L'évèque de Winchester alla en reconnaissance avec une troupe

d'arbalétriers. Il leur dit de l'attendre et pénétra dans le château

avec un seul sergent. A l'entrée, il rencontra sire Geffrei de Seriant.

Il vit les murs et les maisons abattus par les pierrières. On l'engagea

à se mettre à l'abri, à cause des mangonneaux et des pierrières qui

brisaient tout aux alentours, et il entra dans la tour où il trouva la

bonne dame à qui appartenait le château et qui le défendait de son

mieux[1260]. La dame se réjouit fort de la venue de l'évèque qui la

réconforta par les nouvelles qu'il lui donna. L'évêque ne s'y arrêta pas

longtemps : il sortit à pied, par une poterne, dans la ville, et, comme

il l'examinait, il vit une vieille porte qui avait fait communiquer le

château et la ville, mais qu'on avait murée anciennement. Il la fit

abattre pour faire une entrée à l'ost[1261]. L'évèque rejoignit les

siens, qui vinrent au-devant de lui en chantant comme si déjà ils

avaient la victoire. L'évêque leur dit en riant qu'il fallait lui

réserver la maison de l'évêque, puis qu'il y avait préparé l'enrendre

compte des difficultés que présente ce passage, se former une idée nette

de ce qu'était Lincoln au moyen âge. La ville se composait de deux

parties encore maintenant suffisamment distinctes : la ville haute,

correspondant à l'antique Lindum des Romains, et la ville basse, qui

s'étendait jusqu'à la rivière (le Wilham) et jusqu'au Foss Dyke.

Actuellement, la ville s'étend au sud bien au delà de cette limite et

englobe Saint-Mary-le-Wigford dont il sera question plus loin. La ville

haute a la forme d'un carré ; on a retrouvé en maint endroit la trace

des murs romains qui l'entouraient. L'angle sud-ouest de ce carré est

occupé par le château bâti par Guillaume le Conquérant et dont la

superficie intérieure est d'environ 32,000 mètres carrés ; l'angle

sud-est contient la cathédrale et ses dépendances. Entre le château et

la cathédrale, il y a une place, Castle Hill (c'est maintenant un

square), et une rue qui se dirige du nord au sud, Bail gâte. La ville

haute, moins le château, s'appelait autrefois le Bail. Pour la

topographie de l'ancien Lincoln, on peut consulter un recueil de

mémoires publiés sous le titre de Memoirs Mustrative of the history and

antiquities of the county and city of Lincoln, communicaled to the

annual meeting of the Archxological Institute of Great Britain and

Ireland held at Lincoln, july 1848 (London, 1850, in-8*) ; voir surtout

p. 3 (mémoire sur l'ancien palais épiscopal) et p. 280 (mémoire sur le

château de Lincoln). Il y a dans ce volume un plan de Lincoln et un plan

de Lindum Colonia. Maintenant, reprenons le texte. L'auteur nous montre

l'évêque de Winchester entrant dans le château (v. 16475), sans doute

par la porte de l'ouest, maintenant murée, qui donnait sur la campagne,

les Français se tenaient dans la ville basse et dans la partie de la

ville haute où était la cathédrale, d'où ils lançaient dans l'enceinte

du château des pierres qui détruisaient les maisons construites dans

cette enceinte (v. 16481 et suiv.), mais ils n'avaient pas songé à

investir la place du côté de l'ouest, par où les Royaux arrivaient.

L'évêque entra dans la tour ou donjon où était la châtelaine ; cette

tour était au sud-ouest du château ; elle existe encore. Il en sortit

bientôt c parc un postiz » (v. 16500). Ce « postiz, » qui mettait en

communication le château avec l'extérieur, n'était certainement pas

pratiqué dans le donjon : on en verrait la trace. Ce n'est pas non plus

la porte orientale du château qui donne sur Castle Hill et qui n'aurait

pas été qualifiée de « postiz. » Cette poterne se trouvait probablement

dans une tour, actuellement détruite, qui existait entre le donjon et la

porte orientale, au sudest du château (Memoirs, etc., p. 289). Quoi

qu'il en soit, une fois entré dans la ville, l'évêque découvre une porte

de grande antiquité, c qui les c murs de la cité joigneit avec cels del

chastel i (v. 16506-7). On ne comprend pas bien comment une porte peut

joindre deux murs. Il ne tréepar où ses gens entreraient[1262]. Quand

les gens de Faukes entendirent ces paroles, ils envahirent la ville,

mais ils furent laidement repoussés par ceux du dedans[1263] [1 6540].

L'évêque dit au Maréchal : « Ils n'ont pas trouvé l'entrée non défendue

à laquelle je pensais. Il y a là une brèche que l'ennemi ne connaît pas.

Venez, je vous y mènerai. — Par le glaive Dieu ! ça mon heaume, »

répondit le Maréchal. « Sire, » reprit l'évêque, « il ne faut pas donner

l'assaut si précipitamment, mais souffrez que deux hommes de chacune de

nos batailles aillent reconnaître les abords de la tour, et nous agirons

selon leur rapport » [16566].

Le Maréchal y consentit et se mit en marche. L'évêque de Winchester

choisit dix hommes, deux par bataille, avec les quels il alla

reconnaître. Ils rencontrèrent en chemin les sergents qui avaient lâché

pied honteusement[1264] et les maltraitèrent[1265]. Le Maréchal cria aux

siens : « Chargez ! ils seront bientôt vaincus.

« Honni soit qui tardera plus. » L'évêque lui dit : « Sire, attendez vos

hommes. Il est plus sûr d'y aller tous ensemble ; nos ennemis nous

craindront davantage. » Le Maréchal ne voulut pas l'entendre. Plus vif

qu'un émerillon, il éperonna son cheval, et tous ceux qui étaient avec

lui s'enhardirent à sa vue. Il fallut qu'un valet lui fît apercevoir

qu'il n'avait pas son heaume. Il dit au jeune Maréchal : « Attendez-moi

ici jusqu'à ce que j'aie pris mon heaume » [16604].

Quand il eut la tête armée, il parut beau entre tous et léger comme un

oiseau. Il éperonna le cheval. Un lion affamé n'est pas plus rapide à

fondre sur sa proie que le Maréchal lorsqu'il courut sur ses ennemis. Il

pénétra dans la presse à la profondeur de trois lances, dispersant ses

adversaires et les mettant en déroute. L'évêque le suivait, criant :

« Ça ! Dieu aide au Maréchal[1266] ! » J'oubliais de vous dire qu'à

l'arrivée des nôtres le plus habile de ceux qui manœuvraient les

pierrières de l'ennemi fut tué. C'était celui qui tirait sur la tour.

Voyant arriver nos chevaliers, il crut que c'étaient les hommes de son

parti. Son animation redoubla ; il mil une pierre dans la pierrière, et,

comme il disait é*l ils lui coupèrent la tête [16642].

Le jeune Maréchal fit bien paraître qu'il ne voulait pas rester en

arrière, car sa bannière se montrait toujours au premier rang. Il était

entré dans la cité par la brèche au moment où le Maréchal faisait lacer

son heaume. Ceux de la ville étaient plus nombreux que les assaillants,

mais il les chargea si énergiquement qu'en peu de temps beaucoup d'entre

eux furent abattus. Avant la fin de la lutte, les Français eurent le

dessous. Le Maréchal père et son fils les mirent par force en retraite.

Le premier, accompagné du comte de Salisbury (à qui Dieu octroie pardon

de ses péchés[1267] !), tourna à droite, laissant à gauche un

moutier[1268]. Ils trouvèrent là une grande partie des Français très

effrayés. L'un d'eux, Robert de Ropelai[1269], brisa sa lance contre le

comte de Salisbury [1 6691], mais le Maréchal lui donna un tel coup

entre les épaules qu'il faillit l'abattre. Robert se laissa glisser de

son cheval et s'alla cacher. Continuant leur chemin, ils trouvèrent le

comte du Perche, qui, entouré de ses gens, se défendait devant le

moutier [1 6709].

Il y eut là beaucoup de gens blessés, contusionnés ou faits prisonniers.

Plusieurs des nôtres aussi furent maltraités, car personne ne songeait à

se rendre à merci ; tous voulaient la bataille. Le comte du Perche fit

maint exploit. Le Maréchal vit que les Français faisaient reculer ses

gens du haut en bas de la colline ; il s'avança vers le comte et prit

son cheval parle frein. Mais, à ce moment, il était déjà blessé

mortellement d'un coup d'épieu dont sire Reinal Croc[1270] l'avait

frappé par l'œillère [1 6740]. Il saisit cependant à deux mains son épée

et en porta trois coups au Maréchal, qui en garda la marque sur son

heaume. Mais, aussitôt après, il chancela et tomba de son cheval. Quand

le Maréchal le vit tomber, il crut qu'il avait simplement perdu

connaissance et donna ordre à Guillaume de Montigni[1271] de lui ôter

son heaume. Quant ce fut fait, on vit qu'il était mort[1272]. Ce fut

grande douleur qu'il mourut ainsi [16768].

Quand les Français virent que, malgré leur nombre, ils ne pouvaient plus

tenir contre l'attaque vigoureuse de nos gens, ils descendirent par une

rue à gauche et se dirigèrent vers Wigford[1273]. Us y trouvèrent, à

leur grand contentement, une partie de leurs gens, avec lesquels ils se

rallièrent pour recommencer la lutte. Mais ils eussent mieux fait de

s'en éloigner, comme firent tels d'entre eux. Regardant vers leur

droite, ils virent, à leur grand déplaisir, le comte de Chester et sa

bonne gent[1274] [16788].

Les Français et les Anglais de leur parti s'avancèrent bien rangés en

montant la pente. Mais, avant qu'ils fussent au haut, ils rencontrèrent

nos gens qui débouchaient entre l'église[1275] et le château et les

ramenèrent en arrière par une charge vigoureuse[1276]. A ce moment,

Alain Basset et son frère Thomas[1277], suivis de leurs hommes, les

prirent par derrière. Lorsqu'ils se virent ainsi entourés, ils furent

bien ébahis, et n'eurent de répit que lorsqu'ils furent arrivés au pont

de Wigford[1278]. Là, ils se trouvèrent sur la terre molle[1279], et il

ne fut pas besoin d'aller loin pour trouver chevalerie[1280], car

quiconque voulut s'en mêler en eût plein les mains. Ce n'était pas le

moment des défis qu'on se porte le soir à l'hôtel[1281], on avait autre

chose à faire. On combattit tellement de part et d'autre que les plus

forts en furent lassés[1282] [1684*].

Guillaume Bloët[1283], le porte-bannière du jeune Maréchal, chargea avec

tant d'impétuosité qu'il tomba par-dessus le pont, avec son cheval. Mais

il se releva bientôt. La lutte ne continua pas longtemps du côté des

Français, qui naguères se vantaient de chasser d'Angleterre les Anglais

[16932].

Là fut pris Sahier de Quinci, comte de Winchester[1284], sire Robert

Fils Gautier[1285], sire Robert de Quinci et plusieurs autres[1286]. Le

reste prit la fuite en descendant la rue qui conduit à l'Hôpital[1287].

Le chemin leur parut pénible à parcourir jusqu'à la porte[1288]. Là il

leur arriva une mésaventure. Une vache avait pénétré sur le pont-levis

et obstruait le passage. Les fuyards la tuèrent, mais cependant

plusieurs chevaliers furent pris comme si on les avait livrés[1289].

Quand la porte fut brisée, on vit s'en fuir Simon de Poissi et le

châtelain d'Arras[1290] [16961]. Tous ceux qui réussirent à s'échapper

avaient une telle peur qu'il leur semblait que les buissons étaient tout

pleins de maréchaux. Ils ne s'arrêtèrent nulle part. On le vit bien au

pont de Hollande[1291], qui était brisé : ils tuèrent leurs chevaux afin

de faire un pont sur lequel ils passèrent, tant ils avaient hâte de

traverser [16976]. Quand sire Richard de Samford[1292] vit que les

Français fuyaient, il prit sa femme devant lui pour la sauver. Un

chevalier lui cria : « Laissez-la, vous ne l'emporterez pas. » Aussitôt,

il la mit à terre doucement, et, se retournant contre le chevalier, il

le désarçonna d'un coup d epieu dans la poitrine, puis il reprit sa

femme et la sauva [1 6996].

Le bon évêque de Winchester, Pierre des Roches, qui en ce jour sut si

bien diriger nos gens, fit de nombreux prisonniers. Lui et les siens

firent un gain considérable. Mais celui qui gagna le plus ce fut Jean le

Maréchal, le pieux, le loyal. Il prit sept barons portant bannière et

plusieurs des chevaliers qui les accompagnaient [17020].

Comme je vous ai dit précédemment[1293], les chevaliers qui tenaient le

parti du roi n'étaient que quatre cent six, tandis que du côté opposé il

y en avait six cent onze. Et pourtant ce furent ces derniers qui eurent

le dessous. Ainsi advient à ceux qui combattent contre Dieu[1294]

[17030].

Quand le Maréchal et les siens eurent défait leurs ennemis et fait

prisonniers les principaux d'entre eux, on prit conseil sur la conduite

à tenir. Les opinions furent partagées. Plusieurs furent d'avis d'aller

assiéger Londres ; d'autres dirent qu'ils iraient à Douvres pour

contraindre Louis à lever le siège de cette ville. Le Maréchal, qui

avait plus d'expérience, leur conseilla d'emmener leurs prisonniers, de

leur faire prendre des engagements[1295] et leur assigna un rendez-vous,

à jour nommé, à Chertsey[1296]. Il manda au légat de venir à cette

assemblée, où on devait délibérer sur les mesures à prendre pour la

défense du royaume [17068].

Louis fut très affligé quand il apprit que sa gent avait été si

complètement battue à Lincoln[1297] et que le comte du Perche y avait

perdu la vie. Quittant le siège de Douvres, il se rendit à Londres au

plus vite, craignant que cette ville fût enlevée par les Royaux, de vive

force ou par surprise, et il envoya demander du secours en France

[17084].

Quand le roi Philippe apprit la défaite des siens, il en fut désolé et

demanda si le roi Jean était mort[1298], « Oui, » lui répondit-on, « son

fils est déjà couronné, et le Maréchal s'est voué à sa défense. — Alors,

nous n'avons rien à gagner en Angleterre. La terre est perdue pour

Louis, et, dans peu, lui et ses partisans en seront chassés, puisque le

Maréchal s'en mêle[1299] » [17108].

Ainsi parla-t-il, puis il prépara l'envoi en Angleterre de troupes

nombreuses qui auraient secouru son fils et lui auraient facilité la

conquête du royaume si elles avaient pu y aborder. Mais Dieu ne le

permit pas. Sa femme[1300] parcourut toute la France pour avoir des

secours en hommes et en argent. Elle s'y employa si énergiquement que,

si tous ceux qu'elle avait assemblés étaient venus en armes à Londres,

ils auraient conquis tout le royaume [17124].

Le Maréchal fut très perplexe. Le roi était jeune et sans argent. Le

plus grand nombre des seigneurs avaient pris parti pour Louis. Enfin,

les barons les plus éminents de France arrivaient pour conquérir la

terre. C'étaient sire Robert de Courtenai[1301], sire Raoul de la

TournehV, Guillaume des Barres. Il y avait aussi Eustache le Moine, qui

ne fut jamais en retard pour mal faire[1302]. Il avait pris le

commandement de la flotte, mais ce jour-là fut celui de sa fête[1303],

car le même jour il eut la tête coupée. Il y avait bien d'autres hommes

que nous ne savons nom mer, n'ayant appris les noms que de ceux qui

furent faits prisonniers [17166].

Le Maréchal se dirigea promptement vers la mer avec ce qu'il put

rassembler de monde[1304]. Il manda les mariniers des Cinq ports, et, à

force de dons et de promesses, il les décida à aller à la rencontre des

Français. Les mariniers eurent confiance en lui et se rassemblèrent à

Sandwich. Là ils firent tous les préparatifs nécessaires pour abattre

l'orgueil des Français [17196].

Le Maréchal se hâta de venir au rivage avec les siens, car il était très

désireux de se mesurer avec les Français, mais on ne le laissa pas

embarquer. On lui remontra qu'il devait rester à terre, car, si par

aventure il était tué ou pris, qui défendrait ensuite le pays ? [17210].

Le Maréchal fit tant qu'il eut bientôt vingt-deux nefs armées. Il avait

promis aux mariniers de les indemniser des pertes qu'ils pourraient

faire avec les nefs qu'ils prendraient. Les mariniers s'engagèrent

envers lui par serment, mais ils se plaignirent des torts qu'ils avaient

eus à souffrir de la part du roi Jean qui les avait mis en servage.

Quand ils virent approcher la grande flotte des Français, ils allèrent à

sa rencontre, comme ils s'y étaient engagés. Mais, n'ayant pas de chef,

ils furent saisis de peur, et, tout éperdus, abandonnèrent leurs nefs,

voiles dressées, pour se réfugier dans leurs chaloupes [17243]. Le

Maréchal, toutefois, réussit, par ses exhortations, à les remettre dans

la bonne voie, leur remontrant qu'ils étaient accompagnés de bons

chevaliers et de bons sergents, que luimême se serait volontiers

aventuré avec eux, si ses hommes le lui avaient permis. Car, si cette

flotte parvenait à aborder, c'en serait fait de l'Angleterre[1305]

[17260].

A la fête de Saint-Barthélemi (24 août), le Maréchal se rendit à

Sandwich à la tête d'une nombreuse armée. Il avait les chevaliers de son

fils, Richard le fils du roi Jean, le comte de Varenne[1306], Philippe

d'Aubigni[1307] et nombre de vaillants jeunes hommes. Ils passèrent la

nuit près de Cantorbéry, et, de bonne heure, ils se mirent en route pour

Sandwich. Le temps était clair : on pouvait voir de loin en mer. Ils

aperçurent la flotte ennemie qui s'avançait, serrée et alignée comme

pour une bataille rangée. Devant voguait la nef d'Eustache le Moine qui

les conduisait. Mais, ce jour-là, il mourut sans confession. Il y avait

bien trois cents nefs dans cette flotte [17294].

Le Maréchal ne perdit pas de temps. Il fit embarquer son monde, et

lui-même se fût mis en mer si on ne l'en eût empêché. Le grand juge

d'Angleterre, Hubert, s'embarqua sur une belle nef bien armée[1308] ;

Richard, le fils du roi Jean, fit de même [17308]. La veille, des

sergents du Maréchal y avaient pris place. Les autres garnirent leurs

nefs comme ils purent. Le Maréchal se tenait près d'eux, les

encourageant à bien faire : « Seigneurs, vous devez avoir en mémoire que

Dieu nous a accordé à terre une première victoire sur les

Français[1309]. Voici qu'ils reviennent en Angleterre pour nous enlever

le royaume. Mais Dieu a sur mer comme sur terre le pouvoir d'aider les

bons, et cette fois encore il aidera les siens. Vous tenez le bon bout ;

vous triompherez des ennemis de Dieu » [17328]. Ils cinglèrent droit à

marée montante. Les Français les virent sortir du havre et les

méprisèrent. Ils carguèrent leurs voiles en disant : « Ce n'est que de

la piétaille ; il n'y a parmi eux aucun chevalier. Ils sont à nous.

C'est une heureuse fortune qui nous les envoie. Ils ne sauront nous

résister. C'est eux qui paieront nos frais. Nous les mènerons avec nous

à Londres, i ou sinon ils pécheront les flondres[1310] dans la mer. »

Ils par laient ainsi, se souvenant de la mésaventure qui récemment était

avenue aux nôtres en pareille circonstance[1311]. Ils voyaient du reste

que nos gens n'avaient que peu de navires. La nef de sire Hubert du

Bourg s'avança au-devant des autres comme pour attaquer [17356]. Mais

elle passa outre à toutes voiles sans engager le combat. Les ribauds

français, pleins de bravade, se mirent à crier : « La hart ! la hart ! *

Mais finalement ils furent acculés en l'angle[1312] et noyés [17364].

La grande nef de Bayonne, où était le trésor du roi[1313], devança les

autres. C'est dans celle-là que se trouvaient les hauts hommes ci-devant

nommés. Il y avait aussi le châtelain de Saint-Omer'[1314] et le comte

de Blois[1315]. Sire Richard, le fils du roi Jean, se dirigea vers cette

nef pour l'attaquer. Mais il fit peu de besogne jusqu'au moment où il

fut rejoint par la coge[1316] qui portait les sergents. Le bâtiment,

étant peu chargé, était haut sur l'eau, tandis que la nef du Moine était

basse au point que peu s'en fallait que l'eau y entrât. Elle portait le

trébuchet et les chevaux de prix envoyés à Louis. Ceux qui étaient dans

la coge avaient de grands pots pleins de chaux qu'ils lancèrent de haut

sur la nef du Moine pour aveugler ceux qui la montaient[1317] [17404].

Renaut Paien de Guernesey, un vaillant sergent, sauta de la coge en la

nef. En tombant, il renversa Guillaume des Barres et Robert de Courtenai

et fit faire trois tours à Raoul de la Tournelle[1318]. Il attaqua ce

dernier si vivement qu'il finit par le faire prisonnier. Après Renaut

sauta Thibaut et les autres ensuite. Tous ceux de la nef furent pris.

Eustache offrit, pour sauver sa vie, dix mille marcs, mais ce fut en

vain. Il trouva son maître. Il y eut un nommé Élienne de Winchelsea, qui

lui rappela les misères qu'il lui avait faites sur terre et sur mer et

qui lui donna à choisir : avoir la tête coupée sur le trébuchet ou sur

le bord de la nef. Alors on lui coupa la tête[1319]. Il y avait dans la

nef trente-deux chevaliers auxquels on en aurait fait autant si les

chevaliers anglais ne Pavaient empêché. Et ils y eurent beaucoup de

peine [17462].

Quand cette grande nef eut été prise, les nôtres se comportèrent avec

tant de courage que les Français se mirent à la retraite. Notre flotte

leur fit la conduite et les mit en déroute. Quand ils prenaient une nef,

ils ne manquaient pas de tuer tous ceux qu'ils y trouvaient, et ils les

jetaient aux poissons, n'y laissant en vie qu'un ou deux hommes, parfois

trois. On les poursuivit ainsi jusqu'auprès de Calais [17482]. Il y eut

tel qui crut tirer à lui, avec un croc, une bonne couverture d'écarlate,

quand ce n'était que du sang figé. D'après les témoins de l'affaire,

nous pouvons dire qu'il y eut bien quatre mille hommes tués, sans

compter ceux qui sautèrent en la mer et se noyèrent. Je n'y fus pas, et

je n'en prends pas la responsabilité[1320]. Le monde méprise ceux qui

s'écartent de leur sujet pour conter des choses fausses ou oiseuses

[17500].

La bataille terminée, nos gens revinrent à terre, rapportant leur butin,

qui était fort considérable. Messire Hubert avait pris deux nefs.

Certains navires avaient fait un tel gain que les mariniers

distribuaient les deniers à pleines écuelles. Le Maréchal ordonna que le

partage fût fait de manière à donner toute satisfaction aux mariniers.

Puis il décida qu'avec la part réservée on fonderait un hôpital en

l'honneur de saint Barthélemi, qui en ce jour leur avait donné la

victoire[1321]. Les mariniers firent son commandement et fondèrent la

maison renommée où sont hébergés et entretenus les pauvres de Dieu[1322]

[17540].

11 fallait voir, le lendemain, les mariniers aller et venir vêtus

d'écarlate et de soie, et se vantant à qui mieux mieux : Ma robe en vaut

deux, » disait l'un. — « Bahl » reprenait un autre, « la mienne est

toute de cisemus[1323], cote et surcot, manleau et chappe. Il n'y a

meilleure jusqu'à Alep. — Et la mienne, disait un troisième, elle est

toute d'hermine et bordée d'or. » Et tandis qu'ils se provoquaient de la

sorte, les autres tiraient des navires les provisions, viande, vin, blé,

ustensiles de fer et d'acier, dont tout le pays profita [17568]. Quand

le Maréchal eut achevé le partage des richesses trouvées dans les nefs

conquises, on conduisit à Douvres les prisonniers français, trente -deux

chevaliers[1324], tous hauts hommes[1325]. On les confia au grand juge

[17576].

1217] NÉGOCIATIONS AVEC LOUIS EN VUE DE LA PAIX. 249 Louis apprit

bientôt à Londres la défaite de ceux qui étaient venus lui porter

secours *, et il en fut très affligé. La même nouvelle ne tarda pas à se

répandre en France. Le roi Philippe, craignant que son (ils vint à être

pris ou livré, rassembla ses conseillers et leur dit : « Seigneurs, ne

l'avais-je pas dit, que si le Maréchal se mêlait de cette affaire, Louis

et son entreprise seraient ruinés ? Maintenant, que me conseillez-vous

de faire ? » L'avis du conseil fut qu'il fallait mander à Louis de

revenir à tout prix. L'ordre fut envoyé à Louis secrètement. Celui-ci le

reçut et n'en fit pas semblant [17626].

Le Maréchal et les siens, le comte de Varenne aussi, quittèrent

Douvres[1326]. Peu après, Louis résolut, après avoir pris conseil des

siens, de demander une entrevue au Maréchal. Celui-ci tint conseil à ce

sujet avec les partisans du roi. Tels d'entre eux, qui s'étaient tenus

loin de la mer au moment du danger, parlèrent avec hauteur : « Nous

n'avons que faire d'entrer en conférence avec Louis, » disaient-ils,

« mais allons assiéger Londres. » Les hommes sages qui étaient présents

tinrent un langage plus modéré, et conseillèrent au Maréchal de tout

faire pour débarrasser la terre des Français ; de n'y point épargner

l'argent, car ils l'aideraient de tout leur pouvoir. Le Maréchal suivit

le conseil et consentit à l'entrevue demandée par Louis. Tout cela ne se

fit pas en un jour ; il y eut plusieurs réunions[1327], et on n'arriva

pas sans peine à se mettre d'accord. Les Français firent en sorte que

leurs partisans anglais fussent tenus à l'écart des négociations[1328].

Finalement, il fut décidé que Louis quitterait le pays, qu'il recevrait,

en compensation, une grande somme d'argent[1329], et, qu'avant tout, il

serait absous. On s'as sembla, pour conclure l'accord, dans une lie,

vers Kingston[1330], mais le légat ne voulut consentir à donner

l'absolution à Louis qu'à la condition qu'il se présenterait nu-pieds,

en vêtements de laine, sans chemise. Les Français obtinrent enfin qu'il

viendrait avec sa cote par-dessus les vêtements de laine[1331].

L'absolution prononcée, on prit jour pour reconduire Louis jusqu'à

Douvres[1332]. Il avait été convenu que les Anglais qui avaient pris

parti pour Louis recouvreraient leurs terres, sauf ceux qui les avaient

vendues ou cédées pour leur rançon [17726].

Louis parti[1333], le Maréchal prit soin de placer dans les châteaux

royaux des gardiens ; mais j'avais oublié de vous dire que, lorsque la

trêve eut été conclue, Louis avait mandé à ses hommes, Français,

Écossais, Gallois, Anglais, de l'observer. Tous l'observèrent en effet,

sauf Morgan de Caerleon[1334], qui fit la guerre au Maréchal, tellement

que Llewelyn[1335] lui manda par Guillaume de Coleville[1336] d'avoir à

observer la paix. Mais Morgan n'en fit rien. Il répondit que tant que le

Maréchal tiendrait un pied de sa terre, il ne cesserait pas de lui faire

la guerre. Il le dit et ne s'en dédit point, car ce fut pendant la trêve

de Louis que sire Rollant Bloët[1337] fut tué, ainsi que Gautier[1338]…

et Robert de Colombiers et de sept autres gentilshommes [17772]. Morgan

ne cessa, après le départ de Louis, de guerroyer. Mais l'année suivante,

après la Saint-Michel, il subit un échec sensible, car le bailli du

Maréchal, ayant mandé ses hommes et ses amis, assiégea Caerleon et le

prit[1339]. La guerre dura longtemps après et le pays en souffrit. Pour

y mettre fin, un parlement fut convoqué à Worcester. Les archevêques et

les évêques y furent mandés. Le légat Gualon y vint, et aussi Llewelyn

de Galles, et nombre de comtes et barons dont j'ignore les noms. Dans ce

conseil, Llewelyn demanda au roi, avec l'appui du comte de Chester et de

l'évêque de Winchester, de rendre à Morgan, son cousin, les terres que

le Maréchal lui avait enlevées de force et ne voulait pas lui restituer,

contrairement aux termes de la paix portant que chacun devait reprendre

ses possessions telles qu'il les avait avant la guerre [17814].

Le Maréchal prit conseil de ses hommes, tout disposé à rendre la terre

si c'était l'avis des siens. Mais, au contraire, ils lui montrèrent

qu'il avait droit de la garder. Le Maréchal confia la défense de sa

cause à un des siens qui savait bien parler. Celui-ci vint au roi et lui

parla ainsi : « Écoutez, cher sire, ce que mon seigneur veut vous dire.

Mon seigneur vous montre que la demande de Morgan est mal fondée.

Lorsque Louis donna ordre à ses partisans d'observer la trêve, Morgan

s'y * refusa. Il ne voulut pas y être compris. Le Maréchal peut prouver

que c'est pendant cette trêve que Morgan lui a tué plusieurs chevaliers.

Il a brûlé vingt-deux églises, ravagé la terre, tellement qu'il a, pour

ce fait, encouru l'excommunication. Il n'est besoin de prouver rien

autre » [17864].

L'assemblée donna raison au Maréchal ; la terre et le château de

Caerleon lui restèrent acquis, avec toutes les dépendances[1340]. Alors

le parlement se sépara [17872]. Je ne veux pas entreprendre de dire tout

ce qui se fut fait en ce parlement[1341], ce n'est pas de mon sujet,

mais je vous en dirai l'époque. Il se tint un an 3 après le départ de

Louis à la Saint-Michel[1342]. A. la Chandeleur, le Maréchal fut pris du

mal dont il mourut [17883]. Il se rendit à cheval, malgré son mal, à la

Tour de Londres[1343]. Des médecins vinrent de diverses parts le

visiter, mais ils ne réussirent guère à le soulager. Il resta couché

jusqu'au Carême[1344], la comtesse étant avec lui. Quand il vit son mal

augmenter, il manda son fils[1345] et ses gens et leur parla comme il le

savait faire. Il les réconforta de son mieux, et, selon le conseil qui

lui fut donné, il fit à loisir son testament [17907]. Il appela auprès

de lui son fils et Henri Fils Gerout[1346], et-leur ordonna de le faire

transporter sans retard à Caversham, en son manoir. Il ne voulait pas

rester plus longtemps dans une ville malsaine. Il lui semblait que chez

lui il supporterait plus aisément son mal ; et, si l'heure de sa mort

était arrivée, il aimait mieux mourir chez lui qu'ailleurs. On prépara

des bateaux dans l'un desquels on l'installa confortablement. La

comtesse prit place en un autre. Ils naviguèrent doucement jusqu'à

Caversham[1347]. C'est à cette époque que le légat Galon se dirigea vers

les Alpes[1348]. Il fut remplacé par Pandolfe[1349]. Alors fut tenu un

concile, qui eut lieu à Reading, à cause de la maladie du comte. Le roi,

le légat, le grand juge y assistèrent et beaucoup d'autres barons[1350]

[17948].

Quand ils furent tous réunis, le comte fit prier le roi, le légat, les

comtes, de venir auprès de lui, car il désirait s'entretenir avec eux.

Ils s'empressèrent de se rendre à son appel. Après avoir échangé des

saluts, ils s'assirent autour de lui. Il s'adressa au roi et lui dit :

« Beau doux sire, quand la mort frappa votre père, le légat Galon se

rendit à Gloucester avec les principaux des barons qui tenaient pour

vous, et là, par la volonté de Dieu, vous fûtes couronné. On vous confia

à ma garde. Je vous ai loyalement servi, défendant votre terre qui, dans

ce moment, était difficile à garder. Je vous servirais encore s'il

plaisait à Dieu que j'en eusse la force. Mais il ne lui plait plus que

je reste en ce monde, vous le voyez tous. C'est pourquoi il conviendrait

que vos barons fissent choix d'un homme qui vous garderait, vous et le

royaume, à la < satisfaction de Dieu et du monde. Puisse Dieu vous

donner d'avoir un maître qui vous fasse honneur ! » [17992].

L'évêque de Winchester se leva et dit : « Écoutez ! le royaume vous a

été confié, Maréchal, je le reconnais, mais c'est à moi que le roi a été

baillé. — Jamais, » répondit le Maréchal. « Sire évêque, c'est une

parole malséante et que vous ne devriez pas dire. Vous fûtes témoin des

faits. Il n'y a pas encore si longtemps que vous me priâtes, les larmes

aux yeux, vous et le bon comte de Chesler, de prendre la garde du roi et

du royaume à la fois. Vous êtes oublieux, ce me semble. Le légat s'y

employa activement et me pria tant que, pour vous tous, je reçus le roi

et le royaume. Il est vrai seulement qu'après avoir reçu le roi, je vous

le baillai à garder parce qu'il était trop jeune pour voyager » [18018].

Ensuite, le Maréchal, qui souffrait beaucoup, s'adressa au légat et lui

dit : « Allez-vous-en ; emmenez le roi avec vous, et demain, s'il vous

plait, revenez ici. Je délibérerai avec mon fils et mes hommes. Je

tâcherai de faire le meilleur choix, et que Dieu veuille y donner

conseil[1351] ! » [18028].

Ils prirent congé et s'en allèrent, menant avec eux le roi. Le lendemain

matin, il fit demander son fils, la comtesse, sire Jean le Maréchal et

ceux de ses hommes en qui il avait le plus de confiance, et il leur

dit : « Seigneurs, j'ai repensé à ce que nous disions hier, au choix

d'un gardien pour le roi. Il n'y a < pas de pays où les gens soient

aussi divisés de sentiments qu'en Angleterre. Si je baillais le roi aux

uns, les autres seraient jaloux. C'est pourquoi j'ai décidé, sauf votre

avis, de le confier à Dieu et au pape, et spécialement au légat à leur

place. On ne saurait me blâmer raisonnablement de ce choix, car si, au

point où nous sommes, la terre n'est pas défendue par le pape, je ne

sais vraiment pas qui la défendra. » Tous se rangèrent à son avis

[18062].

A ce moment le roi entra, accompagné du légat et des autres hauts

hommes, tous le cœur serré par l'angoisse. Le Maréchal se souleva, et,

s'appuyant sur son coude, il prit le roi par la main, et, devant tous,

il dit au légat : « Sire, j'ai longuement pensé à ce dont nous avons

parlé hier. Je veux bailler ici, en présence de tous, le roi à Dieu, au

pape et à vous qui le représentez. » Puis, s'adressant au roi : « Sire,

je prie Dieu, si jamais j'ai fait chose qui lui ait été agréable, de

vous faire la grâce d'être homme de bien. Et s'il arrivait que vous

dussiez suivre l'exemple de quelque ancêtre félon[1352], je prie Dieu de

ne pas vous accorder une longue vie. — Amen, » répondit le roi. Les

assistants se levèrent et prirent congé [18090].

Le comte dit à Jean le Maréchal : « Dites de ma part à mon fils qu'il

aille bailler le roi au légat, en présence des barons. » Il ne voulait

pas qu'on pût dire que cet acte eût été accompli comme par arrangement

privé. Le fils alla prendre le roi par la main et le présenta devant

tous au légat. L'évèque de Winchester s'avança aussitôt et prit le roi

par la tête. Mais le jeune Maréchal lui dit : « Sire évêque, laissez ;

vos efforts seraient vains. Je ferai ce que mon père m'a ordonné. » Le

légat se courrouça contre l'évèque et reçut l'enfant comme il l'avait

déjà fait une première fois. Puis il revint auprès de son père et de sa

mère, et leur conta l'acte outrecuidant de l'évèque [18118], Le

lendemain, il plut au Maréchal de mander sa gent devant lui. Il dit à la

comtesse[1353]… : « Seigneurs, grâce à Dieu, qu'il me faille vivre ou

mourir, je puis me vanter d'être maintenant délivré d'un lourd fardeau.

Il serait bon que je finisse mon testament et que je prisse soin de mon

âme, car le corps est en aventure. C'est le moment de me débarrasser de

toutes choses terrestres et de penser aux choses célestes. » Alors,

ils'occupa de ses enfants et leur partagea sa terre, selon son

intention. Il dit : « Seigneurs, l'un de mes fils, Ansel[1354], n'a rien

en ce partage, et pourtant il m'est bien cher. S'il vit assez pour

devenir chevalier, bien qu'il n'ait point de terre, il trouvera, pourvu

qu'il le mérite, qui l'aimera et qui lui fera grand honneur, plus qu'à

nul autre. Dieu lui donne prouesse et savoir. » — « Ah ! sire, » dit

Jean d'Erlée, « vous ne ferez pas cela. Donnez-lui de votre argent au

moins de quoi payer la ferrure de ses chevaux ! » Le Maréchal, sans se

faire prier davantage, lui octroya cent quarante livrées de terre pour

son entretien. Puis il dit : « Maintenant, je me sens libre. Je n'ai

d'inquiétude que pour ma fille Jeanne. Si de mon vivant je l'avais bien

mariée, mon âme en serait plus à aise. Je veux qu'elle ait trente

livrées de terre et deux cents marcs pour l'aider à vivre jusqu'à tant

que Dieu prenne soin d'elle[1355] » [1 81 68].

Quand il eut distribué ses biens, il dit à Jean d'Erlée : « Allez à

votre baillie. Je suis inquiet au sujet de mes hommes qui sont

en[1356]…, et aussi de votre fils, qui, mal conseillé, pourrait se

risquer dans une expédition où nos gens auraient à souffrir. Allez-y

sans retard, mon mal s'aggrave. Au retour, vous m'apporterez deux draps

de soie que j'ai confiés à Étienne [d'Êvreux][1357]. Mais surtout

hâtez-vous de revenir. » Jean d'Erlée accomplit fidèlement sa mission,

allant à grandes journées. A son retour, le comte, dont la maladie

s'était aggravée, lui demanda des nouvelles de ses gens. « Ils vont

bien, Dieu merci ! » répondit-il, « et voici les draps de soie que je

devais vous apporter. » Le comte les prit et dit à Henri Fils Gerout :

« Henri, regardez les beaux draps. — Certainement, sire, mais ils

paraissent un peu passés, si j'y vois bien. — Dépliez-les, » reprit le

comte, « nous nous en rendrons mieux compte. » Et, quand les draps

furent dépliés, ils eurent très belle apparence. Le Maréchal, ayant

appelé auprès de lui son fils et ses chevaliers, leur dit : « Seigneurs,

regardez ici. Ces draps, je les ai depuis trente ans. Je les ai apportés

avec moi lorsque je revins d'outre-mer[1358] pour servir à l'usage

auquel je les destine, c'est-à-dire à être étendus sur moi lorsque je

serai mis en terre. — Sire, » dit son fils, « nous ne savons en quel

lieu vous voulez reposer. — Beau fils, je vous le dirai. Lorsque je fus

outre-mer, dès ce moment je donnai mon corps au Temple pour y avoir ma

sépulture. Sachez que je leur donnerai Opledane[1359], mon bon manoir.

Je le veux ainsi, et j'aurai ma sépulture au Temple, car j'en ai fait le

vœu » [18242].

Il dit ensuite à Jean d'Erlée : « Prenez ces draps. Quand je serai mort,

mettez-les sur moi ; vous en couvrirez la bière où je serai porté. S'il

fait de la neige ou du mauvais temps, vous achèterez du bureau gris, que

vous mettrez sur les draps afin de les protéger contre les intempéries ;

et quand je serai enterré, vous donnerez les draps aux frères de la

maison pour qu'ils en fassent ce qu'il leur plaira[1360] » [18260].

Quand il eut ainsi parlé, son fils se mit à pleurer tendrement. Aussi

pleurèrent tous les chevaliers qui étaient là, et les valets et les

sergents, et tous ceux de sa maison. Son fils sortit, et, ayant appelé

les chevaliers, il leur dit qu'il fallait veiller son père, de façon

qu'il y eût toujours trois chevaliers auprès de lui. Lui-même veillerait

la nuit avec Jean d'Erlée et Thomas Basset[1361] ; les autres feraient

la veille de jour, trois à la fois, à tour de rôle. Tant que le comte

vécut, son fils ne manqua pas une seule nuit de le veiller [18314].

Le lendemain, le comte fit venir ses hommes et son aumônier, frère

Geffrei, qui était templier, et fit faire ses lettres[1362]. Puis il

manda frère Aimeri de Sainte-More, qui était maître du Temple et homme

sage, de haute religion. Il envoya ensuite son testament, scellé de son

sceau et des sceaux de sa femme et de son fils, à l'archevêque[1363], au

légat, qui alors était régent[1364], et aux évêques de Winchester et de

Salisbury, les priant d'être ses exécuteurs testamentaires, et de

joindre leurs sceaux à son testament. Ils le firent volontiers et

excommunièrent tous ceux qui viendraient à rencontre. Puis ils le lui

renvoyèrent, désirant qu'il le vit avant de mourir [18350].

Sur ces entrefaites se présenta frère Aimeri de Sainte-More. Le Maréchal

rappela la comtesse et ses hommes : « Il y a, » dit-il, « longtemps que

je me suis donné au Temple. Actuellement, je vais m'y rendre. » Puis il

dit à son aumônier Geffrei de lui aller quérir son manteau dans sa

garde-robe. Ce manteau il l'avait fait faire un an auparavant, mais

personne n'en savait rien [18366]. Le comte dit alors à la comtesse :

« Belle amie, vous allez me baiser, mais ce sera la dernière fois. »

Elles'avança et le baisa. Tous deux pleurèrent, comme aussi les braves

gens qui étaient présents. Le comte fit étendre aussitôt le manteau

devant lui. Il fallut entraîner au dehors la comtesse et ses filles qui

se désolaient et que personne ne pouvait réconforter [18386].

Frère Aimeri dit alors : « Maréchal, il m'est agréable que vous vous

rendiez à Dieu. Il vous a accordé en ce siècle une grande faveur, c'est

que vous ne vous éloigniez point de lui ni de sa compagnie. Il vous le

montre dans la vie et dans la mort. Dans le monde, vous avez eu tel

honneur qu'aucun chevalier ne l'eut plus grand, pour la prouesse, le

sens, la loyauté. Quand Dieu vous a ainsi concédé sa grâce, vous pouvez

être assuré qu'à la fin il a voulu vous avoir. Vous quittez le siècle

honorablement. Vous fûtes bon, et bon vous en sortez. Je vais aller à

Londres pour agir selon vos intentions » [18406].

Frère Aimeri se mit en route. Dès son arrivée à Londres, une maladie le

prit dont il mourut. Mais en mourant il demanda à être enterré devant la

croix du moutier « auprès du bon chevalier, frère Guillaume le Maréchal,

qui s'acquit en terre un si grand nom par sa prouesse, et qui maintenant

veut l'acquérir dans les cieux. J'ai beaucoup aimé sa compagnie en ce

monde, et je désire reposer auprès de lui. Que Dieu nous donne sa

compagnie en la vie céleste ! » [1 8426].

Lorsqu'il fut mort, la nouvelle en fut portée à Caversham, où elle causa

une grande douleur. On la cacha au Maréchal, de peur d'aggraver son

état. Les chevaliers de son entourage dirent : « C'est bien la preuve

que Dieu aime le comte : frère Aimeri est allé prendre sa place au ciel

près de celle qui est réservée au comte, de même qu'il a voulu reposer

en terre près de lui » [18439].

Que vous dirais-je de plus ? La maladie du comte s'aggrava au point

qu'il en perdit le boire et le manger. Il s'affaiblissait constamment,

la nature ne pouvant ouvrer en lui. Il ne pouvait plus rien manger,

sinon des mousserons. Celui qui le soignait émiettait le pain, pour

qu'il en mangeât sans s'en apercevoir. Il demeura en cet état pendant

les quinze jours qui précédèrent sa mort. Un jour, comme il était couché

en son lit, soutenu par Henri Fils Gerout, ayant autour de lui ses

chevaliers, tous en grande douleur pour le mal qu'ils lui voyaient

souffrir, sire Henri lui dit : « Sire, il faut penser à votre salut. La

mort ne respecte personne, et les clercs nous apprennent que personne ne

sera sauvé s'il ne rend ce qu'il a pris » [18478]. Le « Maréchal lui

répondit : Henri, écoutez-moi un peu. Les clercs sont trop durs pour

nous. Ils nous rasent de trop près. J'ai pris cinq cents chevaliers dont

je me suis attribué les armes, les chevaux et tout l'attirail. Si pour

cela le royaume de Dieu m'est interdit, il n'y a rien à faire, car je ne

pourrais pas les rendre. Je ne puis faire plus pour Dieu que de me

rendre à lui, repentant de toutes mes fautes. A moins que les clercs

veuillent ma perte complète, ils doivent s'abstenir de me poursuivre

davantage. Ou leur argument est faux, ou personne ne peut être sauvé. —

Sire, » dit Jean d'Erlée, « c'est la vérité. Et, je vous le garantis,

vous n'avez guère de voisin qui, à ses derniers jours, puisse en dire

autant » [18500].

Le lendemain, ses filles vinrent le voir. Elles furent bien déconcertées

quand elles le virent si malade. Elles ne venaient pas toutes ensemble

chaque jour[1365] ; mais ce jour-là vinrent Madame Mahaut la

Bigote[1366], la comtesse de Gloucester[1367], dame Eve[1368] et dame

Sibille[1369], toutes menant grande douleur, et Jeanne, qui plus d'une

fois se pâma, et c'était bien naturel, car elle était encore sans

conseil, mais celui à qui son père la laissa sut bien la

conseiller[1370] [18523].

Le fils[1371] du Maréchal était assis auprès de son père. Il y avait là

une grande assemblée de chevaliers. Le Maréchal appela Jean d'Erlée et

lui dit : « Je vais vous dire une chose bien extraordinaire. — Dites,

sire, pourvu que cela ne vous fatigue pas. — Je ne sais d'où cela vient,

mais il y a bien trois ans ou plus que je n'eus si grande envie de

chanter comme j'ai depuis trois jours[1372]. — Sire, chantez si vous le

pouvez, » répondit Jean. « La nature reprendrait en vous, et ce serait

une bonne chose, car l'appétit vous reviendrait. — Taisez-vous, »

répondit le comte, « cela ne me vaudrait rien. On me prendrait pour un

fou. » Il ne voulut pas chanter, et il ne le pouvait pas. Henri Fils

Gerout lui conseilla de faire venir ses filles. « Elles vous chanteront

quelque chose, et cela vous réconfortera. » On les manda et elles

vinrent. « Chantez la première, Mahaut, » dit le comte. Elle n'en avait

pas envie, cependant elle le fit pour plaire à son père, et dit un

couplet de chanson d'une voix simple et douce. « Jeanne, chantez à votre

tour. » Elle dit un couplet de rotruenge[1373], mais elle le fit

timidement. « N'ayez pas l'air honteuse quand vous chantez, » reprit le

comte. « Ce n'est pas ainsi que vous arriverez à bien chanter. » Et il

se mit à montrer comme elle devait faire. Quand elles eurent chanté, il

leur dit : « Filles, allez à Jésus-Christ. Je le prie de vous avoir en

garde. » Quand elles furent parties, se rendant auprès de leur mère, il

fit venir son fils et lui donna des instructions pour le jour de ses

obsèques, lui recommandant de se tenir tout près de lui, lors de

l'entrée du cortège à Londres, et de distribuer largement l'argent aux

pauvres. Il lui enjoignit aussi de donner, ce jour-là, à cent pauvres,

nourriture, vêtements et chaussures [18608].

Tout cela étant réglé, se présenta l'abbé de Nutley[1374], qui revenait

de son chapitre. Il fut le bien venu. C'était un chanoine noir de

l'ordre d'Arrouaise[1375]. Il observait fidèlement la règle, en saint

homme qu'il était, et avait grand soin de son abbaye. Il vint au comte,

et, l'ayant salué, il lui dit : « Sire, j'ai parlé à notre souverain

abbé[1376] et aux frères de notre ordre. Je les ai entretenus en

chapitre de votre maladie, et leur ai demandé de vous donner part en

leurs bienfaits[1377] et de prier pour vous tant que l'ordre durera.

L'abbé me dit qu'il vous connaissait pour homme de bien et de grande

valeur, et qu'il vous recevait volontiers comme participant à tous les

bienfaits de l'ordre. Voici les lettres scellées du sceau de l'abbé qui

attestent cette décision. — Mille fois merci, répondit le comte. C'est

un grand bien que vous m'avez fait, et vous en serez récompensés, car,

si vous avez pensé à moi, je ne vous ai pas oubliés non plus. J'ai légué

cinquante marcs à votre maison. J'ai fait pareil don à chacune des

abbayes de ma terre qui sont outre-mer[1378], et à chacun des chapitres

j'ai laissé dix marcs ; car je veux avoir part en leurs biens, à

perpétuité. » L'abbé répondit les larmes aux yeux : « Sire, vous avez

richement fait les choses, et Dieu, t j'en ai la certitude, le vous

rendra avec usure dans la gloire du Paradis » [18670].

Le lendemain, son fils et beaucoup de ses gens se trouvaient auprès de

lui. Jean d'Erlée lui demanda ce qu'il voulait faire des robes fourrées

qui étaient gardées dans la maison. Le comte n'entendit pas bien ce que

Jean d'Erlée disait. Mais le clerc Philippe dit à haute voix : « Sire,

il y a là quantité de belles robes d'écarlate et de vair toutes neuves,

et au moins quatre-vingts fourrures de cisemus[1379]. On en pourrait

tirer beaucoup d'argent pour acquitter vos péchés. — Taisez-vous,

mauvais homme, » dit le comte, « j'ai plus qu'assez de vos conseils ; je

ne veux plus vous écouter. Ce sera bientôt la Pentecôte[1380] ; mes

chevaliers ont droit à leurs robes ; ce sera la dernière fois que je les

leur donnerai, et voilà que vous cherchez à il m'enjôler* » Puis, il

dit : « Venez ici, Jean d'Erlée. Je vous commande de faire la

distribution des robes ; et s'il n'y en a pas pour tout le monde,

envoyez-en chercher à Londres, car je ne veux pas que par ma faute

personne ait lieu de se < plaindre. » Puisilditàsonfils : « Beaufils,

jevouspriede prendre congé pour moi à tous ceux qui ne sont pas présents

ici et qui m'ont bien servi. Qu'ils aient de Dieu et de moi grâces et

merci » [18723].

Les robes furent distribuées en telle manière que chacun des chevaliers

de sa megnie eut la sienne. Quant aux vêtements qui restèrent, ils

furent donnés aux pauvres gens. On y passa la nuit. Le fils du Maréchal

et ceux qui étaient avec lui ne se couchèrent pas. Le lendemain, ils

furent remplacés auprès du Maréchal, mais ils ne dormirent guère, tant

ils étaient inquiets et affligés [18746].

La journée dont je vous parle fut celle du lundi avant

l'Ascension[1381]. Le fils s'agenouilla devant son père et lui dit :

« Sire, pour l'amour de Jésus-Christ, mangez quelque chose, cela vous

ferait du bien. — Eh bien ! » dit-il, « je mangerai autant que je

pourrai. Il s'assit, et un chevalier le soutint. Quand la nappe fut

placée devant lui, il dit à Jean d'Erlée : * Écoutez-moi. Voyez-vous ce

que je vois ? — Sire, je ne sais. — Par mon chef ! Je vois deux hommes

blancs, l'un à ma droite, l'autre à ma gauche. Jamais je ne vis si beaux

en nul lieu. — Sire, ce sont des compagnons que Dieu vous envoie, pour

vous mener dans le droit chemin. » Etlecomtedit : « Béni soit Dieu notre

Seigneur, qui, jusqu'en ce moment, me donne sa grâce ! » Sire Jean ne

demanda pas au Maréchal qui étaient ces hommes, car il pensait bien

avoir le temps de le faire plus tard. Mais, depuis, il regretta toujours

de ne pas l'avoir demandé[1382] [18784].

Toute la soirée, la maladie ne cessa d'empirer. Le jeune Maréchal veilla

la nuit. Le lendemain, qui était le mardi avant l'Ascension[1383], il

revint, vers l'heure de midi, avec les chevaliers. Le comte s'était

tourné vers le mur et reposait paisiblement. Croyant qu'il dormait, le

jeune Maréchal fit faire silence. Je ne sais si le comte l'entendit,

mais il s'éveilla et dit : « Qui est là ? » Jean d'Erlée dit : « C'est

moi, Jean d'Erlée. — C'est vous Jean ? — Oui, sire. — Je ne puis

m'endormir. — Comment pourriez-vous dormir, quand, depuis plus de quinze

jours, vous n'avez rien pris ? » — Le comte fit un mouvement pour se

tourner, et alors les grandes douleurs de la mort le saisirent [18828].

Il dit : « Jean, hâtez-vous d'ouvrir portes et fenêtres ; faites venir

la comtesse et les chevaliers, car je me meurs ; je ne puis plus

attendre, et je voudrais prendre congé d'eux. » Jean se leva, fit ce qui

lui était demandé et prit entre ses bras le comte qui s'évanouit. Revenu

à lui, le Maréchal dit : « Jean, ai-je donc perdu connaissance ? — Oui,

sire. — Je ne vous ai jamais vu si emprunté ! Pourquoi n'avez-vous pas

pris de cette eau de rose et ne m'en avez-vous pas arrosé le

visage[1384], afin que j'eusse le loisir de parler à ces braves gens,

car je ne le ferai pas longuement ? » Jean s'empressa de prendre l'eau

de rose, qui était dans une fiole, et lui en arrosa le visage, car il

pâlissait par l'angoisse de la mort [18864].

Le jeune Maréchal et la comtesse s'approchèrent, ainsi que tous les

chevaliers, et le comte leur dit : « Je me meurs, je vous recommande à

Dieu. Je ne puis plus être avec vous, je ne puis me défendre de la

mort. » Le fils vint s'asseoir auprès de Jean d'Erlée ; il prit son père

dans ses bras et pleura silencieusement. On mit devant le Maréchal une

croix ; il l'adora et pria Dieu de lui accorder une bonne fin. L'abbé de

Nutley entra avec de nombreux religieux. Mais le comte, appuyé sur son

fils, ne parlait plus. Tandis que tous se laissaient aller à la douleur,

un valet accourut auprès de Jean d'Erlée et, lui touchant le bras, lui

annonça que l'abbé de Reading demandait la permission d'entrer [18912].

Jean ne l'entendit point, car il avait l'esprit ailleurs, et il repoussa

le jeune homme. Mais le comte l'avait entendu, il ouvrit les yeux et fit

signe à Jean de faire venir l'abbé. « Sire, » dit l'abbé, quand on l'eut

introduit, « le légat, qui était la nuit dernière à Cirencester, vous

salue. Il vous mande par moi que cette nuit il eut une vision à votre

sujet. Il en eut tant d'angoisse qu'il m'a commandé de venir en hâte ici

pour vous en faire part. Le légat vous mande que Dieu a donné à saint

Pierre et à tous les papes après lui le pouvoir de lier et délier tous

les pécheurs. En vertu de ce pouvoir, qui lui a été délégué par le pape,

il vous absout de tous les péchés que vous avez commis depuis votre

naissance et dont vous vous êtes confessé[1385]. » Le comte se tourna

vers lui, joignit les mains et s'inclina [18956].

Depuis le commencement de sa maladie, le Maréchal s'était confessé tous

les huit jours. L'abbé de Reading, assisté de celui de Nutley et

d'autres religieux, prononça l'absolution. Quand il fut absous, le

Maréchal joignit les mains et adora la croix. Puis Dieu fit de lui sa

volonté comme il fait des hommes bons qu'il lui plait de rappeler à lui.

Prions Dieu qu'il le mette en la gloire du Paradis avec ses amis

[18978].

Ainsi mourut le Maréchal. Nous croyons que son âme est en la compagnie

de Dieu, parce qu'il fut bon dans sa vie et dans la mort. Son corps fut

enseveli avec honneur, comme il convenait pour un tel homme[1386]. Puis,

avant que le corps fût porté hors de l'enceinte, [l'abbé de

Reading[1387]] dit la messe dans la riche chapelle fondée par le

Maréchal. Pendant la messe, on remarqua que la comtesse ne pouvait se

soutenir, tant elle était épuisée par la douleur et par les veilles.

Elle et son fils donnèrent à l'abbaye de Reading cent sous de rente pour

participer aux bienfaits de la maison. Cette donation fut faite lorsque

le corps fut déposé dans l'abbaye. De là on le transporta à

Staines[1388] [19004]. Là il fut rejoint par le comte de Varenne[1389]

et par le comte Guillaume d'Essex[1390], célèbre par sa largesse. Le

comte Robert de Ver[1391] y vint aussi avec le comte de

Gloucester[1392], et beaucoup de hauts barons, d'évêques et d'abbés, qui

fous manifestèrent une grande douleur quand ils virent mort le Maréchal.

A Londres était l'archevêque[1393] avec un évêque[1394] et un nombreux

clergé. Par ordre de l'archevêque, on fit la veillée du corps en grande

pompe, avec chant et riche luminaire. Le lendemain le corps fut enterré,

devant la croix, auprès de frère Aimeri de Sainte-More, comme le comte

l'avait ordonné[1395] [19046].

Quand les messes furent chantées, l'archevêque, assisté de l'évêque et

de nombreux religieux, archidiacres et chanoines, fit le service de

l'enterrement d'une manière si noble que tous en furent satisfaits et

remercièrent Dieu des honneurs qu'il avait faits au Maréchal pendant le

cours de sa longue vie et à sa mort. Devant la tombe, l'archevêque prit

la parole et dit : « Voyez ce que vaut la vie du monde. Quand on est

mort, on n'est plus qu'un peu de terre. Voilà ce qui reste du meilleur

chevalier qui ait jamais vécu. C'est là que vous en viendrez <t tous.

Chacun meurt à son jour. Nous avons ici notre miroir, vous comme moi.

Que chacun dise sa patenôtre pour que Dieu reçoive en sa gloire ce

chrétien et le mette en la compagnie de ses fidèles comme nous croyons

qu'il l'a mérité ! » [19081].

Quand le corps eut été mis en terre, ceux qui avaient été chargés de la

distribution des aumônes eurent soin qu'elle fût faite équitablement.

Elle eut lieu à Westminster, parce que, dans Londres, la place n'eût pas

suffi, tant les pauvres étaient nombreux. Tous eurent part à la

distribution, et il se trouva que, lorsque tous furent satisfaits, il ne

resta plus ni denier ni pain. Quant aux robes, après que cent pauvres

eurent reçu chacun la sienne, il s'en trouva trois de reste [19106],

La nouvelle de la mort du Maréchal ne tarda pas à se répandre. Elle

parvint bientôt au roi de France, qui alors se trouvait en

Gàtinais[1396] ', avec toute sa cour. Le roi dit au messager : « Attends

un peu, avant de parler, que Richard le Maréchal[1397] ait pris son

repas avec les autres, car tu le verras bien affligé. »

Quand les nappes furent ôtées, ceux qui avaient servi se mirent à

table[1398]. Cependant, le roi Philippe prit à part Guillaume des

Barres[1399], qui était assis près de lui, et lui dit : « Avez-vous

entendu ce qu'il m'a dit ? — Qu'a-t-il dit, sire ? — Que le Maréchal,

qui était si prud'homme et si loyal, était enterré. — Quel Maréchal ? —

Celui d'Angleterre, Guillaume, qui fut preux et sage. — Certes, sire,

c'est grand dommage, car, en notre temps, il n'y eut meilleur chevalier

ni plus vaillant homme de guerre. — Que dites-vous ? — Je dis que je

n'ai jamais vu en ma vie aucun homme meilleur que celui-là. Je ne puis

pas dire plus. — Certes, » reprit le roi, « vous avez dit là une grande

parole. Et, en vérité, le Maréchal fut l'homme le plus loyal que j'aie

jamais connu. » Sire Jean de Rouvrai[1400] 4dit à son tour : « Sire, je

dis que ce fut le plus sage chevalier qui ait vécu de notre temps. —

Dieu ! qu'il est né sous une heureuse étoile celui de qui on porte un

tel témoi- gnage après sa mort ! Quel encouragement pour tous les

prud'hommes qui connaîtront sa vie ! » [19164].

Ici se termine l'histoire du comte Maréchal[1401], qui, en tous lieux où

elle sera entendue, devra être écoutée avec amour et joie. Il convient

maintenant de mentionner tous ceux qui ont pris part à ce livre, pour

qu'on sache, en l'entendant lire, qui fut celui qui en a fourni la

matière, qui l'a fait faire, qui en a fait les frais. D'abord sera nommé

le bon fils du Maréchal, le comte Guillaume, renommé par ses belles

actions. De bon arbre vient bon fruit. Quand on lui conseilla de faire

écrire l'histoire de son père, il n'eut point de cesse qu'elle fût

faite. On le voit bien maintenant, et on le verra plus encore. Celui qui

a fourni la matière jusqu'à complet achèvement, Dieu en soit loué ! fit

bien voir _qu'il_ aimait son seigneur. C'est Jean d'Erlée qui y a mis

son cœur, sa pensée, son argent, et on en voit maintenant le résultat.

Bonne amour se prouve en tous bienfaits ; certes, ce n'est pas mensonge,

car Jean, qui a fait et composé ce livre, en a bien donné la preuve. Et

que Dieu, qui donne aux bons la récompense de leurs bonnes actions,

veuille bien accorder la joie du paradis à ceux qui ont pris part à

cette œuvre ! [19200]. Quand les enfants du Maréchal, les frères et les

sœurs, sauront que le bon Maréchal, leur frère Guillaume, a fait faire,

en l'honneur de leur père, une œuvre telle que celle-ci, ils en seront

touchés jusqu'au fond du cœur. Et Dieu leur en donne la joie ! Je sais

bien qu'ils se réjouiront de ce livre, quand ils l'entendront lire et

qu'ils verront tout le bien qui est dit de leur père.

Ici finit l'histoire du comte. Que Dieu veuille donner à son âme une

place en la gloire éternelle parmi ses anges !

[367] Etienne se laissa enlever la _Normandie_ par Geoffroi Plantegenet,

en 1144.

[368] Étienne.

[369] Mathilde, fille de Henri Ier, mariée d'abord (1114) à l'empereur

Henri V, puis (1127) à Geoffroi Plantegenet, comte d'Anjou. Elle

mourut en 1167.

[370] Au sens ancien : jeune homme attaché à la personne d'un seigneur.

[371] C'est ainsi que j'interprète les mots « il fera bien » (v. 106),

qui sont, à dessein, obscurs.

[372] M. Round a établi, dans une lettre publiée par le journal _The_

Academy (9 juillet 1892), que Jean _le Maréchal_ était mort dès 1165

et qu'il avait laissé ses biens à ses fils Gilbert et Jean (ce

dernier issu d'un second mariage, voir plus loin, p. 8). Il conclut

que le poète s'est trompé en faisant mourir Gilbert et Gautier du

vivant de leur père et de leur mère. Mais le poète ne prétend pas

suivre ici l'ordre chronologique. Ayant parlé de la naissance de ces

deux enfants, il les suit jusqu'à leur mort, sans _dire_ qu'ils

soient morts avant leur père.

[373] Patrice n'eut que plus tard le titre de comte de Salisbury. Il

était alors simplement connétable de Salisbury (Round, _Geoffrey de

Mandeville_, a study of the Anarchy, London, 1892, p. 194). Nous

n'avons d'ailleurs aucun renseignement sur cette guerre entre Jean

le Maréchal et Patrice. Voy. p. 8, note 2.

[374] Le récit suivant du siège de Winchester par l'impératrice Mathilde

et de la retraite de celle-ci révèle un certain nombre de faits

inconnus d'ailleurs et qui paraissent authentiques, tels que la part

prise au siège par Philippe de _Colombiers_, les exploits de Jean le

Maréchal pendant la retraite. Mais il s'y rencontre aussi des

assertions erronées. C'est en 1141, vers le 1er août, que

l'impératrice occupa Winchester et assiégea le palais épiscopal, qui

formait dans la cité comme une forteresse. Après quelques semaines,

pendant lesquelles Winchester eut à souffrir d'effroyables

dévastations, elle dut se retirer à l'approche d'une armée conduite,

non pas, comme il est dit ici, par le roi Etienne, qui était alors

prisonnier à Bristol, mais par sa femme, aussi nommée Mathilde, et

par Guillaume d'Ypres. Voyez, sur tous ces faits, Henri de

Huntingdon, éd. Arnold, p. 284 (reproduit dans _Robert de Torigni_,

éd. Delisle, I, 223-4) ; Gesta _Slephani_, éd. du Chesne, p. 956-7,

éd. Howlett, p. 79-81 ; William de Malmesbury, _Hisioria novella_,

éd. Hardy, III, 30, éd. Stubbs, 11, 580-1, et, parmi les historiens

modernes, Round, _Geo/frey de_ Mandeville, pp. 128 _et suiv_.

[375] C'était un Normand que Mathilde avait amené de Normandie, où il

s'était signalé par divers actes de violence (Delisle, _Magni_

Rotuli Scaccarii Normanniæ fragmentum, dans les Mém. de la _Soc_.

des Antiq. de Normandie, 2e série, VI, 2e partie, xxiv ; tirage à

part. Caen, 1851, p. 32). En 1152, il est témoin à un acte de Henri,

duc de Normandie (Dis de Mathilde), qui est dans Rymer à cette

date ; de même en 1154 (Teulet, _Trésor des chartes_, n° 138). En

1156, 1157, 1158, il est témoin à des actes du même prince devenu

roi _d'Angleterre_ (Eyton, _Court_, household and itinerary of king

Henri 11, Londres, 1878, p. 18, 32, 37). En 1162, il est établi dans

le comté de Sommerset (_Pipe roll Society_, V, 21). En 1180, 1198,

1203, un Philippe de Colombiers (le fils du nôtre ?) est fermier de

la forêt de Roumare (Stapleton, _Magni_ Rotuli. Scaccarii

_Normannix_, I, ex, cxivj II, ccliv, cclvij) et est témoin à divers

actes de _Richard_ I" (Teulet, _Trésor_ des _chartes_, n*' 368-9).

Colombiers est actuellement Colombières, _Calvados_, cant. de

Trevières (encore Colombiers dans Cassini). M. Delisle a bien voulu

me communiquer des documents qui mettent cette identification hors

de doute, notamment une charte du fonds des religieuses de Morlain

(Arch. nat.), où figure un « Philippus de Columbers. »

[376] Village situé sur la limite des comtés de Wilts et de Hants, près

d'Andover, à environ 30 kilom. au n.- o. de Winchester.

[377] Village du Hampshire, à mi-chemin entre Winchester et Ludgershall.

[378] On sait qu'au moyen âge les femmes chevauchaient assises de côté,

les pieds sur une sorte de marchepied. La selle dont se servent

actuellement les femmes ne date que du xvie siècle.

[379] Le continuateur de Florenz de _Worcester_, qui donne des détails

circonstanciés sur ces événements, rapporte que l'impératrice

s'enfuit d'abord à Ludgershall, mais que, ne s'y trouvant pas en

sûreté, elle poussa jusqu'à Devizes (Wilts, à 35 kil. environ au

nord-ouest de Ludgershall), puis jusqu'à Worcester. Il est d'accord

avec le poète pour dire que l'impératrice dut chevaucher _usu

masculino_, au moins jusqu'à Devizes, car de là jusqu'à Gloucester

elle dut se faire porter en litière (Bouquet, XIII, 78 c ; Thorpe,

II, 134).

[380] « Brianus, Filius Comitis, marchio de Walingeford » (Wallingford,

Berks), William de Malmesbury, _Historia novella_, éd. Stubbs, II,

573. On l'a identifié avec Brian fils du comte de Bretagne Alain

Fergant, que mentionne la Chronique saxonne à l'année 1127 (éd. du

Maitre des rôles, II, 223) ; voy. Freeman, History of the _Norman_

conquest, V, 292-293. Il était de longue date l'un des amis les plus

dévoués de l'impératrice. En 1 127, il l'accompagne en Anjou et est

témoin à son mariage avec Geoffroi Plantegenet (William de

Malmesbury, Historia novella, I, éd. Slubbs, II, 530). Vers 1139, il

écrivit ou fit écrire un mémoire en sa faveur qui, selon M. Round

(Geoffrey de Mandeville, p. 261), nous aurait été conservé dans le

_Liber epistolaris_ de Richard de Bury. Jusqu'à présent toutefois

cet écrit, quel qu'en soit le caractère, n'est connu que par une

lettre écrite à Brien, en 1143 ou 1144, par l'abbé de Gloucester,

Gilbert Foliot, plus tard évêque de Hereford, puis de Londres. Dans

cette lettre, l'abbé s'exprime ainsi : « Ab illo [Henrico] * I enim

degenerans amor tuus propagatur in stirpem regiam, unicam ejus

filium, et regni ipsius heredem, cujus causam non solum armis sed ut

audivimus et jam vidimus, eloquii venustate simul et veritate

sustines et defendis » (éd. Giles, I, 95 ; Migne, Patrologie latine,

t. CXC, col. 796 ; pour la date, voir Round, l. i,). Il est

mentionné en plusieurs actes passés à cette époque en Angle _terre_

par l'impératrice, voir par ex. Round, Ancient Charters (_Pipe Roll

Society_, t. X), n° 26 (1141) ; Geoffrey de Mandeville, p. 170

(1142) ; cart. de Fontevraud, _Bibl_. nat., lat. 5480, p. 27. Les

_Gesta Stephani_, d'accord avec le poème, attestent que, dans sa

fuite vers Ludgershall et Devizes, l'impératrice était accompagnée

par Brien Fitz Count : « Sed et ipsa Andegavensis comitissa,

femineam semper excedens mollitiem, ferreumque et infractum gerens

in adversia animum, ante omnes, Brieno tant u m cum paucis comite,

ad Divisas confugit, immensum per hoc ipsa et Brienus nacti præconii

titulum, ut sicut sese antea mutuo et indivise dilexerant, lia nec

in adversis, plurimo impediente periculo, aliquatenus separarentur »

(Du Chesne, p. 957 c ; Sewel, p. 85 ; Howlett, p. 83).

[381] Ce gué est probablement celui de la Test, petite rivière qui

traverse le territoire de la paroisse de Wherwell (Hants), le

Varesvalle du vers 212.

[382] Le moutier de Wherwell (v. 243), dans lequel Jean le Maréchal se

réfugia, était une abbaye de femmes, sur laquelle voy. Monasticon

_anglicanum_, nouv. éd., II, 584. Nous avons sur les circonstances

dans lesquelles eut lieu l'incendie de cette abbaye des récits assez

discordants qui nous donnent le moyen d'éprouver la valeur des

informations fournies par le poème. Ces récils sont, en somme, au

nombre de trois : * 1 le continuateur de Florenz de Worcester ; 2*

les _Gesta Stephani_ ; 3* Jean de Hexham (Hagulstaldensis). — Le

continuateur de Florenz de Worcester s'accorde avec le récit du

poème : « Johannem etiam, fautorem eorum, ad monasterium

Warewellense

[383] Wilts, à 35 kilom. environ de Wherwell. On sait par les _Gesta

Stephani_ (éd. Howlett, p. 66 et 107) que Jean le Maréchal y avait

sa résidence. D'après un récent historien (W. Money, _The_ History

of Newbury in the _county of Berks_, Oxford, 1887, in-8*, p. 86,

note), la résidence de Jean le Maréchal aurait été probablement à

Rockley, près de Marlborough.

[384] On a vu plus haut, p. 3, note 1, que le roi Etienne ne peut avoir

pris part à cette affaire.

[385] On ne trouve dans les historiens aucune trace de cette affaire

d'embuscade, dont l'importance a peut-être été exagérée par le

poète.

[386] La date de ce mariage, sur lequel d'ailleurs nous n'avons aucune

autre information, ne peut guère être fixée que par rapport au siège

de Winchester, auquel il est évidemment postérieur de quelque temps.

On a vu que ce siège eut lieu en 1141. Il faut croire qu'à la suite

de ce mariage Patrice se rallia à la cause de Mathilde. Celle-ci le

fit comte de Salisbury (Dugdale, _Baronage of England_, I, 174 b), à

une date qui n'est pas connue, mais qui ne peut être postérieure à

1149 (Round, Geoffrey de _Mand_., p. 271, note 4). Il figure comme

témoin, avec le simple titre de connétable, dans une charte de

l'impératrice qui doit être à peu près de 1142 (Monast. angl., n o

uv. éd., V, 446 ; cf. Round, _Geoffrey de Mand_., p. 194). Il devait

donc avoir embrassé dès lors le parti de l'impératrice.

[387] Il mourut en 1194 ; voir plus loin v. 10022.

[388] C'est Guillaume le Maréchal, le héros du poème.

[389] Il fut doyen d'York en 1189 et évêque d'Exeter en 1194 ; cf. le

poème, v. 10005. Il mourut en 1206 (Monast. Anglic., n o uv. éd.,

II, 515 b).

[390] En Angleterre, voir v. 7259 et suiv.

[391] Ce que le poète va nous raconter du siège de Newbury (Berks) est

complètement nouveau. Tout ce que j'ai trouvé dans les historiens

sur ce siège se réduit à ces lignes de Henri de Huntingdon, à

l'année 1152 : Rex eodem anno castrum Neubirie, quod non procul a

Wintonia est, obsidens oppugnavit, et tandem expugnavit. Inde

castellum de Walingeforde obsedit… » (éd. Th. Arnold, p. 284 ; cf.

Gervais de Cantorbéry, éd. Stubbs, I, 151). Le récent historien de

Newbury, M. Money (voir plus haut, p. 7, note 1), conte le siège de

cette ville d'après notre poème, dont il traduit les vers 399 à 736.

Il cite une charte du cartulaire de Bermondsey (malheureusement

dépourvue de date) qui fut écrite au siège de Newbury. Les témoins

sont : « Willelmus comes Cicestrie, Ricardus de Lucy, Willelmus

Martel, Ricardus de Camvil, Rogerus de Fraxino, Jordanus de Pod,

testes in carta Stephani regis apud Neubriam, in obsidione. » J'ai

copié ce texte d'après le ms. auquel renvoie M. Money (Musée brit.,

Cotton, Claud. A. VIII, fol. 110). C'est un extrait fait au xvn*

siècle du cartulaire de Bermondsey. Le comte de Chichester nommé en

premier n'est point différent du comte d'Arundel, mentionné plus

loin, v. 527. Richard de Camville fut témoin au traité de

Wallingford ((in de novembre 1153) entre Étienne et Henri, fils de

l'impératrice.

[392] Je demande la permission de conserver le mot _losengier_, qui n'a

point d'équivalent en français moderne. Le _losengier_ est celui

qui, par des paroles insinuantes, gagne la faveur d'un homme

puissant, afin de nuire à autrui. Il y a dans le _losengier_ du

courtisan et de l'intrigant.

[393] Guillaume d'Aubigni, comte d'Arundel, qui avait épousé en 1138

Aelis, veuve de Henri Ier (Delisle, _Chronique de Robert de

Torigni_, I, 215, note 6). Il se rendit en Terre _sainte_ et mourut

en 1176. Il y a sur lui une curieuse anecdote dans le _De nugis

curialium_ de Gautier Map, page 234 de l'édition Wright (_Camden_

Society). On trouvera un article sur ce personnage dans le

Dictionary of national Biography, sous Al ni ni (pincbrna), William

db.

[394] C'est le témoignage unanime des historiens. Ainsi, l'auteur des

Gesta Stephani (éd. Howlett, p. î) » : « Fuit siquidem, quod in

nostri temporis divitibus constat esse rarissimum, dives et humilis,

munificus et affabilis. » Et l'auteur de l'_Histoire_ des ducs de

Normandie (éd. de la Société de l'histoire de France, p. 81) :

« Chil rois Estievenes fut moult dous et moult debonnaires et moult

piteus, par coi il ne tenoit pas ferme _justice_. » — Enfin, dans

une petite chronique des rois _d'Angleterre_, ducs de Normandie, que

j'ai publiée d'après un ms. de Cambridge : « Mult fu amez, por ce

que debonaires esteit » (_Notices et_ extraits des manuscrits,

XXXII, 2e partie, 67).

[395] Mot à mot « les _chevaliers_ qui croissent en la lancelée. » La

lancelée est le plantain lancéolé (plantago lanceolata) ; ce mot se

trouve encore dans Colgrave (1611), avec ce sens : « Lancelée,

ribwort, plantaine. » Par « chevaliers, » l'auteur entend les tiges

du plantain qui servaient au jeu proposé par le jeune Guillaume au

roi Étienne. Ce jeu est encore en usage en Angleterre. Les deux

adversaires tiennent chacun une de ces tiges et les frappent l'une

contre l'autre, jusqu'à ce que l'une des deux tiges perde sa tête.

La plante ainsi employée est appelée vulgairement en anglais _cocks

oajackstraws_. Voyez sous ces deux mots J. Britten et R. _Holland_,

A _Dictionary of_ english Plant-names (London, 1866, _Dialect

Society_) ; J. -A.-H. Murray, New English _Dictionary_ founded on

_historical principles_, sous cocks.

[396] Sans doute une sorte de voûte mobile formée de claies, sous

laquelle on pouvait avancer à l'abri, comme la _vinea_ des anciens.

[397] Henri de Blois ; il était frère d'Étienne.

[398] L'auteur a commis ici un grave anachronisme. Il est exact que la

paix fut conclue en 1153, peu de temps après le siège de Newbury,

qui eut lieu en 1152, comme nous l'apprend le témoignage de Henri de

Huntingdon cité plus haut (p. 9, n. 1). Mais il ne l'est pas que le

roi ait été pris à _Lincoln_ et échangé contre le comte de

Gloucester à la même époque. En effet, la bataille de Lincoln, où

Étienne fut fait prisonnier, est du 2 février 1141 (voy. entre

autres _Robert de Torigni_, éd. Delisle, et la note de l'éditeur, I,

220), et c'est en _septembre_ 1141 que Robert de Gloucester tomba

entre les mains de _la reine_ Mathilde, femme d'Etienne. L'échange

des deux princes, qui eut lieu peu après la prise du second, est

donc sans rapport aucun avec la paix de 1153. Il n'est d'ailleurs

question d'un parlement à Shrewsbury nulle part ailleurs que dans

notre poème.

[399] 25 octobre 1154.

[400] Henri II fut couronné le 19 décembre 1154.

[401] Ceci n'est pas exact. Henri II épousa Éléonore de Guyenne le 18

mai 1152, et son premier-né, Henri, naquit le 28 février 1155.

[402] Guillaume II de Tancarville, qui, après la mort du comte Patrice,

en 1168 (voy. plus loin, v. 1623 et suiv.), fut nommé par Henri II

gouverneur du Poitou (Gautier Map, _De nugis curialium_, éd. de la

_Camden Society_, p. 234). Les seigneurs de Tancarville (arr. du

Havre) étaient chambellans héréditaires de Normandie. Il rejoignit

Richard Cœur-de-Lion en Terre _sainte (L'Estoire de la guerre

sainte_, v. 4715), d'où il ne paraît pas être revenu. Voyez, sur

l'histoire de ce personnage, Deville, _Histoire_ du château et des

sires de Tancarville, Rouen, 1834, p. 124 et suiv.

[403] Le garçon est proprement un domestique ; le valet est un jeune

homme de bonne famille, un compagnon plutôt qu'un serviteur.

[404] C'est-à-dire son manteau roulé et porté en bandoulière.

[405] Le manuscrit (v. 772) porte _vint_. Je propose de lire uit,

correction très légère, parce qu'il n'est pas possible qu'il se soit

écoulé vingt ans depuis le moment où Guillaume a pu être écuyer

jusqu'à celui où il fut fait chevalier. On vient de voir qu'il fut

envoyé au chambellan de Tancarville après le couronnement de Henri

II, c'est-à-dire postérieurement au 19 décembre 1154. Né au plus tôt

en 1143, puisqu'il était le second enfant d'un mariage qui ne peut

avoir eu lieu avant la fin de 1141 (voy. v. 372 et suiv.), il eût

été trop jeune en 1154 ou même en 1155 pour remplir les fonctions

d'écuyer. Il peut avoir été envoyé à cette époque au comte de

Tancarville, mais il n'est pas probable qu'il ait été dès lors

écuyer. Or, l'affaire de Drincourt que le poète va rapporter est de

juillet 1173, et dès ce moment Guillaume était chevalier. Il est

donc impossible qu'il soit resté écuyer pendant vingt années. Même

avec cette correction, la chronologie du poème reste ici bien

confuse. Nous allons assister à des événements qui appartiennent aux

années 1173 et 1174, pour revenir ensuite à 1168.

[406] Cf. les surnoms, devenus noms de famille, Gasteblé, Gastevin, et,

en provençal, Guastapas.

[407] Expression analogue à « trouver la fève au gâteau » (Le Roux de

Lincy, _Livre des proverbes_, 2e éd., I, 72 ; cf. Cotgrave).

[408] Orne, arr. de Mortagne, cant. de Moulins-la-Marche.

[409] Seine-Inférieure, arr. de Dieppe, cant. d'Offranville.

[410] Drincourt ou Neufchâlel-en-Bray, ch. -I. d'arr. de la

Seine-Inférieure. Henri Ier _d'Angleterre_ y bâtit un château qui

fut appelé _Novum castrum_ ; on prit l'habitude de dire en

français : « le Noef-castiel de Driencourt » (_Hist_. des ducs de

Normandie, éd. de la Société de l'histoire de France, p. 89), et peu

à peu Neufchatel remplaça l'ancien nom.

[411] Henri Il, fils de Jean, comte d'Eu, mort en 1170, et d'Alix, fille

du comte d'Arundel, dont il a été question un peu plus haut (p. 10,

note 2). Il mourut en 1183 (Delisle, Robert de Torigni, II, 19, note

2 ; _Art de_ vérifier les dates, II, 799). Nous savons qu'en 1173,

époque où eut lieu l'affaire de Drincourt (voy. p. 16, note 2), il

s'était soumis (subdidit se et castella sua) au jeune roi et au

comte de Flandre (Robert de Torigni, II, 39). Il reparaîtra plus

loin (v. 4655) parmi les hommes du jeune roi.

[412] Philippe, comte de Flandre, et Mathieu, comte de Boulogne, étaient

frères. Ils avaient fait hommage au jeune roi, qui, en retour, leur

avait accordé diverses concessions territoriales en Angleterre et en

Normandie (Ben. de Peterb., I, 44).

[413] Jean I, qui mourut au siège d'Acre en 1191 (Art de _vérifier les

dates_, H, 753-4).

[414] Bernard III de Saint-Valeri (A. du Chesne, Hist. _de la maison de

Dreux_, p. 71). Il fut l'un des messagers envoyés au pape par Henri

II, en 1165, à l'occasion du différend avec Thomas Becket (Rog. de

Howden, I, 230). On a des donations de lui à l'abbaye de Fontevraud

(_Bibl_. nat., lat. 5480, pp. 257-261).

[415] Comte d'Eu, probablement.

[416] Guillaume de Mandeville avait succédé, comme comte d'Essex, à son

frère Geoffroy en 1166 ; c'est donc par erreur que le poète dit, ici

et plus loin (v. 1144), qu'il n'était pas encore comte. Plus tard,

en 1180, il devint comte d'Aumale par son mariage avec Hadevise,

comtesse d'Aumale. Son surnom est écrit, v. 1142, 8782, de

Magneville, et, v. 7687, de _Manneville_, en latin _de Magnavilla_.

On ne sait pas exactement où était située la terre ainsi nommée. M.

J. -H. Round (Geoffrey de Mandeville, p. 37) pense que c'était le

village de Mandeville, canton de Trevières, arr. de Bayeux, et il

s'appuie sur l'autorité de Stapleton, _Magni rot_. _scacc.

Normannix_, II, clxxxviij, ajoutant que cette opinion est partagée

par M. L. Delisle, mais il n'a pas fait attention que M. Delisle

distingue expressément le Guillaume de Mandeville dont parle

Stapleton, de Guillaume de Mandeville, comte d'Essex, disant que ces

deux Guillaume n'avaient rien de commun que le nom (Delisle, _Magni

rot_. _scacc. Normannix_… fragmentum, dans Mém. de la Soc. des Ant.

de _Norm_., 2* sér., VI,2*partie, xvi-xvu ; tir. à part, p. 21).

Nous restons donc dans l'incertitude quant à l'origine de G. de

Mandeville, comte d'Essex. M. Delisle i (.) I. a consacré à ce

dernier une note très étendue et très nourrie à laquelle on ne peut

que renvoyer le lecteur. Voir aussi l'art, de M. W. Haut dans le

Dictionary of _national biography_, sous Mandeville (William de).

Guillaume de Mandeville, comte d'Essex et d'Aumale, fut un

personnage très considérable, qui joue à plusieurs reprises un rôle

important dans l'histoire d'Angleterre, de 1173 à 1189, époque de sa

mort. On ne voit pas à quel propos li est ici mentionné. Il ne

paraît pas, en effet, qu'il ait assisté au siège de Drincourt, et,

s'il y avait pris part, c'eût été dans les rangs des adversaires du

Chambellan, car il était resté fidèle à Henri II (Ben. de Peterb.,

I. 51).

[417] Neufchâtel est longé, du côté de l'ouest, par une petite rivière

appelée la _Béthune_. Le pont dont il s'agit ici sera appelé tout à

l'heure « le maître III pont, i 2

[418] Expression habituelle pour désigner un grand fracas : Qu'en n'i

oïst nes Damedieu tonant. (La mort Aymeri, v. 4068.)

[419] Le pont de la Béthune, par lequel ils étaient entrés dans la

ville.

[420] De la chaussée d'Eu, mentionnée dans la phrase suivante, au

nord-est de la ville ; ce devait être un pont jeté sur un fossé.

[421] On voit que nous sommes ici en pleine fantaisie. Le poète raconte

un tournoi et non une action de guerre.

[422] On s'explique mal que Guillaume entrât chez lui alors que le

combat était loin d'être terminé.

[423] _Gagner_, c'était faire des prisonniers qu'on mettait à rançon, ou

prendre des chevaux.

[424] Il voulait dire que le maréchal aurait pu, s'il l'avait voulu, se

faire tout un assortiment d'objets de sellerie aux dépens des

chevaliers qu'il avait vaincus.

[425] Voy. p.17, n. I.

[426] Une trêve, selon le texte (v. 1166) ; mais on voit par ce qui suit

qu'il s'agit d'une paix et non d'une simple trêve. La paix à

laquelle il est fait ici allusion n'eut pas lieu immédiatement après

l'affaire de Neufchâtel, comme il semble résulter du poème : elle

fut conclue, entre Tours et Amboise, le 30 septembre 1174 (voy. Rob.

de Torigni, éd. Delisle, II, 53).

[427] La quintaine, qui prend son nom de la via quintana, réservée aux

exercices militaires, dans les camps romains, est au moyen âge un

jeu consistant à frapper de la lance un mannequin placé sur un

pivot ; voy. la septième dissertation de Du Gange sur l'histoire de

saint Louis et cf. ma traduction de _Girart de Roussillon_, p. 1,

note 2. On va voir qu'ici il s'agit plutôt d'un tournoi.

[428] Il y a un Valennes dans la Sarthe, arr. de Saint-Calais, cant. de

Vibraye. Si c'est le lieu ici désigné, on pourrait corriger le

_Seint Jame_ du texte en _Seint[e] Jamme_ (le vers se lirait :

Qu'entre. Sein/[ej Jame…) : ce serait Sainte-Jamme-sur-Sarthe

_(Sancta Gemma_), arr. du Mans, cant. de Ballon.

[429] Guillaume le Lion, roi d'Écosse, avait envahi l'Angleterre en

1174. Fait prisonnier, il avait été emprisonné à Caen, puis à

Falaise (Ben. Peterb., I, 74 ; Rog. de Howd., II, 65). Il dut, pour

obtenir sa liberté, faire hommage au roi Henri II par le traité de

Falaise (août 1174. Ben. Peterb., I, 96 ; Rog. de Howd., II, 80).

C'est sans doute peu après ce traité qu'eut lieu le tournoi où nous

le voyons paraître.

[430] Il sera question plus loin encore (v. 3249) de ces lieux de refuge

(_recès_) qui étaient ou fortifiés ou protégés par une convention,

de sorte que les chevaliers du tournoi y trouvaient un abri. Il est

parlé en d'autres poèmes encore de ces _recès_. Ainsi, dans le Roman

de Sone de Nausay on voit Sone rentrer au _recet_ pour y changer

d'armes (Scheler, _Notice et extraits de deux mss. français de la

bibliothèque de Turin_, Bruxelles, 1867, p. 45).

[431] Voy. le vocabulaire au mot _plaidelces_.

[432] L'acre anglaise était au moyen âge un espace beaucoup moindre que

de nos jours ; voy. Du Cange, acra.

[433] Philippe de Valognes fut l'un des otages donnés au roi Henri II

par Guillaume, roi d'Écosse, lors du traité de Falaise (Ben.

Peterb., I,98 ; Rog. de Howd., II, 80). Il fut chambrier du roi

d'Écosse. Il est mentionné avec cette qualité, en 1212, dans un

document publié par Cole, Document illustrative of english history

in the thirteenth and fourteenth _centuries_ (London, 1844), p. 234.

[434] Cf. v. 5465 : Molt est Dex puissanz et corteiz. L'idée que Dieu

est courtois a été fréquemment exprimée dans notre ancienne poésie :

Curteis est Deus ki tut crea, dit, au début de son œuvre, Roau

d'Arundel, traducteur en vers de la lettre de Prêtre-Jean (_Notices

et extraits des mss_., XXXIV, i, 231). C'était une locution toute

faite, qui a été parodiée : Mult [par] est diables curteis est le

premier vers d'un poème satirique sur les états du monde (_Romania_,

IV, 388).

[435] C'est par ce proverbe que l'auteur des _Moralités des philosophes_

(traduction du _Moralium dogma philosophorum_ de Guillaume de

Conches faite au xiiie siècle) rend ce vers d'Horace… quia tanti

quantum habeas _sis_ (Serm., I, i, 68 ; cb. xxxix du _Moralium

dogma_). D'autres exemples du même proverbe ont été indiqués au t.

I, dans la note du v. 1380.

[436] Dans le texte _Boeles_ (v. 1382) en rime avec noveles. Saint-Brice

et Bouere sont deux localités voisines situées dans l'arrondissement

de Château-Gontier (Mayenne). Je dois à M. Longnon cette

identification, à laquelle on ne peut rien objecter sinon que les

documents anciens portent constamment Boeria, Boere, Boyre, et non

_Boeles_ (L. Maître, _Dict. topogr_. _de la Mayenne_).

[437] On sait que le heaume était lacé à la ventaille.

[438] Rougé (dans le texte _Rogi_), ch.-l. de cant. de l'arr. de

Châteaubriant. Ce seigneur breton est mentionné par Robert de

Torigni, à l'année 1173, et Ut, en 1183, une donation à l'abbaye de

Mellerai (voy. Rob. de Torigni, éd. Delisle, II, 45, note 6).

[439] _Subligni_, arr. d'Avranches, cant. de la Haye-Pesnel ;

_Soleingni_ dans le texte (v. 1466), _Soligneium_ et _Suligneium_

dans les documents du xiie siècle. La forme première doit être

_Sulliniacus_, qui a donné Suligni, Sulegni, puis Subligni, dans

l'Yonne (voy. Quantin, _Dict. topogr_. _de l'Yonne_). — Johannes de

Suligneio » ou « Soligneio » figure en des documents divers compris

entre 1153 et 1175 (Rob. de Torigni, éd. Delisle, II, 298, 308 ;

Delisle, Magni rotuli scaccarii Normanniæ fragmentum, dans les Mém.

de la Soc. des ant. de Normandie, 2e série, t. VI, 2e partie, p.

xxvii, tir. à part, p. 35). Il fut probablement l'un des chevaliers

du jeune roi Henri, car il figure comme témoin dans une charte de ce

prince en faveur de Christ-Church, Cantorbery, qui paraît être de

1175 (Musée brit., Cott. charters VI, 1).

[440] Comme un chevalier _errant_.

[441] La Normandie était le pays où les joutes et les tournois étaient

le plus en honneur : Ce dient cil de Normendie Que si bele

chevalerie N'a el siecle que de jouster. (L'Aire perilleux, v.

2149-51, dans Archiv f. d. Studium d. neueren _Sprachen_, XLII,

168.)

[442] La succession des événements est ici entièrement intervertie.

C'est en janvier 1168 que Henri II marcha contre les Poitevins

(Eyton, Court, _household and itinerary of Henry II_, p. 112). Quant

à la question de savoir s'il traversa la mer à cet effet ou s'il

était déjà sur le continent, voy. ci-après, p. 25, note 1.

[443] Plus loin encore (vv. 12545 et suiv.) le poète insiste sur cette

idée. Les Poitevins avaient au moyen âge la réputation d'être peu

fidèles à leurs seigneurs. J'ai réuni à ce propos dans une note des

Notices el _Extraits des manuscrits_ (XXXIV, 1" partie, p. 222) un

certain nombre de témoignages. En voici d'autres. Guillaume Le

Breton (_Phil_., VI, 358) : At Picti, quibus est fidei mutatio

semper. Grata comes et ailleurs (VIII, 451) : Nec Pictos constringit

amor nec Protea nexus. Voir aussi _Raoul_ de Houdenc, _Songe

d'enfer_, vv. 62-88 (Scheler, Trouvères belges, II, 78-9). Lorsque

le poète dit qu'encore à l'heure actuelle on est témoin du manque de

foi des Poitevins, il fait peut-être allusion à la reddition de la

Rochelle au roi de France, en 1224, qui faisait dire à Mathieu de

Paris : « O innata Pictavensibus proditio ! » (_Chron. maj_., éd.

Luard, III, 84).

[444] Barfleur, arr. de Valognes, petit port de mer à l'extrémité

orientale du Cotentin. — On n'a d'ailleurs aucune preuve que le roi

Henri II soit venu d'Angleterre au moment de l'insurrection des

Poitevins. D'après les données historiques connues jusqu'à ce

_jour_, le roi aurait séjourné sur le continent depuis le _mois_ de

mars 1166 ; la reine toutefois serait venue le rejoindre à la fin de

1167, voy. Eyton, _Court, household and itinerary of Henry II_, p.

92, 112.

[445] Voy. /ou, au vocabulaire.

[446] Il s'agit des armes défensives, heaume et haubert, qu'on mettait

au moment du combat.

[447] Quel château ?

[448] Son cheval de bataille ; il était monté sur un palefroi.

[449] Le meurtre du comte Patrice eut lieu en 1 168, « circa octavas

Pas-c chae, dolo Pictavensium, » nous dit Robert de Torigni (éd.

Delisle, II, 5), c'est-à-dire vers le 7 avril de cette année (le 27

mars, selon Eyton, p. 113). Nous savons aussi par le même historien

que le roi Henri avait en effet laissé la reine Éléonore sous la

garde du comte de Salisbury (_ibid_., 4). Mais il est beaucoup moins

sûr que Geoffroi de Lusignan ait pris part au meurtre, comme notre

auteur semble l'insinuer ici. On vient de voir que Robert de Torigni

incrimine en général les Poitevins ; Gervais de Cantorbery (éd.

Stubbs, I, 205 ; Bouquet, XIII, 130 k) n'en dit pas plus : « Comes

Patricius Saresberiensis…, a Pictavensibus occisus est, qui ac rege

Anglorum defecerunt ; » _Raoul_ de Dicet (éd. Stubbs, I, 331 ;

Bouquet, XIII, 187 d) est encore plus vague : « Comes Patricius in

Aquitania, princeps militiae regis Anglorum, lancea confossus

obiit. » Deux historiens, Roger de Howden et Benoît de Peterborough,

imputent le meurtre de Patrice non pas, comme ici, à Geoffroi de

Lusignan, mais à son frère Gui, celui qui, plus tard, fut roi de

Jérusalem. Roger : « Eodem anno Gwido de Leszennan interfecit

Patricium comitem Salesbiriensem redeuntem in peregrinatione a

Sancto Jacobo » (éd. Stubbs, I, 273 ; Bouquet, XIII, 208 c). On ne

voit pas comment Patrice aurait pu se rendre à Saint-Jacques de

Compostelle au moment où la garde de la reine venait de lui être

confiée. Benoît mentionne le meurtre à l'année 1185, à propos de

Baudouin le Lépreux, roi de Jérusalem, et l'attribue non pas à

Geffroi, mais à son frère Gui : « Praedictus rex leprosus multos

habebat secum milites, inter quos erat quidam miles nomine Gwido de

Lezinan, frater Gaufridi de Lezinan, qui (Gwido) Patricium comitem

Salesbiriensem, tempore hostilitatis quae erat inter regem Angliai

et suos in Pictavia, occiderat » (éd. Stubbs, I, 343). — Remarquons

du reste que le poète ne dit pas que Geoffroi ait été le meurtrier

de Patrice : il lui laisse cependant une certaine part de

responsabilité en le plaçant à la tête de la troupe de Poitevins qui

surprit Patrice. Plus loin (v. 6458), il place dans la bouche de

Geoffroi une déclaration dont le sens est que le Maréchal se trompe

en le considérant comme le meurtrier de son oncle.

[450] C'est-à-dire n'ayant pas le heaume.

[451] Jeter la pierre ou, comme on disait aussi, « ruer la pierre »

était un jeu sur lequel les témoignages abondent (voy. _Doon de

Mayence_, p. 283-4 ; _Charles le Chauve_, dans _Hist. littéraire_,

XXVI, 102). Plus tard, en Angleterre, on se plaisait à jeter une

barre ou un marteau (voy. J. Strutt, _Sports and pastimes of the

people of England_, liv. II, ch. n, p. 75 de l'édition de 1834).

[452] Dans les tournois.

[453] Le roi Henri II débarqua à Portsmouth le 3 mars 1170, après avoir

passé quatre ans sur le continent (Eyton, p. 135). A ce moment la

guerre de Poitou était terminée depuis deux ans.

[454] Le couronnement du (ils aîné de Henri II eut lieu à Westminster,

le 14 juin 1170 (Eyton, p. 138).

[455] « In crastino aulem hujus consecrationis fecit rex Willelmum regem

Scotiaj et David fratrem suum et omnes comites et barones et

franco » tenentes regni sui devenire homines novi regis filii sui,

et fecit eos super sanctorum relliquias jurare illi ligantiaset

fidelitates contra omnes homines, salva fidelitate sua » (Ben.

Peterb., I, 6).

[456] On peut dresser une liste approximative des chevaliers qui

formaient l'entourage habituel du jeune roi en relevant les noms des

témoins qui figurent ordinairement dans les chartes en petit nombre

que nous avons de lui. On trouvera ce relevé dans l'introduction.

[457] La cause première de la brouille paraît avoir été celle-ci : le

roi Henri, ayant fiancé son troisième fils, Jean, à la fille du

comte de Mau-rienne, voulut lui donner certains fiefs situés en

Anjou, ce à quoi le jeune roi s'opposa, supportant avec peine, dit

Benoît de Peterborough (Stubbs, I, 41), que son père ne lui eût

concédé aucune terre en propre. Il lui avait en effet demandé, par

le conseil du roi de France, soit la Normandie, soit l'Angleterre,

soit l'Anjou, et, n'ayant pu obtenir cette concession, il cherchait

depuis lors l'occasion de se séparer de son père (cf. Miss K.

Norgate, _England under the Angevin Kings_, II, 131 et suiv.).

[458] Benoît de Peterborough (Stubbs, I, 45-6) donne la liste de ceux

qui avaient embrassé la cause du jeune roi et qu'il qualifie de

traîtres. Parmi eux figure « Willelmus Marescallus. »

[459] Arr. de Vendôme, cant. de Montoire. Ce que nous savons des

mouvements du jeune roi à cette époque est résumé et discuté par

Miss Norgate (II, 134, note). Nous savons que le 20 mars le jeune

roi était à Chinon.

[460] Le poète nous dira plus loin que cette poursuite n'eut pas lieu

(v. 2108). Du reste, B. de Peterborough ne fait aucune mention d'un

séjour du roi Henri II à Tours ni de l'intention qui lui est ici

prêtée de venir assiéger son fils. Il dit seulement (I, 45) que le

roi venait de tenir cour à Alençon lorsque la révolte éclata.

D'après l'itinéraire dressé par M. Eyton, la succession des séjours

du roi d'Angleterre est celle-ci : 8 avril (1173), Alençon ; avril à

juillet, Rouen (sauf peut-être un court voyage en Angleterre) ; 6

août, Conches ; 8 août, Breteuil (Eure) ; 9 août, Verneuil (Eure) ;

10 août, Damville (Eure) ; le reste du mois, Rouen, Tinchebrai

(Orne) ; Dol (Ille-et-Vilaine) ; septembre, le Mans et Gisors ;

novembre, Anjou ; 30 novembre, le roi prend Vendôme ; 25 décembre,

le roi tient sa cour à Caen.

[461] Nous n'avons aucun autre témoignage sur les circonstances dans

lesquelles le jeune roi fut armé chevalier.

[462] Comme il a été dit dans la note sur le v. 2122 (t. I),

l'explication qu'on attend semble incomplète. On ne nous dit pas

pourquoi le roi de France n'a pas armé chevalier le fils du roi

d'Angleterre. La raison est probablement que l'adoubement eut lieu à

l'improviste et pour ainsi dire sous le coup de la nécessité,

puisqu'on s'attendait à une attaque de la part de Henri II. Mais le

récit du poète est mal disposé. Il semble, à première lecture, que

le jeune Henri se soit rendu auprès du roi Louis VII après son

adoubement, et on verra au contraire que cette visite doit avoir eu

lieu avant, puisque les chevaliers envoyés par le roi de France, à

la suite de l'entrevue du jeune roi et de Louis VII, étaient

présents à la cérémonie de l'adoubement et conçurent de l'envie en

voyant le Maréchal conférer la chevalerie au jeune roi.

[463] Raoul, comte de Clermont, connétable de France, mort à

Saint-Jean-d'Acre en 1191 ; voy. Lépinois, _Recherches sur l'ancien

comté et les comtes de Clermont en Beauvoisis_, p. 335-53 ; Luçay,

Le comté de Clermont en _Beauvaisis_ (1878), p. 18-28.

[464] Le plus jeune des frères de Louis VII.

[465] Bouchard V, mort en 1189 ; Du Chesne, _Hist_. delà maison de

Montmorency, p. 113 et suiv. ; _Art de vérifier les dates_, II, 646.

[466] Ce personnage, appelé plus loin (v. 2198) « comte de Bretagne, »

est Eude, vicomte de Porhoet, qui avait épousé la fille de Conan III

(dit le _Gros_), duc de Bretagne, et qui fut effectivement duc de

Bretagne de 1148 à 1156, après la mort de son beau-père. Il est

qualifié de _cornes_ par R. de Torigni (éd. Delisle, II, 42), et

prend en diverses chartes le même titre et aussi celui de « dux

Britannorum, » ou « dux Britanniæ » (R. de Torigni, l. I,. note 4 ;

A. de la Borderie, _Recueil d'actes inédits des ducs et princes de

Bretagne_, n° 45, 46). Nous savons par R. de Torigni l (. I.) qu'il

était du parti opposé à Henri II, avec qui il avait eu antérieure

ment de graves démêlés (voy. Eyton, _Court, household and ilinerary

of_ Henry II, p. 113, n. 5, et p. 157, n. 1).

[467] L'auteur fait allusion à la guerre que les Anglais restés fidèles

à Henri II eurent à soutenir contre le roi d'Ecosse Guillaume le

Lion et contre les partisans du jeune roi, notamment contre Hugues

Bigot, comte de Norfolk.

[468] C'est ce que dit Robert de Torigni : « Rex autem Henricus senior,

qui multos de baronibus Franciae oberatos habebat, et magnis

obsequiis et donis eos sibi familiares fecerat… » (1174, éd.

Delisle, 11, 50).

[469] La succession des faits n'est pas rigoureusement observée. C'est

en juillet 1174 que le roi de France assiégea Rouen. Il fut

contraint de lever le siège le 14 août suivant (Ben. de Peterb., éd.

Stubbs, I, 74-75 ; la date du 21 août adoptée par Eyton, p. 184, est

peu vraisemblable). Le siège de Verneuil (ch.-l. de cant. de l'arr.

d'Évreux) eut lieu une année plus tôt. Il fut mis après le 24 juin

1173, selon Robert de Torigni (éd. Delisle, II, 39) ; vers le 6

juillet, selon Ben. de Peterborough (éd. Stubbs, I, 49). Ce dernier

raconte en détail comment Verneuil fut occupé et incendié par Louis

VII, qui fut bientôt obligé de battre en retraite devant le roi

d'Angleterre (voy. notamment p. 53-54). — On remarquera que l'auteur

ne dit rien de la prise de Neufchâtel par le jeune roi et par ses

frères, aidés du comte de Flandres et du comte de Boulogne. Cette

affaire, qui eut lieu en juillet 1173, a été contée plus haut, v.

815-1106, d'une façon aussi inexacte que confuse et tout à fait hors

de sa place chronologique. Voy. ci-dessus, p. 16, note 2.

[470] Le récit des négociations entre Henri II et le roi de France doit

être accueilli avec réserve. Selon B. de Peterborough, les envoyés

de Louis VII auraient été l'archevêque de Sens et Thibaut de Blois.

Il y aurait eu une première entrevue à Gisors, le 8 septembre 1174,

et une seconde, à la fin du même mois, entre Tours et Amboise (éd.

Stubbs, I, 76-77) ; cf. Eyton, p. 185 ; K. Norgate, I, 165.

[471] D'après R. de Torigni, la réconciliation eut lieu vers Pâques (15

avril) 1175 (éd. Delisle, II, 55) ; mais elle est certainement

antérieure. B. de Peterborough la place au 30 sept. 1174 (éd.

Stubbs, II, 77-78) ; voir Eyton, p. 185.

[472] Cela est un peu vague. Le traité, inséré dans la Chronique de B.

de Peterborough (voy. I, 79), détermine avec précision les divers

cas dans lesquels pouvaient se trouver les partisans du jeune roi.

[473] Une chronique française des _rois d'Angleterre_, que j'ai publiée

il y a quelques années, dit que, le roi de France s'étant entremis

pour la paix, Henri II pardonna à son fils, « mès il abati les

mesons et les chasteus et trencha les bois a cels par qui il avoit

si fetement esré contre son pere » (Notices _et extraits des mss_.,

XXXII, 2e partie, p. 71).

[474] Ce ne fut pas sans peine que le jeune roi se décida (avril 1175) à

revenir auprès de son père : voy. B. de Peterborough, I, 82.

[475] Henri II et son fils le jeune roi s'embarquèrent à Barfleur le 8

ou le 9 mai 1175, et c'est le 19 avril de l'année suivante que le

jeune Henri s'embarqua à Porchester pour la Normandie (Eyton, p. 190

et 202).

[476] Ici et en quelques autres passages (voir le vocabulaire aux mots

_plaideices_, _plaid[e]ier_, _plaidier_) le verbe plaidier paraît

être un terme spécial s'appliquant à des tournois réglés par des

conditions qui en diminuaient les dangers et aussi l'intérêt.

[477] Lonc sejor honist giemble homme (v. 2402). C'est à l'idée

qu'exprime le fils de l'empereur de Constantinople dans Cliges : Ne

s'acordent pas bien ansanble Repos et los, si com moi sanble (vv.

157-8).

[478] Arr. de Boulogne, cant. de Marquise. C'était le port le plus

fréquenté pour aller de France en Angleterre et réciproquement. Voy.

la XXVII* dissertation de Du Cange sur _l'Histoire_ de saint Louis.

[479] Philippe d'Alsace, comte de Flandre(fl 191), était fils de Sibile

d'Anjou, fille de Foulque V d'Anjou, aïeul de Henri II. — Les

historiens ne font aucune mention précise d'une visite du jeune roi

au comte de Flandre. Toutefois, Gautier Map, écrivain contemporain,

fournit incidemment un témoignage intéressant. Il nous dit qu'avant

d'avoir atteint sa vingtième année, c'est-à-dire avant 1176, il

s'était rendu auprès du comte de Flandre, se mettant en quelque

sorte sous sa direction. Voici le texte : « Antequam esset annorum

xz1', m atrem nostram et suam Angliam exivit, seque Philippo

Flandrensium comiti… dedit, quatinus instrui mereretur ab ipso, '

ipsumque praelegit dominum ; nec injuste, quoniam omnium hujus

temporis principum, excepto nostro (Henri II), strenuissimus est

armis et regimine » (De _nugis curialium_, p. 138 de l'édition

donnée par la Camden Society). Ce séjour en Flandres doit en effet

avoir eu lieu à l'époque indiquée par Gautier Map, car, en mai 1177,

Philippe de Flandre partit pour la Palestine (B. de Peterb., I,

159). — D'une manière plus générale, Philippe Mousket dit, en

parlant du jeune roi : « Si venoit tournoier en Flandres » (v.

18863).

[480] Ressons, arr. de Compiègne, ch.- l. du canton dans lequel est

situé Gournai.

[481] On peut rappeler à ce propos que le comte Philippe de Flandre

avait la réputation d'être très généreux : c… plus qu'Alixandre | Fu

larges et preus et hardis, » nous dit Ph. Mousket (v. 19267-8). t.

Henri III. Le poète composait vers 1225.

[482] Allusion à quelqu'une des prophéties contenues dans le livre VII

de l'Historia Brittonum de Geoffroi de Monmouth. Ce ne doit pas être

celle qu'avait en vue Mathieu de Paris, qui identifie Henri III avec

le « Lynx penetrans omnia, quae ruinae propriae gentis imminebit.

Per illam enim utramque insulam amittet Neustria et pristina

dignitate spoliabitur » _(Chron. maj_., éd. Luard, I, 208 ; cf. IV,

511 ; V, 451). Notre auteur doit avoir choisi quelque prophétie plus

favorable, par exemple celles qui font suite au passage cité, où on

lit des passages tels que celui-ci : « Pax erit in tempore suo, et

ubertate glebae multiplicabuntur segetes » (liv. VII, ch. m).

[483] Allusion aux pertes territoriales de la couronne d'Angleterre sous

Jean Sans-Terre.

[484] Gagner est l'expression habituelle pour « prendre des chevaux dans

un tournoi. » _Chevaliers prent, chevaus gaaingne_ est un vers qu'on

lit en plus d'une description de tournois (voy. Flamenca, note du v.

1696).

[485] Anet, ch.-l. de cant. de l'arr. de Dreux ; _Sorel_-Moussel, cant.

d'Anet.

[486] Neauphle -le -Château, arr. de Rambouillet, cant. de

Montfort-l'Amaury. Les seigneurs de Neauphle portent tous le nom de

Simon. Celui dont il s'agit ici est vraisemblablement le t Simon

dominus Nielle i dont un acte scellé, des environs de l'an1 180,

figure dans le cartulaire de l'abbaye des Vaux-de-Cernai, n* LVI11

de l'édition de MM. L. Merlet et A. Moulié, ou peut-être son père.

[487] Dans le texte, _Pleiere_, en latin _Plaiotrum_ (Longnon,

_Dictionnaire_ topographique de la Marne), Pleurs, qu'on devrait

écrire _Pleure_, forme usitée anciennement, est une comm. de l'arr.

d'Épernay, cant. de Sézanne.

[488] Hugues III, de 1162 à 1193.

[489] Voy. ci-dessus, p. 36, note 2.

[490] Raoul Ier, comte de Clermont, † 1191 (voy. ci-dessus, p. 31, note

3), et Mathieu III, de 1 174 à 1208.

[491] Ce seigneur est surtout connu par la guerre qu'il eut à soutenir

en 1174 contre le comte de Flandre Philippe, avec qui, du reste, il

se réconcilia bientôt (_Art de vér. les dates_, III, 11). Il prit

part à la troisième croisade, où il se distingua par sa vaillance.

Il mourut en combattant (sept. 1191) ; voy. Ambroise, _Hist. de la

guerre sainte_, v. 6637-67.

[492] Thibaut V, comte de Blois et de Chartres depuis 1152, sénéchal de

France depuis 1154 (d'Arbois de Jubain ville, _Hist_. des comtes de

Champagne, III, 96-98), qui mourut à la croisade en 1191.

[493] Voy. ci-dessus, p. 32.

[494] Cette idée, qui revient plus d'une fois dans le poème, est presque

un lieu commun des descriptions de tournois. On lit dans Érec (éd.

Fœrster, v. 2215-8) : Erec ne voloit pas antandre A cheval n'a

chevalier prandre, Mès a joster et a bien feire, Por ce que sa

proesce apeire.

[495] Il y a dans le texte : « Or faisons du brochet un cygne, et

envoyons le au plus digne. » C'est qu'en effet le cygne était, ainsi

que le paon, considéré comme un oiseau noble. t. Walincourt, arr. de

Cambrai, cant. de Clari. Sur la famille de Walincourt, voy.

Colliete, _Mémoires pour servir à l'histoire de la province de

Vermandois_ (Paris, 1771-2), II, 79 et suiv., et Ém. Molinier,

_Étude sur la vie d'Arnoul d'Audrehem_, dans les Mémoires présentés

à l'Acad. des inscr. et belles lettres, 2e série (Antiq. de la

France), t. VI, 1" partie, p. 6.

[496] Voy. p. 21, note 2.

[497] Remarquons que le poète ne nous a rien dit de cet incident.

[498] Ce personnage est mentionné plus loin parmi les chevaliers

flamands qui faisaient partie de la c mesnie » du jeune roi (v.

4583). — Il y a, dans les Rotuli lilterarum patentium, I, 33 (1203),

un sauf-conduit accordé par le roi à « Rogerius de Gaugi. » Il fut

l'un des conseillers du roi Jean ; voy. plus loin la note sur le v.

13229.

[499] Le compagnonnage, ou, comme on disait autrefois, la _compagnie_,

est une association entre deux personnes du même rang ou qui du

moins le deviennent par l'effet de l'alliance qu'ils ont contractée.

M. J. Flach a consacré plusieurs chapitres à cette sorte

d'institution, qu'il rattache au comitat germanique, _Les origines

de l'ancienne France_, II, 431 et suiv. (liv. III, chap. n-viii).

Ces chapitres avaient déjà paru partiellement, sous ce litre : _le

Compagnonnage dans les chansons de geste_, dans les _Études romanes

dédiées à G. Paris_ (Paris, 1891), p. 140-180.

[500] Le jeune roi avait certainement un clerc de ce nom. On lit en

effet, dans un rôle de 1182 cité par Eyton (p. 248) : « In passagio

episcopi de Sancto David et abbatis de Dereford et Wigani clerici

regis filii regis, 47 s. per breve régis. » — Sur l'office du clerc

de la cuisine, on lit dans Fleta, Uv. II, chap. xviii (1" et 2e

édit. de J. Selden, Londres, 1617 et 1685, p. 80) : « Officium

clerici coquin » est denarios recipere de garderoba pro officiis

emptoris, poletriae, salsariae, aulae et camerae et scutelriae, et

creditoribus satisfacere competenter. »

[501] Malheureusement on ne nous dit pas de quelle année. Ce devait être

vers 1180.

[502] La date de ce tournoi ne nous étant pas connue, on peut hésiter

entre Aelis, femme de Rainaut (ou Rainart) IV, comte de Joigny,

lequel mourut au plus tard en 1179 _(Art de vérifier les dates_, II,

596), et une autre Aelis, femme de Guillaume I, successeur de

Rainaut, dès 1179 au moins. Cette dernière était fille de Pierre I

de Courtenai et petite-fille du roi Louis VII. Elle eut deux fils de

son époux et fut séparée de lui pour cause de parenté. Voy. du

Bouchet, Hist. généal. de la maison royale de Courtenay, p. 16.

[503] Cf. plus haut, p. 37-8. — Giraud de Barri, qui ne tarit pas

d'éloges sur le jeune roi, dit à peu près la même chose : « Ad hoc

etiam tam electa militia tamque eleganti stipatus fuerat, quanta nec

nostris diebus nec ante uni adhaerens homini vel visa est usquam vel

audita. Praeter alios quippe multos qui inter optimos maximi fuerunt

taies et tam electos, tanquam Macedo secundus, habebat de familia

centum vel plures, quorum quisque torneamentum quodlibet, ad quod

probandarum virium causa undique fortissimi, tanquam ex condicto,

viri militares confluebant, corporis sui valore confidebat » (De

_princ. instr_., II ; Bouquet, XVIII, 131bc ; G. Cambr. opera, VIII,

174).

[504] Maintenon, ch. -l. de cant. de l'arr. de Chartres.

[505] Nogent-le-Roi, ch.-l. de cant. de l'arr. de Dreux, à 8 kil. au

nord-ouest de Maintenon.

[506] Ce comte de Boulogne devait être l'un des trois premiers maris

qu'eut successivement Ida comtesse de Boulogne, et dont aucun ne

vécut longtemps, puisque le troisième mourut en 1186 (Art de vér.

les dates, II, 765), et qu'elle en épousa un quatrième, Renaut de

Dammartin, en 1191 ; voir plus loin la note du v. 8617.

[507] Voy. ci-dessus, p. 31, note 3.

[508] Sans doute Renaut, seigneur de Decise, fils de Guillaume III et

frère de Guillaume IV, comte de Nevers. Il mourut au siège d'Acre en

1191 (Art de vér. let dates, II, 563).

[509] Voir ci-dessus, p. 39, note 2.

[510] Voir ci-après, p. 51, note 1.

[511] Ce personnage, qui reparaîtra plus loin (v. 4510), dans une liste

de chevaliers français, est probablement le même qu'un « Petrus

Lieschans » qui fut fait prisonnier par le roi Richard au combat de

Gisors, le 28 septembre 1198 (Roger de Howd., IV, 56). Il ne doit

pas être confondu avec un « Petrus Lascans » qui reçut un don du roi

Richard la première année de son règne (Hunter, _The_ Great roll of

the pipe for the first year of Richard l, p. 40).

[512] Hangest-en -Santerre, arr. de Montdidier, cant. de Moreuil.

Plusieurs seigneurs de ce lieu ont porté le nom de Florenz ou

Florent, en latin _Florencius_ ; voy. D. Bouquet, XXIII, 647 d, 656

p, 657 d. Un sceau de Florent de Hangest, appendu à un acte de 1223,

est publié dans la _Collection de sceaux_ de Douei d'Arcq, n° 2358.

[513] Il s'agit très probablement du Louis d'Arcelles qui est mentionné

plusieurs fois dans le _Livre des vassaux du comte de Champagne et

de Brie_, publié par M. Longnon (n° 2377, 2502, 2560). M. Longnon

identifie dubitativement Arcelles avec Aizelles, Aisne, arr. de

Laon, cant. de Craonne. C'est sans doute le même qui est mentionné

par Ben. de Peterborough, sous le nom de « Lodovicus de Arseles, »

parmi les chevaliers morts à la croisade de 1191 (éd. Stubbs, II,

148). Je ne sais s'il faut l'identifier avec uu « Ludovicus de

Arcello » qui figure dans un rôle anglais de 1189-90 (The Great roll

of the pipe forthe first yearof Richard I, p. 15).

[514] Guillaume des Barres le père.

[515] Proverbe fréquemment employé ; voy. Le Roux de Lincy, _le Livre_

des proverbes », 2e éd., II, 274, 407, 482, 488.

[516] Eure-et-Loir, cant. de Maintenon, arr. de Chartres.

[517] Voy. plus haut, p. 37-8 et 45, note 1.

[518] La chasse à l'oiseau.

[519] Voir ci-dessus, p. 35, note 6.

[520] Le roi Henri III.

[521] Plus haut, v. 2642, il a été dit que le jeune roi était la porte

par laquelle chevalerie revint dans le monde.

[522] Sans doute Thibaut V, comte de Blois et de Chartres, déjà

mentionné au v. 2917 (ci-dessus, p. 40, note 6).

L'histoire de Guillaume le Maréchal, T. 3 · 第 23 / 29 题