TOUR DE BABYLONE. (Voyez BABYLONE.)

TOURNER, pour _se tourner_:

Aussi mon cœur d’ores en avant _tournera-t-il_ toujours vers

les astres resplendissants de vos yeux adorables.

(_Mal. im._ II. 6.)

--TOURNER LA JUSTICE:

Le poids de sa grimace, où brille l’artifice,

Renverse le bon droit et _tourne la justice_.

(_Mis._ V. 1.)

«L’expression _tourne la justice_ n’est pas juste. On tourne la roue de

fortune, on tourne une chose, un esprit même, à un sens; mais _tourner

la justice_ ne peut signifier _séduire_, _corrompre la justice_.»

(VOLTAIRE.)

Cette remarque paraît sévère. Pourquoi ne dirait-on pas _tourner_

pour _retourner_, _détourner_? _Tourner le visage_, _tourner la tête_,

_tourner le dos_, c’est _retourner_ ou _détourner_ le dos, la tête, le

visage. De même _tourner la justice_, c’est la détourner de son cours

naturel.

--TOURNER UNE AME:

Ainsi que je voudrai, _je tournerai cette âme_.

(_Éc. des fem._ III. 3.)

TOUT, invariable devant un adjectif:

Mais enfin je connus, ô beauté _tout aimable_,

Que cette passion peut n’être point coupable.

(_Tart._ III. 3.)

Et, traitant de mépris les sens et la matière,

A l’esprit, comme nous, donnez-vous _tout_ entière.

(_Fem. sav._ I. 1.)

«Je crains que cette censure... ne donne, à ceux qui en sauront

l’histoire, une impression _tout opposée_ à la conclusion.»

(PASCAL. 1re _Prov._)

_Tout_ signifie ici _tout à fait_. Il est donc adverbe. Molière

cependant l’a fait quelquefois adjectif, s’ajustant en cela aux

inconséquences de l’usage.

On remarquera que, dans tous ces exemples, l’adjectif uni à _tout_

commence par une voyelle, en sorte que si l’on écrivait _toute_, il

y aurait élision. Il a dépendu de l’imprimeur de supprimer l’_e_ de

_toute_, et ces textes ne sont pas des preuves irrécusables pour

l’invariabilité; au lieu que pour le cas contraire ils ne peuvent avoir

été falsifiés.

(Voyez TOUT, variable.)

--TOUT, _variable_ devant un adjectif:

La fourbe a de l’esprit, la sotte est _toute bonne_.

(_Mis._ III. 5.)

Oui, _toute_ mon amie, elle est, et je la nomme,

Indigne d’asservir le cœur d’un galant homme.

(_Ibid._ III. 7.)

«Ils y en ont trouvé de _toutes contraires_.»

(PASCAL. 1re _Prov._)

Des propositions tout à fait contraires aux cinq attribuées à Jansénius.

«La Grèce, _toute polie_ et _toute sage_ qu’elle étoit...»

(BOSSUET. _Hist. univ._)

Il est manifeste que dans ces exemples _tout_ représente _tout à fait_;

il devrait donc être invariable comme l’adverbe dont il tient la

place. Cependant il ne l’est pas, soit à cause de l’euphonie à qui tout

cède, soit par un autre motif, ou peut-être par une pure inconséquence.

Quoi qu’il en soit, les grammairiens, bien empêchés par l’usage, ont

posé à cet égard une plaisante règle: _Tout_, disent-ils, mis pour

_tout à fait_, est adverbe devant les adjectifs féminins _commençant

par une voyelle_, et, au contraire, il devient adjectif devant les

adjectifs _commençant par une consonne_.

C’est-à-dire, pour parler vrai, que dans le premier cas on profite de

l’élision pour escamoter sur le papier l’_e_ final de _toute_, par

exemple, _tout aimable_, _tout entière_, _tout opposée_. Cela passe,

parce que l’oreille n’a rien à y réclamer; mais réellement il y a

toujours accord.

--TOUT, invariable devant un nom de ville:

C’est moi qui suit Sosie, et _tout Thèbes_ l’avoue.

(_Amph._ I. 2.)

Vous parlez devant un homme à qui _tout Naples_ est connu.

(_L’Av._ V. 5.)

«_Tout Smyrne_ ne parloit que d’elle.»

(LA BRUYÈRE.)

Les Italiens observent la même règle: _tutto Napoli_, _tutto Siviglia_:

«_Tutto Siviglia_

«Conosce Bartolo.»

(_Le Nozze di Figaro._)

--TOUT, TOUTE, adjectif, avec le sens de l’adverbe latin _totidem_:

Ce sont _toutes_ façons dont je n’ai pas besoin.

(_Tart._ I. 1.)

Ces visites, ces bals, ces conversations,

Sont du malin esprit _toutes inventions_.

(_Ibid._)

--TOUTE-BONTÉ, comme _toute-puissance_:

Que le ciel à jamais, par sa _toute-bonté_,

Et de l’âme et du corps vous donne la santé!

(_Tart._ III. 3.)

--TOUT CE QUE... SONT:

On m’a montré la pièce; et comme _tout ce qu’il y a d’agréable

sont_ effectivement des idées qui ont été prises de Molière.....

(_Impromptu._ 3.)

(Voyez CE QUE... SONT.)

--TOUT DE BON, pour tout de bon, sérieusement:

Mais j’aime _tout de bon_ l’adorable Henriette.

(_Fem. sav._ V. 1.)

«Je ne le disois pas _tout de bon_, repartit le père; mais

parlons plus sérieusement.»

(PASCAL. 8e _Prov._)

«_Tout de bon_, mes pères, il seroit aisé de vous tourner

là-dessus en ridicule.»

(Id. 12e _Prov._)

--TOUT DOUX, adverbe, comme _tout doucement_:

Je crains fort pour mon fait quelque chose approchant,

Et je m’en veux _tout doux_ éclaircir avec elle.

(_Amph._ II. 3.)

--TOUT D’UN TEMPS, en même temps:

Bonsoir; car _tout d’un temps_ je vais me renfermer.

(_Éc. des mar._ III. 2.)

--TOUT MAINTENANT, subitement, à l’instant même:

Il m’est dans la pensée

Venu _tout maintenant_ une affaire pressée.

(_Éc. des fem._ III. 4.)

--TOUT VIEUX, sans ajouter _qu’il est_:

Le bonhomme, _tout vieux_, chérit fort la lumière.

(_L’Ét._ III. 5.)

De même, dans le _Misanthrope_:

Oui, _toute mon amie_, elle est, et je la nomme,

Indigne d’asservir le cœur d’un galant homme.

(_Mis._ III. 7.)

Sur ce passage, voici la remarque de Voltaire:

«Il faut dire _toute mon amie qu’elle est_, et non pas _toute mon amie

elle est_.»

«_Et je la nomme_; cet _et_ est de trop. _Je la nomme_ est vicieux; le

terme propre est _je la déclare_; on ne peut nommer qu’un nom: je _le

nomme_ grand, vertueux, barbare; je _le déclare_ indigne de mon amitié.»

(_Mélanges._ T. III. p. 228.)

Il est manifeste que Voltaire n’a pas saisi le sens de ce passage.

Il a supposé une inversion très-dure, et compris: Elle est toute,

c’est-à-dire, tout à fait, mon amie, et je la nomme indigne d’asservir,

etc.; tandis que le sens véritable est celui-ci: Toute mon amie qu’elle

est, elle est (et je ne crains pas de la nommer, et je le dis tout

haut), elle est indigne, etc.

Il est probable que Voltaire avait sous les yeux un texte mal ponctué:

Oui, toute mon amie elle est; et je la nomme

Indigne d’asservir, etc....[78].

[78] C’est effectivement ainsi que le vers est ponctué dans la

citation.

C’est ce qui a causé son erreur, qu’un peu de réflexion eût promptement

dissipée. Il est bien fâcheux que Voltaire eût si peu de patience,

et qu’il ait mis tant de précipitation à condamner des hommes comme

Corneille et Molière. On l’accuse de perfidie calculée envers le

premier; je suis persuadé qu’il n’est coupable que de légèreté et

d’impétuosité dans sa critique: mais c’est déjà beaucoup trop quand on

est Voltaire, et qu’on juge Corneille devant l’Europe attentive.

TRACER L’IMAGE DES CHANSONS, danser aux chansons:

Et _tracez_ sur les herbettes

_L’image de vos chansons_.

(_Am. magn._ 3e _intermède_.)

Métaphore outrée. On sait comment la parodie de Benserade en faisait

ressortir le ridicule:

«Et tracez sur les herbettes

L’image de vos _chaussons_.»

(Voyez MÉTAPHORES VICIEUSES.)

Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle · 第 440 / 467 题