VIII

16 mai.--Pendant trois jours, nous avons eu des aspects plus doux et des

routes plus clémentes...

De temps en temps, se dresse une montagne dans la plaine unie et parmi

des rochers, se cachent les cases rondes d’un village. C’est Ngara,

premier village des Boums puissants et fauves; c’est Tekel au beau

karité; c’est la solitaire Foumou Karé qu’annoncent ses plants de tabac

et ses pimentiers aux larmes de sang. Dans ces rochers, où les cases se

cachent comme des nids inaccessibles, dans ces montagnes de pierres, les

races sont venues se heurter et se mêler comme en un creuset. Les Bayas

ont poussé une pointe hardie vers le Nord-Est; quelques Yanghérés ont

passé sur la rive gauche de la Penndé; et les Boums sont venus des

hauteurs de leur Boumbabal, dans le Nord. Tous mystérieux et rudes, en

relations sans doute avec les Bayas de Bouar vers le Sud et les Foulbés

de N’Gaoundéré, car ils ont des perles et de l’étoffe.

Quelles ténèbres et quelle ignorance! A Béloum, c’est un désordre empli

de deuil et d’effroi. Le mont Simbal s’élève tout droit sur la plaine où

moutonne un infini de verdure. Sur les roches, les sauvages font des

grappes noires qui s’agitent confusément, avec des étincellements de

sagaies. Pourquoi, même hostiles, m’attirent-ils, ces grands Barbares

tout nus, si vieux, si rudes, si loin de nos faiblesses et de nos

décadences! Vers l’Ouest, à l’horizon proche, le Sikoun se teinte de

rouge et de violet sombre, et là-bas, c’est Vlété, riche en euphorbes

mortels et vénéneux...

Terres de soleil et de sommeil · 第 43 / 54 题