VII

10 mai, dans la brousse.--Le rêve étrange, inattendu, continue son

obsession de toutes les heures. Ce matin, pendant toute la marche,

c’était à droite une infinie paroi verticale, et, à gauche, la Penndé

qui se précipitait parmi des roches. Comme il faisait noir, dans la

vallée, si douce jadis et si lumineuse, derrière nous, vers le Nord! Le

sentier était si étroit que les bœufs pouvaient à peine y passer un à

un, et, de temps en temps, on les entendait tomber sur le rivage avec

des éboulis de cailloux. En m’accrochant aux racines des arbres morts,

je suis parvenu à monter sur la paroi de rochers. Le fleuve m’est

apparu, ruban de moire dans du violet sombre, sinuant entre les pentes

des collines.

De temps en temps, l’eau tombait de roche en roche comme d’une cascade

en rocaille dans un parc démodé, et, au loin, à l’endroit où la rivière

se perdait, je voyais deux grandes masses noires qui s’envolaient de

chaque côté de la vallée, comme les deux ailes de quelque chauve-souris

gigantesque.

Et tout cela était d’une mélancolie sans espoir...

Chez nous, dans les sites les plus désolés de notre France, quelque

chose toujours nous parle et nous console: un angélus lointain, des

rumeurs confuses de ville, la chanson basse et fatiguée d’un pâtre...

Ici, nulle lueur humaine et nous sommes bien seuls, dans notre orgueil

et notre domination.

Terres de soleil et de sommeil · 第 42 / 54 题