trouvant cette poutre, inutile suivant eux, la portèrent hors de
la ville et la jetèrent en travers du torrent de Cédron.
»C'est sur ce pont que Jésus passa après son arrestation nocturne
au jardin des Oliviers, c'est du haut de cette planche que ses
bourreaux le précipitèrent pour le traîner dans le torrent et
dans leur précipitation à préparer d'avance l'instrument du
supplice, ils emportèrent avec eux le pont qui était une poutre
de trois pièces, composée de trois bois différents et ils en
firent une croix.»
Cette allégorie renferme toutes les hautes traditions de la
kabbale et les secrets si complètement ignorés de nos jours du
christianisme de saint Jean.
Ainsi Seth, Moïse, David, Salomon et le Christ auraient emprunté
au même arbre kabbalistique leurs sceptres de rois et leurs
bâtons de grands pontifes.
Nous devons comprendre maintenant pourquoi le Sauveur au berceau
était adoré par les mages.
Revenons au livre d'Hénoch, car celui-ci doit avoir une autorité
dogmatique plus grande qu'un manuscrit ignoré. Le livre d'Hénoch
est, en effet, cité dans le Nouveau Testament par l'apôtre saint
Jude.
La tradition attribue à Hénoch l'invention des lettres. C'est
[46] donc à lui que remontent les traditions consignées dans le Sepher
Jézirah, ce livre élémentaire de la kabbale, dont la rédaction
suivant les rabbins, serait du patriarche Abraham, l'héritier des
secrets d'Hénoch et le père de l'initiation en Israël.
Hénoch parait donc être le même personnage que l'Hermès
trismégiste des Égyptiens, et le fameux livre de Thot, écrit tout
en hiéroglyphes et en nombres, serait cette bible occulte et
pleine de mystères, antérieure aux livres de Moïse, à laquelle
l'initié Guillaume Postel fait souvent allusion dans ses ouvrages
en la désignant sous le nom de Genèse d'Hénoch.
La Bible dit qu'Hénoch ne mourut point, mais que Dieu _le
transporta_ d'une vie à l'autre. Il doit revenir s'opposer à
l'Antéchrist, à la fin des temps, et il sera un des derniers
martyrs ou témoins de la vérité, dont il est fait mention dans
l'apocalypse de saint Jean.
Ce qu'on dit d'Hénoch, on l'a dit de tous les grands initiateurs
de la kabbale.
Saint Jean lui-même ne devait pas mourir, disaient les premiers
chrétiens, et l'on a cru longtemps le voir respirer dans son
tombeau, car la science absolue de la vie est un préservatif
contre la mort et l'instinct des peuples le leur fait toujours
deviner.
Quoi qu'il en soit, il nous resterait d'Hénoch deux livres, l'un
hiéroglyphique, l'autre allégorique. L'un contenant les clefs
hiératiques de l'initiation, l'autre l'histoire d'une grande
profanation qui avait amené la destruction du monde et le chaos
après le règne des géants.
Saint Méthodius, un évêque des premiers siècles du christianisme,
dont les oeuvres se trouvent dans la bibliothèque des Pères de
[47] l'Église, nous a laissé une apocalypse prophétique où l'histoire
du monde se déroule dans une série de visions. Ce livre ne se
trouve pas dans la collection des oeuvres de saint Méthodius,
mais il a été conservé par les gnostiques, et nous le retrouvons
imprimé dans le _liber mirabilis_, sous le nom altéré de
_Bermechobus_, que des imprimeurs ignorants ont fait à la place
de l'abréviation _Bea-Méthodius_ pour _beatus Méthodius_.
Ce livre s'accorde en plusieurs points avec le traité allégorique
de la pénitence d'Adam. On y trouve que Seth se retira avec sa
famille en Orient vers une montagne voisine du paradis terrestre.
Ce fut la patrie des initiés, tandis que la postérité de Caïn
inventait la fausse magie dans l'Inde, pays du fratricide, et
mettait les maléfices au service de l'impunité.
Saint Méthodius prédit ensuite les conflits et le règne successif
des Ismaélites, vainqueurs des Romains; des Français, vainqueurs
des Ismaélites, puis d'un grand peuple du Nord, dont l'invasion
précédera le règne personnel de l'Antéchrist. Alors se formera un
royaume universel, qui sera reconquis par un prince français, et
la justice régnera pendant une longue suite d'années.
Nous n'avons pas à nous occuper ici de la prophétie. Ce qu'il
nous importe de remarquer, c'est la distinction de la bonne et de
la mauvaise magie, du sanctuaire des fils de Seth et de la
profanation des sciences par les descendants de Caïn.
La haute science, en effet, est réservée aux hommes qui sont
maîtres de leurs passions, et la chaste nature ne donne pas les
clefs de sa chambre nuptiale à des adultères. Il y a deux classes
[48] d'hommes, les hommes libres et les esclaves; l'homme naît esclave
de ses besoins, mais il peut s'affranchir par l'intelligence.
Entre ceux qui sont déjà affranchis et ceux qui ne le sont pas
encore l'égalité n'est pas possible. C'est à la raison de régner
et aux instincts d'obéir. Autrement si vous donnez à un aveugle
les aveugles à conduire, ils tomberont tous dans les abîmes. La
liberté, ne l'oublions pas, ce n'est pas la licence des passions
affranchies de la loi. Cette licence serait la plus monstrueuse
des tyrannies. La liberté, c'est l'obéissance volontaire à la
loi; c'est le droit de faire son devoir et seuls les hommes
raisonnables et justes sont libres. Or, les hommes libres doivent
gouverner les esclaves, et les esclaves sont appelés à
s'affranchir; non pas du gouvernement des hommes libres, mais de
cette servitude des passions brutales, qui les condamne à ne pas
exister sans maîtres.
Admettez maintenant avec nous la vérité des hautes sciences,
supposez un instant qu'il existe, en effet, une force dont on
peut s'emparer et qui soumet à la volonté de l'homme les miracles
de la nature? Dites-nous maintenant si l'on peut confier aux
brutalités cupides les secrets de la sympathie et des richesses;
aux intrigants l'art de la fascination, à ceux qui ne savent pas
se conduire eux-mêmes l'empire sur les volontés?... On est
effrayé lorsqu'on songe aux désordres que peut entraîner une
telle profanation. Il faudra un cataclysme pour laver les crimes
de la terre quand tout se sera abîmé dans la boue et dans le
sang. Eh bien! voilà ce que nous révèle l'histoire allégorique de
la chute des anges dans le livre d'Hénoch, voilà le péché d'Adam
et ses suites fatales. Voilà le déluge et ses tempêtes; puis,
[49] plus tard, la haute malédiction de Chanaan. La révélation de
l'occultisme est figurée par l'impudence de ce fils qui montre la
nudité paternelle. L'ivresse de Noé est une leçon pour le
sacerdoce de tous les temps. Malheur à ceux qui exposent les
secrets de la génération divine aux regards impurs de la foule!
tenez le sanctuaire fermé, vous qui ne voulez pas livrer votre
père endormi à la risée des imitateurs de Cham!
Telle est, sur les lois de la hiérarchie humaine, la tradition
des enfants de Seth; mais telles ne furent pas les doctrines de
la famille de Caïn. Les caïnistes de l'Inde inventèrent une
Genèse pour consacrer l'oppression des plus forts et perpétuer
l'ignorance des faibles; l'initiation devint le privilège
exclusif des castes suprêmes et des races d'hommes furent
condamnées à une servitude éternelle sous prétexte d'une
naissance inférieure; ils étaient sortis, disait-on, des pieds ou
des genoux de Brahma!
La nature n'enfante ni des esclaves ni des rois, tous les hommes
naissent pour le travail.
Celui qui prétend que l'homme est parfait en naissant, et que la
société le dégrade et le pervertit, serait le plus sauvage des
anarchistes, s'il n'était pas le plus poétique des insensés. Mais
Jean-Jacques avait beau être sentimental et rêveur, son fond de
misanthropie, développé par la logique de ses séides, porta des
fruits de haine et de destruction. Les réalisateurs consciencieux
des utopies du tendre philosophe de Genève, furent Robespierre et
Marat.
La société n'est pas un être abstrait qu'on puisse rendre
[50] séparément responsable de la perversité des hommes; la société
c'est l'association des hommes. Elle est défectueuse de leurs
vices et sublime de leurs vertus; mais en elle-même, elle est
sainte, comme la religion qui lui est inséparablement unie. La
religion, en effet, n'est-elle pas la société des plus hautes
aspirations et des plus généreux efforts?
Ainsi, au mensonge des castes privilégiées par la nature,
répondit le blasphème de l'égalité antisociale et du droit ennemi
de tout devoir; le christianisme seul avait résolu la question en
donnant la suprématie au dévouement, et en proclamant le plus
grand celui qui sacrifierait son orgueil à la société et ses
appétits à la loi.
Les juifs, dépositaires de la tradition de Seth, ne la
conservèrent pas dans toute sa pureté, et se laissèrent gagner
par les injustes ambitions de la postérité de Caïn. Ils se
crurent une race d'élite, et pensèrent que Dieu leur avait plutôt
donné la vérité comme un patrimoine que confiée comme un dépôt
appartenant à l'humanité toute entière. On trouve, en effet, dans
les talmudistes, à côté des sublimes traditions du Sépher Jézirah
et du Sonar, des révélations assez étranges. C'est ainsi qu'ils
ne craignent pas d'attribuer au patriarche Abraham lui-même
l'idolâtrie des nations, lorsqu'ils disent qu'Abraham a donné aux
Israélites son héritage, c'est-à-dire la science des vrais noms
divins; la kabbale, en un mot, aurait été la propriété légitime
et héréditaire d'Isaac; mais le patriarche donna, disent-ils, des
présents aux enfants de ses concubines; et par ces présents ils
entendent des dogmes voilés et des noms obscurs, qui se
matérialisèrent bientôt et se transformèrent en idoles. Les
fausses religions et leurs absurdes mystères, les superstitions
[51] orientales et leurs sacrifices horribles, quel présent d'un père
à sa famille méconnue! N'était-ce pas assez de chasser Agar avec
son fils dans le désert, fallait-il, avec leur pain unique et
leur cruche d'eau, leur donner un fardeau de mensonge pour
désespérer et empoisonner leur exil?
La gloire du christianisme c'est d'avoir appelé tous les hommes à
la vérité, sans distinction de peuples et de castes, mais non
toutefois sans distinction d'intelligences et de vertus.
«Ne jetez pas vos paroles devant les pourceaux, a dit le divin
fondateur du christianisme, de peur qu'ils ne les foulent aux
pieds et que, se tournant contre vous, ils ne vous dévorent.»
L'Apocalypse, ou révélation de saint Jean, qui contient tous les
secrets kabbalistiques du dogme de Jésus-Christ, n'est pas un
livre moins obscur que le Sohar.
Il est écrit hiéroglyphiquement avec des nombres et des images;
et l'apôtre fait souvent appel à l'intelligence des initiés. «Que
celui qui a la science comprenne, que celui qui comprend
calcule,» dit-il plusieurs fois après une allégorie ou l'énoncé
d'un nombre. Saint Jean, l'apôtre de prédilection et le
dépositaire de tous les secrets du Sauveur, n'écrivait donc pas
pour être compris de la multitude.
Le Sépher Jézirah, le Sohar et l'Apocalypse sont les
chefs-d'oeuvre de l'occultisme; ils contiennent plus de sens que
de mots, l'expression en est figurée comme la poésie et exacte
comme les nombres. L'Apocalypse résume, complète et surpasse
[52] toute la science d'Abraham et de Salomon, comme nous le
prouverons en expliquant les clefs de la haute kabbale.
Le commencement du Sohar étonne par la profondeur de ses aperçus
et la grandiose simplicité de ses images. Voici ce que nous y
lisons:
«L'intelligence de l'occultisme c'est la science de l'équilibre.
»Les forces qui se produisent sans être balancées périssent dans
le vide.
»Ainsi ont péri les rois de l'ancien monde, les princes des
géants. Ils sont tombés comme des arbres sans racines, et l'on
n'a plus trouvé leur place.
»C'est par le conflit des forces non équilibrées que la terre
dévastée était nue et informe lorsque le souffle de Dieu se fit
place dans le ciel et abaissa la masse des eaux.
»Toutes les aspirations de la nature furent alors vers l'unité de
la forme, vers la synthèse vivante des puissances équilibrées, et
le front de Dieu, couronné de lumière, se leva sur la vaste mer
et se refléta dans les eaux inférieures.
»Ses deux yeux parurent rayonnants de clarté, lançant deux traits
de flamme qui se croisèrent avec les rayons du reflet.
»Le front de Dieu et ses deux yeux formaient un triangle dans le
ciel, et le reflet formait un triangle dans les eaux.
»Ainsi se révéla le nombre six, qui fut celui de la création
universelle.»
Nous traduisons ici, en l'expliquant, le texte qu'on ne saurait
rendre intelligible en le traduisant littéralement.
[Illustration: LE GRAND SYMBOLE KABBALISTIQUE du Sohar.]
[53] L'auteur du livre a soin, d'ailleurs, de nous déclarer que cette
forme humaine qu'il donne à Dieu n'est qu'une image de son verbe,
et que Dieu ne saurait être exprimé par aucune pensée ni par
aucune forme. Pascal a dit que Dieu est un cercle dont le centre
est partout et la circonférence nulle part. Mais comment
concevoir un cercle sans circonférence? Le Sohar prend l'inverse
de cette figure paradoxale, et dirait volontiers du cercle de
Pascal que la circonférence en est partout et le centre nulle
part; mais ce n'est point à un cercle, c'est à une balance qu'il
compare l'équilibre universel des choses. «L'équilibre est
partout, dit-il, on trouve donc partout aussi le point central où
la balance est suspendue.» Nous trouvons ici le Sohar plus fort
et plus profond que Pascal.
L'auteur du Sohar continue son rêve sublime. La synthèse du verbe
formulé par la figure humaine monte lentement et sort des eaux
comme le soleil qui se lève. Quand les yeux ont paru, la lumière
a été faite; quand la bouche se montre, les esprits sont créés et
la parole se fait entendre. La tête entière est sortie, et voilà
le premier jour de la création. Viennent les épaules, les bras et
la poitrine, et le travail commence. L'image divine repousse
d'une main la mer et soulève de l'autre les continents et les
montagnes. Elle grandit, elle grandit toujours. Sa puissance
génératrice apparaît, et tous les êtres vont se multiplier; il
est debout, enfin, il met un pied sur la terre et l'autre sur la
mer, et se mirant tout entier dans l'Océan de la création, il
souffle sur son reflet, il appelle son image à la vie. Créons
l'homme, a-t-il dit, et l'homme est créé! Nous ne connaissons
rien d'aussi beau dans aucun poëte que cette vision de la
création accomplie par le type idéal de l'humanité. L'homme ainsi
[54] est l'ombre d'une ombre! mais il est la représentation de la
puissance divine. Lui aussi peut étendre les mains de l'Orient à
l'Occident; la terre lui est donnée pour domaine. Voilà l'Adam
Kadmon, l'Adam primitif des kabbalistes; voilà dans quelle pensée
ils en font un géant; voilà pourquoi Swedenborg, poursuivi dans
ses rêves par les souvenirs de la kabbale, dit que la création
entière n'est qu'un homme gigantesque, et que nous sommes faits à
l'image de l'univers.
Le Sohar est une genèse de lumière, le Sépher Jézirah est une
échelle de vérités. Là s'expliquent les trente-deux signes
absolus de la parole, les nombres et les lettres; chaque lettre
reproduit un nombre, une idée et une forme, en sorte que les
mathématiques s'appliquent aux idées et aux formes, non moins
rigoureusement qu'aux nombres par une proportion exacte et une
correspondance parfaite. Par la science du Sépher Jézirah,
l'esprit humain est fixé dans la vérité et dans la raison, et
peut se rendre compte des progrès possibles de l'intelligence par
les évolutions des nombres. Le Sohar représente donc la vérité
absolue, et le Sépher Jézirah donne les moyens de la saisir, de
se l'approprier et d'en faire usage.
[55]
CHAPITRE II.
MAGIE DES MAGES.
SOMMAIRE.--Mystères de Zoroastre ou magie des mages.--La science
du feu.--Symboles et enchantements des Perses et des
Assyriens.--Les mystères de Ninive et de Babylone.--Domaine de la
foudre.--Art de charmer les animaux.--Le bûcher de Sardanapale.
Zoroastre est très probablement un nom symbolique, comme celui de
Thot ou d'Hermès. Eudoxe et Aristote le font vivre six mille ans
avant la naissance de Platon; d'autres, au contraire, le font
naître cinq cents ans avant la guerre de Troie. Les uns en font
un roi de la Bactriane, les autres affirment l'existence de deux
ou de trois Zoroastres différents. Eudoxe et Aristote seuls nous
semblent avoir compris le personnage magique de Zoroastre en
mettant l'âge kabbalistique d'un monde entre l'éclosion de son
dogme et le règne théurgique de la philosophie de Platon. Il y a,
en effet, deux Zoroastres, c'est-à-dire, deux révélateurs, l'un
fils d'Oromase et père d'un renseignement lumineux, l'autre fils
d'Arimane et auteur d'une divulgation profane; Zoroastre est le
Verbe incarné des Chaldéens, des Mèdes et des Perses. Sa légende
semble une prédiction de celle du Christ, et il a dû avoir aussi
son antéchrist, suivant la loi magique de l'équilibre universel.
C'est au faux Zoroastre qu'il faut attribuer le culte du feu
matériel et le dogme impie du dualisme divin qui a produit plus
tard la gnose monstrueuse de Manès, et les principes erronés de
[56] la fausse maçonnerie. Le faux Zoroastre est le père de cette
magie matérialiste qui a causé le massacre des mages, et fait
tomber le vrai magisme sous la proscription et dans l'oubli.
L'Église, toujours inspirée par l'esprit de vérité, a dû
proscrire sous les noms de _magie_, de _manichéisme_,
d'_illuminisme_ et de _maçonnerie_, tout ce qui se rattachait de
près ou de loin à cette profanation primitive des mystères.
L'histoire jusqu'à présent incomprise des templiers, en est un
exemple éclatant.
Les dogmes du vrai Zoroastre sont les mêmes que ceux de la pure
kabbale, et ses idées sur la divinité sont les mêmes que celles
des Pères de l'Église. Les noms seuls diffèrent: ainsi il nomme
_triade_ ce que nous appelons _trinité_, et dans chaque nombre de
la triade, il retrouve le ternaire tout entier. C'est ce que nos
théologiens appellent la _circum-insession_ des personnes
divines. Zoroastre renferme dans cette multiplication de la
triade par elle-même la raison absolue du nombre neuf et la clef
universelle de tous les nombres et de toutes les formes. Ce que
nous appelons les trois personnes divines, Zoroastre le nomme les
trois profondeurs. La profondeur première ou paternelle est la
source de la foi; la seconde ou celle du Verbe est la source de
la vérité; la troisième ou l'action créatrice est la source
d'amour. On peut consulter, pour se convaincre de ce que nous
avançons ici, l'exposition de Psellus sur les dogmes des anciens
Assyriens, dans la _Magie philosophique_ de François Patricius,
page 2, édition de Hambourg, 1593.
Sur cette échelle de neuf degrés, Zoroastre établit la hiérarchie
céleste et toutes les harmonies de la nature. Il compte par trois
[57] toutes les choses qui émanent de l'idée, par quatre tout ce qui
se rattache à la forme, ce qui lui donne le nombre sept pour type
de la création. Ici finit l'initiation première, et commencent
les hypothèses de l'école; les nombres se personnifient, les
idées prennent des emblèmes qui plus tard deviendront des idoles.
Voici venir les Synochées, les Télétarques et les Pères,
serviteurs de la triple Hécate, puis les trois Amilictes, et les
trois visages d'Hypézocos; puis les anges, puis les démons, puis
les âmes humaines. Les astres sont les images et les reflets des
splendeurs intellectuelles, et notre soleil est l'emblème d'un
soleil de vérité, ombre lui-même de cette source première d'où
jaillissent toutes les splendeurs. C'est pour cela que les
disciples de Zoroastre saluaient le lever du jour, et passaient
parmi les barbares pour des adorateurs du soleil.
Tels étaient les dogmes des mages, mais ils possédaient, en
outre, des secrets qui les rendaient maîtres des puissances
occultes de la nature. Ces secrets, dont l'ensemble pourrait
s'appeler une _pyrotechnie transcendentale_, se rattachaient tous
à la science profonde et au gouvernement du feu. Il est certain
que les mages connaissaient l'électricité, et avaient des moyens
de la produire et de la diriger qui nous sont encore inconnus.
Numa, qui étudia leurs rites et fut initié à leurs mystères,
possédait, au dire de Lucius Pison, l'art de former et de diriger
la foudre. Ce secret sacerdotal dont l'initiateur romain voulait
faire l'apanage des souverains de Rome, fut perdu par Tullus
Hostilius qui dirigea mal la décharge électrique et fut foudroyé.
Pline rapporte ces faits comme une ancienne tradition
[58] étrusque[2], et raconte que Numa se servit avec succès de sa
batterie foudroyante contre un monstre nommé _Volta_, qui
désolait les campagnes de Rome. Ne croirait-on pas, en lisant
cette révélation, que notre physicien Volta est un mythe, et que
le nom des piles voltaïques remonte au siècle de Numa?
[Note 2: Plin., liv. II, ch. 53.]
Tous les symboles assyriens se rapportent à cette science du feu
qui était le grand arcane des mages; partout nous retrouvons
l'enchanteur qui perce le lion et qui manie les serpents. Le lion
c'est le feu céleste, les serpents sont les courants électriques
et magnétiques de la terre. C'est à ce grand secret des mages
qu'il faut rapporter toutes les merveilles de la magie
hermétique, dont les traditions disent encore que le secret du
grand oeuvre consiste dans le _gouvernement du feu_.
Le savant François Patricius a publié, dans sa _Magie
philosophique_, les oracles de Zoroastre recueillis dans les
livres des platoniciens, dans la théurgie de Proclus, dans les
commentaires sur Parménide, dans les commentaires d'Hermias sur
Phèdre, dans les notes d'Olympiodore sur le _Philèbe_ et le
_Phédon_. Ces oracles sont d'abord la formule nette et précise du
dogme que nous venons d'exposer, puis viennent les prescriptions
du rituel magique, et voici en quels termes elles sont exprimées:
LES DÉMONS ET LES SACRIFICES.
«La nature nous enseigne par induction qu'il existe des démons
incorporels, et que les germes du mal qui existent dans la
matière, tournent au bien et à l'utilité commune.
[59] »Mais ce sont là des mystères qu'il faut ensevelir dans les
replis les plus impénétrables de la pensée.
»Le feu toujours agité et bondissant dans l'atmosphère peut
prendre une configuration semblable à celle des corps.
»Disons mieux, affirmons l'existence d'un feu plein d'images et
d'échos.
»Appelons, si vous le voulez, ce feu une lumière surabondante qui
rayonne, qui parle, qui s'enroule.
»C'est le coursier fulgurant de la lumière, ou plutôt c'est
l'enfant aux larges épaules qui dompte et soumet le coursier
céleste.
»Qu'on l'habille de flamme et d'or ou qu'on le représente nu
comme l'Amour en lui donnant aussi des flèches.
»Mais si ta méditation se prolonge, tu réuniras tous ces emblèmes
sous la figure du lion;
»Alors qu'on ne voit plus rien ni de la voûte des cieux ni de la
masse de l'univers.
»Les astres ont cessé de briller, et la lampe de la lune est
voilée.
»La terre tremble et tout s'environne d'éclairs.
»Alors n'appelle pas le simulacre visible de l'âme de la nature.
»Car tu ne dois point le voir avant que ton corps ne soit purifié
par les saintes épreuves.
»Amollissant les âmes et les entraînant toujours loin des travaux
sacrés, les chiens terrestres sortent alors de ces limbes ou
finit la matière, et montrent aux regards mortels des apparences
de corps toujours trompeuses.
»Travaille autour des cercles décrits par le rhombus d'Hécate.
[60] »Ne change rien aux noms barbares de l'évocation: car ce sont les
noms panthéistiques de Dieu; ils sont aimantés des adorations
d'une multitude et leur puissance est ineffable.
»Et lorsque après tous les fantômes, tu verras briller ce feu
incorporel, ce feu sacré dont les flèches traversent à la fois
toutes les profondeurs du monde;
»Écoute ce qu'il te dira!»
Cette page étonnante que nous traduisons en entier du latin de
Patricius, contient tous les secrets du magnétisme avec des
profondeurs que n'ont jamais soupçonnées les Du Potet et les
Mesmer.
Nous y voyons: 1° d'abord la lumière astrale parfaitement décrite
avec sa force configurative et sa puissance pour refléter le
verbe et répercuter la voix;
2° La volonté de l'adepte figurée par l'enfant _aux larges
épaules_ monté sur le cheval blanc; hiéroglyphe que nous avons
retrouvé sur un ancien tarot de la Bibliothèque impériale;