[812] Cette héritière est, comme on l'a vu plus haut (p. 100), Isabelle,

fille de Richard de Clare, comte de Striguil et de Pembroke. Elle

avait, en effet, des biens dans le pays de Caux. Le chef-lieu de son

fief était Longueville (arr. de Dieppe). Sa terre avait appartenu,

au xie siècle, à Gautier Giffard 1", qui prit une grande part à la

conquête de l'Angleterre et fut créé comte de Buckingham avant 1071.

Ce Gautier Giffard, qui mourut avant 1084, avait une fille appelée

Rohais (ou plutôt _Roaut_, « Roaldes, » dans Ord. Vital, éd. Le

Prévost, III, 344), qui épousa Richard fils Gilbert, comte de Clare,

le bisaïeul de Richard de Clare, comte de Striguil et de Pembroke,

père d'Isabelle. La descendance directe de Gautier Giffard Ier

s'éteignit avec son petit-fils Gautier Giffard III, mort en 1164.

Les biens de ce dernier furent alors partagés entre des collatéraux,

au nombre desquels dut figurer le père d'Isabelle, Richard de Clare,

qui, à partir de ce moment, paraît avoir pris le titre de comte de

Buckingham (J.-E. Doyle, _The officiai baronage of England_, I,

252 ; III, 2). On ne sait pas exactement à quel moment eut lieu ce

partage. Dugdale (_Baronage_, I, 60 b) reste dans le vague.

Stapleton (Magni rot. scacc. Normannix, II, cxxxviii), dit que

Gautier Giffard III étant mort sans enfants (1164), ses terres

furent saisies par le roi Henri, mais que, plus tard, en 1191,

Guillaume le Maréchal paya au roi Richard un droit de deux mille

marcs pour la moitié de cet héritage, spécialement pour les biens

sis en Normandie, qu'il recueillit du chef de sa femme, tandis que

l'autre moitié, consistant en terres situées en Angleterre, allait à

Richard de Clare, comte de Hertford. On lit, en effet, dans le rôle

de la pipe pour la deuxième année du règne de Richard : « Willelmus

Marescallus reddit computum de. MM. marcis pro habenda medietate de

terra comitis Giffardi » (Facsimiles of National manuscripts, part i

[1865], fol. 17). On voit que, d'après le poème, Isabelle aurait

été, antérieurement à son mariage, en possession de la partie de

l'héritage de Gautier Giffard qui lui était réservée.

[813] Saint-Vaast-d'Équiqueville, arr. de Dieppe, cant. d'Envermeu.

[814] L'auteur ajoute « qui out le nom d'ali et d'or. » Je ne sais

comment entendre ali. Est-ce une forme d'aloi, alliage ? L'auteur

veut-il dire qu'en elle l'or (les bonnes qualités) n'était pas sans

alliage ? Il n'aurait pas tort.

[815] C'est qu'en effet son mari la tenait en prison ; voy. Ben.

Peterb., II, 74. Il se pourrait que la mission confiée par Richard

au Maréchal ait simplement consisté à la faire mettre en liberté ;

voy. Miss Norgate, II, 273.

[816] C'est l'un des deux premiers des vicomtes de Londres. Il fut élu à

l'avènement de Richard ; voy. le Liber de antiquis legibus, publié

par Stapleton (Camden Society, 1846), p. 1. Pendant l'absence du roi

Richard, il prit parti pour Jean contre Guillaume de Longchamp

(Giraud de Barri, Opera, IV, 369).

[817] Stokes-d'Abernon, Surrey, au sud-ouest de Londres.

[818] Je ne sais si c'est à l'occasion de ce mariage que fut faite une

dépense ainsi mentionnée dans le grand rôle de la pipe pour la

première année du règne de Richard : « Et pro pannis filie comitis

Ricardi de Striguil. ix. lib. et. xij. sol. et j.. den. » (The great

Roll of the Pipe for the first year of the reign of king Richard the

first, p. 223). — Le Maréchal entra par ce mariage en possession des

terres de Richard de Clare, le père de sa femme, et notamment des

titres de comte de Striguil et de Pembroke. Néanmoins, ce n'est qu'à

l'avènement du roi Jean, en 1199, qu'il fut investi solennellement

du comté de Striguil ; voy. Roger de Howden, IV, 90.

[819] « Die sanctae Margaretae, feria quinta, luna tertia, tertio decimo

kalendas Augusti, suscepit gladium ducatus Normanniæ de altari

Sanctae Mari » Rotomagensis » (Ben. Peterb., II, 73).

[820] On remarquera que jusqu'ici l'auteur appelle toujours Richard « le

comte. »

[821] Date erronée. Le _jour_ de l'Assomption, Richard fut reçu

solennellement à Winchester (Raoul de Dicet, éd. Stubbs, II, 69).

Mais le couronnement n'eut lieu que le 3 septembre. Cette cérémonie

s'accomplit à Westminster et non pas à Saint-Paul, comme le poète

semble l'indiquer. Guillaume le Maréchal y joua un rôle important :

c'est lui qui portait le sceptre royal ; voy. Ben. Peterb., II, 79

et suiv.

[822] Il y eut en effet, à l'occasion du couronnement de Richard, un

soulèvement contre les Juifs dont les historiens du temps font

mention, notamment Ben. Peterb., II, 83-84 ; cf. Miss Norgate, II,

288-289.

[823] On trouvera l'énumération de ces libéralités, qui précédèrent le

couronnement, dans Ben. Peterb., II, 73, 78.

[824] En 1177, dans une assemblée tenue à Oxford, le roi Henri avait

donné à son plus jeune fils Jean, alors âgé de onze ans, le titre de

roi d'Irlande. Il avait divisé le pays, qui, pour la plus grande

partie, était encore indépendant, en grands fiefs, qu'il répartit

entre ses familiers, leur faisant jurer foi et hommage, pour ces

terres éventuelles, à Jean et à lui-même (Ben. Peterb., I, 161-165 ;

cf. Eyton, p. 214). Mais, lorsqu'en 1185 Jean se rendit en Irlande à

la tête d'une armée, il fut battu par les insulaires et obligé de

retourner en Angleterre, après avoir vu la plupart de ceux qu'il

avait amenés avec lui passer du côté de ses adversaires (ibid., I,

339). Le pouvoir de Jean sur l'Irlande était donc à peu près

nominal. Il n'y avait guère qu'une partie de l'Irlande qui pût, en

une certaine mesure, être considérée comme conquise, c'était le

Leinster, qui avait été occupé, à partir de 1 170, par Richard de

Clare, comte de Striguil, sur nommé Strongbow, celui même de qui le

Maréchal venait d'épouser la fille et qu'il considère par suite

comme son ancêtre. Sur l'histoire de Richard de Clare, voy. le

_Dictionary of national biography_, art. Clark [Richard db, ou

Richard Strongbow], où les sources sont indiquées avec exactitude.

[825] Thibaut le Bouteiller figure dans un document d'Irlande en 1199

(Calendar of doc. relat. to Ireland, n° 108). Il mourut probablement

vers 1225 _(ibid_., n° 1341).

[826] C'est-à-dire sans autre suzerain ; voy. au glossaire _chief_.

[827] L'auteur joue sur le surnom de cet individu, comme plus haut (p.

121, n. 2) sur le nom de la reine Alienor. Mais ici le jeu de mot

est encore plus obscur (Veirement fu de Kedeville | Quer toz diz le

servi de gile, 9623-9624), parce que le surnom même n'est pas sûr.

Ce qui s'en rapproche le plus, c'est _Chefdeville_ : il y a

plusieurs lieux de ce nom dans le Calvados et l'un notamment comm.

de Sommervieu, arr. de Bayeux, qui, au xiiie siècle, est appelé _Kep

de ville_ (Hippeau, Dict. _topogr. du Calvados_). On pourrait aussi

songer à Quetiéville, Calvados, cant. de Mézidon, anciennement

Chetivilla, KeleMlla, Keleuvilta (Hippeau, Dict. topogr. du

Calvados), et Quetteville, cant. de Honfleur, anciennement

_Catevilla, Ketevilla (ibid_.). Il y a un autre Quetteville dans la

Manche, comm. de Helleville, arr. de Cherbourg, cant. des Pieux, et

Quettreville, arr. de Coutances, cant. de Montmartin-sur-Mer. Le

personnage dont il est ici question est d'ailleurs inconnu.

[828] Robert de Sablé, beau-père du sénéchal Guillaume des Roches, avait

été l'un des partisans du jeune roi Henri contre Henri II en 1173

(Ben. Peterb., II, 46, 47). Nous savons d'ailleurs qu'il fut en

effet l'un des chefs de la flotte qui partit d'Angleterre à la fin

de mars 1190 (Ben. Peterb., II, 115). Il fut toujours en grande

faveur auprès de Richard. Après la troisième croisade, il entra dans

l'ordre du Temple, dont il fut le grand maître de 1191 à 1196 (Art

de vér. les dates, I, 519 ; Estoire de la guerre sainte, table,

Robert de Sablé).

[829] Canville, Manche (arr. de Coutances), ou Seine-Inférieure (arr.

d'Yvetot). Le poète a fait ici une confusion de noms. « Girardus de

Camvilla » et « Ricardus de Camvilla » (le premier était fils du

second) sont mentionnés à côté l'un de l'autre parmi les barons qui

assistèrent au couronnement de Richard (Ben. Peterb., II, 80). Mais

Girard resta en Angleterre comme shérif de Lincoln. Il eut même, en

cette qualité, des démêlés avec Guillaume de Longchamp (Ben.

Peterb., II, 207) ; Richard, au con traire, se rendit en Terre

sainte, où il mourut (Ben. Peterb., II, 149), et il fut, en effet,

l'un des chefs de la flotte (Ben. Peterb., II, 115-116). Girard et

Richard de Camville ont leurs notices dans le Dictionary of national

biography, Camville.

[830] En décembre 1189, au moment de se rendre d'Angleterre en France,

Richard nomma grand juge d'Angleterre Hugues de Puiset, évêque de

Durham, lui donnant comme conseillers le chancelier Guillaume de

Longchamp, Guillaume le Maréchal, Hue Bardou, Geoffroi fils Pierre

et Guillaume Brieguerre (Rog. de Howden, II, 28). Mais, un peu plus

tard, en mars 1190, Guill. de Longchamp devint grand juge

d'Angleterre, la juridiction de l'évêquede Durham étant limitée à la

région septentrionale de l'Humber jusqu'à l'Ecosse (Ben. Peterb.,

II, 106 ; cf., au sujet de la rivalité de ces deux personnages, Miss

Norgate, II, 291). Ben. Peterb. (II, 158) semble vouloir dire que

Guillaume le Maréchal et Geoffroi fils Pierre furent associés au

gouvernement en 1191 seulement, lorsque le roi remplaça G. de

Longchamp, comme grand juge, par l'archevêque de Rouen Gautier de

Coutances ; mais c'est une erreur. La nomination de ces personnages

fut certainement faite par le roi avant son départ pour la croisade.

La lettre écrite par Richard, le 23 février 1191, pour associer

Gautier de Coutances au gouvernement, est adressée « Willelmo

cancellario suo, Gaufrido filio Petri, Willelmo Marescallo et Hugoni

Bardulfi et Willelmo Briwere, apparibus » (Rad. de Diceto, éd.

Stubbs, II, 90), preuve que dès lors Guillaume le Maréchal et les

autres faisaient partie du gouvernement. Ben. Peterb. se trompe

encore lorsqu'il dit, au même endroit, que le roi Richard (en

février 1191) envoya de Messine en Angleterre Guillaume le Maréchal

avec Gautier de Coutances. Il est certain, au con traire, que le

Maréchal fut laissé en Angleterre. S'il avait été au nombre des

messagers envoyés par les barons à Messine au roi Richard (voir plus

loin), le poète n'eût pas manqué de le dire. En outre, la lettre

précitée prouve que le Maréchal était resté en Angleterre.

[831] Geoffroi fils Pierre fait partie de la cour du roi dès janvier

1191, avec Hue Bardou, Guillaume le Maréchal, Guillaume Brieguerre

et plusieurs autres ; voy. _Pedes finium_, dans Pipe Roll Soc., X V

II, n° 7, 10, 11, 12, 16, 21, etc. Déjà, sous Henri II, il avait été

témoin à un grand nombre d'actes royaux, depuis 1181, et il avait

exercé les fonctions de juge en 1188 et 1189 (Eyton, p. 291, 298).

Il fut créé comte d'Essex en 1199, fut grand juge d'Angleterre

depuis 1198 jusqu'à sa mort, en 1213 (Mathieu de Paris, _Chron.

maj_., II, 544). Il eut, dans les dernières années de sa vie, des

démêlés avec le roi Jean ; voy. l'Hist. _des ducs de Normandie et

des rois d'Angleterre_, p. 115 et suiv. Mathieu de Paris fait de lui

un pompeux éloge (Chron. _maj_., II, 558-559). Sa vie est contée en

détail dans le _Dictionary of_ national biography, Fitzpeter

(Geoffrey). — Hue Bardou avait été sénéchal sous Henri II (Eyton, p.

239). Il fut l'un des hommes les plus considérables de la cour de

Richard. Il mourut en 1203 ; voy. sa notice dans le _Dictionary of

national biography_, Bardolp (Hugh). — Guillaume Brieguerre

(Briware, Briwere, Bruere, dans les documents latins) avait épousé

Yseut, fille de Hue Bardou (Stapleton, Magni rot. scacc. Normannix,

II, lxxxi). La plus ancienne mention qu'on ait de ce personnage

paraît se trouver dans un acte de Henri II qu'Eyton (p. 201)

rapporte dubitativement à l'année 1176. Il paraît, avec le titre de

justice, dans un grand nombre d'accords prononcés par la cour du

roi ; voy. la table des _Pedes finium (Pipe Roll Soc_., t. XVII),

sous Briwer. Il a son article dans le _Dictionary of national

biography_, Brewer (William).

[832] Toutefois, il n'est pas douteux que le Maréchal accompagna Richard

en France ou du moins vint l'y rejoindre, car il est témoin à

plusieurs chartes royales de mars, avril, mai, juin et juillet1 190,

toutes passées en France (voy. notamment _Epist. cantuar_., éd.

Stubbs, p. 324 ; Teulet, Layettes, n° 369, etc.).

[833] Il l'était depuis 1178 ; voy. p. 88, n. 4.

[834] Le 4 juillet (Rigord, § 69 ; cf. Ben. Peterb., Il, 111).

[835] Richard arriva à Messine le 14 septembre ; le roi de France l ' y

rejoignit le 16.

[836] Ce n'est pas exact. La flotte arriva à Marseille le 22 août (Ben.

Peterb., II, 124) ; mais le roi n'y était plus. Il en était parti le

7 et s'était rendu, en côtoyant la côte de Provence et d'Italie, à

Palerme, où il arriva le 8 septembre. C'est de là qu'il se rendit à

Messine, où il débarqua le 23 septembre (ibid., n, 115, 125).

[837] Il méprisait les Anglais. Ce trait de son caractère a été noté par

G. de Barri, Opera, IV, 424.

[838] Il était, en effet, légat depuis mars 1 190. Ben. Peterb. (II,

108) dit à ce propos : « Auctoritate igitur legalionis. suae

praedictus Eliensis episcopus et domini regis cancellarius et totius

Angliae justitiarius clerum et populum opprimebat, confundens fasque

nefasque ; nec erat in regno qui ausus est resistere ei nec in verbo

nec in opere. »

[839] « Auctoritate namque legationis suse ad episcopos et abbatias et

prioratus et ad alias religiosorum domus hospitaturus veniebat, in

tanta superfluitate hominum et equorum et _canum_ et avium quod

domus in qua una nocte hospitabatur vix infra annos tres

subsequentes in pristinum statum redire posset » (Ben. Peterb., II,

214).

[840] C'est en février 1191 que le roi Richard reçut le message des

barons (Ben. Peterb., II, 157-158). Le fait que Guill. de Longchamp,

informé de cette dénonciation, aurait de son côté écrit au roi, est

fort vraisemblable, mais aucun autre témoignage ne l'atteste.

[841] Le roi de France arriva devant Acre le 20 avril ; Richard n'y

arriva que le 8 juin.

[842] Le 2 septembre 1192 (Rog. de Howden, II, 184 ; R. de Coggeshall,

édit. Stevenson, p. 52). Il partit d'Acre le 9 octobre.

[843] Par le duc Léopold d'Autriche (20 décembre 1192), qui le livra le

23 mai suivant à l'empereur d'Allemagne.

[844] Le message dont il est ici question est certainement distinct de

celui que le roi aurait, selon le poème (ci-dessus, note)1, reçu,

étant à Messine, de Guillaume de Longchamp. On va voir que, dans le

cas présent, les nouvelles sont apportées par un abbé, qui n'est pas

autrement désigné. Il y a probablement lieu d'identifier ce message

avec celui dont fut chargé, selon _l'Estoire de la guerre sainte_,

le prieur de Hereford, un peu après Pâques 1192 (Estoire, vv. 8519

et suiv. ; Itinerarium Ricardi, V, xxn). C'est par ce prieur, qui

n'est probablement pas différent de l'abbé mentionné ci-après dans

le poème, que Richard apprit la déposition et la fuite du chancelier

Guillaume. C'est à la suite de cette communication que Richard se

décida à revenir en Angleterre.

[845] Gautier de Coutances. C'est le roi qui l'avait institué grand juge

en place du chancelier Guillaume de Longchamp ; voy. plus haut, p.

125, note. Il est vrai que cette nomination était conditionnelle et

ne devait avoir son plein effet, c'est-à-dire la destitution de

Guillaume de Longchamp, qu'au cas où ce dernier aurait agi

contrairement aux intérêts du roi. C'est le 8 octobre 1191, dans une

assemblée tenue à Saint-Paul de Londres, que les lettres scellées du

roi furent produites par l'archevêque de Rouen et par Guillaume le

Maréchal. En conséquence, Guillaume de Longchamp fut privé de son

office de grand juge et remplacé en cette qualité par l'archevêque

de Rouen (Ben. Peterb., II, 213). Au sujet d'une différence de

rédaction assez caractéristique que présente cette lettre dans les

textes qui nous en ont été conservés, voy. une longue note de M.

Stubbs, dans Rog. de Howden, III, 9G. Le chancelier chercha à fuir

sous un déguisement (11 octobre), mais il fut arrêté à Bermondsey,

près Douvres. Peu après, il fut délivré par ordre de Jean et put

quitter l'Angleterre (Ben. Peterb., II, 215 et suiv. ; Giraldi

Cambr. opera, IV, 411-412). Voy., pour tous ces événements, Stubbs,

préface du tome III de son édition de Roger de Howden, p. Lxrvm et

suiv.

[846] Déjà, avant l'élection de Gautier, Guill. de Longchamp, avec

l'assentiment de la reine et des barons, avait dû empêcher Jean de

se rendre auprès du roi de France, qui, selon Ben. Peterb. (II,

236), lui avait promis sa sœur III Alice en mariage (celle que

Richard avait refusée) et qui, 9 de plus, s'était engagé à le faire

entrer en possession du royaume d'Angleterre et des terres

continentales qui en dépendaient.

[847] Les circonstances dans lesquelles Jean occupa Nottingham et un

autre château, non mentionné ici, celui de Tickill (Yorkshire), ne

sont pas pour nous parfaitement claires, parce que les historiens

qui nous ont conté les dissensions entre le comte Jean et le

chancelier Guill. de Longchamp sont en désaccord sur les dates et

sur les faits ; voy., à ce propos, Stubbs, éd. de Roger de Howden,

III, 134-135, note, et préface, p. tvn, Lvni. En tout cas,

l'occupation de Nottingham par Jean eut lieu avant le gouvernement

de Guill. de Longchamp, et probablement en avril 1191. Notons en

passant que, selon le traité passé entre le comte Jean et Guillaume

de Longchamp, en juillet 1191 (Rog. de Howden, II, 136), le comte

aurait confié au Maréchal la garde du château de Nottingham. Si

cette condition a été remplie, il est singulier que le poète ne

mentionne point une circonstance qui avait de l'intérêt pour

l'histoire de son héros.

[848] Le 11 octobre 1191, G. de Longchamp, après sa déposition de

l'office de grand juge, avait rendu Windsor au comte Jean, selon

Ben. Peterb. (II, 214), à Gautier de Coutances, selon Rog. de Howden

(III, 141 ; cf. la préface de l'éditeur, p. lxxxii). Plus tard, en

janvier 1193, Jean occupa Windsor et le château de Wallingford (Rog.

de Howden, III, 204), et c'est peu après, en mars de la même année,

qu'eut lieu le siège de Windsor par les barons (Rog. de Howden, III,

206). A la suite de ce siège, sur lequel le poème donne des détails

qui ne nous sont pas connus d'ailleurs, Windsor fut confié, avec

deux autres places, à la garde de la reine Alienor (Rog. de Howden,

III, 207) ; voy., pour ces événements, la pré face du tome III de R.

de Howden, p. xcm, xciv.

[849] Dans le texte « des marquis de Galles. » C'est depuis qu'il avait

épousé la fille du comte de Striguil que le Maréchal avait parmi ses

vassaux des barons de la marche de Galles, du côté des comtés de

Gloucester et de Monmouth.

[850] Marlborough avait été concédé à Jean par Henri II en 1174 (Ben.

Peterb., 1, 78) et de nouveau par Richard en 1189 (ibid., II, 78).

La prise de cette ville eut lieu à la suite d'une attaque dirigée

par Hubert, archevêque de Cantorbéry, avant le retour du roi en

Angleterre, en février 1194 (Rog. de Howden, III, 237). Le poète se

trompe donc en plaçant cet événement immédiatement après

l'occupation de Windsor.

[851] Cette décision fut prise au congrès des princes allemands tenu à

Worms le 5 juillet 1193. La rançon fut fixée à cent mille livres

d'argent (R. de Dicet, II, 110).

[852] Voy., pour le détail des contributions ecclésiastiques, R. de

Dicet, II, 110, et, en général, sur les conditions dans lesquelles

les sommes nécessaires pour la rançon furent levées, Stubbs, préface

de Rog. de Howden, IV, lxxxii et suiv. ; Delisle, Bibl. de l'Êe. des

chartes, 2 " série, V, 289.

[853] Voy. ci-dessus, p. 8, note 5.

[854] Le roi Richard débarqua à Sandwich le 20 mars 1194 et fit son

entrée à Londres le 23 (R. de Dicet, II, 114).

[855] Son frère aîné ; voy. ci-dessus, p. 8. Il ne paraît pas n'avoir

jamais eu qu'un rôle très effacé dans les affaires de son temps. On

n'a du moins que peu de documents sur lui. Il n'est pas mentionné

dans le livre d'Eyton sur Henri II. Il y a, dans le tome I des

_Rôles gascons_ publiés par Fr. Michel, un acte le concernant (n°

2256), qu'Eyton n'a pas connu. C'est la confirmation par Henri II

d'un accord entre l'évêque de Hereford Robert Foliot et Jean le

Maréchal au sujet de certaines possessions. L'acte est daté de

Feckenkam (Worcestershire). D'après les noms des témoins (qui sont

en partie corrompus dans l'édition de Fr. Michel), cet acte pourrait

être d'octobre 1175, époque où le roi séjourna à Feckenkam.

[856] On a vu plus haut, p. 7, n. 1, que Jean le Maréchal, le père, y

avait sa résidence.

[857] Comté de Gloucester, tout près du Wiltshire, à 45 kil. environ au

nord-ouest de Marlborough. Il y avait là une abbaye de chanoines

réguliers fondée par Henri Ier _(Monasticon anglicanum_, nouv. éd.,

V I, 175).

[858] Port-en-Bessin, arr. de Bayeux, cant. de Ryes. On trouve dans les

documents administratifs d'assez nombreux témoignages sur ce

personnage qui fut marié trois fois, en dernier lieu avec une sœur

de Guillaume de Briouze. Ces témoignages ont été réunis par

Stapleton, Magni _rot. Scacc_., I, clxi, clxii ; cf. Edw. Foss, _The

Judges of England_, II, 107-9. Il faut ajouter qu'il est plusieurs

fois mentionné dans la chronique de Jordan Fantosme (éd. Fr. Michel,

vv. 1335, 1342, 1355, 1841, 1845). On ne savait point qu'il eût une

fille mariée ou promise à Jean le Maréchal.

[859] Comté de Wilts, _hundred_ de Kingsbridge, paroisse de Lyneham,

entre Cirencester et Marlborough. Il y avait un prieuré de chanoines

réguliers auquel le comte Patrice, allié de la famille du Maréchal,

et le Maréchal lui-même avaient fait diverses donations. Voy.

Monasticon anglicanvm, nouv. éd., V I, 339.

[860] Baudouin de Béthune (sur lequel voir ci-dessus, p. 54, note 3)

avait été fait prisonnier en Allemagne en même temps que Richard,

mais, remis en liberté, il avait pu rentrer en Angleterre. Il était

retourné en Allemagne avec Guillaume Brieguerre, au moment des

négociations pour la rançon du roi, avec qui il se rencontra à Worms

(Rog., de Howden, III, 187-215). Il fut au nombre des otages donnés

par Richard au duc d'Autriche et fut renvoyé en Angleterre pour

hâter l'exécution des conventions passées entre Richard et le duc

Léopold, à un moment où ce dernier menaçait de mettre les otages à

mort si ces conventions ne recevaient pas un prompt accomplissement

(ibid., III, 275).

[861] C'était un des chevaliers de Richard qu'il accompagna en Terre

sainte (Ambroise, Est. de la guerre sainte, vv. 6979, 11429). Il est

témoin à divers actes, par exemple en 1199, à deux actes de la reine

Aliénor (Teulel, layettes du Trésor, n° 489 et 508). Le roi Jean, en

septembre 1099« lui confirme divers biens à Verneuil (Eure) et à

Hortain (Stapleton, Rot. Scacc., II, ccxlviij). C'est probablement

le même qui, en 1200, fut au nombre des ambassadeurs envoyés par le

roi Jean au roi de Portugal pour lui demander sa fille en mariage

(Raoul de Dicet, II, 170).

[862] Nous avons laissé en dernier lieu le roi Richard à Huntingdon (v.

10081), qui est beaucoup plus près de Nottingham où il se rendait

que Marlborough. Il est possible cependant que le roi soit d'abord

allé à cette dernière ville, qui, assiégée par l'archevêque de

Cantorbéry, s'était rendue en février 1194, mais cela n'est dit ni

dans notre poème ni ailleurs. La leçon _Merleberge_ est d'ailleurs

incertaine ; p. -ê. faudrait-il substituer Hontendone (Huntingdon).

[863] Cf. Guill. Le Breton, Philippide, IV, 428-9.

[864] Le traité d'alliance entre Jean et Philippe-Auguste est de janvier

1194 (Delisle, _Catal. des actes de Ph.-Aug_., n° 411 ; cf. Rigord,

§ 94). Jean s'empressa de faire répandre en Angleterre le bruit de

son alliance avec le roi de France (Rog. de Howden, III, 236) ;

toutefois, peu après, il fit massacrer en trahison la garnison

d'Évreux (Guill. Le Breton, Chron., I 72 ; PhM., IV, 449 et suiv.).

Il se rendit ensuite en Angleterre (_Phil_., IV, 471).

[865] Le jeune roi ; cf. plus haut, p. 72.

[866] On appelait Norrois les habitants du nord de l'Angleterre ; voy.

Hist. des _ducs de Normandie et des rois d'Angleterre_, éd. Fr.

Michel, p. 145 ; cf. ci-dessus, p. 66, note 4. Mais, au temps de la

guerre des barons, ce nom fut appliqué d'une façon générale aux

barons révoltés ; voy. Liber de antiquis legibus (Camden Society),

p. 201. Nottingham était assiégé par David, frère du roi d'Ecosse,

Ranulf, comte de Chester, et Guillaume, comte de _Ferrers_(Rog. de

Howden, III,237). Le roi arriva devant cette ville le 25 mars

(ibid., 2 3 8). Les détails qui suivent sur la part qu'il prit à

l'attaque sont nouveaux.

[867] Cotte de maille légère ; le mot est dans Littré.

[868] On ne voit pas pourquoi les assiégés auraient ainsi détruit leurs

défenses. Selon Roger de Howden (III, 239), ce sont les assiégeants

qui auraient mis le feu.

[869] _Grendon_ est un nom de lieu assez fréquent (Buckingham,

Northampton, Warwick, etc.). Roger de Howden dit bien que les

connétables du château envoyèrent duos ex sociis ad videndum regem »

(III, 240), mais il ne les nomme pas.

[870] Le 27 mars.

[871] Mais, d'après R. de Coggeshall (éd. Stevenson, p. 63), la rançon

fut chère.

[872] Fils de Hugues de Lacy qui, sous Henri II, en 1170, obtint la

concession de toute la terre de Meath, en Irlande, et mourut

assassiné en 1 186 ; voir G. H. Orpen, _The song of Dermot_, notes

sur les vers 2606 et 2728 ; _Dictionary of nat. Biography_, Lacy

(Hugh de). Cet Hugues eut deux fils, l'un nommé Gautier, l'autre

appelé Hugues comme son père. Gautier de Lacy figure dans les

documents dès le règne de Richard Ier pour la rançon de qui il paya,

en 1194, une somme de cinquante livres, dix shillings. Il mourut en

1241. Voy. Dugdale, _Baronage_ of England, I, 97, et le _Dictionary

of nat. Biography_, Lacy (Walter de).

[873] Voy. ci-dessus, p. 123-4. Toutefois le poème ne dit pas

positivement que le Maréchal eût fait hommage à Jean pour sa terre

d'Irlande.

[874] J'ignore le sens exact de cette expression. Voy. au vocab.

_vigne_.

[875] Ce second couronnement (pour le premier, voy. p. 123, n. 2) eut

lieu le 17 avril (Rog. de Howden, III, 247). En se faisant ainsi

couronner une seconde fois, Richard faisait revivre un ancien usage

formellement abandonné depuis 1158. Sur les motifs qui ont pu le

déterminer à faire procéder à cette solennité, on peut voir Stubbs,

note au passage cité de Roger de Howden, et Miss Norgate, II, 330-1.

[876] Il y était le 24 avril, date d'une charte où le Maréchal figure

comme témoin, qui est publiée dans Round, Ancient charters, n° 62

(Pipe Roll Soc., t. X).

[877] Verneuil-sur-Avre, ch. -l. de cant. tout au sud du dép. de l'Eure.

[878] D'après Roger de Howden (III, 251), Richard s'embarqua à

Portsmouth le 12 mai et se hâta d'aller à Verneuil, que le roi de

France quitta, le 28 mai, à la nouvelle de l'approche du roi

d'Angleterre.

[879] Jean d'Alençon était archidiacre de Lisieux depuis 1185. Il

exerça, pendant une partie de l'année 1190, la fonction de

vice-chancelier. Il paraît avec ce titre en plusieurs chartes de

Richard données en Normandie de janvier à juillet de cette année.

Rocher Malchael (ci-dessus, p. 113, n. 3) paraît l'avoir remplacé

dans cet office. Voy. Stapleton, Magni rot. _Scacc. Norm_., I,

clvij, clxix, clxx ; Edw. Foss, The Judges of England, I, 337-8 ;

Beau temps-Beaupré, _Coutumes et institutions de l'Anjou et du

Maine_, 2e partie, I, 227.

[880] Selon R. de Dicet (II, 114), la rencontre de Richard avec son

frère eut lieu « apud _Bruis_ » (Brix, Manche). Chez Rog. de Howden

(III, 252), la réconciliation de Jean avec Richard prend place après

la levée du siège de Verneuil par Philippe-Auguste, mais les

circonstances de cette réconciliation ne sont pas indiquées,

l'historien se bornant à dire qu'elle eut lieu par l'entremise de la

reine Alienor. Le séjour de Richard à Lisieux n'est pas mentionné

ailleurs que dans le poème.

[881] Maintenant (depuis 1742) Broglie, ch. -l. de cant. de l'arr. de

Bernai.

[882] Orne, arr. de Mortagne, à une vingtaine de kilomètres au sud de

Chambrais.

[883] Canton de Laigle, sur la route qui mène à Verneuil. — Ces

mouvements de Richard ne sont point mentionnés ailleurs.

[884] Verneuil-sur-Avre, arr. d'Évreux.

[885] Mortemer, Seine-Inférieure, arr. et cant. de Neufchâtel. Guillaume

de Mortemer était gardien (custos) du château de Verneuil

(Stapleton, Magni rot. Scacc. Norm., II, lj). En 1202, il était

bailli de la Londe (cant. d'Elbeuf) et de Caux et de plus l'un des

connétables du château d'Arques (ibid., cclx ; Rot. _litt. pat_., I,

22). On verra plus loin (v. 12052) qu'il défendit Arques contre

Philippe-Auguste. Il figure en un grand nombre d'actes au temps de

Richard et de son successeur (ibid., xxxv, xxxvij, lv, etc.). En

1204, il devint homme du roi de France et figure en cette qualité

dans un acte de 1205 (Delisle, _Catal. des actes de Ph.-Aug_., n°

961 ; Teulet, _Layettes du Trésor_, n° 785). Son sceau, appendu à

cet acte, est décrit dans l'Inventaire des sceaux de Douët d'Arcq

sous le n° 2987. En 1214, il combattit à Bouvines aux côtés de

Philippe-Auguste (Guill. Le Breton, Chron., § 184 ; éd. de la Soc de

l'hist. de France, p. 272). L'année suivante il obtint du roi Jean

un saufconduit pour aller en pèlerinage en Angleterre à Saint-Edmond

et au tombeau de saint Thomas de Cantorbéry.

[886] D'après les historiens, soit français soit anglais, c'est à la

nouvelle de l'occupation d'Évreux par le comte Jean (voy. la note 2

de la p. suivante) que le roi de France aurait levé le siège de

Verneuil le 28 mai (Rog. de Howden, III, 252 ; Raoul de Dicet, II,

115).

[887] Cant. d'Elbeuf, à quelques kilomètres en aval de cette ville, sur

la rive gauche de la Seine.

[888] Guill. Le Breton rapporte que le comte Jean aurait pris la ville

en trahison et fait massacrer ses défenseurs (Chron., § 72 ;

_Phil_., IV, 460 et suiv.). Rigord (§ 96) parle de la prise d'Évreux

par les Normands et du massacre d'une partie de ses défenseurs, mais

ne fait aucune mention de la trahison reprochée au comte Jean par

Guill. Le Breton.

[889] « Interea Ricardus… Bellum Montem, castrum videlicet munitissimum

super (luvium Ridulam situm, recuperavit et quasdam alius

munitiones » (Guill. Le Breton, Chron., § 74 ; cf. _Phil_., IV,

526). La prise de Beaumont-le-Roger par Richard eut lieu en juin

1194.

[890] Eure, arr. de Bernai.

[891] Localité formant actuellement deux paroisses et deux communes :

Notre-Dame-du-Vaudreuil et Saint-Cyr-du-Vaudreuil, sur la rive

gauche de l'Eure, dans le canton de Pont-de-l'Arche.

[892] Cf. Rog. de Howden, III, 301 : « Quadam die unte subversionem

castelli de Valle Rodoli, prasdicli reges venerunt ad colloquium

prope caslellum illud, et dum colloquerentur cecidit magna pars

murorum castelli per suffossores regis Franciae. Quod rex Angliae

videns, relicto colloquio, impetum fecit in exercitum regis

Franci », et rex F ranci » cum suis versus est in fugam… » Les

historiens français placent cette destruction après l'expiration de

la trêve qui avait été conclue pour un an le 23 juillet 1194, ce qui

enlève à l'affaire le caractère qui tui est ici assigné. Ce qui

paraît certain c'est que le démantèlement de Vaudreuil par

Philippe-Auguste eut lieu en juillet 1195 (Rigord, § 102). Un an

avant le roi de France avait fait lever le siège mis devant

Vaudreuil par le comte Jean et le comte d'Arundel (Rigord, § 100).

Le poème aura confondu les deux affaires.

[893] Cant. de Pont-de-l'Arche, rive gauche de la Seine.

[894] Selon les historiens français (Guill. Le Breton, Chron., j 111 ;

Phil., V, 70 et suiv.), c'est en temps de trêve et en violant les

conventions de cette trêve que Richard aurait établi sur la Seine,

non pas un seul pont, mais plusieurs pour passer de la rive gauche

aux Iles et de là sur la rive droite et fortifier l'île d'Andeli. Il

y a dans les _Magni rot. Scacc. Norm_., II, 310, des comptes

relatifs à ces ponts. Voy. les notes de M. Delaborde sur Guill. Le

Breton, I, 208, note 4. Quant à la construction d'un fort dans l'île

d'Andeli, elle eut lieu en 1196 (Delaborde, ibid., note 2 ; cf. Rog.

de Howden, IV, 14).

[895] La chronologie de notre auteur laisse à désirer. L'affaire dont il

va parler est celle de Freteval (arr. de Vendôme, cant. de Morée) où

Philippe-Auguste fut battu et perdit son trésor et ses archives ;

voy. pour plus de détails Rog. de Howden, III, 255-6. Elle eut lieu

au commencement de juillet 1194, probablement le 3 (Delaborde, note

sur le j* 100 de Rigord), bien avant la fortification de l'île

d'Andeli.

[896] L'auteur définit mal la mission du Maréchal qui consistait, comme

on va le voir, à commander un corps de soutien destiné à servir de

réserve pour le cas où les Français auraient fait un retour offensif

contre les Anglais qui les poursuivaient.

[897] Les Français.

[898] Cherchant à faire des prisonniers ou du butin. On voit que le

Maréchal était à la tête d'une troupe de soutien.

[899] Ch.-l. de cant., arr. de Bourges. Cet événement eut lieu vers la

fin de juin 1196 ; voy. Rigord, § 113 ; G. Le Breton, _Phil_., V,

83. — Il est à remarquer que l'auteur ne dit à peu près rien de ce

que fit le Maréchal en 1195 et en 1196. Nous savons qu'il était en

Angleterre au printemps de 1196, car il assista, le 6 avril de cette

année, à un accord conclu devant la cour du roi siégeant à

Westminster (Pedes finium, dans Pipe Roll Soc., t. XVII, n° 124).

[900] Cette mission n'est point mentionnée ailleurs.

[901] Cf. Rigord, § 115, et Rog. de Howden, IV, 19, 20. Ce dernier dit

que par ses libéralités le roi Richard avait attiré à lui les plus

puissants seigneurs de France, ce dont nous avons la preuve par

Renaut de Boulogne, qui reçut en effet, en 1197, des dons importants

du roi d'Angleterre (Stapleton, _Magni rot. Scacc_. Norm., II, xv,

cxxxni). Le traité d'alliance entre Richard et le comte de Flandres

est de juillet 1197 ; il est imprimé dans Rymer, _Fœdera_, I, 67-8

(éd. Holmes, I, 30). Le comte de Flandres était venu en Normandie à

cette occasion ; voy. Stapleton, _Magni rot. Scacc_., II, Ixxiij.

[902] Non sans raison, car l'année précédente, en juin 1196, le comte de

Flandre et le comte de Boulogne s'étaient engagés à aider

Philippe-Auguste envers et contre tous (Delisle, _Catal. des actes

de Ph.-Aug_., n° 497 et 499).

[903] Boutavant est un fort que Richard avait élevé dans

l'Île-aux-Bœufs, entre les Andelis et Vernon, selon Le Prevost,

Dict, des anc. noms de _lieux du dép. de l'Eure_, p. 67, dont

l'opinion a été adoptée par le marquis de Blosseville dans son Dict.

topogr. de l'Eure. Mais, d'après Stapleton, _Magni rot. Scacc.

Norm_., 1, xliij, ccxxiij, ce château aurait été construit sur le

territoire de Portmort (cant. des Andelis), par conséquent sur la

rive droite de la Seine et à peu de distance de l'Île-aux-Bœufs. Il

fut détruit en 1202 par Philippe-Auguste (Rigord, § 138).

[904] Cf., sur le sens de ce mot, ci-dessus, p. 113, note 3.

[905] Il est assez difficile de savoir si l'entrevue des deux rois eut

lieu dans les circonstances ici indiquées. Ni Rigord ni G. Le Breton

n'en parlent. Quant à Rog. de Howden, il la conte tout autrement.

Selon cet historien, le comte de Flandres avait mis le siège devant

Arras. Philippe-Auguste étant venu au secours de cette ville à la

tête d'une armée, le comte s'était retiré. Le roi lui avait alors

demandé de quitter le parti de Richard, ce à quoi le comte s'était

refusé. A cette occasion aurait eu lieu l'entrevue des deux rois,

qui est ainsi rapportée : « Et quia comes Flandrias contra pactum

quod cum rege Anglias fecerat venire noluil, cepit colloquium inter

regem Franciae et regem Angliae, feria quarla post festum

Exaltationis Sanctae Crucis (17 septembre), inter Gwaillun (Gaillon)

et Andeli » (IV, 21). Rien sur l'entrevue même.

[906] Il n'est pas nécessaire de supposer une lacune entre cet alinéa et

le précédent (voir t. I, note du v. 10744) : Richard envoie aux

comtes de Flandre et de Boulogne quelques-uns de ses hommes les plus

sûrs pour les aider à résister au roi de France.

[907] Voy. ci-dessus, p. 59, note 1.

[908] Alain Basset fut un des fidèles du roi Jean. Il figure comme

témoin dans plusieurs actes importants, notamment dans le traité

avec le comte de Flandre, ci-dessus mentionné, p. 141, note 5 (voy.

Stapleton, Magni roi. Scacc., II, lxxiv, note) et parmi les témoins

de la réédition de la Grande Charte, en 1216 (Stubbs, _Select

charters_, 4e éd., p. 340 ; Teulet, _Layettes du Trésor_ des

chartes, n° 1194). Il se distingua à la bataille de Lincoln

(ci-après, v. 16821). Il fut un de ceux qui, en 1220, furent envoyés

au roi de France pour obtenir une prolongation de trêve (Hist. des

ducs _de Normandie et des rois d'Angleterre_, p. 207). De 1217 à

1229, il remplit les fonctions de sheriff du comté de Rutland. Il

mourut vers le mois d'octobre 1232. Voy. Edw. Foss, _The Judges of

England_, II, 218-8, et le Dictionary ofnat. Biography. Il avait

deux frères, Gilbert et Thomas, dont le second est nommé plus loin

dans le poème.

[909] Le fils aîné de Jean le Maréchal, dont la mort a été contée plus

haut (p. 132), par conséquent le neveu du héros du poème. Il fut

créé Maréchal d'Irlande en 1207 (Sweetman, Calendar of doc. rel. to

Ireland, d* 353). Il mourut en 1234.

[910] Ce château n'étant pas désigné par son nom, et les circonstances

qui suivent ne nous étant pas connues d'ailleurs, nous ne pouvons

savoir s'ils'agit d'Arras ou de quelque autre ville fortifiée.

[911] L'auteur veut peut-être dire par là que Philippe-Auguste avait

coutume d'acheter ceux à qui la garde des châteaux était confiée.

[912] Du camp retranché, selon toute vraisemblance.

[913] Il n'est plus question de Guillaume le Maréchal depuis le conseil

de guerre conté plus haut jusqu'à la prise de Milli (v. 1 1123 et

suiv.). Cependant il était revenu auprès du roi dès le 15 juin au

moins, car il est à cette date témoin d'une charte de Richard donnée

au château de la Rocbe-d'Andeli (Round, Ancient charters, n° 66,

Pipe roll Soc., t. X). — Le 22 août, il est témoin d'une autre

charte royale donnée à la Roched'Orival _(ibid_., n° 68).

[914] Courcelles-lez-Gisors, Oise, cant. de Chaumont.

[915] Cette date (1" août) ne paraît pas exacte ; Rigord (| 122) fixe la

prise de Courcelles à la veille de la Saint-Michel, c'est-à-dire au

28 septembre, et Rog. de Howden (IV, 55) au dimanche 27 septembre.

[916] Le combat de Gisors que le poète va conter eut lieu en effet le

lendemain de la prise de Courcelles, mais, par conséquent (voir la

note précédente), à la fin de septembre : le 28, selon Rog. de

Howden.

[917] L'Epte.

[918] C'est la forme adoptée par le poète ; _Marcadé rime_ avec Dé (v.

11265). La vraie forme est _Mercadier_, en latin _Mercaderius_.

C'était un routier célèbre qui fut longtemps au service de Richard

et le suivit de près dans la tombe. Voy. le mémoire que Géraud lui a

consacré, Bibl. de l'Éc. des ch., 1" série, III, 417 et suiv.

[919] Arr. des Andelis, cant. de Gisors.

[920] Corni est une petite commune du canton des Andelis.

[921] L'idée païenne que nul ne peut échapper à sa destinée est courante

an moyen âge : Mas so qu'es a venir no pot om pas muder (Chanson de

la crois, albig., v. 2481), et dans le roman de Jaufré (v. 6761) :

Qui pots'aventura fugir ? De même dans Ciperis de Vignevaux, cité

par Le Roux de Lincy, Livre des prov., II, 259 : Ce qui doit

advenir, on ne puet nullement Destourner qu'il n'advienne, ce dit on

bien souvent.

[922] Guillaume de Mello était frère de Dreu de Mello, sur lequel voy.

plus haut, p. 88, note 1. Il est ainsi qualifié dans un acte de 1216

(Delisle, _Catal_. des actes _de Ph.-Aug_., n° 1641). Il avait pris

part à la croisade de 1190 (Rigord, H 56, 72 ; Ambroise, Estoire de

la guerre sainte, vv. 4541, 6185 ; Rog. de Howden, III, 123). Nous

le retrouverons mentionné plus loin (v. 11269). Nous n'avons pas

d'informations sur le clerc, fils de Guillaume de Mello, qui repécha

le roi Philippe, mais un Guillelmus de Merloto _juvenis_,

probablement son frère, fut fait prisonnier dans ce combat (Rigord,

§ 122).

[923] Nous avons sur le combat de Gisors des renseignements de sources

diverses qui se contredisent sur des points importants. Selon les

historiens français, Philippe-Auguste se serait trouvé, à

l'improviste, en face d'une armée anglaise très supérieure en nombre

et aurait dû se frayer, les armes à la main, un passage jusqu'à

Gisors, en laissant toutefois un grand nombre des siens aux mains de

l'ennemi (Rigord, § 122 ; Guill. Le Breton, Chron., § 93). Dans la

Philippide, (V, 365), Guill. Le Breton affirme que le roi de France

venait de licencier une partie de son armée. Ces historiens ne sont

du reste pas d'accord entre eux sur l'évaluation des forces dont

Philippe-Auguste disposait. Le récit du Ménestrel de Reims (éd. de

Wailly, §§ 109-114) est à peine historique, cependant il confirme,

ce que l'on sait d'ailleurs, que les Français furent surpris dans

leur marche et eurent à peine le temps de se mettre en défense.

L'assertion du Ménestrel, que le roi de France se serait enfui vers

Gisors, faisant revêtir ses armes à Alain de Rouci, qui fut fait

prisonnier, n'est pas non plus dénuée de vraisemblance, d'autant

plus qu'Alain de Rouci fut en effet pris par les Anglais (Rigord, §

122). Les historiens anglais (Rog. de Howden, Raoul de Coggeshall)

sont plus précis. Ils ont fait usage d'une lettre circulaire,

adressée par Richard en Angleterre, qui donnait des détails exacts

et notamment la liste des prisonniers ; voy. la note suivante. Rog.

de Howden conte, de même que le poème, mais en précisant le lieu,

que Philippe faillit se noyer dans l'Epie (IV, 56) : « Cum

ascendisset pontem villae de Gysorz, fractus est pons pro

multitudine intrantium, et ipse rex Francie cecidit in rivera de

Ethe, et 1 bibit ex ea, et, nisi celerius extraheretur, submersus in

ea fuisset. » Quant à la date, on a vu que le poète plaçait le

combat de Gisors au 2 août, mais il est difficile de savoir si, dans

sa pensée, ce jour appartient à l'année 1197 ou à l'année 1198.

Rigord et Rog. de Howden sont d'accord pour fixer cet événement à la

fin de septembre 1198 (ci-dessus, p. 144, notes 4 et 5), et il est

difficile de révoquer en doute leur témoignage ; cependant on verra

plus loin (p. 148, note) que cette date sou lève quelques

difficultés.

[924] Richard, écrivant de Dangu le 30 sept. (sans date d'année) à

l'évêque de Durham, fixe à cent le nombre des prisonniers. Il joint

à sa lettre les noms des principaux d'entre eux : « Quorum nomina

majorum vobis mittimns, et aliorum vobis mittemus cum eos viderimus,

quia Marchadeus habuit usque ad. xxx. quos non vidimus. » C'est

cette première liste, peut-être la seule qui ait êlé dressée, que

Rog. de Howden a introduite dans son récit (IV, 56). Elle contient

quarante-trois noms, entre lesquels figurent quelques-uns des

chevaliers mentionnés en d'autres occasions par notre poème, à

savoir : Petrus, Lieschans (le Pierre de Leschans sur lequel voy.

ci-dessus, p. 47, note)1 Theobaldus de Walangugardun (ci-dessus, p.

53, note 4), Wïllelmus de Merlou (voyez la note précédente). Guill.

Le Breton évalue le nombre des chevaliers faits prisonniers à 90

(Chron., g 93), ou 92 (_Phil_., V, 428), l'Hist. des ducs de

Normandie « e des _rois d'Angleterre_ (p. 89) à 96 ou 95 (selon les

manuscrits). La concordance entre ces chiffres est remarquable.

[925] En plus d'un endroit, l'auteur a constaté la supériorité qu'on

reconnaissait aux Français ; voy. ci-dessus, pp. 37 et 52.

[926] Henri III. L'auteur a déjà exprimé le même souhait (ci-dessus, p.

38).

[927] Arr. de Beauvais, cant. de Songeons.

[928] Arr. de Beauvais, cant. de Marseille-le-Petit.

[929] _Semilli_ paraît être un nom corrompu (car il ne peut s'agir de

Saint Pierre de Semilli, Manche). Il ne manque pas, dans cette

région, de noms en i qui pourraient prendre place ici (par exemple

Savigni, Savignies, cant. de Beauvais). Mais ce passage soulève

d'autres difficultés. Ici l'auteur distingue deux expéditions ;

l'une, dirigée parle roi Richard, aboutit à la prise de Milli,

l'autre, conduite par le routier Marcadé, au cours de laquelle,

comme on le verra plus loin (p. 150), l'évêque de Beauvais et Guill.

de Mello sont faits prisonniers. Chez Rog. de Howden (IV, 16), ces

deux expéditions sont conduites par le comte Jean et par Marcadé (le

roi Richard n'y figure pas), et elles sont placées à l'année 1196,

au 14 des calendes de juin, _feria secunda_. Mais, comme on l'a déjà

remarqué (Brial, _Histor. de France_, XVII, 579 ; Géraud, Bibl. de l

École des Charles, III, 428, n. 3), c'est en 1 197 que le 14 des

calendes de juin (19 mai) tomba un lundi ; en 1196, c'était un

dimanche. Il est donc certain que Rog. de Howden a mal placé le

paragraphe relatif à cette affaire. D'ailleurs, la prise de l'évêque

de Beauvais et de G. de Mello esl correctement placée au 14 des

calendes de juin 1197 par R. de Dicet (II, 152). Rigord (8 123),

sans donner de date précise, place cet événement en 1198, erreur

relevée par M. Delaborde, p. 143. Le même historien, dans son récit

qui est très sommaire, s'écarte à la fois de Rog. de Howden et de

notre poème, mais plus du premier que du second. Selon lui, il n'y

aurait eu qu'une seule expédition, conduite par Richard accompagné

de Marcadé et de ses routiers ; il ne fait point mention du comte

Jean. Une dernière question que soulève ce passage est de savoir si

l'expédition, unique ou double, qui aboutit à la prise de Milli et à

la capture de l'évêque de Beauvais, eut lieu avant ou après

l'affaire de Courcelles et de Gisors. Selon notre poème, d'accord

sur ce point avec Rigord, elle est postérieure ; selon Rog. de

Howden et R. de Dicet, elle est antérieure. Si l'on admet la

première hypothèse et si l'on tient pour assuré que l'évêque de

Beauvais fut fait prisonnier le 19 mai 1197, il faut de toute

nécessité reporter à une date antérieure la prise de Courcelles et

le combat de Gisors que Rigord et Rog. de Howden placent à la fin de

septembre 1198. De plus, quel que soit l'ordre dans lequel se sont

produits ces deux faits de guerre, il semble difficile de placer à

la fin de septembre 1198 l'affaire de Courcelles et de Gisors, s'il

est vrai, comme l'assure le poète d'accord avec Roger de Wendover

(voir plus loin, p. 152, note), que, dès le mois d'août de la même

année, le roi de France négociait afin d'obtenir une trêve par

l'entremise de la cour de Rome.

[930] Probablement le même qu'un chevalier gallois appelé Gautier S Es

_cudemore_, dont le passage par Barlleur est signalé en 1180

(Slaplelon, _Magni rot. Scacc. Norm_., I, clxxv).

[931] On a ru plus haut (p. 107) le Maréchal présenter de même à Henri

II un prisonnier qu'il venait de faire.

[932] Tous ces détails sur la prise de Milli sont nouveaux.

[933] Le père ou le fils ? L'un et l'autre, selon Rog. de Howden (IV,

16) : Willelmus de Merlou et filius ejus. » On a vu plus haut (p.

146, n. 1) que, selou Rigord (§ 122), le fils, « Guillelmus de

Merloto juvenis, » aurait été pris antérieurement à Courcelles. Mais

la question est précisément de savoir si l'affaire de Courcelles est

antérieure ou postérieure à la capture de l'évêque de Beauvais et de

Guillaume de Mello ; voy. ci-dessus, p. 148, note.

[934] Il paraît en effet que Richard traita l'évêque avec beaucoup de

dureté. Des réclamations furent adressées par de hauts dignitaires

ecclésiastiques (voy. les lettres publiées par M. Waltenbach, _Neues

Archiv_, VI, 173 et suiv.), et la cour de Rome intervint sans

succès. On trouvera plus loin (p. 154) un dernier écho de ces

réclamations dans la tentative faite en faveur de l'évêque par le

cardinal Pierre de Capoue lors de son entrevue avec Richard.

[935] Parce que l'évêque était prisonnier de Richard.

[936] Les vers 11311-11726 ont été publiés par avance dans le Bulletin

de la Société de l'histoire de France, année 1882, p. 252 et suiv. A

cette occasion, j'ai fait ressortir l'importance de ce morceau qui,

sans parler de son mérite littéraire, révèle plusieurs faits

inconnus d'ailleurs.

[937] Richard avait acheté le concours de plusieurs des principaux

vassaux de Philippe-Auguste, notamment du comte de Flandre (R. de

Dicet, IV, 152, 153, 158 ; cf. Rymer, I, 67-8).

[938] Ilyaiciunjeude motsqui aeuleplusgrandsuccès aumoyen âge. Saint

Rufin et saint Albin personnifient l'or rouge et l'argent blanc. On

disait plaisamment dès le xiie siècle : Presulis Albini seu martyris

ossa _Rufini_ Rome quisquis habet vertere cuncta valet. Ce distique

est cité au commencement du xiiie siècle dans les sermons sur les

épitres du dimanche de l'Anglais Eude de Cheriton (ms. de Tou louse,

n° 252, fol. 169 b), où le copiste a eu soin d'ajouter, à côté à' Al

_bini, €_ scil. sterlingi », et à côté de Rufini, « scil. aurei ».

On le trouve encore dans la chronique du frère Mineur italien

Salimbene (Giornale storico delia letteratura ilaliana, I, 416) ;

chez Albert de Beham, archidiacre de Passau (éd Hœller, p. 72) ;

dans un manuscrit du xiie siècle conservé à Munich (Anzeiger f.

Kunde d. deuttehen Vorzeit, année 1873, col. 101) ; dans un

manuscrit du xiiie siècle conservé à Saint-Omer (Notices et extraits

des nus., X X XI, 1 TM partie, 122). G. Bucheler lesa recueillis

dans sa rvw|io). oYÎa (Coloniae, 1639, p. 216). La même facétie a

été au moyen âge l'objet d'allusions sans nombre. Ainsi dans les

_Carmina burana_ (p. 15) : Doctores apostolici Et judices catholici

Quidam colunt Albinum Et diligunt Rufinum. » Garnier de

Pont-Sainte-Maxence, dans sa vie de Thomas de Cantorbéry (éd.

Hippeau, p. 81), emploie dans le même sens les noms de _Sorel_ et de

_Blanchart_ : Li reis (Henri II) ert riches hoem, sages e de grant

art, Sout bien que cardonal sunt pernant e Lumbart, Coveitus sunt

d'aveir plus que vilein d'essart. Li reis ad dons privez, Sorel e

dant _Blanchart_ : Tost funt del boen malveis e del hardi cuart. On

faisait des plaisanteries du même genre sur saint Marc.

[939] Les cardinaux présidés par le pape.

[940] Pierre de Capoue. — Rigord (§ 125) et Guillaume Le Breton (Chron.,

§ 95) sont complètement muets sur les démarches faites par le roi

Philippe-Auguste auprès de la cour de Rome et laissent croire que

l'intervention du pape aurait été spontanée. Roger de Wendover, au

contraire, nous dit, comme le poète, que Philippe envoya secrètement

des messagers au pape pour lui demander son intercession, afin de

pouvoir, une fois libre du côté de Richard, aller délivrer la terre

sainte. Il fait aussi allusion aux présents du roi, lorsqu'il dit :

« Innocentius… plus pretio _quam precibus inductus_, misit Petrum de

Capua cardinalem ut pacem inter reges memoratos reformaret. » J'ai

rapporté en entier, dans le Bull, de la Soc. de l'hist. de France

(1882, pp. 247-8), le récit détaillé de Roger de Wendover concernant

ces négociations. — La bulle qui annonce l'arrivée du cardinal est

imprimée parmi les lettres d'Innocent III, éd. Migne, I, 310, lib.

I, epist. 33G (Potthast, Regesla, n° 347), et dans Rog. de Howden,

IV, 73). Elle est du 15 août 1198. Cf. les lettres 345 et 351 du

même livre d'Innocent III (n° 348 et 351 de Potthast). D'après

Rigord (§ 125), Pierre de Capoue serait arrivé en France aux

environs de Noël 1198.

[941] Le Goulet, comm. de Saint-Pierre d'Autils, cant. de Vernon. Selon

Rog. de Howden (IV, 79-80), il y aurait eu, le jour de la

Saint-Hilaire (13 janvier 1199), entre Andeli et Vernon, une

entrevue des deux rois, Philippe sur la rive, à cheval, et Richard

parlant du bateau sur lequel il était venu. Dans cette entrevue, les

deux rois auraient simplement pris jour pour l'entretien dans lequel

la trêve fut prise par l'entremise du légat. Mais on va voir que,

d'après le poète, le légat ne réussit point à lui tout seul à

obtenir cette trêve.

[942] Après la croisade.

[943] C'est ce que le poète a déjà dit plus haut, vv. 9803 et suiv.

[944] Cette accusation repose sur des conjectures assez probables, mais

non sur des faits avérés.

[945] « Vendre la _briche_ ; » expression empruntée à un jeu qui

n'existe plus et par conséquent intraduisible. Voy. briche au

vocabulaire.

[946] Voy. le vocabulaire au mot _coillard_.

[947] il faut pourtant remarquer qu'à l'époque où Richard était

prisonnier, Innocent III n'était pas encore pape.

[948] La castration était une peine qu'au moyen âge on appliquait

fréquemment aux membres du clergé ; voy. ma traduction de _Girart de

Roussillon_, § 462 et la note, Jordan Fantôme, éd. Fr. Michel, v.

1702, etc.

[949] Passage outre-mer, croisade.

[950] Guillaume aux blanches mains ; cf. ci-dessus, p. 78, n. 5. —

L'échec du cardinal P. de Capoue et l'intervention de l'archevêque

de Reims ne sont mentionnés par aucun autre historien.

[951] Nous ne possédons pas l'acte de cette trêve. Tout ce que nous en

savions jusqu'ici, c'est qu'elle devait durer cinq ans à partir de

la Saint-Hilaire (13 janvier) 1199, « rebus et tenementis sic se

habentibus ex utraque parte ut tune erat » (Rog. de Howden, IV, 80).

Elle fut approuvée par le pape Innocent, qui s'efforça de la

convertir en paix ; voy. ses lettres du 26 mars 1199 (Migne, I,

553 ; Polthast, n° 645), du 30 mars (Migne, I, 554 ; Potthast, n°

651) et du 1" avril (Migne, I, 552 ; Pottbast, a- 653).

[952] Guillaume le Queu était depuis longtemps au service du roi

Richard. Celui-ci, par acte passé à Tours le 27 juin 1 190, lui

avait concédé certains revenus à Niort (Teulet, _Layettes du Trésor,

n*_ 369). Parmi les témoins de cet acte figure Guillaume le

Maréchal. C'est lui encore que Rog. de Howden (IV, 78) mentionne à

l'année 1198, le qualifiant de « serviens Ricardi regis in

custodiendo castellum de Leuns », et qui avait fait prisonniers

quatre-vingts sergents à cheval et quarante sergents à pied du roi

de France. Ce « castellum de Leuns » est Lyons-la-Forêt, arr. des

Andelis. Nous savons d'ailleurs que Guillaume le Queu en était

châtelain à cette époque (Stapleton, _Magni rot- Scacc. Norm_., II,

ccxij, ccxiij). — Peu de temps après les événements ici rapportés,

le roi Jean faisait à Guillaume le Queu concession en fief de ses

revenus de Niort (_Layettes du_ Trésor, n° 597 ; acte du 1"

septembre 1200, où G. le Maréchal figure encore comme témoin).

[953] Beaudemont, dans le Dictionnaire des postes, cant. d'Ecos, arr.

des Andelis.

[954] Il y a dans le texte _chasteals_, que j'ai proposé dubitativement

en note de remplacer par _chatels_ (v. 11755). C'est qu'en effet le

motif de l'expédition où Richard devait trouver la mort n'était pas

que le vicomte de Limoges eût enlevé aucun château à son suzerain ;

on sait qu'un trésor considérable ayant été trouvé dans la terre du

vicomte, celui-ci s'était contenté d'en offrir une partie à Richard,

gardant le reste pour lui, mais que le roi avait refusé, prétendant

avoir le tout en sa qualité de seigneur (Rog. de Howden, IV, 82).

Mais chaMs ne s'appliquerait pas très bien à un trésor, et le verbe

_desforcer_ qui précède appelle plutôt chastels que chatels. Il est

vraisemblable que le poète ignorait le motif de l'expédition du roi.

[955] Nontron (Dordogne) ; le ms. porte _Lautron_ ou Lautren,

l'identification est douteuse, Nontron était en latin _Nantronum_.

Peut-être faudrait-il corriger la leçon du ms. en _Lantron_. Mais ce

qui augmente la difficulté c'est que tous les historiens s'accordent

à dire que Richard fut blessé mortellement devant Cbâlus (Castrvm l.

ucii, Rigord, § 126 ; _Calax_, Guill. Le Breton, § 98 ; Philippide,

V, 495 ; Chaiuz, Rog. de Howden, IV, 82 ; R. de Dicet, II, 166).

[956] Bertran do Gourdon selon Rog. de Howden (IV, 82), « Pelrus

Basilius » selon R. de Dicet (II, 166).

[957] Richard reçut le coup dont il devait mourir le 26 mars ; voy. les

textes cités par Miss Norgate, Angevin Kings, II, 382, n. 4.

[958] Ce nom a été conservé par une paroisse qui appartenait à la

famille de Bohon, La Chapelle-Enjuger (Manche, arr. de Saint-LÔ,

cant. de Marigni), _en-Juger_, selon l'orthographe administrative.

[959] Cette circonstance, en elle-même dénuée d'intérêt, nous permet de

constater avec quelle exactitude le poète était renseigné. Nous

possédons en effet l'accord qui mit fin au procès ici indiqué. Il

fut passé à Vaudreuil, et est exactement daté du jour où le messager

envoyé par Richard a pu arriver auprès du Maréchal, c'est-à-dire du

7 avril. Richard, blessé mortellement quelques jours auparavant,

mourut le 6. Il est analysé par Stapleton, Magni rot. Scacc. Norm.,

II, xxxv. Par cet acte Engeugier de Bobun, membre d'une grande

famille du Cotentin (Saint-André et Saint-Georges de Bobon, cant. de

Carentan), abandonne à Raoul d'Ardene certains biens sis en

Angleterre. Raoul d'Ardene était bailli de Pont-Audemer (Stapleton,

_loc. cit_.) et avait été juge errant en 1 189 (Edw. Foss, _Judges

of England_, I, 338-40). Les témoins de cet acte sont des

personnages considérables, G. Hubert, archevêque de Cantorbery,

Savari, évêque de Batb, Guillaume le Maréchal, Jean et Pierre de

Preaux, Guillaume de Mortemer et quelques autres.

[960] Par conséquent le 10, l'acte mentionné à la note précédente étant

du 7.

[961] La veille du dimanche des Rameaux tombait en effet le 10 avril.

[962] Le « Pré » désigne sans doute le prieuré de Notre-Dame-du-Pré, ou

de Bonne-Nouvelle, situé sur la rive gauche de la Seine, dans le

faubourg de Saint-Sever. Les entrailles de Henri Ier y étaient

déposées. Cette mai son reçut divers bienfaits des _rois

d'Angleterre_ ducs de Normandie ; voy. Du Monstier, Netutria pla, p.

611 ; Gallia christiana, XI, 239.

[963] Le jeune duc de Bretagne avait été en 1196 confié à la garde du

roi de France (G. Le Breton, PMI., V, 162-7).

[964] C'est ainsi que j'interprète « cela de la terre » (1 1890).

[965] Arthur, petit-fils de Henri II, était neveu de Richard.

[966] Le poète, qui écrivait après le règne de Jean, pouvait, sans

crainte d'erreur, prêter à l'archevêque des paroles prophétiques. Il

est loin d'être prouvé, du reste, que le choix du successeur de

Richard ait dépendu de la volonté du Maréchal et de l'archevêque de

Cantorbéry, comme le suppose le poète. Il paraît même que Richard,

avant de mourir, aurait désigné Jean comme son successeur et lui

aurait fait d'avance prêter serment de fidélité par ceux de ses

hommes qu'il avait auprès de lui (Rog. de Howden, IV, 83).

[967] L'auteur continue à donner trop d'importance au rôle de son héros.

Voy. la note suivante.

[968] Cette assertion est contredite par Roger de Howden : « Defuncto

Richardo rege Angliae, Johannes comes Moretonii, frater ejus, moram

faciens in Normannia, statim misit in Angliam Hubertum Cantuariensem

archiepiscopum et Willelmum Marescallum, comitem de Striguil, ad

pacem Anglisa servandam, una cum Gaufrido filio Petri, justitiario

Angliffi, et aliis baronibus regni » (IV, 86).

[969] Duc de Normandie, à Rouen, le 25 avril 1199.

[970] Les barons d'Anjou, de Maine, de Touraine, réunis à Angers le jour

de Pâques 1199, avaient reconnu Arthur (Rog. de Howden, IV, 86).

[971] Il débarqua à Shoreham le 25 mai (Rog. de Howden, IV, 89).

[972] Le jour de l'Ascension, 27 mai ; le Maréchal assista au

couronnement (Rog. de Howden, IV, 90).

[973] Jean revint en Normandie vers le 20 juin (Rog. de Howden, IV,

32) ; le Maréchal l'accompagna sûrement, car il était avec lui à

Shoreham, où sans doute eut lieu l'embarquement, le 20 juin (_Rot.

Chart_., p. 79 b), et le 29 il était à Or i val (ibid., 51 b).

[974] Mais c'est ce qu'il ne fit pas. Dès son arrivée en Normandie, Jean

conclut ou prorogea une trêve avec le roi de France du 24 juin au 16

août. Du 16 au 18 juin il y eut des négociations et finalement une

entrevue des deux rois, où Philippe se plaignit précisément de ce

que Jean ne lui avait pas fait hommage et manifesta des exigences

auxquelles Jean se refusa (Rog. de Howden, IV, 93-5). C'est

seulement en mai 1200 qu'un traité fut conclu entre les deux rois

(Delisle, Catal., des actes de Ph. -Aug., n° 604-13 ; Duffus Hardy,

_Rot. litt. pat_., p. xlv).

[975] Le poète ne dit pas que le divorce fut prononcé par l'archevêque

de Bordeaux, mais il le laisse entendre. C'est du reste ce que dit

positivement Rog. de Howden (IV, 119). Voir, pour les circonstances

et la date de ce divorce, qui sont indiquées diversement par les

historiens, Miss K. Norgate, Angevin Kings, II, 398.

[976] Nous sommes très peu renseignés sur cette expédition à laquelle

Rog. de Howden consacre deux lignes : c… profectus est in Aquitaniam

cum exercitu magno, sed non est inventus qui ei resisteret » (IV,

119). Il y a aussi une brève mention à ce sujet dans les _Annales S.

Edmundi_ III H (Memorials of St Edmund's Abbey, II, 8, Collection du

Maitre des rôles). On voit, dans l'itinéraire dressé par Th. D.

Hardy, que Jean voyagea en Poitou et en Aquitaine pendant les mois

de juillet et d'août 1200. Le Maréchal l'accompagna, car il fut

témoin à plusieurs des actes royaux passés pendant ces deux mois

(_Rot. chart_., pp. 72-75). Le 3 septembre il était avec le roi à La

Suze, près du Mans (Rot. _chart_., p. 75). Ensuite il se rendit

probablement dans quelqu'une de ses terres, car il ne paraît plus

dans les actes jusqu'en mars 1201, époque où il était en Angleterre

(Rot. chart., p. 91 b, 92, etc.).

[977] La scène qui suit est assez mal amenée. C'est ce qui m'a conduit à

supposer ici (v. 11968) une lacune.

[978] C'est cependant à cette époque que le roi donna au Maréchal la

collation à l'abbaye de Netley par acte daté de la Réole, 16 août

1200 (Rot. chart., I, 74 b ; cf. D. Hardy, Syllabus of Rymer's

Fcedera, 3 août 1200).

[979] Le comte d'Angoulême Adémar avait donné sa fille Isabelle à Hugues

le Brun, comte de la Marche. Les deux futurs époux s'étaient

acceptés, _per verba de presenti_, et Hugues attendait seulement

pour faire célébrer son mariage que la jeune fille fût nubile,

lorsqu'Adémar, à l'instigation du roi de France, selon les

historiens anglais (Rog. de Howden, IV, 119), et au mépris de ses

engagements, enleva par ruse sa fille à Hugues pour la donner à

Jean. Cet acte de mauvaise foi irrita contre Jean plusieurs des

seigneurs du pays qui passèrent au roi de France (Rigord, § 138).

C'est ce à quoi fait allusion le poète un peu plus loin. Jean,

cependant, avait envoyé une ambassade à Lisbonne pour demander la

fille du roi de Portugal. Sans se préoccuper de l'embarras dans

lequel allaient se trouver ses messagers et avant leur retour, il

épousa la fille du comte d'Angoulême. Ce mariage eut lieu le 24 août

1200 (Ann. S. Edmundi, dans les _Memorials of St Edmund's Abbey_,

II, 8). L'acte par lequel le roi Jean constitue un douaire à sa

nouvelle épouse est du 30 août (Roi. chart., I, 74). t. Le 8 octobre

1200 (Rog. de Howden, IV, 139).

[980] A la fin de mai 1201 (Rog. de Howden, IV, 164). Quelques jours

auparavant il avait envoyé Guillaume le Maréchal et Roger de Laci en

Normandie avec des soudoyers (ibid., IV, 163). Le 9 juin 1201, le

Maréchal se trouvait à l'île d'Andeli avec le roi Jean _(Rot_. de

liberate, p. 15).

[981] Les faits ne sont pas présentés d'une façon bien exacte. Aussitôt

arrivé en Normandie, Jean eut une entrevue, à Andeli, avec le roi de

France, à qui, peu de jours après, il rendit visite à Paris. Cette

visite aurait eu lieu le 31 mai 1201, selon Rigord (§ 135). Mais

cette date doit être inexacte, car d'après l'itinéraire dressé par

Th. D. Hardy, Jean passa en Normandie tout le mois de juin et

n'aurait été à Paris que le 1" juillet et les jours suivants (le 19

il est à Alençon). Le Maréchal était avec lui à Paris le 1" juillet

_(Rot_. de liberate, p. 18). Mais la paix dont il est ici question

ne peut être que celle de mai 1200, mentionnée plus haut, p. 161,

note 5, où en effet est stipulé le mariage de Blanche de Castille,

nièce de Jean, avec Louis, fils aîné de Philippe-Auguste. Il est

singulier que, chez Rog. de Howden, ce traité de paix, bien que daté

fort exactement de mai 1200, soit inséré à l'année 1201 (IV, 148),

ce qui est précisément l'erreur que commet ici le poète. Le mariage

de Blanche de Castille avec Louis, fils du roi de France, avait déjà

été projeté du vivant de Richard ; voy. Rog. de Howden, IV, 81.

[982] Rigord, | 138. Arques doit avoir été assiégé en juillet 1202,

puisque le siège fut levé à la nouvelle de la prise d'Arthur à

Mirebeau, qui eut lieu le 1" août de cette année.

[983] Voy. plus haut, p. 138, note 4.

[984] Ch.-l. de cant. de l'arr. de Poitiers.

[985] Les Poitevins se laissèrent surprendre ; voy. le récit de _l'Hist.

des_ ducs de Normandie _et des rois d'Angleterre_ (Société de

l'Hist. de France), pp. 94-5.

[986] Par le conseil de Philippe.

[987] Il y a dans le Calvados et dans la Seine-Inférieure plusieurs

lieux du nom d'Englesqueville ou Anglesqueville. Il s'agit

probablement icid'Anglesqueville-sur-Saanes, cant. de Tôtes, qui est

assez près de Longueville, où le Maréchal avait, par sa femme,

d'importantes propriétés (voy. p. 120, note 4). Le Maréchal séjourna

sur le continent, et presque constamment en Normandie, depuis juin

1201 jusqu'au commencement de décembre 1203.

[988] Guillaume Longuespée, fils naturel de Henri II, devenu comte de

Salisbury par sa femme en 1196 (Rog. de Howden, IV, 13). Il mourut

en 1226. Voir l'article qui lui est consacré dans le Dict. of nat.

Biography, sous Longbspbb.

[989] Peut-être Hamelin Plantegenet, fils naturel de Geoffroi V, comte

d'Anjou, devenu comte de Varenne et de Surrey par son mariage avec

Isabelle de Varenne, fille de Guillaume, comte de Varenne et de

Surrey, et veuve de Guillaume de Blois (fils du roi Étienne de

Blois), comte de Mortain et de Boulogne. Ce Hamelin Plantegenet

mourut en 1202, précisément dans l'année à laquelle se rapportent

les événements ici racontés (Dugdale, _Baronage of England_, I, 76).

Ce peut être aussi son fils et successeur, Guillaume, qui figure

plus loin dans le poème. Varenne était un fief dépendant de

Bellencombre (arr. de Dieppe).

[990] Il y a dans le tome I des Rotuli litlerarum patentium de nombreux

actes, du mois d'août 1202, relatifs aux prisonniers faits par le

roi Jean à Mirebeau. Th. D. Hardy en a traduit un certain nombre

dans son introduction, p. x -xi. On sait par Roger de Wendover (I,

315) et par d'autres historiens que ces prisonniers furent traités

avec cruauté. Plusieurs seraient morts de faim dans le château de

Corfe. M. G. Dubois a groupé les renseignements qu'on possède sur ce

sujet dans ses Recherches _sur Guillaume des Roches (Bibl. de l'Éc.

des chartes_, XXXII, 141-5). On remarquera que le poète garde le

silence sur ces circonstances comme sur le sort du jeune Arthur.

[991] Raoul d'Exoudun, seigneur de Melle en Poitou, devenu comte d'Eu

par son mariage avec Alice, fille de Henri, comte d'Eu. Il était

frère de Hugues IX le Brun, comte de la Marche, à qui Jean avait

enlevé sa fiancée. Il tirait son surnom d'Exoudun (Deux-Sèvres) et

non d'Issoudun (Indre), bien qu'il soit appelé « Radulfus de

Issoudun » par Rog. de Howden (IV, 161). M. Delisle (_Bibl. de l'Éc.

des chartes_, 4e série, II, 517, 537) a rectifié diverses erreurs

commises au sujet de ce personnage par les auteurs de l'Art de

vérifier les dates. En 1201, le roi Jean, selon Rog. de Howden (IV,

161), avait essayé de le dépouiller de son château de Driencourt

(Neufchâtel en Bray), ou même le lui aurait enlevé selon G. Le

Breton (Phil., VI, 97-9) ; cf. Staplcton, _Magni rot. scacc. Norm_.,

II, ccxxij-ccxxiij. Il mourut au mois d'avril ou de mai 1219

(Delisle, _loc_. Cit., p. 516).

[992] On savait par divers historiens (Roger de Wendover, Rigord, G. Le

Breton, l'Hist. _des ducs de Norm_.) que le roi de France avait levé

le siège d'Arques à la nouvelle de la prise de Mirebeau, mais les

détails qui suivent sur la retraite des Français ne se trouvent

point ailleurs.

[993] Le Maréchal (comte de Pembroke), le comte de Salisbury et le comte

de Varenne.

[994] Voy. p. 32, note t.

[995] Mathieu le Gros figure, en 1195 et en 1199-1200, sur la liste des

maires de Rouen dressée par Chéruel, Hist. de Rouen pendant l'époque

_communale_, I, 360-1. Il n'y figure pas en 1202, mais cette liste

n'est pas très sûre pour le commencement du xur siècle. Il prêta

plus d'une fois des sommes importantes au roi Jean. Voy. Rot. tttt.

pat.,1, 15 b (28 juillet 1202), 30 a (27 mai 1203), etc.

[996] Le texte ajoute : _qu'il n'avait pas la paix jurée_. Le poète

veut-il dire que G. des Roches n'était pas au nombre des barons qui

avaient juré au roi de France de ne pas lui faire la guerre ? Cette

interprétation soulève quelque difficulté.

[997] Le rôle que le poète prèle ici à G. des Roches dans la préparation

et dans l'action est nouveau ; il n'y a rien de tel chez les autres

historiens. C'est ce que M. Beautemps-Beaupré a mis en lumière dans

une note de ses Coutumes et institutions de l'Anjou et du Maine, 2e

partie, III, 241-7.

[998] Constance, veuve de Geoflroi de Bretagne et mère d'Arthur.

[999] Arthnr.

[1000] En octobre 1199. Les mots « vint à Ballon » manquent dans le

texte, mais la restitution est absolument certaine, ayant été faite

à l'aide du passage de Rog. de Howden qui suit : « Mense vero

octobris rex Fran <eciae cepit castellum de Balun quod Gaufridus de

Burelun custodiebat, et subvertit illud. Quod cum Willelmus de

Rupibus, princeps exercibus Arturi, vidisset, grave tulit, et

plurimum increpavit regem Franciae, dicens quod ita non convenerat

inter illum et dominum suum Arturum. Cui rex Franciae respondit quod

propter Arturum dominum suum non dimitteret facere voluntatem suam

de adquisitis suis » (IV, 96). On peut ici encore constater combien

le poète était exactement informé.

[1001] Le poème porte _Bore la reine_ (en rime avec _fine_) ; toutefois,

il ne peut s'agir que de Bourg-le-Roi, Sarthe, arr. de Mamers, cant.

de Saint-Paterne, qui n'est pas éloigné de Ballon, et où il y avait

un château fort, voy. _Revue histor. et archéol. du Maine_, XXIV

(1888). Nous n'avons pas la preuve que Jean ait séjourné à

Bourg-le-Roi au temps de la prise de Ballon (oct. 1199), mais il y

était le mois précédent (12-17 sept.), et pour octobre et novembre

1199 son itinéraire, qui est assez incomplet, nous le montre au Mans

(8-11 oct.) et à Alençon (3 nov.). — Il est vrai que _Bore_ la reine

est assuré par la rime et que, pour admettre _Bore le roi_, il faut

supposer que le poète a fait erreur sur la forme du nom ou l'a

modifiée arbitrairement. M. Beautemps-Beaupré (Coutumes et

institutions de l'Anjou et du Maine, 2e partie, III, 244) préfère

avoir recours à une autre hypothèse : c'est que ce « Bourg-la-Reine

pourrait bien être l'hôtel qu'aurait eu au Mans, soit la reine

Alienor, soit la femme de Jean. » Il semble, toutefois, peu

vraisemblable qu'un hôtel ait été qualifié de « bourg. »

[1002] La phrase reste suspendue ; voy. la note du v. 12489. Cette

démarche du sénéchal d'Anjou en faveur d'Arthur et des autres

prisonniers est, en somme, confirmée par G. Le Breton, selon qui G.

des Roches aurait fait jurer à Jean, avant l'affaire de Mirebeau, de

ne transporter aucun de ses prisonniers au nord de la Loire et de

traiter son neveu avec bienveillance _(Phil_., VI, 411 et suiv.).

[1003] Nous savons par l'itinéraire dressé par sir Th. Duffus Hardy que

le roi Jean séjourna à Chinon après l'affaire de Mirebeau, du 4 au 6

août 1202.

[1004] Le roi se rendit au Mans, en quittant Chinon, le 7 août ; puis il

séjourna à Alençon du 8 au 10, et nous le retrouvons au Mans du 13

au 19.

[1005] Le roi d'Angleterre avait commencé par lui enlever la dignité de

sénéchal d'Anjou (voy. G. Dubois, _Bibl. de l'Éc. des chartes_,

XXXIV (1873), 513). Les circonstances qui amenèrent Guillaume des

Roches à abandonner le parti du roi d'Angleterre ont été mises en

pleine lumière, à l'aide du poème, par M. Beautemps-Beaupré dans la

note citée plus haut, p. 167, n. 3.

[1006] « Longtemps » doit être entendu en un sens relatif, car Savari de

Mauléon fut délivré en août 1204 (voy. _Rot. litt. pat_., I, 446).

La liste de ses otages est insérée à l'année 1205 (ibid., 55) b.

Bientôt, dès janvier 1206, il était sénéchal de Poitou (ibid., 58

a). — La _Chronique des ducs_ de Normandie et des rois d'Angleterre

(Soc. de l'hist. de Fr.) fait, en termes différents, à peu près les

mêmes observations que notre poète au sujet de Guillaume des Roches

et des barons poitevins (p. 95-6).

[1007] Cf. p. 24, note 2.

[1008] L'itinéraire du roi Jean nous le montre à Alençon le 29

septembre. Avant cette date, le dernier séjour constaté est à

Saumur, le 16 et le 17 du même mois.

[1009] Les Anglais.

[1010] C'est le mot de Rolant.

[1011] Ch.-l. de cant., arr. de Mortagne.

[1012] Breteuil-sur-Iton, ch.-l. de cant., a r r. d'Évreux.

[1013] Bonneville-sur-Touque, cant. de Pont-l'Évêque, ou

Bonneville-Aptot, arr. de Pont-Audemer, cant. de Montfort-sur-Risle.

C'est, dans les deux cas, un chemin impossible. La rime aura obligé

l'auteur à intervertir Lisieux et Caen.

[1014] Jean est à Rouen le 15 et le 16 octobre.

[1015] _Lovrekaire_ (v. 12598) n'est peut-être pas une forme correcte.

En tout cas, il s'agit du routier bien connu qui est appelé

_Lupescarius_ ou Lupescaire en des lettres du roi Jean, par

lesquelles il est ordonné de lui accorder toute protection à lui et

à son butin : « Quod salvo conducatis pref dam dilecti nostri

Lupescar' (_Lupescarii_) per Normanniam et homines ipsius Lupescar'

predam ducentes » (16 déc. 1202 ; _Bot. litt. pat_., I, 21 b ; cf.

24 a). On trouve _Lupeskeire_ et _Lopecaire_ dans les Rot. Norm.,

pp. 118, 120. Guill. Le Breton (Phil., VII, 832 ; VIII, 17) latinise

son nom en _Lupicarus_. M. Fr. Delaborde (p. 182) suppose que la

forme vulgaire était _Lou Pescaire_. Cela est fort contestable.

[1016] Le roi passa par Alençon le 29 octobre ; le lendemain il était au

Mans.

[1017] Robert III, comte d'Alençon (1191-1217).

[1018] Il aurait donc fait hommage à Philippe-Auguste le 29 oct. 1202,

époque pour laquelle les mouvements du roi de France ne sont pas

connus.

[1019] Voy. p. 59, note 1.

[1020] D'après l'itinéraire dressé par sir Th. D. Hardy, le roi Jean

passa tout le mois de novembre tant à Saumur qu'à Chinon. On n'a de

lui aucun acte passé à Mamers.

[1021] Le roi de France.

[1022] Philippe-Auguste prit en 1203 Conches, Andeli et Le Vaudreuil

(voy. Rigord, § 140). R. de Coggeshall (éd. Stevenson, p. 143-4) et

Mathieu de Paris (_Chron. maj_., II, 482) parlent de la prise des

deux dernières de ces places, mais ne disent rien de Conches. Les

tentatives de négociations exposées plus loin ne sont point

mentionnées ailleurs.

[1023] Cf. ce passage de Girart de Roussillon (§ 520 de ma traduction) :

« Lat théologie et les auteurs nous montrent quelle justice on doit

faire d'un * traître. On doit l'écarteler avec des chevaux, le

brûler sur le bûcher, et là où sa cendre tombe il ne croit plus

d'herbe et le labour reste inuc tile ; les arbres et la verdure y

dépérissent. »

[1024] Le roi Jean séjourna à Falaise du 30 janvier au 1" février.

[1025] La présence du roi est constatée à Rouen du 3 au 19 février.

[1026] Une grande partie de la ville de Rouen brûla en octobre 1200

(Chéruel, _Hist. de Rouen pendant l'époque communale_, I, 79, 80).

Est-ce à cet incendie que l'auteur fait allusion ?

[1027] Etienne de Longchamp fut l'un des otages donnés à

Philippe-Auguste par Richard lors du traité de juillet 1193 (Rog. de

Howden, III, 220). Il avait été sénéchal de Richard, qu'il

accompagna en Palestine (L'Estoire de la guerre sainte, vv. 9318,

10075, 10488). Il avait des possessions en Angleterre et en

Normandie et fut, au commencement du règne de Jean, sénéchal de

cette province (Stubbs, préface dut. III de Rog. de Howden, p. xl,

note 1 ; Stapleton, _Magni rot. scacc. Norm_., I, cxlj, II, cxj,

cxij, cxiv-cxvij). Après la conquête de la Normandie, en 1204, il

passa au service du roi de France (Delisle, _Catal. des actes_ de

Ph. -Aug., n° 961, 1446). Enfin, il combattit à Bouvines dans les

rangs de l'armée française et y fut tué aux côtés du roi (G. Le

Breton, Chronique, § 192). On ne savait pas jusqu'ici qu'il eût été

emprisonné dans la tour de Rouen. Les mentions qu'on trouve sur lui

dans les documents de l'administration anglaise (mentions relevées

par Stapleton, op. _cit_.), ne font aucune allusion à cette

circonstance. Quelle qu'eût été la cause de ce traitement, Etienne

doit être sorti de prison un peu avant l'époque qu'indique le poète,

car en juillet 1202 le roi lui fit payer 100 livres angevines, et le

23 novembre de la même année il lui fit rendre une terre (Hardy,

Rot. Norm., p. 58 et 113). Il dut, lors de sa délivrance, donner ses

deux fils en otage. L'un et l'autre lui furent rendus successivement

par lettres patentes du 6 septembre et du 28 novembre 1204 _(Rot.

litt. pat_., I, 45 a, 48 a).

[1028] Au sud de Rouen, rive gauche de la Seine (voy. p. 159, note 4).

[1029] Bonneville-sur-Touque, cant. de Pont-l'Évêque. Il y avait un

château où, comme on le verra plus loin, le roi Jean aimait mieux

résider que dans le village même.

[1030] On voit par l'itinéraire dressé par D. Hardy que Jean séjourna à

Trianon à diverses reprises pendant l'année 1203, en dernier lieu du

4 au 6 novembre. Ce lieu n'a pas été identifié par D. Hardy. C'est

sans doute le hameau de ce nom qui fait partie de la commune de

Saint-Benoît d'Hebertot, cant. de Blangi, arr. de Pont-l'Évêque,

car, le 7 novembre de la même année, le roi Jean, qui, la veille,

était à Trianon, séjourna à Hebertot. Il y a, toutefois, près de là,

dans la commune de _Quetteville_, un autre Trianon.

[1031] Ces trois localités sont sur la Risle : Beaumont-le-Roger (ch.-

l. de cant., arr. de Bernai) au sud ; plus au nord Brionne (ch.-l.

de cant., arr. de Bernai), et enfin Montfort-sur-Risle (ch. -l. de

cant., arr. de Pont- Audemer).

[1032] Ch.-l. de cant., a r r. d'Évreux, au sud-ouest de cette dernière

ville.

[1033] Maintenant Broglie, ch.-l. de cant., arr. de Bernai, à mi-chemin

entre Lisieux et Breteuil.

[1034] Ch.-l. de cant., ar r. d'Évreux, à une douzaine de kilomètres au

sud de Breteuil.

[1035] Jean est à Rouen du 9 au 12 novembre ; le 12 et le 13 il est à

Bonneville (Bonneville-sur-Touque, cant. de Pont-l'Évêque) ; le 15

et le 16 à Caen.

[1036] Ici nous ne sommes plus d'accord avec l'itinéraire dressé par Th.

D. Hardy. Il ne paraît pas que le roi se soit rendu directement à

Bayeux. De Caen, où il séjourna le 15 et le 16 novembre, il alla au

Plessis-Grimoult (arr. de Vire, cant. d'Aulnay), où nous le trouvons

le 18, puis le même jour à Domfront, où il séjourna jusqu'au 21 ;

là, il se rendit à Vire, où sa présence est constatée du 21 au 23.

C'est probablement du 24 au 25 qu'il passa par Bayeux, car aucun

séjour n'est marqué dans l'itinéraire pour ces deux jours-là, et, à

partir du 26 jusqu'au jour de son départ pour l'Angleterre, nous le

trouvons en Cotentin, à Montfarville, à Sainte-Mère-l'Église, de

nouveau à Montfarville, puis à Gonneville, à Cherbourg, et enfin, le

5 décembre, à Barlleur.

[1037] Le roi Jean est à Barfleur le 5 décembre et le 7 à Portsmouth.

[1038] De ce nombre ne fut pas le Maréchal : le roi l'emmena avec lui :

« Puis passa mer et vint en Angleterre, et enmena o lui Bauduin de

Biethune, qui cuens estoit d'Aubemalle, et Guillaume le Mareschal,

qui cuens estoit de Pembourc : ces deus amoit il mout et creoit, car

il cstoi[enlt preudome » (Hist. des ducs de Normandie et des rois

d'Angleterre, p. 97).

[1039] Robert, quatrième _comte de Leicester_ depuis 1 191 et appelé du

vivant de son père Robert de Breteuil (Ben. Peterb., II, 156),

combattit contre Philippe-Auguste en 1194 et fut fait prisonnier

(Rog. de Howden, III, 253-4 ; Rigord, § 97). Il dut, pour recouvrer

sa liberté, payer une forte rançon et abandonner au roi son château

de Paci-sur-Eure (Rog. de Howden, III, 278, IV, 5 ; Delisle, _Catal,

des actes de_ Ph. -Aug., n° 466 à 473 ; Stapleton, _Magni rot.

scacc. Norm_., I, cxlij). Il avait encore d'autres biens en

Normandie qui furent confisqués par Philippe-Auguste après la

conquête de cette province (Delisle, Catal, des actes de Ph. -Aug.,

n — 887). 11 mourut en 1204, probablement le 20 octobre (Bémont,

Simon de Montfort, comte de Leicester, p. 2, note 3). On trouvera

quelques autres détails sur ce personnage dans G. W. Watson, _The

ancient earls of Leicester_, mémoire publié dans _The Genealogist_,

année 1894.

[1040] Cette ambassade est placée en avril 1204 par R. de Coggeshall

(éd. Stevenson, p. 144). Pendant les mois d'avril et de mai le comte

de Leicester et le Maréchal ne figurent comme témoins sur aucun acte

royal. On verra à la note suivante que le Maréchal traita avec le

roi de France dans la seconde quinzaine de mai.

[1041] L'engagement de Guillaume le Maréchal nous est parvenu. Il est

publié dans les Layettes du Trésor des chartes sous le n° 715. M.

Delisle (_Catal. des actes de_ Ph. -Aug., n° 818) l'analyse ainsi :

« 1204, du 15 au 31 mai, Lisieux. — G. le Maréchal, comte de

Pembroke, s'engage à livrer à Philippe-Auguste le château d'Orbec ;

il confiera à Osbert de Rouvrai les châteaux de Longueville et de

Meulers pour les remettre au roi à la prochaine fête de Saint-Jean ;

il donne cinq cents marcs d'argent afin d'avoir un an de répit pour

faire sa soumission. » Sur Osbert de Rouvrai, voy. ci-dessus, p. 90,

n. 3.

[1042] Philippe-Auguste tint le siège devant Rouen pendant une partie de

mai et de juin ; voy. _Catal. des actes de Ph.-Aug_., n° 819 à 831 ;

cf. Chéruel, Hist. de Rouen pendant l'époque communale, I, 87 et

suiv.

[1043] Le 1" juin 1204, Pierre de Préaux s'engageait à rendre la ville

au roi de France un mois plus tard, si, dans l'intervalle, le roi

Jean ne l'avait pas secourue. L'acte est dans les Layettes du

Trésor, n° 716 (Delisle, Catal. des actes de Ph. -Aug., n° 827).

[1044] Eure-et-Loir, arr. de Dreux.

[1045] Jean séjourna à Portsmouth ou dans les environs (Winchester,

Porchester, Southwick, Southampton, etc.) du 5 au 22 mai 1204. m «

[1046] C'est l'ancien proverbe : Tandis que le chien chie le loup se

sauve » _(Proverbes communs_. Lyon, 1539).

[1047] L'archevêque de Cantorbéry (voir plus bas).

[1048] Hugues, archidiacre de Wells, est souvent qualifié par le roi de

« clericus noster », et il fut sans doute plus d'une fois chargé de

missions. Ainsi, le 30 janvier 1204, le roi Jean ordonne aux barons

de l'Échiquier de rembourser à trois personnes dénommées dans l'acte

une somme de 300 marcs par elles avancées à Hugues de Wells,

« Hugoni de Wellis, clerico nostro, transfretanti in Normanniam, in

servicium nostrum » (Rot. lut. clans., I, 38 a). Il devint évêque de

Lincoln en 1209.

[1049] L'acte de cet hommage ne nous est pas parvenu. Il doit être

postérieur de moins d'un an à l'engagement du Maréchal mentionné

ci-dessus (p. 177, n. 1), et par conséquent on peut le rapporter au

commencement de l'année 1205. Or, entre le 13 février et le 31 mai

1205, le Maréchal ne figure comme témoin à aucun acte royal, le roi

Jean étant alors en Angleterre. C'est donc dans cet intervalle, et

probablement en mars ou avril, que le Maréchal fit hommage au roi de

France. On a vu à la note précédente que ce dernier était à

Compiègne en avril.

[1050] La présence de Philippe-Auguste à Anet est constatée à une époque

comprise entre le 10 avril et le 31 octobre (Delisle, Catal., p.

cvij).

[1051] Renaut de Dammartin (voy. plus haut, p. 105, note 7).

[1052] Sur ce personnage, voy. plus haut, p. 158, note 5.

[1053] Cette indication paraît être hors de son lieu, car la prise de

Caen est antérieure à la capitulation de Rouen, qui eut lieu à la

fin de juin 1204 (Rigord, l 142 ; G. Le Breton, Chron., g 130 ; PMI,

VHI, 22 ; R. de Coggeshall, p. 145).

[1054] Au commencement de juin 1205. Pendant les quinze premiers jours

de ce mois, le roi séjourna soit à Portsmouth, soit dans les

environs. Mathieu de Paris (_Chron. maj_., II, 494) place la

préparation de l'expédition projetée (mais non accomplie) vers les

ides de juillet. Sir Th. D. Hardy propose avec raison de substituer

juin à juillet (Rot. Mt. pat., I, xlvj).

[1055] Le poète ne savait pas qu'à Portsmouth on ne peut avoir devant

soi la grande mer, dont on est séparé par l'île de Wight.

[1056] Les « bachelers » du roi étaient des jeunes gens non encore

parvenus à la dignité de chevalier, n'ayant point de terres, étant

par conséquent bien plus dans la dépendance du roi que ses barons.

Il n'y a aucun moyen de rendre cette signification en français

moderne ; c'est pourquoi je conserve le mot du texte en lui donnant

la forme actuelle.

[1057] Henri Fils Gerout était un des chevaliers du roi. Il figure comme

témoin en des actes de 1200, 1212 (Rot. chart., I, 39 a, 186 a, 188

a). Il accompagna le roi dans son expédition d'Irlande en 1210

(Rotulide liberate, 184, 187, 203, 217, 226). C'était l'un des

fidèles du Maréchal qui l'eut auprès de lui à ses derniers moments

(v. 17916).

[1058] « Conseil » veut dire entretien privé.

[1059] Jean d'Erlée.

[1060] Bassingbourn, comté de Cambridge. C'est à lui que le roi Jean

confia en 1207 la garde du château de Corfe _(Rot. litt. pat_., I,

74 a) et en 1212 celle du château de Hertford _(ibid_., 94 b), etc.

Il existe d'assez nombreuses lettres du roi Jean concernant ce

personnage qu'on voit figurer comme témoin dans les actes royaux

depuis 1205 (Rot. chart., 1 50 a) ; Rog. de Wendover (II, 60 ; cf.

Math. de Paris, Chron. maj., II, 533) le mentionne avec Roger de

Gaugi (ci-dessus, p. 43, note 2) et Gérard d'Athée (ci-après, p.

188, note 4) parmi les conseillers les plus funestes (nequissimos)

du roi Jean.

[1061] Baudouin de Béthune, comte d'Aumale ; cf. p. 54, note 3.

[1062] Traduit d'après la correction proposée en note (v. 13237).

[1063] Par le duel.

[1064] C'est-à-dire ni par le jugement de la cour des barons ni par le

duel.

[1065] Cf. Rog. de Wendover (II, 9-10) : « Eodem anno 1205 circa Pentec

costen, rex Johannes congregavit exercitum grandem, quasi mare

transiturus, et, prohibent ? sibi Cantuareni archiepiscopo et aliis

multis, apud Portesmuthe navium multitudinem copiosam coadunari

fecit ; deinde rex cum parvo comitatu, idibus julii, naves ascendit,

et velis patentibus Neptuno se committens, mutato consilio, die

tertio apud Stodlandt juxta Warrham (Wareham, _Dorset_) applicuit.

Reversus autem rex cepit de comitibus, baronibus, militibus et viris

religiosis pecuniam infinitam, occasiones pretendens quod nollent

ipsum sequi ad partes transmarinas, ut heereditatem amissam

recuperaret. » Nous savons d'ailleurs, par Raoul de Coggeshall (éd.

Stevenson, p. 152), que Guillaume le Maréchal s'unit à l'archevêque

de Cantorbéry pour dissuader Jean de son expédition.

[1066] Guillaume, celui qui succéda aux titres et dignités de son père.

Il paraît n'avoir été délivré qu'en août 1212 _(Rot. litt. pat_., I,

94 b).

[1067] Cf. Le Roux de Lincy, Livre _des proverbes_, II, 407.

[1068] Le poète passe sous silence les événements de la fin de l'année

1205 et des premiers mois de 1206. A la date du 30 novembre 1205, le

Maréchal fut chargé avec l'évêque de Durham et plusieurs autres

personnages d'accompagner le roi d'Écosse Guillaume, se rendant avec

sauf-conduit à York pour avoir une entrevue avec le roi _(Rot. litt.

pat_., I, 56).

[1069] En 1206, la Pentecôte tomba le 21 mai.

[1070] Le roi séjourna en Hampshire, à Porchester, à Winchester, à

Southampton, à Bishopstoke, etc., du 8 au 28 mai 1206. Puis il se

rendit dans l'île de Wight, et, le 1" juin, s'embarqua à Yarmouth

pour la Rochelle, où sa présence est signalée le 8 et le 9 du même

mois. Il par courut la Saintonge, le Poitou, l'Anjou jusqu'au 25

novembre, date où il était dans l'île de Sein ; le 13 décembre

suivant, il était à Beer-Regis, en Dorset.

[1071] Cf. _l'Hist. des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre_, p.

108.

[1072] 29 septembre ; mais cette date n'est pas exacte ; voy. ci-dessus

la note 4.

[1073] C'est ce que confirme l'Hist. _des ducs de Normandie et des rois

d'Angleterre_ : « Or oiés quel vie li rois Jehans mena, puis que il

fu u repairiés en Angleterre. Toute s'entente torna a deduire son

cors : bois a et rivières antoit et moult l'en plaisoit li deduis »

(éd. de la Soc. de l'hist. de France, p. 109).

[1074] Ce n'est pas sûr. C'est en l'an 1200 que le Maréchal fonda

l'abbaye de Tintern, sur la côte d'Irlande, dans le comté de

Wexfprd. Or, cette abbaye, appelée aussi Monasterium de Voto, fut

fondée en exécution d'un vœu que le Maréchal avait fait pendant une

tempête, dans le pas sage d'Angleterre en Irlande (Annales

d'Irlande, à l'année 1200, dans les _Chartularies of St Mary's

Abbey_, Dublin, II, 308).

[1075] Il alla d'abord, comme on va le voir, à Striguil. L'époque de son

départ de la cour du roi pourrait être fixée exactement en notant le

moment où il cesse de paraître comme témoin dans les chartes

royales. Malheureusement, le rôle des chartes de la huitième année

de Jean (de l'Ascension 1206 à l'Ascension 1207) est perdu. Le 19

février 1207, le roi accorda des lettres de protection au Maréchal

« quamdiu fuerit in Hibernia per licentiam nostram » (_Rot. litt.

pat_., I, 69 a). Henri Huesé (ci-des sous, p. 186) et Jean d'Erlée,

qui accompagnaient le Maréchal, reçurent des lettres patentes dans

la même forme.

[1076] Ces événements sont placés un peu trop tard, car Hubert Gautier,

archevêque de Cantorbéry, mourut le 29 juin 1205, et Robert de

Leicester plus tôt encore, le 20 octobre 1204 ; voy. ci-dessus, p.

176, note 1.

[1077] Thomas de Samford li (y a en Angleterre plusieurs lieux du nom de

Samford ou Sampford) figure, comme témoin ou comme chargé de

diverses missions, en un très grand nombre d'actes du roi Jean ;

voy. notamment les tables des Rotuli chartarum et des Rotult

litlerarum patentium. Il paraît à diverses reprises dans la suite du

poème. Il était, très probablement, frère de Hugues de Samford

mentionné plus haut ; voy. p. 120, note 2.

[1078] Voy. p. 100, note 3.

[1079] Meilier (dans les documents latins Mellerius, Meilerus, Maylerus

filius Henrici) était le fils d'an certain « Henricus filius

Regis, » dont la mère était Nesta, fille de Rhys ab Tewdur, prince

de la Galle du Sud, et dont le père était le roi Henri Ier (Giraud

de Barri, Opera, I, 58 ; cf. V, c et cj). Il fut au nombre des

aventuriers normands ou anglais qui, en 1169, s'établirent de vive

force en Irlande. Giraud de Barri le représente comme un homme brave

et entreprenant, mais ambitieux et cherchant à se faire valoir

(Expugn. Mb., I, iv). Il est, à maintes reprises, célébré pour sa

vaillance dans le poème de Dermot (éd. Orpen, vv. 765, 1945-8,

2001-4, 3424 et suiv.). Il fut nommé grand juge d'Irlande vers

octobre 1200 _(Rot. chart_., I, 98 b ; _Calendar of doc. rel. to

Ireland_, n° 133) et resta en fonctions jusqu'en 1208. Il mourut en

1220 (Orpen, note sur le v. 447 du _Song of Dermot_). On n'avait

jusqu'à présent aucune information sur sa lutte contre le Maréchal.

[1080] Ce chevalier tirait son nom de Sauqueville (cant. d'Offranville,

arr. de Dieppe). Il y avait un chapitre dans lequel, selon un acte

de 1201, émané de Gautier, archevêque de Rouen, Jourdain de

Sauqueville avait fondé deux prébendes (Toussaints Duplessis,

Description de la Haute Normandie, I, 167). Il paraît s'être établi

en Irlande vers la fin du xn* s., et y construisit un château, près

de Carlingford, comté de Louth, où le roi Jean séjourna le 12

juillet 1210. En 1211, le roi Jean lui accorda le droit d'établir un

marché à Sauqueville _(Rot. chart_., I, 91 b). Plusieurs actes le

concernant et compris entre les années 1210 et 1221 sont analysés

dans le _Calendar of doc. rel. to Ireland_, I (1875) ; voy. la table

de cet ouvrage. Il figure comme témoin en plusieurs des actes que le

Maréchal passa en Irlande.

[1081] Étienne d'Évreux était neveu d'Etienne de Longchamp (Rot. chart.,

1, 156 a ; Stapleton, _Magni rot. scacc. Norm_., II, cxiv). Il avait

des biens en Angleterre, dans le comté de Hereford (Roi. litt. pat.,

I, 91 a, 147 b ; _Rot. litt. claus_., 294, 346 6), et en Irlande,

dans le comté de Wexiota (Chartularies of St Mary 's Abbey, Dublin,

II, 183). Il figure comme témoin en plusieurs actes passés en

Irlande (ibid., II, 174-7).

[1082] La province appelée dans le poème sur la conquête de l'Irlande

Okencelath (The Song of Dermot, éd. by G. H. Orpen, vv. 886, 1742,

1785, etc.), en ancien irlandais Ui Ceinnsealaigh. C'était une

contrée de l'Irlande qui comprenait tout le comté de Wexford et une

partie des comtés de Wicklow et de Carlow ; voy. _the Song of

Dermot_, p. 327.

[1083] Ancienne division de l'Irlande correspondant au comté de Kilkenni

et à une partie du Queen's County.

[1084] Baligauran est actuellement Gowran, chef-lieu d'une ancienne

baronnie dans le comté de Kilkenni ; voy. une note de M. Orpen, The

Song of Dermot, p. 328.

[1085] Je ne trouve pas ce nom dans les documents du temps. Peut-être

faut-il lire Raoul, comme au v. 13749.

[1086] L'un de ceux qui avaient accompagné le Maréchal en Irlande ; voy.

p. 184, n. 3. Son nom est écrit dans les documents tantôt Hose (Rot.

de _obi_., p. 167), tantôt Huese (ibid., p. 500).

[1087] Il était établi en Irlande depuis 1199 au moins (Calendar of doc.

_rel. to Ireland_, n° 103, 179, 226, 287). On le voit figurer parmi

les témoins de diverses chartes du Maréchal passées en Irlande.

[1088] Témoin à divers actes émanant du Maréchal, par exemple à l'acte

de fondation du monastère de Dowiskyr, vers 1212 (Gilbert,

Facsimiles of national mss. of Ireland, II, pl. lxix). On le

retrouve plus tard sénéchal de Leicester (_Calendar of doc. rel. to

Ireland_, n° 873).

[1089] Le ms. porte _Tonin_, mais c'est une erreur. Il ne peut être

question que de Thomas Fils Antoine, qui possédait en Irlande des

biens considérables, et à qui, en 1215, le roi confia la garde du

comté de Waterford et de plusieurs châteaux (_Calendar of doc. rel.

to_ Ireland, n° 576). Il mourut au commencement de l'année 1229

(ibid., n° 1689).

[1090] Richard de Clare, comte de Pembroke (ci-dessus, p. 100, note 3,

et p. 120, note 4).

[1091] 29 septembre.

[1092] Il avait abordé en Galles, d'où il se rendit en Angleterre.

[1093] La Saint-Michel.

[1094] Newtown-Barry, comté de Wexford. Il y a plusieurs autres

localités appelées Newtown en Irlande, deux notamment en Meath, mais

il est plus probable qu'il s'agit de Newtown-Barry.

[1095] Meilier était à la cour du roi, en Angleterre, du 8 au 14

novembre 1207, car il est témoin à divers actes royaux passés le 8,

le 12 et le 14 de ce mois (Rot. litt. pat., I, 77 a ; Rot. chart.,

I, 171 b, 172 a, 173 a, 174 a), mais il ne figure en cette qualité

dans aucun acte postérieur. Antérieurement, pour le trouver comme

témoin, il faut remonter à l'an 1200.

[1096] Briouze-Saint-Gervais, Orne, arr. d'Argentan. Il était beau-frère

d'Adam du Port, dont une fille avait épousé Jean le Maréchal, frère

de Guillaume le Maréchal (ci-dessus, p. 132, note 6). Il avait marié

sa fille Marguerite à Gautier de Laci, qui avait des terres

considérables en Irlande (Stapleton, _Magni rot. scacc. Norm_., II,

Ixx ; et ci-après, v. 14180-3). La persécution que lui fit endurer

Jean sera plus loin l'objet d'une note (v. 14156). Actuellement, il

ne s'agit que de déterminer le moment où la rupture éclata. Ce dut

être à la fin de décembre 1207 ou au début de l'année 1208, car il

figure pour la dernière fois comme témoin à un acte royal dans une

charte donnée à Windsor le 26 décembre 1207 (Rot. chart., I, 175 a).

[1097] Le Maréchal n'arriva probablement à la cour du roi qu'après

Meilier, car c'est au 25 janvier 1208, à Guildford, qu'il paraît

pour la première fois comme témoin d'un acte royal (Rot. chart., I,

175 a). Il est témoin ensuite à des actes du 12 février et du 7 au

19 mars de la même année (ibid., 175 b, 176 a, 178 a). Puis on ne le

voit plus reparaître de l'année. Quant aux années suivantes, on sait

que les rôles des années 11, 12, 13 de Jean sont perdus. Entre le 25

janvier et le 12 mars se place un acte important pour l'histoire du

Maréchal. C'est une lettre close du roi à Meilier (7 mars) pour

annoncer à celui-ci que, le 5 mars, Guillaume le Maréchal s'est

présenté à lui spontanément, à Bristol, disposé à se soumettre à sa

volonté. En conséquence, le roi invite Meilier à maintenir la paix

et à s'opposer à toutes incursions qui pourraient être faites sur

les terres du comte Maréchal (Rot. lut. elaus., I, 105 ; Calendar of

doc. rel. to Ireland, n° 375).

L'histoire de Guillaume le Maréchal, T. 3 · 第 25 / 29 题