(BOILEAU.)
«Dites un mot, seigneur, soldats et matelots
«Seront _prêts_ avec vous _de traverser_ les flots.»
(CRÉBILLON. _Electre._)
«Ce peuple, qui tant de fois a répandu son sang pour la patrie,
est encore _prêt de suivre_ les consuls.»
(VERTOY.)
«Ils coururent chez un de ses oncles où il s’étoit retiré, et
d’où il étoit _prêt de sortir_ pour aller se battre.»
(FLÉCHIER. _Les Grands Jours_, p. 194.)
«Elle (Psyché) étoit honteuse de son peu d’amour, toute _prête
de réparer_ cette faute si son mari le souhaitoit, et quand
même il ne le souhaiteroit pas.»
(LA FONT. _Psyché._ l. 1.)
C’est _paratus de_ au lieu de _paratus ad_. La première forme était
celle qu’avait choisie le moyen âge:
«S’il y est, il sera tout _prest
«De vous payer_ à la raison.»
(_Le Nouv. Pathelin._)
«Ouy, mon amy, je suis _prest_
«_De vous despescher_ vistement.»
(_Ibid._)
«Je suis _tout prest de recevoir_.»
(_Ibid._)
Les grammairiens modernes reconnaissent l’emploi de _prêt de_ dans tous
les écrivains du XVIIe siècle, et, en le tolérant comme un archaïsme,
ils s’avisent d’une distinction subtile autant qu’elle est chimérique:
_Prêt de_, disent-ils, s’employait pour _disposé à_, mais non jamais
pour signifier _sur le point de_, car il fallait toujours alors mettre
l’adverbe _près de_.
On voit par les exemples de Molière la vanité de cette règle. _Ma
mort est prête d’expier ce transport_;--_étant toute prête d’être
mariée...._;--_le jour est prêt de paroître_; ne sont pas des phrases
où l’on puisse substituer _disposé à_.
La distinction rigoureuse et constante entre l’adverbe _près_
(_presso_) et l’adjectif prêt (_paratus_) paraît être venue tard:
c’est un des résultats heureux, je crois, de l’analyse moderne.
Auparavant on ne distinguait pas entre deux mots que l’oreille
identifie; et quant aux compléments _à_ ou _de_, comme ils
s’employaient sans cesse et correctement l’un pour l’autre, ils ne
pouvaient qu’entretenir la confusion, loin de l’empêcher.