Il ne faut pas que j’écrive tout. Tout s’éclaire, et le voile s’est
déchiré, sous lequel se cachaient tant de choses que je ne comprenais
pas. J’écrirai, du moins, que l’idée de rester plus longtemps à Paris me
fut intolérable. La migraine que j’avais invoquée me servit de prétexte,
avec la chaleur d’août commençant, si lourde dans la ville. Ma mère,
inquiète, ne protesta pas, quand je lui déclarai que j’avais envie
d’aller épuiser mon congé de convalescence dans notre maison de
Guéthary. Elle me dit seulement qu’elle m’aurait accompagné avec joie si
Mme de R..., qui pouvait la remplacer à la rigueur, n’était elle-même en
congé de convalescence à la suite d’une grippe maligne. Elle ajouta
qu’elle me céderait la vieille Joséphine pour ces quelques jours et
qu’elle-même prendrait ses repas à l’hôpital. Voilà comment, moins de
deux semaines après avoir quitté Michelle, et désireux de la revoir
autant que de m’échapper de Paris, je reparus à l’hôpital de
Saint-Jean-de-Luz, non plus en blessé, mais en visiteur.
Auparavant, je m’étais installé à Guéthary. J’avais ouvert les fenêtres
sur la mer et sur le jardin. A l’horizon, la mer et le ciel se
confondaient. Ah! ce bleu du ciel basque, comme il est émouvant! Dans le
jardin envahi par les herbes, les allées étaient jonchées des roses
mortes du printemps; les hortensias monstrueux triomphaient; et des
liserons décoraient la haie qui défend le jardin contre les passants de
la route. Joséphine balaya, épousseta, lava, brossa.
--Je veux manger, ce soir, une omelette aux piments, et des aubergines,
lui avais-je dit au débarquer.
Car j’étais content de m’enfermer dans la maison de mon adolescence.
Mais je n’avais pas prévu l’inévitable: les volets à peine poussés, un
goût d’amertume m’emplit la bouche; toute ma jeunesse fleurie et choyée
remontait en moi; et il me manquait celle qui avait fait de notre petite
maison une maison magnifique, ma mère, ma chère maman. Et je pleurai, à
la fenêtre, sous un ciel d’une splendeur cruelle.