»Au temps de Jésus-Christ, la piscine fut nettoyée, et les juifs

trouvant cette poutre, inutile suivant eux, la portèrent hors de

la ville et la jetèrent en travers du torrent de Cédron.

»C'est sur ce pont que Jésus passa après son arrestation nocturne

au jardin des Oliviers, c'est du haut de cette planche que ses

bourreaux le précipitèrent pour le traîner dans le torrent et

dans leur précipitation à préparer d'avance l'instrument du

supplice, ils emportèrent avec eux le pont qui était une poutre

de trois pièces, composée de trois bois différents et ils en

firent une croix.»

Cette allégorie renferme toutes les hautes traditions de la

kabbale et les secrets si complètement ignorés de nos jours du

christianisme de saint Jean.

Ainsi Seth, Moïse, David, Salomon et le Christ auraient emprunté

au même arbre kabbalistique leurs sceptres de rois et leurs

bâtons de grands pontifes.

Nous devons comprendre maintenant pourquoi le Sauveur au berceau

était adoré par les mages.

Revenons au livre d'Hénoch, car celui-ci doit avoir une autorité

dogmatique plus grande qu'un manuscrit ignoré. Le livre d'Hénoch

est, en effet, cité dans le Nouveau Testament par l'apôtre saint

Jude.

La tradition attribue à Hénoch l'invention des lettres. C'est

[46] donc à lui que remontent les traditions consignées dans le Sepher

Jézirah, ce livre élémentaire de la kabbale, dont la rédaction

suivant les rabbins, serait du patriarche Abraham, l'héritier des

secrets d'Hénoch et le père de l'initiation en Israël.

Hénoch parait donc être le même personnage que l'Hermès

trismégiste des Égyptiens, et le fameux livre de Thot, écrit tout

en hiéroglyphes et en nombres, serait cette bible occulte et

pleine de mystères, antérieure aux livres de Moïse, à laquelle

l'initié Guillaume Postel fait souvent allusion dans ses ouvrages

en la désignant sous le nom de Genèse d'Hénoch.

La Bible dit qu'Hénoch ne mourut point, mais que Dieu _le

transporta_ d'une vie à l'autre. Il doit revenir s'opposer à

l'Antéchrist, à la fin des temps, et il sera un des derniers

martyrs ou témoins de la vérité, dont il est fait mention dans

l'apocalypse de saint Jean.

Ce qu'on dit d'Hénoch, on l'a dit de tous les grands initiateurs

de la kabbale.

Saint Jean lui-même ne devait pas mourir, disaient les premiers

chrétiens, et l'on a cru longtemps le voir respirer dans son

tombeau, car la science absolue de la vie est un préservatif

contre la mort et l'instinct des peuples le leur fait toujours

deviner.

Quoi qu'il en soit, il nous resterait d'Hénoch deux livres, l'un

hiéroglyphique, l'autre allégorique. L'un contenant les clefs

hiératiques de l'initiation, l'autre l'histoire d'une grande

profanation qui avait amené la destruction du monde et le chaos

après le règne des géants.

Saint Méthodius, un évêque des premiers siècles du christianisme,

dont les oeuvres se trouvent dans la bibliothèque des Pères de

[47] l'Église, nous a laissé une apocalypse prophétique où l'histoire

du monde se déroule dans une série de visions. Ce livre ne se

trouve pas dans la collection des oeuvres de saint Méthodius,

mais il a été conservé par les gnostiques, et nous le retrouvons

imprimé dans le _liber mirabilis_, sous le nom altéré de

_Bermechobus_, que des imprimeurs ignorants ont fait à la place

de l'abréviation _Bea-Méthodius_ pour _beatus Méthodius_.

Ce livre s'accorde en plusieurs points avec le traité allégorique

de la pénitence d'Adam. On y trouve que Seth se retira avec sa

famille en Orient vers une montagne voisine du paradis terrestre.

Ce fut la patrie des initiés, tandis que la postérité de Caïn

inventait la fausse magie dans l'Inde, pays du fratricide, et

mettait les maléfices au service de l'impunité.

Saint Méthodius prédit ensuite les conflits et le règne successif

des Ismaélites, vainqueurs des Romains; des Français, vainqueurs

des Ismaélites, puis d'un grand peuple du Nord, dont l'invasion

précédera le règne personnel de l'Antéchrist. Alors se formera un

royaume universel, qui sera reconquis par un prince français, et

la justice régnera pendant une longue suite d'années.

Nous n'avons pas à nous occuper ici de la prophétie. Ce qu'il

nous importe de remarquer, c'est la distinction de la bonne et de

la mauvaise magie, du sanctuaire des fils de Seth et de la

profanation des sciences par les descendants de Caïn.

La haute science, en effet, est réservée aux hommes qui sont

maîtres de leurs passions, et la chaste nature ne donne pas les

clefs de sa chambre nuptiale à des adultères. Il y a deux classes

[48] d'hommes, les hommes libres et les esclaves; l'homme naît esclave

de ses besoins, mais il peut s'affranchir par l'intelligence.

Entre ceux qui sont déjà affranchis et ceux qui ne le sont pas

encore l'égalité n'est pas possible. C'est à la raison de régner

et aux instincts d'obéir. Autrement si vous donnez à un aveugle

les aveugles à conduire, ils tomberont tous dans les abîmes. La

liberté, ne l'oublions pas, ce n'est pas la licence des passions

affranchies de la loi. Cette licence serait la plus monstrueuse

des tyrannies. La liberté, c'est l'obéissance volontaire à la

loi; c'est le droit de faire son devoir et seuls les hommes

raisonnables et justes sont libres. Or, les hommes libres doivent

gouverner les esclaves, et les esclaves sont appelés à

s'affranchir; non pas du gouvernement des hommes libres, mais de

cette servitude des passions brutales, qui les condamne à ne pas

exister sans maîtres.

Admettez maintenant avec nous la vérité des hautes sciences,

supposez un instant qu'il existe, en effet, une force dont on

peut s'emparer et qui soumet à la volonté de l'homme les miracles

de la nature? Dites-nous maintenant si l'on peut confier aux

brutalités cupides les secrets de la sympathie et des richesses;

aux intrigants l'art de la fascination, à ceux qui ne savent pas

se conduire eux-mêmes l'empire sur les volontés?... On est

effrayé lorsqu'on songe aux désordres que peut entraîner une

telle profanation. Il faudra un cataclysme pour laver les crimes

de la terre quand tout se sera abîmé dans la boue et dans le

sang. Eh bien! voilà ce que nous révèle l'histoire allégorique de

la chute des anges dans le livre d'Hénoch, voilà le péché d'Adam

et ses suites fatales. Voilà le déluge et ses tempêtes; puis,

[49] plus tard, la haute malédiction de Chanaan. La révélation de

l'occultisme est figurée par l'impudence de ce fils qui montre la

nudité paternelle. L'ivresse de Noé est une leçon pour le

sacerdoce de tous les temps. Malheur à ceux qui exposent les

secrets de la génération divine aux regards impurs de la foule!

tenez le sanctuaire fermé, vous qui ne voulez pas livrer votre

père endormi à la risée des imitateurs de Cham!

Telle est, sur les lois de la hiérarchie humaine, la tradition

des enfants de Seth; mais telles ne furent pas les doctrines de

la famille de Caïn. Les caïnistes de l'Inde inventèrent une

Genèse pour consacrer l'oppression des plus forts et perpétuer

l'ignorance des faibles; l'initiation devint le privilège

exclusif des castes suprêmes et des races d'hommes furent

condamnées à une servitude éternelle sous prétexte d'une

naissance inférieure; ils étaient sortis, disait-on, des pieds ou

des genoux de Brahma!

La nature n'enfante ni des esclaves ni des rois, tous les hommes

naissent pour le travail.

Celui qui prétend que l'homme est parfait en naissant, et que la

société le dégrade et le pervertit, serait le plus sauvage des

anarchistes, s'il n'était pas le plus poétique des insensés. Mais

Jean-Jacques avait beau être sentimental et rêveur, son fond de

misanthropie, développé par la logique de ses séides, porta des

fruits de haine et de destruction. Les réalisateurs consciencieux

des utopies du tendre philosophe de Genève, furent Robespierre et

Marat.

La société n'est pas un être abstrait qu'on puisse rendre

[50] séparément responsable de la perversité des hommes; la société

c'est l'association des hommes. Elle est défectueuse de leurs

vices et sublime de leurs vertus; mais en elle-même, elle est

sainte, comme la religion qui lui est inséparablement unie. La

religion, en effet, n'est-elle pas la société des plus hautes

aspirations et des plus généreux efforts?

Ainsi, au mensonge des castes privilégiées par la nature,

répondit le blasphème de l'égalité antisociale et du droit ennemi

de tout devoir; le christianisme seul avait résolu la question en

donnant la suprématie au dévouement, et en proclamant le plus

grand celui qui sacrifierait son orgueil à la société et ses

appétits à la loi.

Les juifs, dépositaires de la tradition de Seth, ne la

conservèrent pas dans toute sa pureté, et se laissèrent gagner

par les injustes ambitions de la postérité de Caïn. Ils se

crurent une race d'élite, et pensèrent que Dieu leur avait plutôt

donné la vérité comme un patrimoine que confiée comme un dépôt

appartenant à l'humanité toute entière. On trouve, en effet, dans

les talmudistes, à côté des sublimes traditions du Sépher Jézirah

et du Sonar, des révélations assez étranges. C'est ainsi qu'ils

ne craignent pas d'attribuer au patriarche Abraham lui-même

l'idolâtrie des nations, lorsqu'ils disent qu'Abraham a donné aux

Israélites son héritage, c'est-à-dire la science des vrais noms

divins; la kabbale, en un mot, aurait été la propriété légitime

et héréditaire d'Isaac; mais le patriarche donna, disent-ils, des

présents aux enfants de ses concubines; et par ces présents ils

entendent des dogmes voilés et des noms obscurs, qui se

matérialisèrent bientôt et se transformèrent en idoles. Les

fausses religions et leurs absurdes mystères, les superstitions

[51] orientales et leurs sacrifices horribles, quel présent d'un père

à sa famille méconnue! N'était-ce pas assez de chasser Agar avec

son fils dans le désert, fallait-il, avec leur pain unique et

leur cruche d'eau, leur donner un fardeau de mensonge pour

désespérer et empoisonner leur exil?

La gloire du christianisme c'est d'avoir appelé tous les hommes à

la vérité, sans distinction de peuples et de castes, mais non

toutefois sans distinction d'intelligences et de vertus.

«Ne jetez pas vos paroles devant les pourceaux, a dit le divin

fondateur du christianisme, de peur qu'ils ne les foulent aux

pieds et que, se tournant contre vous, ils ne vous dévorent.»

L'Apocalypse, ou révélation de saint Jean, qui contient tous les

secrets kabbalistiques du dogme de Jésus-Christ, n'est pas un

livre moins obscur que le Sohar.

Il est écrit hiéroglyphiquement avec des nombres et des images;

et l'apôtre fait souvent appel à l'intelligence des initiés. «Que

celui qui a la science comprenne, que celui qui comprend

calcule,» dit-il plusieurs fois après une allégorie ou l'énoncé

d'un nombre. Saint Jean, l'apôtre de prédilection et le

dépositaire de tous les secrets du Sauveur, n'écrivait donc pas

pour être compris de la multitude.

Le Sépher Jézirah, le Sohar et l'Apocalypse sont les

chefs-d'oeuvre de l'occultisme; ils contiennent plus de sens que

de mots, l'expression en est figurée comme la poésie et exacte

comme les nombres. L'Apocalypse résume, complète et surpasse

[52] toute la science d'Abraham et de Salomon, comme nous le

prouverons en expliquant les clefs de la haute kabbale.

Le commencement du Sohar étonne par la profondeur de ses aperçus

et la grandiose simplicité de ses images. Voici ce que nous y

lisons:

«L'intelligence de l'occultisme c'est la science de l'équilibre.

»Les forces qui se produisent sans être balancées périssent dans

le vide.

»Ainsi ont péri les rois de l'ancien monde, les princes des

géants. Ils sont tombés comme des arbres sans racines, et l'on

n'a plus trouvé leur place.

»C'est par le conflit des forces non équilibrées que la terre

dévastée était nue et informe lorsque le souffle de Dieu se fit

place dans le ciel et abaissa la masse des eaux.

»Toutes les aspirations de la nature furent alors vers l'unité de

la forme, vers la synthèse vivante des puissances équilibrées, et

le front de Dieu, couronné de lumière, se leva sur la vaste mer

et se refléta dans les eaux inférieures.

»Ses deux yeux parurent rayonnants de clarté, lançant deux traits

de flamme qui se croisèrent avec les rayons du reflet.

»Le front de Dieu et ses deux yeux formaient un triangle dans le

ciel, et le reflet formait un triangle dans les eaux.

»Ainsi se révéla le nombre six, qui fut celui de la création

universelle.»

Nous traduisons ici, en l'expliquant, le texte qu'on ne saurait

rendre intelligible en le traduisant littéralement.

[Illustration: LE GRAND SYMBOLE KABBALISTIQUE du Sohar.]

[53] L'auteur du livre a soin, d'ailleurs, de nous déclarer que cette

forme humaine qu'il donne à Dieu n'est qu'une image de son verbe,

et que Dieu ne saurait être exprimé par aucune pensée ni par

aucune forme. Pascal a dit que Dieu est un cercle dont le centre

est partout et la circonférence nulle part. Mais comment

concevoir un cercle sans circonférence? Le Sohar prend l'inverse

de cette figure paradoxale, et dirait volontiers du cercle de

Pascal que la circonférence en est partout et le centre nulle

part; mais ce n'est point à un cercle, c'est à une balance qu'il

compare l'équilibre universel des choses. «L'équilibre est

partout, dit-il, on trouve donc partout aussi le point central où

la balance est suspendue.» Nous trouvons ici le Sohar plus fort

et plus profond que Pascal.

L'auteur du Sohar continue son rêve sublime. La synthèse du verbe

formulé par la figure humaine monte lentement et sort des eaux

comme le soleil qui se lève. Quand les yeux ont paru, la lumière

a été faite; quand la bouche se montre, les esprits sont créés et

la parole se fait entendre. La tête entière est sortie, et voilà

le premier jour de la création. Viennent les épaules, les bras et

la poitrine, et le travail commence. L'image divine repousse

d'une main la mer et soulève de l'autre les continents et les

montagnes. Elle grandit, elle grandit toujours. Sa puissance

génératrice apparaît, et tous les êtres vont se multiplier; il

est debout, enfin, il met un pied sur la terre et l'autre sur la

mer, et se mirant tout entier dans l'Océan de la création, il

souffle sur son reflet, il appelle son image à la vie. Créons

l'homme, a-t-il dit, et l'homme est créé! Nous ne connaissons

rien d'aussi beau dans aucun poëte que cette vision de la

création accomplie par le type idéal de l'humanité. L'homme ainsi

[54] est l'ombre d'une ombre! mais il est la représentation de la

puissance divine. Lui aussi peut étendre les mains de l'Orient à

l'Occident; la terre lui est donnée pour domaine. Voilà l'Adam

Kadmon, l'Adam primitif des kabbalistes; voilà dans quelle pensée

ils en font un géant; voilà pourquoi Swedenborg, poursuivi dans

ses rêves par les souvenirs de la kabbale, dit que la création

entière n'est qu'un homme gigantesque, et que nous sommes faits à

l'image de l'univers.

Le Sohar est une genèse de lumière, le Sépher Jézirah est une

échelle de vérités. Là s'expliquent les trente-deux signes

absolus de la parole, les nombres et les lettres; chaque lettre

reproduit un nombre, une idée et une forme, en sorte que les

mathématiques s'appliquent aux idées et aux formes, non moins

rigoureusement qu'aux nombres par une proportion exacte et une

correspondance parfaite. Par la science du Sépher Jézirah,

l'esprit humain est fixé dans la vérité et dans la raison, et

peut se rendre compte des progrès possibles de l'intelligence par

les évolutions des nombres. Le Sohar représente donc la vérité

absolue, et le Sépher Jézirah donne les moyens de la saisir, de

se l'approprier et d'en faire usage.

[55]

CHAPITRE II.

MAGIE DES MAGES.

SOMMAIRE.--Mystères de Zoroastre ou magie des mages.--La science

du feu.--Symboles et enchantements des Perses et des

Assyriens.--Les mystères de Ninive et de Babylone.--Domaine de la

foudre.--Art de charmer les animaux.--Le bûcher de Sardanapale.

Zoroastre est très probablement un nom symbolique, comme celui de

Thot ou d'Hermès. Eudoxe et Aristote le font vivre six mille ans

avant la naissance de Platon; d'autres, au contraire, le font

naître cinq cents ans avant la guerre de Troie. Les uns en font

un roi de la Bactriane, les autres affirment l'existence de deux

ou de trois Zoroastres différents. Eudoxe et Aristote seuls nous

semblent avoir compris le personnage magique de Zoroastre en

mettant l'âge kabbalistique d'un monde entre l'éclosion de son

dogme et le règne théurgique de la philosophie de Platon. Il y a,

en effet, deux Zoroastres, c'est-à-dire, deux révélateurs, l'un

fils d'Oromase et père d'un renseignement lumineux, l'autre fils

d'Arimane et auteur d'une divulgation profane; Zoroastre est le

Verbe incarné des Chaldéens, des Mèdes et des Perses. Sa légende

semble une prédiction de celle du Christ, et il a dû avoir aussi

son antéchrist, suivant la loi magique de l'équilibre universel.

C'est au faux Zoroastre qu'il faut attribuer le culte du feu

matériel et le dogme impie du dualisme divin qui a produit plus

tard la gnose monstrueuse de Manès, et les principes erronés de

[56] la fausse maçonnerie. Le faux Zoroastre est le père de cette

magie matérialiste qui a causé le massacre des mages, et fait

tomber le vrai magisme sous la proscription et dans l'oubli.

L'Église, toujours inspirée par l'esprit de vérité, a dû

proscrire sous les noms de _magie_, de _manichéisme_,

d'_illuminisme_ et de _maçonnerie_, tout ce qui se rattachait de

près ou de loin à cette profanation primitive des mystères.

L'histoire jusqu'à présent incomprise des templiers, en est un

exemple éclatant.

Les dogmes du vrai Zoroastre sont les mêmes que ceux de la pure

kabbale, et ses idées sur la divinité sont les mêmes que celles

des Pères de l'Église. Les noms seuls diffèrent: ainsi il nomme

_triade_ ce que nous appelons _trinité_, et dans chaque nombre de

la triade, il retrouve le ternaire tout entier. C'est ce que nos

théologiens appellent la _circum-insession_ des personnes

divines. Zoroastre renferme dans cette multiplication de la

triade par elle-même la raison absolue du nombre neuf et la clef

universelle de tous les nombres et de toutes les formes. Ce que

nous appelons les trois personnes divines, Zoroastre le nomme les

trois profondeurs. La profondeur première ou paternelle est la

source de la foi; la seconde ou celle du Verbe est la source de

la vérité; la troisième ou l'action créatrice est la source

d'amour. On peut consulter, pour se convaincre de ce que nous

avançons ici, l'exposition de Psellus sur les dogmes des anciens

Assyriens, dans la _Magie philosophique_ de François Patricius,

page 2, édition de Hambourg, 1593.

Sur cette échelle de neuf degrés, Zoroastre établit la hiérarchie

céleste et toutes les harmonies de la nature. Il compte par trois

[57] toutes les choses qui émanent de l'idée, par quatre tout ce qui

se rattache à la forme, ce qui lui donne le nombre sept pour type

de la création. Ici finit l'initiation première, et commencent

les hypothèses de l'école; les nombres se personnifient, les

idées prennent des emblèmes qui plus tard deviendront des idoles.

Voici venir les Synochées, les Télétarques et les Pères,

serviteurs de la triple Hécate, puis les trois Amilictes, et les

trois visages d'Hypézocos; puis les anges, puis les démons, puis

les âmes humaines. Les astres sont les images et les reflets des

splendeurs intellectuelles, et notre soleil est l'emblème d'un

soleil de vérité, ombre lui-même de cette source première d'où

jaillissent toutes les splendeurs. C'est pour cela que les

disciples de Zoroastre saluaient le lever du jour, et passaient

parmi les barbares pour des adorateurs du soleil.

Tels étaient les dogmes des mages, mais ils possédaient, en

outre, des secrets qui les rendaient maîtres des puissances

occultes de la nature. Ces secrets, dont l'ensemble pourrait

s'appeler une _pyrotechnie transcendentale_, se rattachaient tous

à la science profonde et au gouvernement du feu. Il est certain

que les mages connaissaient l'électricité, et avaient des moyens

de la produire et de la diriger qui nous sont encore inconnus.

Numa, qui étudia leurs rites et fut initié à leurs mystères,

possédait, au dire de Lucius Pison, l'art de former et de diriger

la foudre. Ce secret sacerdotal dont l'initiateur romain voulait

faire l'apanage des souverains de Rome, fut perdu par Tullus

Hostilius qui dirigea mal la décharge électrique et fut foudroyé.

Pline rapporte ces faits comme une ancienne tradition

[58] étrusque[2], et raconte que Numa se servit avec succès de sa

batterie foudroyante contre un monstre nommé _Volta_, qui

désolait les campagnes de Rome. Ne croirait-on pas, en lisant

cette révélation, que notre physicien Volta est un mythe, et que

le nom des piles voltaïques remonte au siècle de Numa?

[Note 2: Plin., liv. II, ch. 53.]

Tous les symboles assyriens se rapportent à cette science du feu

qui était le grand arcane des mages; partout nous retrouvons

l'enchanteur qui perce le lion et qui manie les serpents. Le lion

c'est le feu céleste, les serpents sont les courants électriques

et magnétiques de la terre. C'est à ce grand secret des mages

qu'il faut rapporter toutes les merveilles de la magie

hermétique, dont les traditions disent encore que le secret du

grand oeuvre consiste dans le _gouvernement du feu_.

Le savant François Patricius a publié, dans sa _Magie

philosophique_, les oracles de Zoroastre recueillis dans les

livres des platoniciens, dans la théurgie de Proclus, dans les

commentaires sur Parménide, dans les commentaires d'Hermias sur

Phèdre, dans les notes d'Olympiodore sur le _Philèbe_ et le

_Phédon_. Ces oracles sont d'abord la formule nette et précise du

dogme que nous venons d'exposer, puis viennent les prescriptions

du rituel magique, et voici en quels termes elles sont exprimées:

LES DÉMONS ET LES SACRIFICES.

«La nature nous enseigne par induction qu'il existe des démons

incorporels, et que les germes du mal qui existent dans la

matière, tournent au bien et à l'utilité commune.

[59] »Mais ce sont là des mystères qu'il faut ensevelir dans les

replis les plus impénétrables de la pensée.

»Le feu toujours agité et bondissant dans l'atmosphère peut

prendre une configuration semblable à celle des corps.

»Disons mieux, affirmons l'existence d'un feu plein d'images et

d'échos.

»Appelons, si vous le voulez, ce feu une lumière surabondante qui

rayonne, qui parle, qui s'enroule.

»C'est le coursier fulgurant de la lumière, ou plutôt c'est

l'enfant aux larges épaules qui dompte et soumet le coursier

céleste.

»Qu'on l'habille de flamme et d'or ou qu'on le représente nu

comme l'Amour en lui donnant aussi des flèches.

»Mais si ta méditation se prolonge, tu réuniras tous ces emblèmes

sous la figure du lion;

»Alors qu'on ne voit plus rien ni de la voûte des cieux ni de la

masse de l'univers.

»Les astres ont cessé de briller, et la lampe de la lune est

voilée.

»La terre tremble et tout s'environne d'éclairs.

»Alors n'appelle pas le simulacre visible de l'âme de la nature.

»Car tu ne dois point le voir avant que ton corps ne soit purifié

par les saintes épreuves.

»Amollissant les âmes et les entraînant toujours loin des travaux

sacrés, les chiens terrestres sortent alors de ces limbes ou

finit la matière, et montrent aux regards mortels des apparences

de corps toujours trompeuses.

»Travaille autour des cercles décrits par le rhombus d'Hécate.

[60] »Ne change rien aux noms barbares de l'évocation: car ce sont les

noms panthéistiques de Dieu; ils sont aimantés des adorations

d'une multitude et leur puissance est ineffable.

»Et lorsque après tous les fantômes, tu verras briller ce feu

incorporel, ce feu sacré dont les flèches traversent à la fois

toutes les profondeurs du monde;

»Écoute ce qu'il te dira!»

Cette page étonnante que nous traduisons en entier du latin de

Patricius, contient tous les secrets du magnétisme avec des

profondeurs que n'ont jamais soupçonnées les Du Potet et les

Mesmer.

Nous y voyons: 1° d'abord la lumière astrale parfaitement décrite

avec sa force configurative et sa puissance pour refléter le

verbe et répercuter la voix;

2° La volonté de l'adepte figurée par l'enfant _aux larges

épaules_ monté sur le cheval blanc; hiéroglyphe que nous avons

retrouvé sur un ancien tarot de la Bibliothèque impériale;

Histoire de la magie · 第 4 / 38 段