La magie d'Eckartshansen

Produced by R. Cedron, Rénald Lévesque and the Online

Distributed Proofreaders Europe at http://dp.rastko.net

Librairie médicale de GERMER BAILLIÈRE,

RUE DE L'ÉCOLE-DE-MÉDECINE, 17, A PARIS.

DOGME ET RITUEL

DE LA HAUTE MAGIE.

Par M. ÉLIPHAS LÉVI.

1856, 2 vol. in-8, avec 23 figures.--28 francs.

[Illustration:]

Cet ouvrage est divisé en _deux parties_. Dans l'une, l'auteur établit

le dogme cabalistique et magique dans son entier; l'autre est consacrée

au culte, c'est-à-dire à la magie cérémoniale. L'une est ce que les

anciens sages appelaient la _clavicule_; l'autre, ce que les gens de la

campagne appellent encore le _grimoire_. Le nombre et le sujet des

chapitres qui se correspondent dans les deux parties n'ont rien

d'arbitraire et se trouvent tout indiqués dans la grande clavicule

universelle, dont l'auteur donne pour la première fois une explication

complète et satisfaisante.

Ce livre est _catholique_, et si les révélations qu'il contient sont de

nature à alarmer la conscience des simples, il est consolant de penser

qu'ils ne le liront pas. Il est écrit pour les hommes sans préjugés, et

l'auteur n'a pas voulu plus flatter l'irréligion que le fanatisme.

HISTOIRE DU SOMNAMBULISME

CONNU

CHEZ TOUS LES PEUPLES,

SOUS LES NOMS DIVERS D'EXTASES, SONGES, ORACLES, VISIONS,

EXAMEN DES DOCTRINES DE L'ANTIQUITÉ

ET DES TEMPS MODERNES

SUR DES CAUSES, SES EFFETS, SES ABUS, SES AVANTAGES

ET L'UTILITÉ DE SON CONCOURS AVEC LA MÉDICINE.

Par AUBIN GAUTHIER.

1842.--2 vol. in-8.--10 francs.

GAUTHIER (Aubin). Traité pratique du magnétisme et du somnambulisme.

1844, 1 vol. in-8 (Épuisé.) 10 fr.

GAUTHIER (Aubin). Revue magnétique, journal des cures et des faits

magnétiques et somnambuliques. Décembre 1844 à octobre 1846. 2 vol.

in-8. 6 fr.

Les numéros de mai, juin, juillet, août et septembre 1846 n'ont jamais

été publiés, et forment, dans le tome 2e, une lacune des pages 211 à

432.

L'ART DE MAGNÉTISER

OU LE MAGNÉTISME ANIMAL

CONSIDÉRÉ SOUS LES POINTS DE VUE THÉORIQUE, PRATIQUE

ET THÉRAPEUTIQUE,

Par CH. LAFONTAINE.

1852, 2e édition augmentée. Un vol. in-8 avec fig., 5 fr.

LAFONTAINE, Éclaircissement sur le magnétisme. Cures magnétiques à

Genève. 1855, in-18, br. 1 fr. 50

INSTRUCTION PRATIQUE

SUR LE

MAGNÉTISME ANIMAL,

PRÉCÉDÉE D'UNE NOTICE SUR LA VIE

ET LES OUVRAGES DE L'AUTEUR, ET SUIVIE D'UNE LETTRE

D'UN MÉDECIN ÉTRANGER,

Par J.-P.-F. DELEUZE.

1853. 1 vol. in-12 de 440 pages.--Prix: 3 fr. 50 c.

DELEUZE. Histoire critique du magnétisme animal. 2e édition, 1819, 2

vol. in-8. 9 fr.

DELEUZE. Mémoire sur la faculté de Prévision, avec des notes et des

pièces justificatives, et avec une certaine quantité d'exemples de

prévisions recueillis chez les anciens et les modernes. 1836, in-8, br.

2 fr. 50

PORTRAIT DE DELEUZE, imprime sur carré de Jésus vélin. 1 fr.

LE MAGNÉTISME ET LE SOMNAMBULISME

DEVANT

LES CORPS SAVANTS, LA COUR DE ROME

ET LES THÉOLOGIENS,

Par M. l'abbé J.-B. LOUBERT,

Prêtre, ancien élève en médecine.

1844. 1 vol. de 706 pages.--Prix: 7 fr.

TRAITÉ

DE MAGNÉTISME ANIMAL

SUIVI

DES PAROLES D'UNE SOMNAMBULE

ET D'UN

RECUEIL DE TRAITEMENTS MAGNÉTIQUES,

Par JOSEPH OLIVIER.

1854, 1 vol. in-8 de 524 pages.--6 fr.

RICARD. Lettres d'un magnétiseur, 1843,1 vol. in-18. 2 fr.

RICARD. Physiologie et hygiène du magnétiseur, régime diététique du

magnétisé. Mémoires et aphorismes de Mesmer. 1844, in-18. 3 fr. 50

RICARD. Le magnétisme traduit eu cour d'assises. Acquittement. 1845. 1

vol. in-8. 2 fr. 50

ROUX. Coup d'oeil sur le magnétisme et le somnambulisme. 1846, in-8. 2

fr. 50

TESTE. Confessions d'un magnétiseur, suivies d'une consultation

médico-magnétique fur des cheveux de Mme Lafarge. 1842, 2 vol. in-8. 6

fr.

PHYSIOLOGIE

MÉDECINE ET MÉTAPHYSIQUE

DU MAGNÉTISME,

PAR LE DOCTEUR CHARPIGNON.

1848. 1 vol. in-8 de 480 pages.--Prix: 6 fr.

CHARPIGNON. Coup d'oeil appréciateur sur les doctrines médicales

(systèmes classiques), vitalisme, spiritualisme, homoeopathie,

magnétisme, hydrothérapie, 2e édit. 1858, 1 vol. in 8. 3 fr. 50

CHARPIGNON. Études physiques sur le magnétisme animal, soumises à

l'Académie des sciences. 1843, in-8, br. 1 fr.

L'ÉTHER, L'ÉLECTRICITÉ ET LA MATIÈRE,

SECONDE ÉDITION DE QUÆRE ET INVENIES

(PHYSIQUE, THÉOLOGIE, TABLES PARLANTES ET RÉFORMES),

Augmentée de la VOYANTE DE PREVORST.

1854. 1 vol. in-8.--5 francs.

Publié en 1854 à l'occasion des tables parlantes, et sous l'impression

des espérances de rénovation sociale qu'elles ont toutes données en

Amérique, ce livre est un assemblage curieux de systèmes de cosmologie

en opposition avec les hypothèses newtoniennes, et d'idées réformatrices

en fait d'éducation et de signes d'échange. La _Voyance de Prevorst_,

dont un extrait termine le volume, est à peu près inconnue en France

bien qu'elle ait produit, il y a plusieurs années, un assez grand effet

en Allemagne. Justin Kerner son auteur, a été à la fois poëte agréable

et habile médecin. Tout est vrai dans ce récit de ce qu'a éprouvé

pendant sept ans si pauvre malade. Les philosophes peuvent donc en toute

sûreté raisonner d'après ces faits.

Paris.--Imprimerie L. MARTINET, rue Mignon, 2.

HISTOIRE

DE LA MAGIE

AVEC UNE

EXPOSITION CLAIRE ET PRÉCISE DE SES PROCÉDÉS,

DE SES RITES ET DE SES MYSTÈRES

PAR ÉLIPHAS LÉVI

Auteur de _Dogme et rituel de la haute magie_.

_Opus hierarchicum et catholicum_. (C'est une oeuvre hiérarchique et

catholique.)

_Définition du grand oeuvre_, H. KHUNBATH

Avec 18 planches représentant 90 figures.

PARIS

GERMER BAILLIÈRE, LIBRAIRE-ÉDITEUR,

17, RUE DE L'ÉCOLE-DE-MÉDECINE.

LONDRES ET NEW-YORK,

H. BAILLIÈRE.

MADRID.

CH. BAILLY-BAILLIÈRE.

1860

PRÉFACE

Les travaux d'Éliphas Lévi sur la science des anciens mages formeront un

cours complet divisé en trois parties:

La première partie contient le _Dogme_ et le _Rituel de la haute magie_;

la seconde, l'_Histoire de la magie_; la troisième, la _Clef des grands

mystères_, qui sera publiée plus tard.

Chacune de ces parties, étudiée séparément, donne un enseignement

complet et semble contenir toute la science. Mais pour avoir de l'un une

intelligence pleine et entière, il sera indispensable d'étudier avec

soin les deux autres.

Cette division ternaire de notre oeuvre nous a été donnée par la science

elle-même; car notre découverte des grands mystères de cette science

repose tout entière sur la signification que les anciens hiérophantes

attachaient aux nombres. Trois était pour eux le nombre générateur, et

dans l'enseignement de toute doctrine ils en considéraient d'abord la

théorie, puis la réalisation, puis l'adaptation à tous les usages

possibles. Ainsi se sont formés les dogmes, soit philosophiques, soit

religieux. Ainsi la synthèse dogmatique du christianisme héritier des

mages impose à notre foi trois personnes en Dieu et trois mystères dans

la religion universelle.

Nous avons suivi, dans la division de nos deux ouvrages déjà publiés, et

nous suivrons dans la division du troisième le plan tracé par la

kabbale; c'est-à-dire par la plus pure tradition de l'occultisme.

Notre _Dogme_ et notre _Rituel_ sont divisés chacun en vingt-deux

chapitres marqués par les vingt-deux lettres de l'alphabet hébreu. Nous

avons mis en tête de chaque chapitre la lettre qui s'y rapporte avec les

mots latins qui, suivant les meilleurs auteurs, en indiquent la

signification hiéroglyphique. Ainsi, en tête du chapitre premier, par

exemple, on lit:

[Hébreu]

LE RÉCIPIENDAIRE,

Disciplina,

Ensoph,

Keter.

Ce qui signifie que la lettre aleph, dont l'équivalent en latin et en

français est A, la valeur numérale 1 signifie le récipiendaire, l'homme

appelé à l'initiation, l'individu habile (le bateleur du tarot), qu'il

signifie aussi la syllepse dogmatique (disciplina), l'être dans sa

conception générale et première (Ensoph); enfin l'idée première et

obscure de la divinité exprimée par _keter_ (la couronne) dans la

théologie kabbalistique.

Le chapitre est le développement du titre et le titre contient

hiéroglyphiquement tout le chapitre. Le livre entier est composé suivant

cette combinaison.

L'_Histoire de la magie_ qui vient ensuite et qui, après la théorie

générale de la science donnée par le _Dogme_ et le _Rituel_, raconte et

explique les réalisations de cette science à travers les âges, est

combinée suivant le nombre _septénaire_, comme nous l'expliquons dans

notre Introduction. Le nombre septénaire est celui de la semaine

créatrice et de la réalisation divine.

La _Clef des grands mystères_ sera établie sur le nombre _quatre_ qui

est celui des formes énigmatiques du sphinx et des manifestations

élémentaires. C'est aussi le nombre du carré et de la force, et dans ce

livre nous établirons la certitude sur des bases inébranlables. Nous

expliquerons entièrement l'énigme du sphinx et nous donnerons à nos

lecteurs cette clef des choses cachées depuis le commencement du monde,

que le savant Postel n'avait osé figurer dans un de ses livres les plus

obscurs que d'une manière tout énigmatique et sans en donner une

explication satisfaisante.

L'_Histoire de la magie_ explique les assertions contenues dans le

_Dogme_ et le _Rituel_; _la Clef des grands mystères_ complétera et

expliquera l'histoire de la magie. En sorte que, pour le lecteur

attentif, il ne manquera rien, nous l'espérons, à notre révélation, des

secrets de la kabbale des Hébreux et de la haute magie, soit de

Zoroastre, soit d'Hermès.

L'auteur de ces livres donne volontiers des leçons aux personnes

sérieuses et instruites qui en demandent, mais il doit une bonne fois

prévenir ses lecteurs qu'il ne dit pas la bonne aventure, n'enseigne pas

la divination, ne fait pas de prédictions, ne fabrique point de

philtres, ne se prête à aucun envoûtement et à aucune évocation. C'est

un homme de science et non un homme de prestiges. Il condamne

énergiquement tout ce que la religion réprouve, et par conséquent il ne

doit pas être confondu avec les hommes qu'on peut importuner sans

crainte en leur proposant de faire de leur science un usage dangereux ou

illicite.

Il recherche la critique sincère, mais il ne comprend pas certaines

hostilités.

L'étude sérieuse et le travail consciencieux sont au-dessus de toutes

les attaques; et les premiers biens qu'ils procurent à ceux qui savent

les apprécier, sont une paix profonde et une bienveillance universelle.

ÉLIPHAS LÉVI.

1er septembre 1859.

TABLE ANALYTIQUE

DES MATIÈRES CONTENUES DANS CET OUVRAGE.

Préface v

INTRODUCTION 1

Fausse définition de la magie. Elle ne doit pas être définie au hasard.

Vraie définition, 1

Étoile flamboyante, ce que c'est. Existence de l'absolu, 2

La magie science absolue, 3

Erreurs de Dupuis, 4

Profanations de la science. Prédiction du comte de Maistre, 5

Mesure et portée de la science magique. Justice de Dieu, 7

Puissance de l'adepte, 8

Le diable et la science, 10

Existence des démons, 11

Fausse idée du diable, 12

Conception des Manichéens. 16

Crimes des sorciers, 18

La lumière astrale. On l'appelle _imagination de la nature_.

Ce que c'est, 19

Ses effets, 20

Le magnétisme défini, 22

Accord de la raison avec la foi, 23

Jakin et Bobas, 24

Principe de la hiérarchie, 25

Religion des kabbalistes, 26

Images de Dieu, 28

Théorie de la lumière, 28

Mystères de l'amour sexuel, 29

Antagonisme des pouvoirs, 31

La prétendue papesse Jeanne, 32

La kabbale explique et concilie tout, 32

Pourquoi l'Église a condamné la magie, 33

La magie dogmatique explique la philosophie de l'histoire, 34

Mauvaises curiosités relatives à la magie, 35

Plan de ce livre, 37

Soumission de l'auteur à l'ordre établi. 39

LIVRE PREMIER--Les origines magiques.

CHAPITRE PREMIER.--Origines fabuleuses 41

Le livre d'Hénoch et la chute des anges, 41

Sens de la légende, 42

Livre de la pénitence d'Adam, 43

Ce que c'est que le personnage d'Hénoch. 46

Apocalypse de Saint-Méthodius. 46

Les enfants de Seth et ceux de Caïn. 47

Raison de l'occultisme. 48

Erreur de Rousseau. 49

Traditions judaïques. 50

Gloire du christianisme. 51

Le Sepher Jezirah, le Sohar et l'Apocalypse, 51

Commencement du Sohar. 52

CHAPITRE II.--Magie des mages 55

Le vrai et le faux Zoroastre, 55

Dogmes du vrai Zoroastre. 56

Pyrotechnie transcendentale. 57

Secrets électriques de Numa. 57

Une page de Zoroastre sur les démons et les sacrifices. 58

Révélations importantes sur le magnétisme. 60

L'initiation en Assyrie, 61

Prodiges des Assyriens. 62

Du Potet d'accord avec Zoroastre. 62

Danger que courent les imprudents. 63

Puissance de l'homme sur les animaux. 63

Chute du sacerdoce en Assyrie. 64

Mort magique de Sardanapale. 65

CHAPITRE III.--Magie dans l'Inde 67

Les Indiens descendants de Caïn. L'Inde mère de l'idolâtrie. Doctrine

des gymnosophistes, 67

Origine indienne du gnosticisme, 68

Fables savantes de l'Inde, 69

Magie noire de l'Oup nek' hat. M. Ragon, auteur cité, 74

Grands arcanes indiens, 75

Les Indiens révoltés et les Anglais. 76

CHAPITRE IV.--Magie hermétique 77

La table d'Émeraude, 77

Autres écrits d'Hermès, 78

Sens magique de la géographie ancienne de l'Égypte, 79

Ministère de Joseph, 80

Alphabet sacré, 81

Table isiaque de Bembo, 81

Le tarot expliqué par le Sepher Jezirah, 82

Le tarot de Charles VII, 82

Science magique de Moïse. 83

CHAPITRE V.--Magie en Grèce 85

Fables de la toison d'or, 86

Médée et Jason, 88

Les cinq épopées magiques, 89

Eschyle profanateur des mystères, 89

Orphée de la légende, 90

Mystères orphiques, 92

La Goétie, 93

Les sorcières de Thessalie, 94

Médée et Circé, 95

CHAPITRE VI.--Magie mathématicienne de Pythagore 96

Pythagore héritier des traditions de Numa, 96

Ce qu'était Pythagore. Sa doctrine sur Dieu, 97

Belle sentence contre l'anarchie. Vers dorés, 98

Symboles de Pythagore. Sa chasteté, 100

Sa divination, 101

Comment il explique ses miracles, 102

Secret de l'interprétation des songes, 103

Croyance de Pythagore. 104

CHAPITRE VII.--La sainte kabbale 105

Origine de la kabbale 105

Horreur des kabbalistes pour l'idolâtrie 105

Leur définition de Dieu 105

Principes de la kabbale 106

Les noms divins et l'alphabet sacré 109

Les clavicules de Salomon 110

Si les esprits peuvent revenir 113

Les larves fluidiques 114

La lumière, grand agent magique 115

Origine obscène des larves 117

LIVRE II.--Formation et réalisation du dogme.

CHAPITRE PREMIER.--Symbolisme primitif de l'histoire 118

Allégorie du paradis terrestre 119

Bêtise d'un grand esprit 119

Mystères de la Genèse 120

Belphégor 121

Son culte 122

Le sabbat, imitation des mêmes rites 122

Décadence de la hiérarchie 123

Philosophie de hasard 124

Doctrine de Platon 124

Réponse d'Apollon à ceux de Délos 125

La pierre cubique 126

Résumé du néoplatonisme 127

CHAPITRE II.--le mysticisme 128

Inviolabilité de la science magique 128

Écoles profanes et mystiques 129

Les Bacchantes 129

Réformateurs matérialistes. Mystiques anarchistes 130

Fous-visionnaires. Leur horreur pour les sages 131

Tolérance de la vraie Église 132

Tendance immorale des faux miracles 132

Les faux théraphims 133

Rites de la magie noire 134

Cause des visions 135

M. Brierre de Boismont et son Traité des hallucinations 136

CHAPITRE III.--Initiations et épreuves 137

Ce que c'est que le grand oeuvre 137

Les quatre formes du sphinx reproduites allégoriquement sur le

bouclier d'Achille 137

Allégories d'Hercule et d'Oedipe. Épreuves 138

Tradition invoquée par Platon 140

Platon kabbaliste 141

Différence entre Platon et Saint-Jean 142

Expériences funestes 142

Homoeopathie pratiquée par les Grecs 143

L'antre de Trophonius et la grotte du chien. Science des prêtres

égyptiens 144

Lactance se moque des antipodes 145

Enfers des Grecs 145

Utilité de la douleur 147

Le tableau de Cébès et le poëme de Dante 147

Doctrines du Phédon 148

CHAPITRE IV.--Magie du culte public 149

La superstition expliquée par la nécessité du culte 150

Traditions orthodoxes 151

Calomnies des profanes contre les initiés 152

Une allégorie sur Bacchus 153

Tyrésias et Calchas 153

Le sacerdoce suivant Homère 155

Oracles des sybilles 156

CHAPITRE V.--Mystères de la virginité 157

Institution des vestales 158

Vertu traditionnelle du sang virginal 158

Symbolisme du feu sacré 159

L'honneur chez les femmes romaines 160

Hiérophantisme de Numa 161

Idées ingénieuses de Voltaire sur la divination 161

Instinct prophétique des masses 162

Fausses appréciations des oracles par Kircher et Fontenelle 162

Calendrier religieux de Numa 163

CHAPITRE VI.--Des superstitions 164

Belle pensée de saint Grégoire, pape 164

Observance des nombres et des jours 165

Abstinences des mages 166

Opinions de Porphyre 166

Données mythologiques sur l'instinct des animaux 167

Passage d'Euripide 168

Raison des abstinences pythagoriciennes 168

Singulier passage d'Homère 169

Superstitions romaines 169

Enchantements 171

Tourbillons magiques 172

CHAPITRE VII.--Monuments magiques 173

Les sept merveilles du monde représentant les sept planètes

magiques 173

Résumé philosophique des anciens 175

LIVRE III.--Synthèse et réalisation divine du magisme

par la révélation chrétienne.

CHAPITRE PREMIER--Christ accusé de magie 177

Sens profond du commencement de l'évangile selon saint Jean

Ézéchiel kabbaliste 177

Caractère spécial du christianisme 178

Accusations des Juifs contre le Sauveur 179

Une belle légende des évangiles apocryphes 180

Les Joannites 181

Livres magiques brûlés à Éphèse 181

Le grand Pan est mort! 181

CHAPITRE II.--Vérité du christianisme par la magie 182

Existence absolue de la religion 182

Distinction essentielle de la science et de la foi 183

Objections absurdes 184

Réalité du christianisme démontrée par la charité 185

Simon le Magicien 187

Son histoire 188

Sa doctrine 190

Sa conférence avec saint Pierre et saint Paul 192

Sa chute 193

Sa secte continuée par Ménandre 194

CHAPITRE III.--Du diable 194

Satan et Lucifer 194

Sagesse de l'Église 196

Ce que c'est que le diable suivant les initiés aux sciences

occultes 196

Opinions de Torreblanca 198

Perversités astrales 199

Les démons, vices personnifiés 200

CHAPITRE IV.--Les derniers païens 201

Le miracle éternel de Dieu 201

Action civilisatrice du christianisme 201

Apollonius et Julien. Légende allégorique d'Apollonius 202

Suite de cette légende 205

Jugement sur Julien et sur Apollonius 206

CHAPITRE V.--Les légendes 207

Justine et Cyprien 208

Oraison magique de saint Cyprien 211

La légende dorée 212

Pourquoi les chrétiens étaient accusés d'adorer une tête

d'âne 213

L'âne d'or d'Apulée 215

Finesse de saint Augustin 215

CHAPITRE VI.--Peintures kabbalistiques 216

Emblèmes des catacombes 216

Vrais et faux gnostiques 217

L'hérésiarque Marcos 218

Intrusion des femmes dans le sacerdoce 218

Miracles diaboliques 220

Les manichéens 220

Danger des évocations 221

Perte des clefs kabbalistiques 222

CHAPITRE VII.--École d'Alexandrie 223

Ammonius Saccas, Plotin, Porphyre, Proclus, Hypathie 223

Imprudents aveux de Synésius 224

Écrits de cet initié 225

Son traité des songes est commenté par Jérôme Cardan 225

Livres de saint Denys l'Aréopagite attribués à Synésius 227

LIVRE IV.--La magie et la civilisation.

CHAPITRE PREMIER.--Magie chez les Barbares 228

Histoire de Philinnium et de Machatès 232

Mythologie des Germains et des druides 234

Magie des Eubages 236

CHAPITRE II.--Influence des femmes 238

Velléda calomniée par Chateaubriand 239

Ce que c'est que Berthe au long pied 239

Mélusine 240

Sainte Clotilde 241

Frédégonde 241

Légende ou histoire de Klodswinthe 242

Frédégonde sauve une femme par méchanceté 244

CHAPITRE III--Loi salique contre les sorciers 244

Lois saliques 245

Singulier passage du Talmud expliqué à la reine Blanche par le

rabbin Jéchiel 246

Amateurs du diable condamnés par l'Église 248

Charles Martel 249

Le kabbaliste Zédéchias et les esprits élémentaires 250

CHAPITRE IV.--Légendes de Charlemagne 254

Charlemagne et Roland 254

L'Euchiridion de Léon III 257

Les francs-juges 261

Les illuminés 262

La chevalerie errante 263

CHAPITRE IV.--Magiciens 264

Le pape et l'empereur 264

Excommunications 265

Légendes diaboliques 265

Le rabbin Jéchiel et saint Louis 266

Albert le Grand et son androïde 267

Saint Thomas d'Aquin 270

Ce que c'est que la quinte-essence 271

CHAPITRE VI.--Procès célèbres 272

Puissance des ordres religieux 273

Les templiers 275

Légende profane des Jonnnites sur la vie de

N.-S. Jésus-Christ 275

Doctrine secrète des templiers 278

Leur procès 279

Leur destruction apparente 280

La sainte et vaillante Jeanne d'Arc 280

Gille de Laval, seigneur de Raiz, type de la _Barbe-Bleue_ 290

CHAPITRE VII.--Superstitions relatives au diable 290

Comment le diable apparaît 291

Hallucinations terribles 293

Le pourquoi des apparitions 295

Ce que disent les tables tournantes 297

LIVRE V.--Les adeptes et le sacerdoce.

CHAPITRE PREMIER.--Prêtres et papes accusés de magie 298

Sainteté inviolable du sacerdoce 298

Accusations des faux adeptes 299

Sylvestre II faussement accusé 300

Légèreté de Platine 300

Absurde histoire de la papesse Jeanne 301

Opinion de Naudé sur Sylvestre II 304

Le grimoire d'Honorius, 305

--Son auteur présumable 306

Analyse curieuse et entièrement nouvelle de ce grimoire 314

CHAPITRE II.--Apparition des Bohémiens nomades 314

Extrait d'une ancienne chronique 317

Citation de l'_Histoire vraie des vrais Bohémiens_, par

M. Vaillant 327

Opinion de l'auteur sur les Bohémiens 328

CHAPITRE III.--légende et histoire de Raymond Lulle 341

CHAPITRE IV.--Alchimistes 342

Flamel et le livre du Juif Abraham, 342

--Figures mystérieuses de ce livre, 343

--Tradition sur Flamel 345

Bernard le Trévisan. Basile Valentin et Trithéme. Cornelius

Agrippa, 345

--Le pantacle de Trithéme 346

Guillaume Postel. Sa doctrine, 348

--La mère Jeanne, 349

--Postel le Ressuscité, 350

--Le père Desbillons justifie Postel 351

Paracelse, 353

--La médecine occulte, 354

--Histoire racontée par Tavernier, 355

--Les secrets de Paracelse 357

CHAPITRE V.--Sorciers et magiciens célèbres 358

Analyse kabbalistique du poëme de Dante 358

Le roman de la Rose 359

Disputes du diable et de Luther 360

Les regrets de Luther de s'être marié 362

Les sorciers sous Henri III 363

Les visions de Jacques Clément 363

Origine des roses-croix, 364

--Henri Khunrath, 366

--Oswald Crollius 369

Les alchimistes célèbres du commencement du XVIIe siècle 371

Manifeste des roses-croix 371

CHAPITRE VI.--Procès de magie 373

Crimes réels des sorciers 376

Condamnations déplorables 377

Procès de Louis Ganfridi 380

Procès d'Urbain Grandier 381

Jugement de l'auteur sur ce procès 384

Procès pour les religieuses de Louviers, 387

--Procès du père Girard, 388

--Raisons de certains prodiges, 389

--Une histoire d'apparition 391

CHAPITRE VII.--Origines magiques de la maçonnerie 399

Ce que c'est que la franc-maçonnerie 399

Légende d'Hiram, 402

--Son explication 407

LIVRE VI.--La magie et la révolution.

CHAPITRE PREMIER.--Auteurs remarquables du XVIIIe siècle 408

Découvertes en Chine 409

L'y-kim et les trigrammes de Fo-hi 409

Opinion de Leibnitz sur l'y-kim 411

Swedenborg 412

Mesmer 414

Découverte du magnétisme 416

CHAPITRE II.--Personnages merveilleux du XVIIIe siècle 418

Le comte de Saint-Germain 419

Société secrète du Saint-Jakin 425

L'alchimiste Lascaris 426

Le comte de Cagliostro 427

Explication de son sceau et de son nom kabbalistique 430

Secret de la régénération physique suivant Cagliostro 431

CHAPITRE III.--Prophéties de Cazotte 435

École des martinistes 435

Le souper de Cazotte 436

Mystères du diable amoureux 437

Lilith et Nabéma 438

Mort de Cazotte 440

CHAPITRE IV.--Révolution française 441

Malheurs occasionnés par les hallucinations de Rousseau 441

La loge de la rue Plâtrière 441

Louis XVI livré à la vengeance des templiers 443

Les Joannites et les Jacques 444

Étranges prédictions 445

CHAPITRE V.--Phénomènes de médiamanie 446

Naissance d'une secte 446

Dom Gerle et Catherine Théot 448

Visite nocturne de Robespierre 449

Les sauveurs de Louis XVII 451

Naundorf, Vintras et M. Madrolle 452

CHAPITRE VI.--Les illuminés d'Allemagne 454

La magie d'Eckartshansen 455

Évocations de Lavater 456

Révélations de l'esprit Gablidone, 457

--Il prédit la venue d'un mage nommé _Osphal, Alphos, Maffon_

ou _Éliphisma_ 458

Stabs et Napoléon 459

Les mopses et leurs mystères 460

L'épopée dramatique de Faust 460

CHAPITRE VII.--Empire et restauration 463

Prédictions relatives à Napoléon 463

Mademoiselle Lenormand 465

Madame Bouche et madame de Krudener près de l'empereur

Alexandre 467

Le paysan Martin voit un ange habillé en laquais et se fait

présenter au roi Louis XVIII 468

LIVRE VII.--La magie au XIXe siècle.

CHAPITRE PREMIER.--Les magnétiseurs mystiques et les matérialistes 470

Folies contagieuses de Charles Fonrier 471

Le dogme de l'enfer expliqué 472

Une évocation par M. Oegger vicaire de Notre-Dame 476

Les faux dieux grotesques.--Gouneau, Cheneau, Tourreil, Auguste

Comte et Wronski 477

CHAPITRE II.--Des Hallucinations 479

Histoire de l'halluciné Eugène Vintras 479

CHAPITRE III.--Les magnétiseurs et les somnambules 491

Justes défiances de l'Église contre les abus du somnambulisme 491

Ouvrage remarquable du baron Du Potet 492

Les tables tournantes fatales à Victor Hennequin 495

Une dame russe trouvant que son guéridon est hérétique, le porte

à Rome et obtient du Saint-Père l'autorisation de le brûler 496

Réflexions sérieuses à propos d'un mélodrame diabolique et

burlesque 496

CHAPITRE IV.--Les fantaisistes en magie 497

Alphonse Esquiros invente une magie romanesque et fantastique 498

Henri Delaage se fait le continuateur d'Alphonse Esquiros 498

Ses naïvetés scientifiques et littéraires 499

M. le comte d'Ourches et ses prodiges 500

M. le baron de Guldenstubbe et ses écritures miraculeuses 505

L'homme enterré vivant 507

Une histoire de vampire 517

Le cartomancien Edmond 519

CHAPITRE V.--Souvenirs intimes de l'auteur 519

L'auteur est présenté par le magicien Esquiros au _dieu_

Gauneau 520

Les doctrines excentriques du Mapah 522

Conséquences fâcheuses 523

Cause inconnue de la révolution de 1848 524

Le magicien posthume 525

CHAPITRE VI.--Des sciences occultes 525

Récapitulation des principes 528

CHAPITRE VII.--Résumé et conclusion 532

L'énigme du sphinx et sa solution 533

Les huit questions paradoxales avec les réponses 549

Conclusion 549

Pourquoi celui qui sait doit croire 551

Résultat des découvertes en magie 552

Passage curieux de Vincent de Lérins 553

Citation du comte Joseph de Maistre 555

Texte remarquable de saint Thomas 557

Avenir probable de la science 558

But de l'ouvrage 559

FIN DE LA TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES.

[1]

HISTOIRE

DE LA MAGIE.

INTRODUCTION.

Depuis trop longtemps on confond la magie avec les prestiges des

charlatans, avec les hallucinations des malades, et avec les

crimes de certains malfaiteurs exceptionnels. Bien des gens,

d'ailleurs, définiraient volontiers la magie: l'_art de produire

des effets sans causes_. Et d'après cette définition, la foule

dira, avec le bon sens qui la caractérise, même dans ses plus

grandes injustices, que la magie est une absurdité.

La magie ne saurait être ce que la font ceux qui ne la

connaissent pas. Il n'appartient d'ailleurs à personne de la

faire ceci ou cela; elle est ce qu'elle est, elle est par

elle-même, comme les mathématiques, car c'est la science exacte

et absolue de la nature et de ses lois.

La magie est la science des anciens mages; et la religion

chrétienne, qui a imposé silence aux oracles menteurs, et fait

cesser tous les prestiges des faux dieux, révère elle-même ces

mages qui vinrent de l'Orient, guidés par une étoile, pour adorer

le Sauveur du monde dans son berceau.

La tradition donne encore à ces mages le titre de _rois_, parce

[2] que l'initiation à la magie constitue une véritable royauté, et

parce que le grand art des mages est appelé par tous les adeptes:

l'_art royal_, ou le saint royaume, _sanctum regnum_.

L'étoile qui les conduit est cette même étoile flamboyante dont

nous retrouvons l'image dans toutes les initiations. C'est pour

les alchimistes le signe de la quintessence, pour les magistes le

grand arcane, pour les kabbalistes le pentagramme sacré. Or, nous

prouverons que l'étude de ce pentagramme devait amener les mages

à la connaissance du nom nouveau qui allait s'élever au-dessus de

tous les noms et faire fléchir les genoux à tous les êtres

capables d'adorer.

La magie réunit donc, dans une même science, ce que la

philosophie peut avoir de plus certain et ce que la religion a

d'infaillible et d'éternel. Elle concilie parfaitement et

incontestablement ces deux termes, qui semblent d'abord si

opposés: foi et raison, science et croyance, autorité et liberté.

Elle donne à l'esprit humain un instrument de certitude

philosophique et religieuse exact comme les mathématiques, et

rendant raison de l'infaillibilité des mathématiques elles-mêmes.

Ainsi donc il existe un absolu dans les choses de l'intelligence

et de la foi. La raison suprême n'a pas laissé vaciller au hasard

les lueurs de l'entendement humain; Il existe une vérité

incontestable, il existe une méthode infaillible de connaître

cette vérité; et par la connaissance de cette vérité, les hommes

qui la prennent pour règle peuvent donner à leur volonté une

puissance souveraine qui les rendra maîtres de toutes les choses

[3] inférieures et de tous les esprits errants, c'est-à-dire arbitres

et rois du monde!

S'il en est ainsi, pourquoi cette haute science est-elle encore

inconnue? Comment supposer dans un ciel qu'on voit ténébreux

l'existence d'un soleil aussi splendide? La haute science a

toujours été connue, mais seulement par des intelligences

d'élite, qui ont compris la nécessité de se taire et d'attendre.

Si un chirurgien habile parvenait, au milieu de la nuit, à ouvrir

les yeux d'un aveugle-né, comment lui ferait-il comprendre avant

le matin l'existence et la nature du soleil?

La science a ses nuits et ses aurores, parce qu'elle donne au

monde intellectuel une vie qui a ses mouvements réglés et ses

phases progressives. Il en est des vérités comme des rayons

lumineux; rien de ce qui est caché n'est perdu, mais aussi rien

de ce qu'on trouve n'est absolument nouveau. Dieu a voulu donner

à la science, qui est le reflet de sa gloire, le sceau de son

éternité.

Oui, la haute science, la science absolue, c'est la magie, et

cette assertion doit sembler bien paradoxale à ceux qui n'ont pas

douté encore de l'infaillibilité de Voltaire, ce merveilleux

ignorant, qui croyait savoir tant de choses, parce qu'il trouvait

toujours le moyen de rire au lieu d'apprendre.

La magie était la science d'Abraham et d'Orphée, de Confucius et

de Zoroastre. Ce sont les dogmes de la magie qui furent sculptés

sur des tables de pierre par Hénoch et par Trismégiste. Moïse les

épura et les _revoila_, c'est le sens du mot révéler. Il leur

donna un nouveau voile lorsqu'il fit de la sainte Kabbala

l'héritage exclusif du peuple d'Israël et le secret inviolable de

[4] ses prêtres, les mystères d'Éleusis et de Thèbes en conservèrent

parmi les nations quelques symboles déjà altérés, et dont la clef

mystérieuse se perdait parmi les instruments d'une superstition

toujours croissante. Jérusalem, meurtrière de ses prophètes, et

prostituée tant de fois aux faux dieux des Syriens et des

Babyloniens, avait enfin perdu à son tour la parole sainte, quand

un sauveur, annoncé aux mages par l'étoile sacrée de

l'initiation, vint déchirer le voile usé du vieux temple pour

donner à l'Église un nouveau tissu de légendes et de symboles qui

cache toujours aux profanes, et conserve aux élus toujours la

même vérité.

Voilà ce que notre savant et malheureux Dupuis aurait dû lire

dans les planisphères indiens et sur les tables de Denderah, et

devant l'affirmation unanime de toute la nature et des monuments

de la science de tous les âges, il n'aurait pas conclu à la

négation du culte vraiment catholique, c'est-à-dire universel et

éternel!

C'était le souvenir de cet absolu scientifique et religieux, de

cette doctrine qui se résume en une parole, de cette parole,

enfin, alternativement perdue et retrouvée, qui se transmettait

aux élus de toutes les initiations antiques; c'était ce même

souvenir, conservé ou profané peut-être dans l'ordre célèbre des

templiers, qui devenait pour toutes les associations secrètes des

rose-croix, des illuminés et des francs-maçons, la raison de

leurs rites bizarres, de leurs signes plus ou moins

conventionnels, et surtout de leur dévouement mutuel et de leur

puissance. Les doctrines et les mystères de la magie ont été

profanés, nous ne voulons pas en disconvenir, et cette

profanation même, renouvelée d'âge en âge, a été pour les

[5] imprudents révélateurs une grande et terrible leçon. Les

gnostiques ont fait proscrire la gnose par les chrétiens et le

sanctuaire officiel s'est fermé à la haute initiation. Ainsi la

hiérarchie du savoir a été compromise par les attentats de

l'ignorance usurpatrice, et les désordres du sanctuaire se sont

reproduits dans l'État, car toujours, bon gré mal gré, le roi

relève du prêtre, et c'est du sanctuaire éternel de

l'enseignement divin que les pouvoirs de la terre pour se rendre

durables attendront toujours leur consécration et leur force.

La clef de la science a été abandonnée aux enfants, et, comme on

devait s'y attendre, cette clef se trouve actuellement égarée et

comme perdue. Cependant un homme d'une haute intuition et d'un

grand courage moral, le comte Joseph de Maistre, le catholique

déterminé, confessant que le monde était sans religion et ne

pouvait longtemps durer ainsi, tournait involontairement les yeux

vers les derniers sanctuaires de l'occultisme et appelait de tous

ses voeux le jour où l'affinité naturelle qui existe entre la

science et la foi les réunirait enfin dans la tête d'un homme de

génie. «Celui-là sera grand! s'écriait-il, et il fera cesser le

XVIIIe siècle, qui dure encore... On parlera alors de notre

stupidité actuelle comme nous parlons de la barbarie du moyen

âge!»

La prédiction du comte de Maistre se réalise; l'alliance de la

science et de la foi, consommée depuis longtemps, s'est enfin

montrée, non pas à un homme de génie, il n'en faut pas pour voir

la lumière, et d'ailleurs le génie n'a jamais rien prouvé, si ce

n'est sa grandeur exceptionnelle et ses lumières inaccessibles à

la foule. La grande vérité exige seulement qu'on la trouve, puis

[6] les plus simples d'entre le peuple pourront la comprendre et au

besoin la démontrer.

Elle ne deviendra pourtant jamais vulgaire, parce qu'elle est

hiérarchique et parce que l'anarchie seule flatte les préjugés de

la foule; il ne faut pas aux masses de vérités absolues,

autrement le progrès s'arrêterait et la vie cesserait dans

l'humanité, le va-et-vient des idées contraires, le choc des

opinions, les passions de la mode déterminées toujours par les

rêves du moment sont nécessaires à la croissance intellectuelle

des peuples. Les foules le sentent bien, et c'est pour cela

qu'elles abandonnent si volontiers la chaire des docteurs pour

courir aux tréteaux du charlatan. Les hommes même qui passent

pour s'occuper spécialement de philosophie, ressemblent presque

toujours à ces enfants qui jouent à se proposer entre eux des

énigmes, et qui s'empressent de mettre hors du jeu celui qui sait

le mot d'avance, de peur que celui-là ne les empêche de jouer en

ôtant tout son intérêt à l'embarras de leurs questions.

«Heureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu,» a dit

la sagesse éternelle. La pureté du coeur épure donc

l'intelligence et la rectitude de la volonté fait l'exactitude de

l'entendement. Celui qui préfère à tout la vérité et la justice

aura la justice et la vérité pour récompense, car la Providence

suprême nous a donné la liberté pour que nous puissions conquérir

la vie; et la vérité même, quelque rigoureuse qu'elle soit, ne

s'impose qu'avec douceur et ne fait jamais violence aux lenteurs

ou aux égarements de notre volonté séduite par les attraits du

mensonge.

Cependant, dit Bossuet, «avant qu'il y ait quelque chose qui

[7] plaise ou qui déplaise à nos sens, il y a une vérité; et c'est

par elle seule que nos actions doivent être réglées, ce n'est pas

par notre plaisir.» Le royaume de Dieu n'est pas l'empire de

l'arbitraire, ni pour les hommes ni pour Dieu même. «Une chose,

dit saint Thomas, n'est pas juste parce que Dieu la veut, mais

Dieu la veut parce qu'elle est juste.» La balance divine régit et

nécessite les mathématiques éternelles. «Dieu a tout fait avec le

nombre, le poids et la mesure.» C'est ici la Bible qui parle.

Mesurez un coin de la création, et faites une multiplication

proportionnellement progressive, et l'infini tout entier

multipliera ses cercles remplis d'univers qui passeront en

segments proportionnels entre les branches idéales et croissantes

de votre compas; et maintenant supposez que d'un point quelconque

de l'infini au-dessus de vous une main tienne un autre compas ou

une équerre, les lignes du triangle céleste rencontreront

nécessairement celles du compas de la science, pour former

l'étoile mystérieuse de Salomon.

«Vous serez mesurés, dit l'Évangile, avec la mesure dont vous

vous servez vous-mêmes.» Dieu n'entre pas en lutte avec l'homme

pour l'écraser de sa grandeur, et il ne place jamais des poids

inégaux dans sa balance. Lorsqu'il veut exercer les forces de

Jacob, il prend la figure d'un homme, dont le patriarche supporte

l'assaut pendant toute une nuit, et la fin de ce combat, c'est

une bénédiction pour le vaincu, et avec la gloire d'avoir soutenu

un pareil antagonisme le titre national d'_Israël_,

c'est-à-dire un nom qui signifie: «fort contre Dieu.»

Nous avons entendu des chrétiens, plus zélés qu'instruits,

[8] expliquer d'une manière étrange le dogme de l'éternité des

peines. «Dieu, disaient-ils, peut se venger infiniment d'une

offense finie, parce que si la nature de l'offenseur a des

bornes, la grandeur de l'offensé n'en a pas.» A ce titre et sous

ce prétexte, un empereur de la terre devrait punir de mort

l'enfant sans raison qui aurait par mégarde sali le bord de sa

pourpre. Non, telles ne sont pas les prérogatives de la grandeur,

et saint Augustin les comprenait mieux lorsqu'il écrivait: «Dieu

est patient parce qu'il est éternel!»

En Dieu tout est justice, parce que tout est bonté; il ne

pardonne jamais à la manière des hommes, parce qu'il ne saurait

s'irriter comme eux; mais le mal étant de sa nature incompatible

avec le bien, comme la nuit avec le jour, comme la dissonance

avec l'harmonie, l'homme d'ailleurs étant inviolable dans sa

liberté, toute erreur s'expie, tout mal est puni par une

souffrance proportionnelle: nous avons beau appeler Jupiter à

notre secours quand notre char est embourbé, si nous ne prenons

la pelle et la pioche comme le routier de la fable, le Ciel ne

nous tirera pas de l'ornière. «Aide-toi, le Ciel t'aidera!» Ainsi

s'explique, d'une manière toute rationnelle et purement

philosophique, l'éternité possible et nécessaire du châtiment

avec une voie étroite ouverte à l'homme pour s'y soustraire,

celle du repentir et du travail!

En se conformant aux règles de la force éternelle, l'homme peut

s'assimiler à la puissance créatrice et devenir créateur et

conservateur comme elle. Dieu n'a pas limité à un nombre

restreint d'échelons la montée lumineuse de Jacob. Tout ce que la

nature a fait inférieur à l'homme, elle le soumet à l'homme,

c'est à lui d'agrandir son domaine en montant toujours! Ainsi la

[9] longueur et même la perpétuité de la vie, l'atmosphère et ses

orages, la terre et ses filons métalliques, la lumière et ses

prodigieux mirages, la nuit et ses rêves, la mort et ses

fantômes, tout cela obéit au sceptre royal du mage, au bâton

pastoral de Jacob, à la verge foudroyante de Moïse. L'adepte se

fait roi des éléments, transformateur des métaux, arbitre des

visions, directeur des oracles, maître de la vie, enfin, dans

l'ordre mathématique de la nature, et conformément à la volonté

de l'intelligence suprême. Voilà la magie dans toute sa gloire!

Mais qui osera dans notre siècle ajouter foi à nos paroles? ceux

qui voudront loyalement étudier et franchement savoir, car nous

ne cachons plus la vérité sous le voile des paraboles ou des

signes hiéroglyphiques, le temps est venu où tout doit être dit,

et nous nous proposons de tout dire.

Nous allons découvrir non-seulement cette science toujours

occulte qui, comme nous l'avons dit, se cachait sous les ombres

des anciens mystères; qui a été mal révélée, ou plutôt

indignement défigurée par les gnostiques; qu'on devine sous les

obscurités qui couvrent les crimes prétendus des templiers, et

qu'on retrouve enveloppée d'énigmes maintenant impénétrables dans

les rites de la haute maçonnerie. Mais nous allons amener au

grand jour le roi fantastique du sabbat, et montrer au fond de la

magie noire elle-même, abandonnée depuis longtemps à la risée des

petits-enfants de Voltaire, d'épouvantables réalités.

Pour un grand nombre de lecteurs, la magie est la science du

diable. Sans doute. Comme la science de la lumière est celle de

l'ombre.

Nous avouons d'abord hardiment que le diable ne nous fait pas

[10] peur. «Je n'ai peur que de ceux qui craignent le diable, disait

sainte Thérèse.» Mais aussi nous déclarons qu'il ne nous fait pas

rire; et que nous trouvons fort déplacées les railleries dont il

est si souvent l'objet.

Quoi que ce soit, nous voulons l'amener devant la science.

_Le diable et la science!_--Il semble qu'en rapprochant deux

noms aussi étrangement disparates, l'auteur de ce livre ait laissé

voir d'abord toute sa pensée. Amener devant la lumière la

personnification mystique des ténèbres, n'est-ce pas anéantir

devant la vérité le fantôme du mensonge? n'est-ce pas dissiper au

jour les cauchemars informes de la nuit? C'est ce que penseront,

nous n'en doutons pas, les lecteurs superficiels, et ils nous

condamneront sans nous entendre. Les chrétiens mal instruits

croiront que nous venons saper le dogme fondamental de leur

morale en niant l'enfer, et les autres demanderont à quoi bon

combattre des erreurs qui ne trompent déjà plus personne; c'est

du moins ce qu'ils imaginent. Il importe donc de montrer

clairement notre but et d'établir solidement nos principes. Nous

disons d'abord aux chrétiens:

L'auteur de ce livre est chrétien comme vous. Sa foi est celle

d'un catholique fortement et profondément convaincu: il ne vient

donc pas nier des dogmes, il vient combattre l'impiété sous ses

formes les plus dangereuses, celles de la fausse croyance et de

la superstition; il vient tirer des ténèbres le noir successeur

d'Arimanes, afin d'étaler au grand jour sa gigantesque

impuissance et sa redoutable misère; il vient soumettre aux

solutions de la science le problème antique du mal; il veut

[11] découronner le roi des enfers et lui abaisser le front jusque

sous le pied de la croix! La science Vierge et mère, la science

dont Marie est la douce et lumineuse image, n'est-elle pas

prédestinée à écraser aussi la tête de l'ancien serpent?

Aux prétendus philosophes l'auteur dira: Pourquoi niez-vous ce

que vous ne pouvez comprendre? L'incrédulité qui s'affirme en

face de l'inconnu n'est-elle pas plus téméraire et moins

consolante que la foi? Quoi, l'épouvantable figure du mal

personnifié vous fait sourire? Vous n'entendez donc pas le

sanglot éternel de l'humanité qui se débat et qui pleure broyée

par les étreintes du monstre? N'avez-vous donc jamais vu le rire

atroce du méchant opprimant le juste? N'avez-vous donc jamais

senti s'ouvrir en vous-mêmes ces profondeurs infernales que

creuse par instant dans toutes les âmes le génie de la

perversité? Le mal moral existe, c'est une lamentable vérité; il

règne dans certains esprits, il s'incarne dans certains hommes;

il est donc personnifié, il existe donc des démons, et le plus

méchant de ces démons est Satan. Voilà tout ce que je vous

demande d'admettre, et ce qu'il vous sera difficile de ne pas

m'accorder.

Qu'il soit bien entendu, d'ailleurs, que la science et la foi ne

se prêtent un mutuel concours qu'autant que leurs domaines sont

inviolables et séparés. Que croyons-nous? ce que nous ne pouvons

absolument savoir bien que nous y aspirions de toutes nos forces.

L'objet de la foi n'est pour la science qu'une hypothèse

nécessaire, et jamais il ne faut juger des choses de la science

avec les procédés de la foi, ni, réciproquement, des choses de la

foi avec les procédés de la science. Le verbe de foi n'est pas

scientifiquement discutable. «Je crois, parce que c'est absurde,»

[12] disait Tertullien, et cette parole, d'une apparence si

paradoxale, est de la plus haute raison. En effet, au delà de

tout ce que nous pouvons raisonnablement supposer, il y a un

infini auquel nous aspirons d'une soif éperdue, et qui échappe

même à nos rêves. Mais pour une appréciation finie, l'infini

n'est-ce pas l'absurde? Nous sentons cependant que cela est.

L'infini nous envahit; il nous déborde; il nous donne le vertige

avec ses abîmes; il nous écrase de toute sa hauteur. Toutes les

hypothèses scientifiquement probables sont les derniers

crépuscules ou les dernières ombres de la science; la foi

commence où la raison tombe épuisée... Au delà de la raison

humaine, il y a la raison divine, le grand absurde pour ma

faiblesse, l'absurde infini qui me confond et que je crois!

Mais le bien seul est infini; le mal ne l'est pas, et c'est

pourquoi si Dieu est l'éternel objet de la foi, le diable

appartient à la science. Dans quel symbole catholique, en effet,

est-il question du diable? Ne serait-ce pas blasphémer que de

dire: Nous croyons en lui? Il est nommé, mais non défini dans

l'Écriture sainte; la Genèse ne parle nulle part d'une prétendue

chute des anges; elle attribue le péché du premier homme au

serpent, le plus rusé et le plus dangereux des êtres animés. Nous

savons quelle est à ce sujet la tradition chrétienne; mais si

cette tradition s'explique par une des plus grandes et des plus

universelles allégories de la science, qu'importera cette

solution à la foi qui aspire à Dieu seul, et méprise les pompes

et les oeuvres de Lucifer?

Lucifer! Le porte-lumière! quel nom étrange donné à l'esprit des

ténèbres. Quoi c'est lui qui porte la lumière et qui aveugle les

[13] âmes faibles? Oui, n'en doutez pas, car les traditions sont

pleines de révélations et d'inspirations divines.

«Le diable porte la lumière, et souvent même, dit saint Paul, il

se transfigure en ange de splendeur.»--«J'ai vu, disait le

Sauveur du monde, j'ai vu Satan tomber du ciel comme la

foudre.»--«Comment es-tu tombée du ciel, s'écrie le prophète

Isaïe, étoile lumineuse, toi qui te levais le matin?» Lucifer est

donc une étoile tombée; c'est un météore qui brûle toujours et

qui incendie lorsqu'il n'éclaire plus.

Mais ce Lucifer, est-ce une personne ou une force? Est-ce un ange

ou un tonnerre égaré? La tradition suppose que c'est un ange;

mais le Psalmiste ne dit-il pas au psaume 103: «Vous faites vos

anges des tempêtes et vos ministres des feux rapides?» le mot

_ange_ est donné dans la Bible à tous les envoyés de Dieu:

messagers ou créations nouvelles, révélateurs ou fléaux, esprits

rayonnants ou choses éclatantes. Les flèches de feu que le Très

Haut darde dans les nuages sont les anges de sa colère, et ce

langage figuré est familier à tous les lecteurs des poésies

orientales.

Après avoir été pendant le moyen âge la terreur du monde, le

diable en est devenu la risée. Héritier des formes monstrueuses

de tous les faux dieux successivement renversés, le grotesque

épouvantail a été rendu ridicule à force de difformité et de

laideur.

Observons pourtant une chose: c'est que ceux-là seuls osent rire

du diable qui ne craignent pas Dieu. Le diable, pour bien des

imaginations malades, aurait-il donc été l'ombre de Dieu même, ou

plutôt ne serait-il pas souvent l'idole des âmes basses, qui ne

[14] comprennent le pouvoir surnaturel que comme l'exercice impuni de

la cruauté?

Il est important de savoir enfin si l'idée de cette puissance

mauvaise peut se concilier avec celle de Dieu. Si en un mot le

diable existe, et s'il existe, ce que c'est.

Histoire de la magie · 第 1 / 38 段