C’est dans cette église de Saint-Jean-de-Luz que nous nous sommes
mariés, près de six mois plus tard, en hiver, par une journée de soleil
et de vent du sud. J’y avais assisté, avant la guerre, au mariage d’un
ami: cérémonie brillante, musique céleste, joyeux cortège, long défilé
de complimenteurs, allocution creuse et chamarrée d’un prêtre sans
enthousiasme, je revoyais, pendant notre messe, ce mariage qui me
rappelait, sans autres raisons que des raisons littéraires, la pompe
dont dut s’éblouir Saint-Jean-de-Luz pour Louis XIV. Pour nous, ce fut,
en effet, plus modeste et plus grave. Jusque dans ce refuge qu’est une
église, la guerre sévissait. J’avais craint l’indiscrétion des curieux.
Je n’eus point, paraît-il, à m’en plaindre. Quelques jeunes filles,
quelques soldats convalescents, nous fallait-il un public plus sincère?
Un prêtre basque, aumônier militaire en permission, prononça notre éloge
sans effort et ne crut pas devoir nous conseiller verbeusement de
pratiquer des vertus que notre union illustrait déjà. Il fut à la fois
familier et pathétique, et pathétique parce qu’il était familier. Je
voulais l’en remercier à la sortie. Il avait disparu.
Quand nous sortîmes de l’église, Michelle et moi, emmené par elle au
lieu de l’emmener, j’entendis, à la porte, une voix faible qui
murmurait:
--Gaïchua!
C’était un vieux mendiant, borgne et manchot, qui me trouvait
malheureux. Se trompait-il? Un des frères de ma fiancée,
permissionnaire, l’avait conduite au somptueux autel où l’on accède par
un escalier de plusieurs marches. Et moi j’y avais été conduit, non
point par ma mère, mais par celle de ma fiancée. Ma mère n’était pas là.
Nous l’avions attendue jusqu’à la dernière minute. Tout semblait
concourir à la séparer de nous: elle n’arriva que dans la soirée en gare
de Saint-Jean-de-Luz, avec onze heures de retard, dont elle était la
victime navrée. Mais, si je pensai qu’elle aurait pu arriver la veille,
nul ne lui en fit la remarque et nul autre que moi, peut-être, ne le
pensa, pas même Michelle, qui me considérait désormais comme sa
propriété.