens, que les traditions confondent avec les anges et

nomment encore les fils de Dieu et les princes du ciel! Quels

mystères dorment dans les tombeaux des nations; et ne sommes-nous

pas des enfants lorsque, sans prendre la peine d'évoquer ces

effrayants souvenirs, nous nous applaudissons de nos lumières et

de nos progrès!

Dans son _livre sur la magie_, M. Du Potet avance, avec une

certaine crainte, qu'on peut, par une puissante émission de

[63] fluide magnétique, foudroyer un être vivant[3].

[Note 3: Du Potet, _la Magie dévoilée_, ou Principes de science

occulte, 1852, 1 vol. in-4.]

La puissance magique s'étend plus loin, mais il ne s'agit pas

seulement du prétendu fluide magnétique. C'est la lumière astrale

tout entière, c'est l'élément de l'électricité et de la foudre,

qui peut être mise au service de la volonté humaine; et que

faut-il faire pour acquérir cette formidable puissance? Zoroastre

vient de nous le le dire: il faut connaître ces lois mystérieuses

de l'équilibre qui asservissent à l'empire du bien les puissances

mêmes du mal; il faut avoir purifié son corps par les saintes

épreuves, lutté contre les fantômes de l'hallucination et saisi

corps à corps la lumière, comme Jacob dans sa lutte avec l'ange;

il faut avoir dompté ces chiens fantastiques qui aboient dans les

rêves; il faut, en un mot, pour nous servir de l'expression si

énergique de l'oracle, avoir entendu parler la lumière. Alors on

est maître, alors on peut la diriger, comme Numa, contre les

ennemis des saints mystères; mais si l'on n'est pas parfaitement

pur, si la domination de quelque passion animale vous soumet

encore aux fatalités des tempêtes de la vie, on se brûle aux feux

qu'on allume, on est la proie du serpent qu'on déchaîne, et l'on

périra foudroyé comme Tullus Hostilius.

Il n'est pas conforme aux lois de la nature que l'homme puisse

être dévoré par les bêtes sauvages. Dieu l'a armé de puissance

pour leur résister; il peut les fasciner du regard, les

gourmander avec la voix, les arrêter d'un signe,... et nous

voyons, en effet, que les animaux les plus féroces redoutent la

[64] fixité du regard de l'homme, et semblent tressaillir à sa voix.

Les projections de la lumière astrale les paralysent et les

frappent de crainte. Lorsque Daniel fut accusé de fausse magie et

d'imposture, le roi de Babylone le soumit, ainsi que ses

accusateurs, à l'épreuve des lions. Les animaux n'attaquent

jamais que ceux qui les craignent ou ceux dont eux-mêmes ils ont

peur. Un homme intrépide et désarmé ferait certainement reculer

un tigre par le magnétisme de son regard.

Les mages se servaient de cet empire, et les souverains de

l'Assyrie avaient dans leurs jardins des tigres soumis, des

léopards dociles et des lions apprivoisés. On en nourrissait

d'autres dans les souterrains des temples pour servir aux

épreuves de l'initiation. Les bas-reliefs symboliques en font

foi; ce ne sont que luttes d'hommes et d'animaux, et toujours on

voit l'adepte couvert du vêtement sacerdotal les dominer du

regard et les arrêter d'un geste de la main. Plusieurs de ces

représentations sont symboliques sans doute, quand les animaux

reproduisent quelques-unes des formes du sphinx; mais il en est

d'autres où l'animal est représenté au naturel et où le combat

semble être la théorie d'un véritable enchantement.

La magie est une science dont on ne peut abuser sans la perdre et

sans se perdre soi-même. Les souverains et les prêtres du monde

assyrien étaient trop grands pour ne pas être exposés à se briser

si jamais ils tombaient; ils devinrent orgueilleux et ils

tombèrent. La grande époque magique de la Chaldée est antérieure

aux règnes de Sémiramis et de Ninus. A cette époque déjà la

religion se matérialise et l'idolâtrie commence à triompher. Le

[65] culte d'Astarté succède à celui de la Vénus céleste, la royauté

se fait adorer sous les noms de Baal et de Bel ou Bélus.

Sémiramis abaisse la religion au-dessous de la politique et des

conquêtes, et remplace les vieux temples mystérieux par de

fastueux et indiscrets monuments; l'idée magique toutefois domine

encore les sciences et les arts, et imprime aux merveilleuses

constructions de cette époque un caractère inimitable de force et

de grandeur. Le palais de Sémiramis était une synthèse bâtie et

sculptée de tout le dogme de Zoroastre. Nous en reparlerons

lorsque nous expliquerons le symbolisme de ces sept

chefs-d'oeuvre de l'antiquité, qu'on appela les merveilles du

monde.

Le sacerdoce s'était fait plus petit que l'empire, en voulant

matérialiser sa propre puissance; l'empire en tombant devait

l'écraser, et ce fut ce qui arriva sous l'efféminé Sardanapale.

Ce prince, amoureux de luxe et de mollesse, avait fait de la

science des mages une de ses prostituées. A quoi bon la puissance

d'opérer des merveilles si elle ne donne pas du plaisir?

Enchanteurs, forcez l'hiver à donner des roses; augmentez la

saveur du vin; employez votre empire sur la lumière à faire

resplendir la beauté des femmes comme celle des divinités! On

obéit et le roi s'enivre. Cependant la guerre se déclare,

l'ennemi s'avance.... Qu'importe l'ennemi au lâche qui jouit et

qui dort? Mais c'est la ruine, c'est l'infamie, c'est la mort!...

la mort! Sardanapale ne la craint pas, il croit que c'est un

sommeil sans fin; mais il saura bien se soustraire aux travaux et

aux affronts de la servitude... La nuit suprême est arrivée; le

vainqueur est aux portes, la ville ne peut plus résister; demain

c'en est fait du royaume d'Assyrie.... Le palais de Sardanapale

[66] s'illumine, et il rayonne de si merveilleuses splendeurs qu'il

éclaire toute la ville consternée. Sur des amas d'étoffes

précieuses, de pierreries et de vases d'or, le roi fait sa

dernière orgie. Ses femmes, ses favoris, ses complices, ses

prêtres avilis l'entourent; les clameurs de l'ivresse se mêlent

au bruit de mille instruments, les lions apprivoisés rugissent,

et une fumée de parfums sortant des souterrains du palais en

enveloppe déjà toutes les constructions d'un épais nuage. Des

langues de flamme percent déjà les lambris de cèdre;... les

chants d'ivresse vont faire place aux cris d'épouvante et aux

râles de l'agonie.... Mais la magie qui n'a pu, entre les mains

de ses adeptes dégradés, conserver l'empire de Ninus, va du moins

mêler ses merveilles aux terribles souvenirs de ce gigantesque

suicide. Une clarté immense et sinistre telle que n'en avaient

jamais vu les nuits de Babylone, semble repousser tout à coup et

élargir la voûte du ciel.... Un bruit semblable à celui de tous

les tonnerres éclatant ensemble ébranle la terre et secoue la

ville, dont les murailles tombent.... La nuit profonde redescend;

le palais de Sardanapale n'existe plus, et demain ses vainqueurs

ne trouveront plus rien de ses richesses, de son cadavre et de

ses plaisirs.

Ainsi finit le premier empire d'Assyrie et la civilisation faite

par le vrai Zoroastre. Ici finit la magie proprement dite, et

commence le règne de la kabbale. Abraham, en sortant de la

Chaldée, en a emporté les mystères. Le peuple de Dieu grandit en

silence, et nous trouverons bientôt Daniel aux prises avec les

misérables enchanteurs de Nabuchodonosor et de Balthazar[4].

[Note 4: Suivant Suldas, Cedrénus et la chronique d'Alexandrie,

ce fut Zoroastre lui-même qui, assiégé dans son palais, se fit

disparaître tout à coup avec tous ses secrets et toutes ses

richesses dans un immense éclat de tonnerre. En ce temps-là, tout

roi qui exerçait la puissance divine passait pour une incarnation

de Zoroastre, et Sardanapale se fit une apothéose de son bûcher.]

[Illustration: MYSTÈRE DE L'ÉQUILIBRE UNIVERSEL Suivant les

Mythologies Indienne et Japonaise]

[67]

CHAPITRE III.

MAGIE DANS L'INDE.

SOMAIRE.--Dogme des gymnosophistes.--La trimourti et les

Avatars.--Singulière manifestation de l'esprit

prophétique.--Influence du faux Zoroastre sur le mysticisme

indien.--Antiquités religieuses des Védas.--Magie des brahmes et

des faquirs.--Leurs livres et leurs oeuvres.

L'Inde, que la tradition kabbalistique nous dit avoir été peuplée

par les descendants de Caïn, et où se retirèrent plus tard les

enfants d'Abraham et de Céthurah, l'Inde est par excellence le

pays de la goétie et des prestiges. La magie noire s'y est

perpétuée avec les traditions originelles du fratricide rejeté

par les puissants sur les faibles, continué par les castes

oppressives et expié par les parias.

On peut dire de l'Inde qu'elle est la savante mère de toutes les

idolâtries. Les dogmes de ses gymnosophistes seraient les clefs

de la plus haute sagesse, si elles n'ouvraient encore mieux les

portes de l'abrutissement et de la mort. L'étonnante richesse du

symbolisme indien ferait presque supposer qu'il est antérieur à

tous les autres, tant il y a d'originalité primitive dans ses

poétiques conceptions; mais c'est un arbre dont le serpent

infernal semble avoir mordu la racine. La déification du diable

[68] contre laquelle nous avons déjà énergiquement protesté, s'y étale

dans toute son impudeur. La terrible trimourti des brahmes se

compose d'un créateur, d'un destructeur et d'un réparateur. Leur

Addha-Nari, qui figure la divinité mère ou la nature céleste, se

nomme aussi _Bowhanie_, et les tuggs ou étrangleurs lui offrent

des assassinats. Vichnou le réparateur ne s'incarne guère que

pour tuer un diable subalterne qui renaît toujours, puisqu'il est

favorisé par Rutrem ou Shiva, le dieu de la mort. On sent que

Shiva est l'apothéose de Caïn, mais rien dans toute cette

mythologie ne rappelle la douceur d'Abel. Ses mystères toutefois

sont d'une poésie grandiose, ses allégories d'une singulière

profondeur. C'est la kabbale profanée; aussi, loin de fortifier

l'âme en la rapprochant de la suprême sagesse, le brahmanisme la

pousse et la fait tomber avec des théories savantes dans les

gouffres de la folie.

C'est à la fausse kabbale de l'Inde que les gnostiques

empruntèrent leurs rêves tour à tour horribles et obscènes. C'est

la magie indienne qui, se présentant tout d'abord avec ses mille

difformités sur le seuil des sciences occultes, épouvante les

esprits raisonnables et provoque les anathèmes de toutes les

Églises sensées. C'est cette science fausse et dangereuse, qui,

trop souvent confondue par les ignorants et les demi-savants avec

la vraie science, leur a fait envelopper tout ce qui porte le nom

d'occultisme dans un anathème auquel celui même qui écrit ces

pages a souscrit énergiquement lorsqu'il n'avait pas trouvé

encore la clef du sanctuaire magique. Pour les théologiens des

Védas, Dieu ne se manifeste que dans la force. Tout progrès et

[69] toute révélation sont déterminés par une victoire. Vichnou

s'incarne dans les monstrueux léviathans de la mer et dans les

sangliers énormes qui façonnent la terre primitive à coup de

boutoirs.

C'est une merveilleuse genèse du panthéisme, et pourtant dans les

auteurs de ces fables, quel somnambulisme lucide! Le nombre dix

des Avatars correspond à celui des Séphirots de la kabbale.

Vichnou revêt successivement trois formes animales, les trois

formes élémentaires de la vie, puis il se fait sphinx, et

apparaît enfin sous la figure humaine; il est brahme alors et

sous les apparences d'une feinte humilité il envahit toute la

terre; bientôt il se fait enfant pour être l'ange consolateur des

patriarches, il devient guerrier pour combattre les oppresseurs

du monde, puis il incarne la politique pour l'opposer à la

violence, et semble quitter la forme humaine pour se donner

l'agilité du singe. La politique et la violence se sont usées

réciproquement, le monde attend un rédempteur intellectuel et

moral. Vichnou s'incarne dans Chrisna; il apparaît proscrit dans

son berceau près duquel veille un âne symbolique; on l'emporte

pour le soustraire à ses assassins, il grandit et prêche une

doctrine de miséricorde et de bonnes oeuvres. Puis il descend aux

enfers, enchaîne le serpent infernal et remonte glorieux au ciel;

sa fête annuelle est au mois d'août sous le signe de la Vierge.

Quelle étonnante intuition des mystères du christianisme! et

combien ne doit-elle pas sembler extraordinaire, si l'on pense

que les livres sacrés de l'Inde ont été écrits plusieurs siècles

avant l'ère chrétienne. A la révélation de Chrisna succède celle

de Bouddha, qui réunit ensemble la religion la plus pure et la

[70] plus parfaite philosophie. Alors le bonheur du monde est consommé

et les hommes n'ont plus à attendre que la dixième et dernière

incarnation, lorsque Vichnou reviendra sous sa propre figure

conduisant le cheval du dernier jugement, ce cheval terrible dont

le pied de devant est toujours levé et qui brisera le monde

lorsque ce pied s'abaissera.

Nous devons reconnaître ici les nombres sacrés et les calculs

prophétiques des mages. Les gymnosophistes et les initiés de

Zoroastre ont puisé aux mêmes sources,... mais c'est le faux

Zoroastre, le Zoroastre noir qui est resté le maître de la

théologie de l'Inde: les derniers secrets de cette doctrine

dégénérée, sont le panthéisme, et par suite le matérialisme

absolu, sous les apparences d'une négation absolue de la matière.

Mais qu'importe qu'on matérialise l'esprit ou qu'on spiritualise

la matière, dès qu'on affirme l'égalité et même l'identité de ces

deux termes? La conséquence de ce panthéisme est la destruction

de toute morale: il n'y a plus ni crimes ni vertus dans un monde

où tout est Dieu.

On doit comprendre d'après ces dogmes l'abrutissement progressif

des brahmes dans un quiétisme fanatique, mais ce n'est pas encore

assez; et leur grand rituel magique, le livre de l'occultisme

indien, l'_Oupnek'hat_, leur enseigne les moyens physiques et

moraux de consommer l'oeuvre de leur hébétement et d'arriver par

degrés à la folie furieuse que leurs sorciers appellent l'_état

divin_. Ce livre de l'Oupnek'hat est l'ancêtre de tous les

grimoires, et c'est le monument le plus curieux des antiquités de

la goétie.

Ce livre est divisé en _cinquante sections_: c'est une ombre

mêlée d'éclairs. On y trouve des sentences sublimes et des

[71] oracles de mensonge. Tantôt on croirait lire l'évangile de saint

Jean, lorsqu'on trouve, par exemple, dans les sections onzième et

quarante-huitième:

«L'ange du feu créateur est la parole de Dieu.

»La parole de Dieu a produit la terre et les végétaux qui en

sortent et la chaleur qui les mûrit.

»La parole du Créateur est elle-même le Créateur, et elle en est

le fils unique.»

Tantôt ce sont des rêveries dignes des hérésiarques les plus

extravagants:

«La matière n'étant qu'une apparence trompeuse, le soleil, les

astres, les éléments eux-mêmes sont des génies, les animaux sont

des démons et l'homme un pur esprit trompé par les apparences des

corps.»

Mais nous sommes suffisamment édifiés sur le dogme, venons au

rituel magique des enchanteurs indiens.

«Pour devenir Dieu il faut retenir son haleine.

»C'est-à-dire l'attirer aussi longtemps qu'on le pourra et s'en

gonfler pleinement.

»En second lieu, la garder aussi longtemps qu'on le pourra et

prononcer quarante fois en cet état le nom divin AUM.

»Troisièmement, expirer aussi longuement que possible en envoyant

mentalement son souffle à travers les cieux se rattacher à

l'éther universel.

»Dans cet exercice, il faut se rendre comme aveugle et sourd, et

immobile comme un morceau de bois.

»Il faut se poser sur les coudes et sur les genoux, le visage

tourné vers le nord.

»Avec un doigt on ferme une aile du nez, par l'autre on attire

l'air, puis on la ferme avec un doigt en pensant que Dieu est le

créateur, qu'il est dans tous les animaux, dans la fourmi comme

dans l'éléphant: on doit rester enfoncé dans ces pensées.

[72] »D'abord on dit _Aum_ douze fois; et pendant chaque aspiration il

faut dire _Aum_ quatre-vingts fois, puis autant de fois qu'il est

possible...

»Faites tout cela pendant trois mois, sans crainte, sans paresse,

mangeant et dormant peu; au quatrième mois les dévas se font voir

à vous; au cinquième vous aurez acquis toutes les qualités des

dévatas; au sixième vous serez sauvé, vous serez devenu Dieu.»

Il est évident qu'au sixième mois, le fanatique assez imbécile

pour persévérer dans une semblable pratique sera mort ou fou.

S'il résiste à cet exercice de soufflet mystique, l'Oupnek'hat,

qui ne veut pas le laisser en si beau chemin, va le faire passer

à d'autres exercices.

«Avec le talon bouchez l'anus, puis tirez l'air de bas en haut du

côté droit, faites-le tourner trois fois autour de la seconde

région du corps; de là faites-le parvenir au nombril, qui est la

troisième; puis à la quatrième, qui est le milieu du coeur; puis

à la cinquième, qui est la gorge; puis à la sixième, qui est

l'intérieur du nez, entre les deux sourcils; là retenez le vent:

il est devenu le souffle de l'âme universelle.»

Ceci nous semble être tout simplement une méthode de se

magnétiser soi-même et de se donner par la même occasion quelque

congestion cérébrale.

«Alors, continue l'auteur de l'Oupnek'hat, pensez au grand _Aum_,

qui est le nom du Créateur, qui est la voix universelle, la voix

[73] pure et indivisible qui remplit tout; cette voix est le Créateur

même; elle se fait entendre au contemplateur de dix manières. Le

premier son est comme la voix d'un petit moineau; le deuxième est

le double du premier; le troisième est comme le son d'une

cymbale; le quatrième comme le murmure d'un gros coquillage; le

cinquième est comme le chant de la vînâ (espèce de lyre

indienne); le sixième comme le son de l'instrument qu'on appelle

tal; le septième ressemble au son d'une flûte de bacabou posée

près de l'oreille; le huitième au son de l'instrument pakaoudj,

frappé avec la main; le neuvième au son d'une petite trompette,

et le dixième au son du nuage qui rugit et qui fait _dda, dda,

dda_!...

»À chacun de ces sons le contemplateur passe par différents

états, jusqu'au dixième où il devient Dieu.

»Au premier, les poils de tout son corps se dressent.

»Au second, ses membres sont engourdis.

»Au troisième, il ressent dans tous ses membres la fatigue qui

suit les jouissances de l'amour.

»Au quatrième, la tête lui tourne, il est comme ivre.

»Au cinquième, l'_eau de la vie_ reflue dans son cerveau.

»Au sixième, cette eau descend en lui et il s'en nourrit.

»Au septième, il devient maître de la vision, il voit au dedans

des coeurs, il entend les voix les plus éloignées.

»Au neuvième, il se sent assez subtil pour se transporter où il

veut, et, comme les anges, tout voir sans être vu.

»Au dixième, il devient la voix universelle et indivisible, il

[74] est le grand créateur, l'être éternel, exempt de tout, et, devenu

le repos parfait, il distribue le repos au monde.»

Il faut remarquer, dans cette page si curieuse, la description

complète des phénomènes du somnambulisme lucide mêlée à une

théorie complète de magnétisme solitaire. C'est l'art de se

mettre en extase par la tension de la volonté et la fatigue du

système nerveux.

Nous recommandons aux magnétistes l'étude approfondie des

mystères de l'Oupnek'hat.

L'emploi gradué des narcotiques et l'usage d'une gamme de disques

coloriés produit des effets analogues à ceux que décrit le

sorcier indien, et M. Ragon en a donné la recette dans son _Livre

de la maçonnerie occulte_, faisant suite à l'orthodoxie

maçonnique, page 499.

L'Oupnek'hat donne un moyen plus simple de perdre connaissance et

d'arriver à l'extase: c'est de regarder des deux yeux le bout de

son nez et de rester dans cette posture, ou plutôt dans cette

grimace, jusqu'à la convulsion du nerf optique.

Toutes ces pratiques sont douloureuses et dangereuses autant que

ridicules, et nous ne les conseillons à personne; mais nous ne

doutons pas qu'elles ne produisent effectivement, dans un espace

de temps plus ou moins long, suivant la sensibilité des sujets,

l'extase, la catalepsie, et même l'évanouissement léthargique.

Pour se procurer des visions, pour arriver aux phénomènes de la

seconde vue, il faut se mettre dans un état qui tient du sommeil,

de la mort et de la folie. C'est en cela surtout que les Indiens

sont habiles, et c'est à leurs secrets peut-être qu'il faut

rapporter les facultés étranges de certains _médiums_ américains.

[75] On pourrait définir la magie noire l'art de se procurer et de

procurer aux autres une folie artificielle. C'est aussi par

excellence la science des empoisonnements. Mais ce que tout le

monde ne sait pas, et ce que M. Dupotet, parmi nous, a le premier

découvert, c'est qu'on peut tuer par congestion ou par

soustraction subite de lumière astrale, lorsque, par une série

d'exercices presque impossibles, semblables à ceux que décrit le

sorcier indien, on a fait de son propre appareil nerveux assoupli

à toutes les tensions et à toutes les fatigues, une sorte de pile

galvanique vivante, capable de condenser et de projeter avec

force cette lumière qui enivre et qui foudroie.

Histoire de la magie · 第 5 / 38 段