La lumière pour les kabbalistes représente le principe actif, et

les ténèbres sont analogues au principe passif; c'est pour cela

qu'ils firent du soleil et de la lune l'emblème des deux sexes

divins et des deux forces créatrices; c'est pour cela qu'ils

attribuèrent à la femme la tentation et le péché d'abord, puis le

premier travail, le travail maternel de la rédemption puisque

c'est du sein des ténèbres mêmes qu'on voit renaître la lumière.

Le vide attire le plein, et c'est ainsi que l'abîme de pauvreté

et de misère, le prétendu mal, le prétendu néant, la passagère

rébellion des créatures attire éternellement un océan d'être, de

richesse, de miséricorde et d'amour. Ainsi s'explique le symbole

du Christ descendant aux enfers après avoir épuisé sur la croix

toutes les immensités du plus admirable pardon.

Par cette loi de l'harmonie dans l'analogie des contraires, les

kabbalistes expliquaient aussi tous les mystères de l'amour

sexuel; pourquoi cette passion est plus durable entre deux

natures inégales et deux caractères opposés? Pourquoi en amour il

y a toujours un sacrificateur et une victime, pourquoi les

passions les plus obstinées sont celles dont la satisfaction

paraît impossible. Par cette loi aussi ils eussent réglé à jamais

[30] la question de préséance entre les sexes, question que le

saint-simonisme seul a pu soulever sérieusement de nos jours. Ils

eussent trouvé que la force naturelle de la femme étant la force

d'inertie ou de résistance, le plus imprescriptible de ses

droits, c'est le droit à la pudeur; et qu'ainsi elle ne doit rien

faire ni rien ambitionner de tout ce qui demande une sorte

d'effronterie masculine. La nature y a d'ailleurs bien pourvu en

lui donnant une voix douce qui ne pourrait se faire entendre dans

les grandes assemblées sans arriver à des tons ridiculement

criards. La femme qui aspirerait aux fonctions de l'autre sexe,

perdrait par cela même les prérogatives du sien. Nous ne savons

jusqu'à quel point elle arriverait à gouverner les hommes, mais à

coup sûr les hommes, et ce qui serait plus cruel pour elle, les

enfants mêmes ne l'aimeraient plus.

La loi conjugale des kabbalistes donne par analogie la solution

du problème le plus intéressant et le plus difficile de la

philosophie moderne. L'accord définitif et durable de la raison

et de la foi, de l'autorité et de la liberté d'examen, de la

science et de la croyance. Si la science est le soleil, la

croyance est la lune: c'est un reflet du jour dans la nuit. La

foi est le supplément de la raison, dans les ténèbres que laisse

la science, soit devant elle, soit derrière elle; elle émane de

la raison, mais elle ne peut jamais ni se confondre avec elle, ni

la confondre. Les empiétements de la raison sur la foi ou de la

foi sur la raison, sont des éclipses de soleil ou de lune;

lorsqu'elles arrivent, elles rendent inutiles à la fois le foyer

et le réflecteur de la lumière.

La science périt par les systèmes qui ne sont autre chose que des

[31] croyances, et la foi succombe au raisonnement. Pour que les deux

colonnes du temple soutiennent l'édifice, il faut qu'elles soient

séparées et placées en parallèle. Dès qu'on veut violemment les

rapprocher comme Sanson, on les renverse et tout l'édifice

s'écroule sur la tête du téméraire aveugle ou du révolutionnaire,

que des ressentiments personnels ou nationaux ont d'avance voué à

la mort.

Les luttes du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel ont été de

tout temps dans l'humanité de grandes querelles de ménage. La

papauté jalouse du pouvoir temporel n'était qu'une mère de

famille jalouse de supplanter son mari: aussi perdit-elle la

confiance de ses enfants. Le pouvoir temporel à son tour,

lorsqu'il usurpe sur le sacerdoce, est aussi ridicule que le

serait un homme en prétendant s'entendre mieux qu'une mère aux

soins de l'intérieur et du berceau. Ainsi les Anglais, par

exemple, au point de vue moral et religieux, sont des enfants

emmaillottés par des hommes; on s'en aperçoit bien à leur

tristesse et à leur ennui.

Si le dogme religieux est un conte de nourrice, pourvu qu'il soit

ingénieux et d'une morale bienfaisante, il est parfaitement vrai

pour l'enfant, et le père de famille serait fort sot d'y

contredire. Aux mères, donc, le monopole des récits merveilleux,

des petits soins et des chansons. La maternité est le type des

sacerdoces, et c'est parce que l'Église doit être exclusivement

mère, que le prêtre catholique renonce à être homme et abjure

devant elle d'avance ses droits à la paternité.

On n'aurait jamais dû l'oublier: la papauté est une mère

universelle ou elle n'est rien. La papesse Jeanne, dont les

[32] protestants ont fait une scandaleuse histoire, n'est peut-être

qu'une ingénieuse allégorie, et quand les souverains pontifes ont

malmené les empereurs et les rois, c'était la papesse Jeanne qui

voulait battre son mari au grand scandale du monde chrétien.

Aussi les schismes et les hérésies n'ont-ils été au fond, nous le

répétons, que des disputes conjugales; l'Église et le

protestantisme disent du mal l'un de l'autre et se regrettent,

affectent de s'éviter et s'ennuient d'être l'un sans l'autre,

comme des époux séparés.

Ainsi par la kabale, et par elle seule, tout s'explique et se

concilie. C'est une doctrine qui vivifie et féconde toutes les

autres, elle ne détruit rien et donne au contraire la raison

d'être de tout ce qui est. Aussi toutes les forces du monde sont

elles au service de cette science unique et supérieure, et le

vrai kabbaliste peut-il disposer à son gré sans hypocrisie et

sans mensonge, de la science des sages et de l'enthousiasme des

croyants. Il est plus catholique que M. de Maistre, plus

protestant que Luther, plus israélite que le grand rabbin, plus

prophète que Mahomet; n'est-il pas au-dessus des systèmes et des

passions qui obscurcissent la vérité, et ne peut-il pas à volonté

en réunir tous les rayons épars et diversement réfléchis par tous

les fragments de ce miroir brisé qui est la foi universelle, et

que les hommes prennent pour tant de croyances opposées et

différentes? Il n'y a qu'un être, il n'y a qu'une vérité, il n'y

a qu'une lui et qu'une foi, comme il n'y a qu'une humanité en ce

monde.

Arrivé à de pareilles hauteurs intellectuelles et morales, on

comprend que l'esprit et le coeur humain jouissent d'une paix

profonde; aussi ces mots: _Paix profonde, mes frères_!

[33] étaient-ils la parole de maître dans la haute maçonnerie,

c'est-à-dire dans l'association des initiés à la kabbale.

La guerre que l'Église a dû déclarer à la magie a été nécessitée

par les profanations de faux gnostiques, mais la vraie science

des mages est essentiellement catholique, parce qu'elle base

toute sa réalisation sur le principe de la hiérarchie. Or, dans

l'Église catholique seule il y a une hiérarchie sérieuse et

absolue. C'est pour cela que les vrais adeptes ont toujours

professé pour cette Église le plus profond respect et

l'obéissance la plus absolue. Henri Khunrath seul a été un

protestant déterminé; mais en cela il était allemand de son

époque plutôt que citoyen mystique du royaume éternel.

L'essence de l'antichristianisme est l'exclusion et l'hérésie,

c'est le déchirement du corps du Christ, suivant la belle

expression de saint Jean: _Omnis spiritus qui solvit Christum hic

Antechristus est_. C'est que la religion est la charité. Or, il

n'y a pas de charité dans l'anarchie.

La magie aussi a eu ses hérésiarques et ses sectaires, ses hommes

de prestiges et ses sorciers. Nous aurons à venger la légitimité

de la science, des usurpations de l'ignorance, de la folie et de

la fraude, et c'est en cela surtout que notre travail pourra être

utile et sera entièrement nouveau.

On n'a jusqu'à présent traité l'histoire de la magie que comme

les annales d'un préjugé, ou les chroniques plus ou moins exactes

d'une série de phénomènes; personne, en effet, ne croyait plus

que la magie fût une science. Une histoire sérieuse de cette

science retrouvée doit en indiquer les développements et les

progrès; nous marchons donc en plein sanctuaire au lieu de longer

[34] des ruines, et nous allons trouver ce sanctuaire enseveli si

longtemps sous les cendres de quatre civilisations, plus

merveilleusement conservé que ces villes-momies sorties

dernièrement des cendres du Vésuve, dans toute leur beauté morte

et leur majesté désolée.

Dans son plus magnifique ouvrage, Bossuet a montré la religion

liée partout avec l'histoire: qu'aurait-il dit s'il avait su

qu'une science, née pour ainsi dire avec le monde, rend raison à

la fois des dogmes primitifs de la religion unique et universelle

en les unissant aux théorèmes les plus incontestables des

mathématiques et de la raison?

La magie dogmatique est la clef de tous les secrets non encore

approfondis par la philosophie de l'histoire; et la magie

pratique ouvre seule à la puissance, toujours limitée mais

toujours progressive de la volonté humaine, le temple occulte de

la nature.

Nous n'avons pas la prétention impie d'expliquer par la magie les

mystères de la religion; mais nous enseignerons comment la

science doit accepter et révérer ces mystères. Nous ne dirons

plus que la raison doit s'humilier devant la foi; elle doit au

contraire s'honorer d'être croyant; car c'est la foi qui sauve la

raison des horreurs du néant sur le bord des abîmes pour la

rattacher à l'infini.

L'orthodoxie en religion est le respect de la hiérarchie, seule

gardienne de l'unité. Or, ne craignons pas de le répéter, la

magie est essentiellement la science de la hiérarchie. Ce qu'elle

proscrit avant tout, qu'on se le rappelle bien, ce sont les

doctrines anarchiques; et elle démontre, par les lois mêmes de la

[35] nature, que l'harmonie est inséparable du pouvoir et de

l'autorité.

Ce qui fait, pour le plus grand nombre des curieux, l'attrait

principal de la magie, c'est qu'ils y voient un moyen

extraordinaire de satisfaire leurs passions. Non, disent les

avares, le secret d'Hermès pour la transmutation des métaux

n'existe pas, autrement nous l'achèterions et nous serions

riches!... Pauvres fous, qui croient qu'un pareil secret puisse

se vendre! et quel besoin aurait de votre argent celui qui

saurait faire de l'or?--C'est vrai, répondra un incrédule, mais

toi-même, Éliphas Lévi, si tu possédais ce secret ne serais-tu

pas plus riche que nous?--Eh! qui vous dit que je sois pauvre?

Vous ai-je demandé quelque chose? Quel est le souverain du monde

qui peut se vanter de m'avoir payé un secret de la science? Quel

est le millionnaire auquel j'aie jamais donné quelque raison de

croire que je voudrais troquer ma fortune contre la sienne?

Lorsqu'on voit d'en bas les richesses de la terre on y aspire

toujours comme à la souveraine félicité; mais comme on les

méprise lorsqu'on plane au-dessus d'elles, et qu'on a peu d'envie

de les reprendre lorsqu'on les a laissées tomber comme des fers!

Oh! s'écriera un jeune homme, si les secrets de la magie étaient

vrais, je voudrais les posséder pour être aimé de toutes les

femmes.--De toutes, rien que cela. Pauvre enfant, un jour viendra

où ce sera trop d'en avoir une. L'amour sensuel est une orgie à

deux, où l'ivresse amène vite le dégoût, et alors on se quitte en

se jetant les verres à la tête.

Moi, disait un jour un vieil idiot, je voudrais être magicien

[36] pour bouleverser le monde!--Brave homme, si vous étiez magicien

vous ne seriez pas imbécile; et alors rien ne vous fournirait,

même devant le tribunal de votre conscience, le bénéfice des

circonstances atténuantes, si vous deveniez un scélérat.

Eh bien! dira un épicurien, donnez-moi donc les recettes de la

magie, pour jouir toujours et ne souffrir jamais....

Ici c'est la science elle-même qui va répondre:

La religion vous a déjà dit: Heureux ceux qui souffrent; mais

c'est pour cela même que la religion a perdu votre confiance.

Elle a dit: Heureux ceux qui pleurent, et c'est pour cela que

vous avez ri de ses enseignements.

Écoutez maintenant ce que disent l'expérience et la raison:

Les souffrances éprouvent et créent les sentiments généreux; les

plaisirs développent et fortifient les instincts lâches.

Les souffrances rendent fort contre le plaisir, les jouissances

rendent faible contre la douleur.

Le plaisir dissipe;

La douleur recueille.

Qui souffre amasse;

Qui jouit dépense.

Le plaisir est recueil de l'homme.

La douleur maternelle est le triomphe de la femme.

C'est le plaisir qui féconde, mais c'est la douleur qui conçoit

et qui enfante.

Malheur à l'homme qui ne sait pas et qui ne veut pas souffrir!

car il sera écrasé de douleurs.

[37] Ceux qui ne veulent pas marcher, la nature les traîne

impitoyablement.

Nous sommes jetés dans la vie comme en pleine mer: il faut nager

ou périr.

Telles sont les lois de la nature enseignées par la haute magie.

Voyez maintenant si l'on peut devenir magicien pour jouir

toujours et ne souffrir jamais!

Mais alors, diront d'un air désappointé les gens du monde, à quoi

peut servir la magie?--Que pensez-vous que le prophète Balaam eût

pu répondre à son ânesse si elle lui avait demandé à quoi peut

servir l'intelligence?

Que répondrait Hercule à un pygmée qui lui demanderait à quoi

peut servir la force?

Nous ne comparons certes pas les gens du monde à des pygmées, et

encore moins à l'ânesse de Balaam; ce serait manquer de politesse

et de bon goût. Nous répondrons donc le plus gracieusement

possible à ces personnes si brillantes et si aimables, que la

magie ne peut leur servir absolument de rien, attendu qu'elles ne

s'en occuperont jamais sérieusement.

Notre ouvrage s'adresse aux âmes qui travaillent et qui pensent.

Elles y trouveront l'explication de ce qui est resté obscur dans

le _dogme_ et dans le _rituel de la haute magie_[1]. Nous avons,

à l'exemple des grands maîtres, suivi dans le plan et la division

de nos livres l'ordre rationnel des nombres sacrés. Nous divisons

notre histoire de la magie en _sept livres_, et chaque livre

contient _sept chapitres_.

[Note 1: Éliphas Lévi, Dogme et Rituel de la haute magie, 1856,

2 vol. in-8, avec 23 fig.--25 fr.]

[38] Le premier livre est consacré aux _origines magiques_, c'est la

Genèse de la science, et nous lui avons donné pour clef la lettre

_aleph_ [Hébreu], qui exprime kabbalistiquement l'unité

principiante et originelle.

Le second livre contiendra les _formules historiques et sociales

du verbe magique_ dans l'antiquité. Sa marque est la lettre

_beth_ [Hébreu], symbole du binaire, expression du verbe

réalisateur, caractère spécial de la gnose et de l'occultisme.

Le troisième livre sera l'_exposé des réalisations de la science

antique dans la société chrétienne_. Nous y verrons comment, pour

la science même, la parole s'est incarnée. Le nombre trois est

celui de la génération, de la réalisation, et le livre a pour

clef la lettre _ghimel_ [Hébreu], hiéroglyphe de la naissance.

Dans le quatrième livre, nous verrons la _force civilisatrice de

la magie_ chez les barbares, et les productions naturelles de

cette science parmi les peuples encore enfants, les mystères des

druides, les miracles des eubages, les légendes des bardes, et

comment tout cela concourt à la formation des sociétés modernes

en préparant au christianisme une victoire éclatante et durable.

Le nombre quatre exprime la nature et la force, et la lettre

_daleth_ [Hébreu], qui le représente dans l'alphabet hébreux, est

figurée dans l'alphabet hiéroglyphique des kabbalistes par un

empereur sur son trône.

Le cinquième livre sera consacré à l'_ère sacerdotale du moyen

âge_. Nous y verrons les dissidences et les luttes de la science,

la formation des sociétés secrètes, leurs oeuvres inconnus, les

rites secrets des grimoires, les mystères de la divine comédie,

les divisions du sanctuaire, qui doivent aboutir plus tard à une

glorieuse unité. Le nombre cinq est celui de la quintessence, de

[39] la religion, du sacerdoce; son caractère est la lettre _hé_

[Hébreu], représentée dans l'alphabet magique par la figure du

grand prêtre.

Notre sixième livre montrera la _magie mêlée à l'oeuvre de la

révolution_. Le nombre six est celui de l'antagonisme et de la

lutte qui prépare la synthèse universelle. Sa lettre est le _vaf_

[Hébreu], figure du lingam créateur, du fer recourbé qui

moissonne.

Le septième livre sera celui de la _synthèse_, et contiendra

l'exposé des travaux modernes et des découvertes récentes, les

théories nouvelles de la lumière et du magnétisme, la révélation

du grand secret des rose-croix, l'explication des alphabets

mystérieux, la science, enfin, du verbe et des oeuvres magiques,

la synthèse de la science et l'appréciation des travaux de tous

les mystiques contemporains. Ce livre sera le complément et la

couronne de l'oeuvre comme le septénaire est la couronne des

nombres, puisqu'il réunit le triangle de l'idée au carré de la

forme. Sa lettre correspondante est le dzaïn [Hébreu], et son

hiéroglyphe kabbalistique est un triomphateur monté sur un char

attelé de deux sphinx. Nous avons donné cette figure dans notre

précédent ouvrage.

Loin de nous la vanité ridicule de nous poser en triomphateur

kabbalistique, c'est la science seule qui doit triompher, et

celui que nous voulons montrer au monde intelligent, monté sur le

char cubique et traîné par les sphinx, c'est le verbe de lumière,

c'est le réalisateur divin de la kabbale de Moïse, c'est le

soleil humain de l'Évangile, c'est l'homme-Dieu qui est déjà venu

comme Sauveur, et qui se manifestera bientôt comme Messie,

[40] c'est-à-dire comme roi définitif et absolu des institutions

temporelles. C'est cette pensée qui anime notre courage et

entretient notre espérance. Et maintenant il nous reste à

soumettre toutes nos idées, toutes nos découvertes et tous nos

travaux au jugement infaillible de la hiérarchie. Tout ce qui

tient à la science, aux hommes acceptés par les sciences, tout ce

qui tient à la religion, à l'Église seule, et à la seule Église

hiérarchique et conservatrice de l'unité, catholique apostolique

et romaine, depuis Jésus-Christ jusqu'à présent.

Aux savants nos découvertes, aux évêques nos aspirations et nos

croyances! Malheur, en effet, à l'enfant qui se croit plus sage

que ses pères, à l'homme qui ne reconnaît pas de maîtres, au

rêveur qui pense et qui prie pour lui seul! La vie est une

communion universelle, et c'est dans cette communion qu'on trouve

l'immortalité. Celui qui s'isole se voue à la mort, et l'éternité

de l'isolement, ce serait la mort éternelle!

Éliphas LÉVI.

[Illustration: LA TETE MAGIQUE du Sohar.]

[41]

LIVRE PREMIER

LES ORIGINES MAGIQUES

[Hébreu] Aleph.

CHAPITRE PREMIER

ORIGINES FABULEUSES

SOMMAIRE.--Origines fabuleuses.--Le livre de la pénitence d'Adam.

--Le livre d'Hénoch.--La légende des anges déchus.--Apocalypse de

Méthodius.--La Genèse suivant les Indiens.--L'héritage magique

d'Abraham, suivant le Talmud.--Le Sépher Jezirah et le Sohar.

«Il y eut, dit le livre apocryphe d'Hénoch, des anges qui se

laissèrent tomber du ciel pour aimer les filles de la terre.

Car en ces jours-là, lorsque les fils des hommes se furent

multipliés, il leur naquit des filles d'une grande beauté.

Et lorsque les anges, les fils du ciel, les virent ils furent

pris d'amour pour elles; et ils se disaient entre eux: «Allons,

choisissons-nous des épouses de la race des hommes, et engendrons

des enfants.»

Alors leur chef Samyasa leur dit: «Peut-être n'aurez-vous pas le

courage d'accomplir cette résolution, et je resterai seul

responsable de votre chute.»

Mais ils lui répondirent: «Nous jurons de ne pas nous repentir et

d'accomplir tous notre dessein.»

[42] Et ils étaient deux cents qui descendirent sur la montagne

d'Armon.

Et c'est depuis ce temps-là que cette montagne est nommée Armon,

ce qui veut dire la montagne du Serment.

Voici les noms des chefs de ces anges qui descendirent: Samyasa

qui était le premier de tous, Uraka-baraméel, Azibéel, Tamiel,

Ramuel, Danel, Azkéel, Sarakuyal, Asael, Armers, Batraai, Anane,

Zavèbe, Samsavéel, Ertrael, Turel, Jomiael, Arazial.

Ils prirent des épouses avec lesquelles ils se mêlèrent, leur

enseignant la magie, les enchantements et la division des racines

et des arbres.

Amazarac enseigna tous les secrets des enchanteurs, Barkaial fut

le maître de ceux qui observent les astres, Akibéel révéla les

signes et Azaradel le mouvement de la lune.»

Ce récit du livre kabbalistique d'Hénoch, est le récit de cette

même profanation des mystères de la science que nous voyons

représenter sous une autre image dans l'histoire du péché d'Adam.

Les anges, les fils de Dieu, dont parle Hénoch, c'étaient les

initiés à la magie, puisque après leur chute ils l'enseignèrent

aux hommes vulgaires par l'entremise des femmes indiscrètes. La

volupté fut leur écueil, ils aimèrent les femmes et se laissèrent

surprendre les secrets de la royauté et du sacerdoce.

Alors la civilisation primitive s'écroula, les géants,

c'est-à-dire les représentants de la force brutale et des

convoitises effrénées, se disputèrent le monde qui ne put leur

[43] échapper qu'en s'abîmant sous les eaux du déluge où s'effacèrent

toutes les traces du passé.

Ce déluge figurait la confusion universelle où tombe

nécessairement l'humanité lorsqu'elle a violé et méconnu les

harmonies de la nature.

Le péché de Samyasa et celui d'Adam se ressemblent, tous deux

sont entraînés par la faiblesse du coeur, tous deux profanent

l'arbre de la science et sont repoussés loin de l'arbre de vie.

Ne discutons pas les opinions ou plutôt les naïvetés de ceux qui

veulent prendre tout à la lettre, et qui pensent que la science

et la vie ont pu pousser autrefois sous forme d'arbres, mais

admettons le sens profond des symboles sacrés.

L'arbre de la science, en effet, donne la mort lorsqu'on en

absorbe les fruits, ces fruits sont la parure du monde, ces

pommes d'or sont les étoiles de la terre.

Il existe à la bibliothèque de l'Arsenal un manuscrit fort

curieux qui a pour titre: _Le livre de la pénitence d'Adam_. La

tradition kabbalistique y est présentée sous forme de légende, et

voici ce qu'on y raconte:

«Adam eut deux fils, Caïn qui représente la force brutale, Abel

qui représente la douceur intelligente. Ils ne purent s'accorder,

et ils périrent l'un par l'autre, aussi leur héritage fut-il

donné à un troisième fils nommé Seth.»

Voilà bien le conflit des deux forces contraires tournant au

profit d'une puissance synthétique et combinée.

«Or Seth, qui était juste, put parvenir jusqu'à l'entrée du

paradis terrestre sans que le chérubin l'écartât avec son épée

flamboyante.» C'est-à-dire que Seth représente l'initiation

primitive.

[44] «Seth vit alors que l'arbre de la science et l'arbre de la vie

s'étaient réunis et n'en faisaient qu'un.»

Accord de la science et de la religion dans la haute kabbale.

«Et l'ange lui donna trois grains qui contenaient toute la force

vitale de cet arbre.»

C'est le ternaire kabbalistique.

«Lorsque Adam mourut, Seth, suivant les instructions de l'ange,

plaça les trois grains dans la bouche de son père expiré comme un

gage de vie éternelle.

»Les branches qui sortirent de ces trois grains formèrent le

buisson ardent au milieu duquel Dieu révéla à Moïse son nom

éternel:

[Hébreu.]

»L'être qui est, qui a été, et qui sera l'être.

»Moïse cueillit une triple branche du buisson sacré, ce fut pour

lui la verge des miracles.

»Cette verge bien que séparée de sa racine ne cessa pas de vivre

et de fleurir, et elle fut ainsi conservée dans l'arche.

»Le roi David replanta cette branche vivante sur la montagne de

Sion, et Salomon plus tard prit le bois de cet arbre au triple

tronc pour en faire les deux colonnes Jakin et Bohas, qui étaient

à l'entrée du temple, il les revêtit de bronze, et plaça le

troisième morceau du bois mystique au fronton de la porte

principale.

»C'était un talisman qui empêchait tout ce qui était impur de

pénétrer dans le temple.

[45] »Mais les lévites corrompus arrachèrent pendant la nuit cette

barrière de leurs iniquités et la jetèrent au fond de la piscine

probatique en la chargeant de pierres.

»Depuis ce moment l'ange de Dieu agita tous les ans les eaux de

la piscine et leur communiqua une vertu miraculeuse pour inviter

les hommes à y chercher l'arbre de Salomon.

Histoire de la magie · 第 3 / 38 段