Tout n’était donc pas encore consommé. Les dernières paroles de ma mère
trahissaient et son inquiétude et sa tendresse. J’y songeais en
regagnant l’hôpital, au bras de Michelle. Et je songeais que, si je
dictais à ma fiancée une lettre assez franche, assez explicite, assez
affectueuse, assez filiale enfin, ma mère nous rendrait, d’un cœur
apaisé, toute la tendresse que nous réclamions d’elle, Michelle et moi,
sans nous l’avouer. Mais ma mère ne s’inquiéterait-elle pas davantage de
lire des confidences que Michelle aurait transcrites? Je songeais aussi
que Michelle pourrait écrire personnellement une lettre telle qu’elle
était capable d’en écrire. Mais n’avait-elle pas dépensé déjà, sans
succès, toutes les preuves d’affection dont elle ne s’était pas montrée
avare, malgré le peu d’empressement que mettait ma mère à les recevoir?
Comme je marchais à côté d’elle sans rien dire:
--A quoi pensez-vous? me demanda Michelle.
--A vous, répondis-je.
Je ne mentais pas.
--Mais encore? fit-elle.
J’expliquai:
--Je pense à la reconnaissance que je vous dois pour les gentillesses
que vous avez eues à l’égard de ma mère.
--Si vous le prenez ainsi, Pierre, répliqua-t-elle, je vous en dois
davantage pour le plaisir que vous m’avez fait en réapprenant vos
prières.
Elle ajouta:
--N’est-ce pas un peu pour moi que vous les avez réapprises?
J’en convins facilement.
--Alors, continua-t-elle, voulez-vous bien que nous entrions ensemble à
l’église? Nous prierons pour votre maman, voulez-vous?
Nous arrivions à l’église. Michelle poussa la porte et me fit entrer,
puis, du bout des doigts, m’offrit l’eau bénite. Je n’ai jamais prié
dans une église avec tant de ferveur que ce jour-là.