Non, non, il n’est point d’âme un peu _bien située_
Qui veuille d’une estime ainsi prostituée.
(_Mis._ I. 1.)
L’expression est insolite; cependant nous disons chaque jour, avec
l’autorité de l’usage: Avoir le cœur _bien placé_. C’est la même figure.
SŒURS D’INFORTUNE, comme _frères d’armes_:
Nous nous voyons _sœurs d’infortune_.
(_Psyché._ I. 1.)
SOI, où l’usage moderne emploie _lui_, _elle_, _eux_:
Bien que de vous mon cœur ne prenne point de loi,
Et ne doive en ces lieux aucun compte qu’à _soi_...
(_D. Garcie._ II. 5.)
C’est une fille à nous, que, sous un don de foi,
Un Valère a séduite et fait entrer chez _soi_.
(_Éc. des mar._ III. 5.)
_Apud se_, et non _apud illum_.
Agnès, dit Horace,
N’a plus voulu songer à retourner chez _soi_,
Et de tout son destin s’est commise à ma foi.
(_Éc. des fem._ V. 2.)
Je vous dis que mon fils n’a rien fait de plus sage
Qu’en recueillant chez _soi_ ce dévot personnage.
(_Tart._ I. 1.)
Toi, Sosie?--Oui, Sosie; et si quelqu’un s’y joue,
Il peut bien prendre garde à _soi_.
(_Amph._ I. 2.)
Ne voyez-vous pas qu’il tire à _soi_ toute la nourriture, et
qu’il empêche ce côté-là de profiter?
(_Mal. im._ III. 14.)
Cet indolent état de confiance extrême,
Qui le rend en tout temps si content de _soi-même_.
(_Fem. sav._ I. 3.)
Ce sont choses, _de soi_, qui sont belles et bonnes.
(_Ibid._ IV. 3.)
Le savoir garde _en soi_ son mérite éminent.
(_Ibid._)
Il n’est pour le vrai sage aucun revers funeste;
Et, perdant toute chose, à _soi-même_ il se reste.
(_Ibid._ V. 4.)
Tout le XVIIe siècle a ainsi parlé. Les grammairiens se sont perdus en
distinctions et en subtilités pour régler quand il fallait _soi_, et
quand _lui_. Tout cela est chimérique. Les grands écrivains du temps de
Louis XIV se sont guidés bien plus sûrement sur un seul point: partout
où le latin mettrait _se_, ils ont mis _soi_,
«Qu’il fasse autant pour _soi_ comme je fais pour lui.»
(CORNEILLE. _Polyeucte._ III. 8.)
_Pro se ipso_, et non _pro illo_.
«Mais il se craint, dit-il, _soi-même_ plus que tous.»
(RACINE. _Androm._ V. 2.)
_Timet se ipsum._
«Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après _soi_.»
(Id. _Phèdre._)
_Post se_, et non _post illum_.
«Mais souvent un auteur, qui se flatte et qui s’aime,
«Méconnoît ses défauts et s’ignore _soi-même_.»
(BOILEAU.)
«Il n’ouvre la bouche que pour répondre...... Il crache presque
sur _soi_.»
(LA BRUYÈRE.)
«Idoménée, revenant à _soi_, remercia ses amis.»
(FÉNELON.)
«Tant de profanations que les armes traînent après _soi_!»
(MASSILLON.)
«Dieux immortels, dit-elle en _soi-même_, est-ce donc ainsi que
sont faits les monstres?»
(LA FONTAINE. _Psyché._ I.)
On voit qu’il n’est pas besoin de tant raffiner, à la suite de
Vaugelas, d’Olivet et les modernes.
SOIENT, monosyllabe:
Et votre front, je crois, veut que du mariage
Les cornes _soient_ chez vous l’infaillible apanage.
(_Éc. des fem._ I. 1.)
«Qu’ils _soient_ comme la poudre et la paille légère
«Que le vent chasse devant lui.»
(RACINE. _Esther._ I. 5.)
SOIS-JE, dans une formule de souhait:
_Sois-je_ du ciel écrasé si je mens!
(_Mis._ I. 2.)
Forme excellente, au lieu de _puissé-je être_.