9 mai, Dingué.--Paysage ascétique, évoquant des tortures et d’éternelles
géhennes! Békoun, Beyolmien et sa mare où viennent boire les antilopes,
le mont Tobélé qu’on voyait de si loin, d’abord, ligne violette à
l’horizon pâle, puis, grande tache informe sur le ciel candide, enfin,
masse de rochers gigantesques, monstrueuse excroissance, débauche de
pierres tumultueuses. C’est l’entrée des monts Dy, insoupçonné repaire
de splendeurs tragiques.
Devant les quelques cases éparses de Dingué, c’est un précipice de
verdure, et plus loin une immense paroi de granit noir qui nous domine.
Aucune grâce, aucune douceur dans ce paysage compliqué où les motifs
abondent, mais qui fait froid au cœur et nous force à nous replier sur
nous-mêmes. Brusquement, parmi ces montagnes, c’est une apparition de
vie sauvage et primitive; on est rejeté, non plus dans le souvenir de
l’histoire, mais dans la mémoire obscure de la préhistoire, alors que
les mondes s’organisaient et qu’un peu de vie apparaissait sur la terre.
On est très loin, infiniment loin, et l’on rêve de violences animales,
dans la liberté première reconquise.