ridicule: il s'agit de la religion tout entière, et par
conséquent de tout l'avenir et de tous les intérêts de
l'humanité.
Nous sommes vraiment des raisonneurs étranges! Nous nous croyons
bien forts quand nous sommes indifférents à tout, excepté aux
résultats matériels, à l'argent, par exemple; et nous laissons
aller au hasard les idées mères de l'opinion qui, par ses
revirements, bouleverse ou peut bouleverser toutes les fortunes.
Une conquête de la science est bien plus importante que la
découverte d'une mine d'or. Avec la science, on emploie l'or au
service de la vie; avec l'ignorance, la richesse ne fournit que
des instruments à la mort.
Qu'il soit bien entendu d'ailleurs que nos révélations
scientifiques s'arrêtent devant la foi, et que, comme chrétien et
comme catholique, nous soumettons notre oeuvre tout entière au
jugement suprême de l'Église.
Et maintenant à ceux qui doutent de l'existence du diable, nous
répondons:
Tout ce qui a un nom existe; la parole peut être proférée en
vain, mais en elle-même elle ne saurait être vaine et elle a
toujours un sens.
Le Verbe n'est jamais vide, et s'il est écrit qu'il est en Dieu,
et qu'il est Dieu, c'est qu'il est l'expression et la preuve de
l'être et de la vérité.
[15] Le diable est nommé et personnifié dans l'Évangile, qui est le
Verbe de vérité, donc il existe, et il peut être considéré comme
une personne. Mais ici c'est le chrétien qui s'incline; laissons
parler la science ou la raison, c'est la même chose.
Le mal existe, il est impossible d'en douter. Nous pouvons faire
bien ou mal.
Il est des êtres qui sciemment et volontairement font le mal.
L'esprit qui anime ces êtres et qui les excite à mal faire est
dévoyé, détourné de la bonne route, jeté en travers du bien comme
un obstacle; et voilà précisément ce que signifie le mot grec
_diabolos_, que nous traduisons par le mot _diable_.
Les esprits qui aiment et font le mal sont accidentellement
mauvais.
Il y a donc un diable qui est l'esprit d'erreur, d'ignorance
volontaire, de vertige; et il y a des êtres qui lui obéissent,
qui sont ses envoyés, ses émissaires, ses _anges_, et c'est pour
cela qu'il est parlé dans l'Évangile d'un feu éternel qui est
_préparé_, prédestiné en quelque sorte au diable et à ses anges.
Ces paroles sont toute une révélation et nous aurons à les
approfondir.
Définissons d'abord bien nettement le mal; le mal c'est le défaut
de rectitude dans l'être.
Le mal moral est le mensonge en actions comme le mensonge est le
crime en paroles.
L'injustice est l'essence du mensonge; tout mensonge est une
injustice.
[16] Quand ce qu'on dit est juste, il n'y a pas mensonge. Quand on
agit équitablement et d'une manière vraie, il n'y a pas péché.
L'injustice est la mort de l'être moral, comme le mensonge est le
poison de l'intelligence.
L'esprit de mensonge est donc un esprit de mort.
Ceux qui l'écoutent sont empoisonnés par lui et sont ses dupes.
Mais s'il fallait prendre sa personnification absolue au sérieux,
il serait lui-même absolument mort et absolument trompé,
c'est-à-dire que l'affirmation de son existence impliquerait une
évidente contradiction.
Jésus a dit: «Le diable est menteur ainsi que son père.»
Qu'est-ce que le père du diable?
C'est celui qui lui donne une existence personnelle en vivant
d'après ses inspirations; l'homme qui se fait diable est le père
du mauvais esprit incarné.
Mais il est une conception téméraire, impie, monstrueuse.
Une conception traditionnelle comme l'orgueil des pharisiens.
Une création hybride qui a donné une apparente raison contre les
magnificences du christianisme à la mesquine philosophie du
XVIIIe siècle.
C'est le faux Lucifer de la légende hétérodoxe; c'est cet ange
assez fier pour se croire Dieu, assez courageux pour acheter
l'indépendance au prix d'une éternité de supplices, assez beau
pour avoir pu s'adorer en pleine lumière divine; assez fort pour
régner encore dans les ténèbres et la douleur, et pour se faire
un trône de son inextinguible bûcher, c'est le Satan du
républicain et de l'hérétique Millon, c'est ce prétendu héros des
[17] éternités ténébreuses calomnié de laideur, affublé de cornes et
de griffes qui conviendraient plutôt à son tourmenteur
implacable.
C'est ce diable roi du mal, comme si le mal était un royaume!
Ce diable plus intelligent que les hommes de génie qui
craignaient ses déceptions.
Cette lumière noire, ces ténèbres qui voient. Ce pouvoir que Dieu
n'a pas voulu, et qu'une créature déchue n'a pu créer.
Ce prince de l'anarchie servi par une hiérarchie de purs esprits.
Ce banni de Dieu qui serait partout comme Dieu est sur la terre,
plus visible, plus présent au plus grand nombre, mieux servi que
Dieu même!
Ce vaincu auquel le vainqueur donnerait ses enfants à dévorer!
Cet artisan des péchés de la chair à qui la chair n'est rien, et
qui ne saurait par conséquent rien être à la chair, si on ne l'en
suppose créateur et maître comme Dieu!
Un immense mensonge réalisé, personnifié, éternel!
Une mort qui ne peut mourir!
Un blasphème que le verbe de Dieu ne fera jamais taire!
Un empoisonneur des âmes que Dieu tolérerait par une
contradiction de sa puissance, ou qu'il conserverait comme les
empereurs romains avaient conservé Locusta, parmi les instruments
de son règne!
Un supplicié toujours vivant pour maudire son juge et pour avoir
raison contre lui puisqu'il ne se repentira jamais!
[18] Un monstre accepté comme bourreau par la souveraine puissance et
qui, suivant l'énergique expression d'un ancien écrivain
catholique peut appeler Dieu le Dieu du diable en se donnant
lui-même comme un diable de Dieu!
Là est le fantôme irréligieux qui calomnie la religion, ôtez-nous
cette idole qui nous cache notre sauveur. A bas le tyran du
mensonge! A bas le Dieu noir des manichéens! A bas l'Arimane des
anciens idolâtres! Vive Dieu seul et son Verbe incarné,
Jésus-Christ, le sauveur du monde, qui a vu Satan tomber du ciel!
et vive Marie, la divine mère qui a écrasé la tête de l'infernal
serpent!
Voilà ce que _disent_, avec unanimité, la tradition des saints et
les coeurs de tous les vrais fidèles: Attribuer une grandeur
quelconque à l'esprit déchu, c'est calomnier la divinité; prêter
une royauté quelconque à l'esprit rebelle, c'est encourager la
révolte, c'est commettre, en pensée du moins, le crime de ceux
qu'au moyen âge on appelait avec horreur des _sorciers_.
Car tous les crimes punis autrefois de mort sur les anciens
sorciers, sont réels et sont les plus grands de tous les crimes.
Ils ont ravi le feu du ciel, comme Prométhée.
Ils ont chevauché, comme Médée, les dragons ailés et le serpent
volant.
Ils ont empoisonné l'air respirable, comme l'ombre du
mancenillier.
Ils ont profané les choses saintes et fait servir le corps même
du Seigneur à des oeuvres de destruction et de malheur.
Comment tout cela est-il possible? C'est qu'il existe un agent
mixte, un agent naturel et divin, corporel et spirituel, un
[19] médiateur plastique universel, un réceptacle commun des
vibrations du mouvement et des images de la forme, un fluide et
une force qu'on pourrait appeler en quelque manière
l'_imagination de la nature_. Par cette force tous les appareils
nerveux communiquent secrètement ensemble; de là naissent la
sympathie et l'antipathie; de là viennent les rêves; par là se
produisent les phénomènes de seconde vue et de vision
extranaturelle. Cet agent universel des oeuvres de la nature,
c'est l'_od_ des hébreux et du chevalier de Richembach, c'est la
lumière astrale des martinistes, et nous préférons, comme plus
explicite, cette dernière appellation.
L'existence et l'usage possible de cette force sont le grand
arcane de la magie pratique. C'est la baguette des thaumaturges
et la clavicule de la magie noire.
C'est le serpent édénique qui a transmis à Ève les séductions
d'un ange déchu.
La lumière astrale aimante, échauffe, éclaire, magnétise, attire,
repousse, vivifie, détruit, coagule, sépare, brise, rassemble
toutes choses sous l'impulsion des volontés puissantes.
Dieu l'a créée au premier jour lorsqu'il a dit le FIAT LUX!
C'est une force aveugle en elle-même, mais qui est dirigée par
les _égrégores_, c'est-à-dire par les chefs des âmes. Les chefs
des âmes sont les esprits d'énergie et d'action.
Ceci explique déjà toute la théorie des prodiges et des miracles.
Comment, en effet, les bons et les méchants pourraient-ils forcer
la nature à laisser voir les forces exceptionnelles? comment y
[20] aurait-il miracles divins et miracles diaboliques? comment
l'esprit réprouvé, l'esprit égaré, l'esprit dévoyé, aurait-il
plus de force en certain cas et de certaine manière que le juste,
si puissant de sa simplicité et de sa sagesse, si l'on ne suppose
pas un instrument dont tous peuvent se servir, suivant certaines
conditions, les uns pour le plus grand bien, les autres pour le
plus grand mal?
Les magiciens de Pharaon faisaient d'abord les mêmes prodiges que
Moïse. L'instrument dont ils se servaient était donc le même,
l'inspiration seule était différente, et quand ils se déclarèrent
vaincus, ils proclamèrent que suivant eux les forces humaines
étaient à bout, et que Moïse devait avoir en lui quelque chose de
surhumain. Or cela se passait dans cette Égypte, mère des
initiations magiques, dans cette terre où tout était science
occulte et enseignement hiérarchique et sacré. Était-il plus
difficile cependant de faire apparaître des mouches que des
grenouilles? Non, certainement; mais les magiciens savaient que
la projection fluidique par laquelle on fascine les yeux ne
saurait s'étendre au delà de certaines limites, et pour eux déjà
ces limites étaient dépassées par Moïse.
Quand le cerveau se congestionne ou se surcharge de lumière
astrale, il se produit un phénomène particulier. Les yeux, au
lieu de voir en dehors, voient en dedans; la nuit se fait à
l'extérieur dans le monde réel et la clarté fantastique rayonne
seule dans le monde des rêves. L'oeil alors semble retourné et
souvent, en effet, il se convulse légèrement et semble rentrer en
tournant sous la paupière. L'âme alors aperçoit par des images le
reflet de ses impressions et de ses pensées, c'est-à-dire que
[21] l'analogie qui existe entre telle idée et telle forme, attire
dans la lumière astrale le reflet représentatif de cette forme,
car l'essence de la lumière vivante c'est d'être configurative,
c'est l'imagination universelle dont chacun de nous s'approprie
une part plus ou moins grande, suivant son degré de sensibilité
et de mémoire. Là est la source de toutes les apparitions, de
toutes les visions extraordinaires et de tous les phénomènes
intuitifs qui sont propres à la folie ou à l'extase.
Le phénomène d'appropriation et d'assimilation de la lumière par
la sensibilité qui voit, est un des plus grands qu'il soit donné
à la science d'étudier. On trouvera peut-être un jour que voir
c'est déjà parler, et que la conscience de la lumière est le
crépuscule de la vie éternelle dans l'être, la parole de Dieu,
qui crée la lumière, semble être proférée par toute intelligence,
qui peut se rendre compte des formes et qui veut regarder.--Que
la lumière soit! La lumière, en effet, n'existe à l'état de
splendeur que pour les yeux qui la regardent, et l'âme amoureuse
du spectacle des beautés universelles, et appliquant son
attention à cette écriture lumineuse du livre infini qu'on
appelle les choses visibles, semble crier, comme Dieu à l'aurore
du premier jour, ce verbe sublime et créateur: FIAT LUX!
Tous les yeux ne voient pas de même, et la création n'est pas
pour tous ceux qui la regardent de la même forme et de la même
couleur. Notre cerveau est un livre imprimé au dedans et au
dehors, et pour peu que l'attention s'exalte, les écritures se
confondent. C'est ce qui se produit constamment dans l'ivresse et
dans la folie. Le rêve alors triomphe de la vie réelle et plonge
[22] la raison dans un incurable sommeil. Cet état d'hallucination a
ses degrés, toutes les passions sont des ivresses, tous les
enthousiasmes sont des folies relatives et graduées. L'amoureux
voit seul des perfections infinies autour d'un objet qui le
fascine et qui l'enivre. Pauvre ivrogne de voluptés! demain ce
parfum du vin qui l'attire sera pour lui une réminiscence
répugnante et une cause de mille nausées et de mille dégoûts!
Savoir user de cette force, et ne se laisser jamais envahir et
surmonter par elle, marcher sur _la tête du serpent_, voilà ce
que nous apprend la magie de lumière: dans cet arcane sont
contenus tous les mystères du magnétisme, qui peut déjà donner
son nom à toute la partie pratique de la haute magie des anciens.
Le magnétisme, c'est la baguette des miracles, mais pour les
initiés seulement; car pour les imprudents qui voudraient s'en
faire un jouet ou un instrument au service de leurs passions,
elle devient redoutable comme cette gloire foudroyante qui,
suivant les allégories de la fable, consuma la trop ambitieuse
Sémélé dans les embrassements de Jupiter.
Un des grands bienfaits du magnétisme, c'est de rendre évidente,
par des faits incontestables, la spiritualité, l'unité et
l'immortalité de l'âme. La spiritualité, l'unité et l'immortalité
une fois démontrées, Dieu apparaît à toutes les intelligences et
à tous les coeurs. Puis de la croyance à Dieu et aux harmonies de
la création, on est amené à cette grande harmonie religieuse, qui
ne saurait exister en dehors de la hiérarchie miraculeuse et
légitime de l'Église catholique, la seule qui ait conservé toutes
les traditions de la science et de la foi.
[23] La tradition première de la révélation unique a été conservée sous
le nom de _kabbale_ par le sacerdoce d'Israël. La doctrine
kabbalistique, qui est le dogme de la haute magie, est contenue
dans le Sepher Jézirah, le Sohar et le Talmud. Suivant cette
doctrine, l'absolu c'est l'être dans lequel se trouve le Verbe,
qui est l'expression de la raison d'être et de la vie.
L'être est l'être, [Hébreu]. Voilà le principe.
Dans le principe était, c'est-à-dire est, a été, et sera le
Verbe, c'est-à-dire la raison qui parle.
[Hébreu]!
Le Verbe est la raison de la croyance, et en lui aussi est
l'expression de la foi qui vivifie la science. Le Verbe,
[Hébreu], est la source de la logique. Jésus est le Verbe
incarné. L'accord de la raison avec la foi, de la science avec la
croyance, de l'autorité avec la liberté, est devenu dans les
temps modernes l'énigme véritable du sphinx; et en même temps que
ce grand problème on a soulevé celui des droits respectifs de
l'homme et de la femme; cela devait être, car entre tous ces
termes d'une grande et suprême question, l'analogie est constante
et les difficultés, comme les rapports, sont invariablement les
mêmes.
Ce qui rend paradoxale, en apparence, la solution de ce noeud
gordien de la philosophie et de la politique moderne, c'est que
pour accorder les termes de l'équation qu'il s'agit de faire, on
affecte toujours de les mêler ou de les confondre.
S'il y a une absurdité suprême, en effet, c'est de chercher
[24] comment la foi pourrait être une raison, la raison une croyance,
la liberté une autorité; et réciproquement, la femme un homme et
l'homme une femme. Ici les définitions mêmes s'opposent à la
confusion, et c'est en distinguant parfaitement les termes qu'on
arrive à les accorder. Or, la distinction parfaite et éternelle
des deux termes primitifs du syllogisme créateur, pour arriver à
la démonstration de leur harmonie par l'analogie des contraires,
cette distinction, disons-nous, est le second grand principe de
cette philosophie occulte, voilée sous le nom de _kabbale_ et
indiquée par tous les hiéroglyphes sacrés des anciens sanctuaires
et des rites encore si peu connus de la maçonnerie ancienne et
moderne.
On lit dans l'Écriture que Salomon fit placer devant la porte du
temple deux colonnes de bronze, dont l'une s'appelait Jakin et
l'autre Boaz, ce qui signifie _le fort_ et _le faible._ Ces deux
colonnes représentaient l'homme et la femme, la raison et la foi,
le pouvoir et la liberté, Caïn et Abel, le droit et le devoir;
c'étaient les colonnes du monde intellectuel et moral, c'était
l'hiéroglyphe monumental de l'antinomie nécessaire à la grande
loi de création. Il faut, en effet, à toute force une résistance
pour appui, à toute lumière une ombre pour repoussoir, à toute
saillie un creux, à tout épanchement un réceptacle, à tout règne
un royaume, à tout souverain un peuple, à tout travailleur une
matière première, à tout conquérant un sujet de conquête.
L'affirmation se pose par la négation, le fort ne triomphe qu'en
comparaison avec le faible, l'aristocratie ne se manifeste qu'en
s'élevant au-dessus du peuple. Que le faible puisse devenir fort,
que le peuple puisse conquérir une position aristocratique, c'est
[25] une question de transformation et de progrès, mais ce qu'on peut
en dire n'arrivera qu'à la confirmation des vérités premières, le
faible sera toujours le faible, peu importe que ce ne soit plus
le même personnage. De même le peuple sera toujours le peuple,
c'est-à-dire la masse gouvernable et incapable de gouverner. Dans
la grande armée des inférieurs, toute émancipation personnelle
est une désertion forcée, rendue heureusement insensible par un
remplacement éternel; un peuple-roi ou un peuple de rois
supposerait l'esclavage du monde et l'anarchie dans une seule et
indisciplinable cité, comme il en était à Rome du temps de sa
plus grande gloire. Une nation de souverains serait
nécessairement aussi anarchique qu'une classe de savants ou
d'écoliers qui se croiraient maîtres; personne n'y voudrait
écouter, et tous dogmatiseraient et commanderaient à la fois.
On peut en dire autant de l'émancipation radicale de la femme. Si
la femme passe de la condition passive à la condition active,
intégralement et radicalement, elle abdique son sexe et devient
homme, ou plutôt, comme une telle transformation est physiquement
impossible, elle arrive à l'affirmation par une double négation,
et se pose en dehors des deux sexes, comme un androgyne stérile
et monstrueux. Telles sont les conséquences forcées du grand
dogme kabbalistique de la distinction des contraires pour arriver
à l'harmonie par l'analogie de leurs rapports.
Ce dogme une fois reconnu, et l'application de ses conséquences
étant faite universellement par la loi des analogies, on arrive à
la découverte des plus grands secrets de la sympathie et de
[26] l'antipathie naturelle, de la science du gouvernement, soit en
politique, soit en mariage, de la médecine occulte dans toutes
ses branches, soit magnétisme, soit homoeopathie, soit influence
morale; et d'ailleurs, comme nous l'expliquerons, la loi
d'équilibre en analogie conduit à la découverte d'un agent
universel, qui était le grand arcane des alchimistes et des
magiciens du moyen âge. Nous avons dit que cet agent est une
lumière de vie dont les êtres animés sont aimantés, et dont
l'électricité n'est qu'un accident et comme une perturbation
passagère. A la connaissance et à l'usage de cet agent se
rapporte tout ce qui tient à la pratique de la kabbale
merveilleuse dont nous aurons bientôt à nous occuper, pour
satisfaire la curiosité de ceux qui cherchent dans les sciences
secrètes plutôt des émotions que de sages enseignements.
La religion des kabbalistes est à la fois toute d'hypothèses et
toute de certitude, car elle procède par analogie du connu à
l'inconnu. Ils reconnaissent la religion comme un besoin de
l'humanité, comme un fait évident et nécessaire, et là seulement
est pour eux la révélation divine, permanente et universelle. Ils
ne contestent rien de ce qui est, mais ils rendent raison de
toute chose. Aussi leur doctrine, en marquant nettement la ligne
de séparation qui doit éternellement exister entre la science et
la foi, donne-t-elle à la foi la plus haute raison pour base, ce
qui lui garantit une éternelle et incontestable durée; viennent
ensuite les formules populaires du dogme qui, seules, peuvent
varier et s'entre-détruire; le kabbaliste n'est pas ébranlé pour
si peu et trouve tout d'abord une raison aux plus étonnantes
formules des mystères. Aussi sa prière peut-elle s'unir à celle
[27] de tous les hommes pour la diriger, en l'illustrant de science et
de raison, et l'amener à l'orthodoxie. Qu'on lui parle de Marie,
il s'inclinera devant cette réalisation de tout ce qu'il y a de
divin dans les rêves de l'innocence et de tout ce qu'il y a
d'adorable dans la sainte folie du coeur de toutes les mères. Ce
n'est pas lui qui refusera des fleurs aux autels de la mère de
Dieu, des rubans blancs à ses chapelles, des larmes même à ses
naïves légendes! Ce n'est pas lui qui rira du Dieu vagissant de
la crèche et de la victime sanglante du Calvaire; il répète
cependant au fond de son coeur, avec les sages d'Israël et les
vrais croyants de l'Islam: «Il n'y a qu'un Dieu, et c'est Dieu;»
ce qui veut dire pour un initié aux vraies sciences: «Il n'y a
qu'un Être, et c'est l'Être!» Mais tout ce qu'il y a de politique
et de touchant dans les croyances, mais la splendeur des cultes,
mais la pompe des créations divines, mais la grâce des prières,
mais la magie des espérances du ciel; tout cela n'est-il pas un
rayonnement de l'être moral dans toute sa jeunesse et dans toute
sa beauté? Oui, si quelque chose peut éloigner le véritable
initié des prières publiques et des temples, ce qui peut soulever
chez lui le dégoût ou l'indignation contre une forme religieuse
quelconque, c'est l'incroyance visible des ministres ou du
peuple, c'est le peu de dignité dans les cérémonies du culte,
c'est la profanation, en un mot, des choses saintes. Dieu est
réellement présent lorsque des âmes recueillies et des coeurs
touchés l'adorent; il est sensiblement et terriblement absent
lorsqu'on parle de lui sans feu et sans lumière, c'est-à-dire
sans intelligence et sans amour.
[28] L'idée qu'il faut avoir de Dieu, suivant la sage kabbale, c'est
saint Paul lui-même qui va nous la révéler: «Pour arriver à Dieu,
dit cet apôtre, il faut croire qu'il est et qu'il récompense ceux
qui le cherchent.»
Ainsi, rien en dehors de l'idée d'être, jointe à la notion de
bonté et de justice, car cette idée seule est l'absolu. Dire que
Dieu n'est pas, ou définir ce qu'il est, c'est également
blasphémer. Toute définition de Dieu, risquée par l'intelligence
humaine, est une recette d'empirisme religieux, au moyen de
laquelle la superstition, plus tard, pourra alambiquer un diable.
Dans les symboles kabbalistiques, Dieu est toujours représenté
par une double image, l'une droite, l'autre renversée, l'une
blanche et l'autre noire. Les sages ont voulu exprimer ainsi la
conception intelligente et la conception vulgaire de la même
idée, le dieu de lumière et le dieu d'ombre; c'est à ce symbole
mal compris qu'il faut reporter l'origine de l'Arimane des
Perses, ce noir et divin ancêtre de tous les démons; le rêve du
roi infernal, en effet, n'est qu'une fausse idée de Dieu.
La lumière seule, sans ombre, serait invisible pour nos yeux, et
produirait un éblouissement équivalent aux plus profondes
ténèbres. Dans les analogies de cette vérité physique, bien
comprise et bien méditée, on trouvera la solution du plus
terrible des problèmes; l'origine du mal. Mais la connaissance
parfaite de cette solution et de toutes ses conséquences n'est
pas faite pour la multitude, qui ne doit pas entrer si facilement
dans les secrets de l'harmonie universelle. Aussi, lorsque
l'initié aux mystères d'Éleusis avait parcouru triomphalement
toutes les épreuves, lorsqu'il avait vu et touché les choses
saintes, si on le jugeait assez fort pour supporter le dernier et
[29] le plus terrible de tous les secrets, un prêtre voilé
s'approchait de lui en courant, et lui jetait dans l'oreille
cette parole énigmatique: _Osiris est un dieu noir_. Ainsi cet
Osiris, dont Typhon est l'oracle, ce divin soleil religieux de
l'Egypte, s'éclipsait tout à coup et n'était plus lui-même que
l'ombre de cette grande et indéfinissable Isis, qui est tout ce
qui a été et tout ce qui sera, mais dont personne encore n'a
soulevé le voile éternel.