Avec leur ton de _poule laitée_, et leurs trois petits brins de
barbe relevés en barbe de chat!
(_L’Av._ II. 7.)
«On dit, pour se moquer d’un lâche, d’un sot qui se mêle du ménage
des femmes; que c’est une _poule mouillée_, une _poule laitée_, un
_tâte-poules_.» (TRÉVOUX.)
POUR, faisant l’office de _seulement_:
On nous fait voir que Jupiter n’a pas aimé _pour_ une fois.
(_Pr. d’Él._ II. 1.)
On est faite d’un air, je pense, à pouvoir dire
Qu’on n’a pas _pour_ un cœur soumis à son empire.
(_Fem. sav._ II. 3.)
Pourquoi ces façons de parler sont-elles tout à fait hors d’usage, et
cependant maintient-on encore _pour_ dans cette locution: Cela peut
passer _pour une fois_, c’est-à-dire, une fois seulement? Ce sont là
des inconséquences que les écrivains devraient tâcher d’empêcher, ou de
corriger.
--POUR, au point de, jusqu’à:
Ma foi, me trouvant las _pour_ ne pouvoir fournir
Aux différents emplois où Jupiter m’engage....
(_Amph._ prol.)
--POUR, en qualité de:
Je suis auprès de lui gagé _pour serviteur_;
Me voudriez-vous encor gager _pour précepteur_?
(_L’Ét._ I. 9.)
Et vous l’avez connu _pour gentilhomme_.
(_B. gent._ IV. 5.)
Cet emploi de _pour_ est encore usuel dans cette phrase, par exemple:
Prendre _pour_ domestique. Connaître _pour_ gentilhomme, gager _pour_
précepteur, ne sont guère que des applications du même principe. Ce
qui appauvrit les langues, c’est justement de restreindre la valeur
générale d’un mot à quelques formules particulières. Molière, non plus
que Bossuet, ne se laisse jamais garrotter dans ces entraves, et c’est
là peut-être le caractère essentiel de leur langue, et ce qui lui donne
tant d’ampleur.
Les Espagnols emploient de même _por_ devant un adjectif. Tirso de
Molina intitule une de ses pièces: «El condemnado _por desconfiado_.»
_Le damné pour déconfès_, pour être mort sans confession, en qualité de
déconfès.
--POUR (un infinitif) marquant, non le but, mais la cause, comme _parce
que_:
Moi...
Trahir mes sentiments, et, _pour être en vos mains_,
D’un masque de faveur vous couvrir mes dédains!
(_D. Garcie._ II. 6.)
_Parce que je suis en vos mains_, et non _afin d’être en vos mains_.
Je hais ces cœurs pusillanimes, qui, _pour trop prévoir_ les
suites des choses, n’osent rien entreprendre.
(_Scapin._ III. 1.)
Parce qu’ils prévoient trop.
Tous les désordres, toutes les guerres n’arrivent que _pour
n’apprendre pas_ la musique.
(_B. gent._)
_Parce qu’on_ n’apprend pas, et non, _afin de ne_ pas apprendre.
C’est _pour nous attacher_ à trop de bienséance
Qu’aucun amant, ma sœur, à nous ne veut venir.
(_Psyché._ I. 1.)
_Parce que nous nous attachons_, et non, _afin de nous attacher_.
Et je ne fuis sa main que _pour le trop chérir_.
(_Fem. sav._ V. 5.)
On ne s’avise point de défendre la médecine _pour avoir été
bannie de Rome_, ni la philosophie _pour avoir été condamnée
publiquement dans Athènes_.
(_Préf. de Tartufe._)
_Parce qu’elle_ a été bannie, _parce qu’elle_ a été condamnée.
Pascal dit de même:
«La durée de notre vie n’est-elle pas également et infiniment
éloignée de l’éternité _pour_ durer dix ans davantage?»
(_Pensées._ p. 298.)
C’est-à-dire: Notre vie, parce qu’elle aura duré dix ans de plus ou de
moins, ne sera-t-elle pas toujours aussi éloignée de l’éternité? Ce
tour, dans Pascal, me paraît un peu obscur, peut-être à cause de la
désuétude.
«Et comment est-il possible, reprit Ésope, que vos juments
entendent de si loin nos chevaux hennir, et conçoivent _pour
les entendre_?»
(LA FONT. _Vie d’Ésope._)
--POUR, uni à l’auxiliaire _être_. (Voyez ÊTRE POUR.)
--POUR L’AMOUR DE, en mauvaise part:
Que tous ces jeunes fous me paroissent fâcheux!
Je me suis dérobée au bal _pour l’amour d’eux_.
(_Éc. des mar._ III. 9.)
--POUR CERTAIN:
Tous les bruits de Léon annoncent _pour certain_
Qu’à la comtesse Ignès il va donner la main.
(_D. Garcie._ I. 2.)
--POUR CE QUI EST DE CELA, sans relation à rien, et en forme
d’exclamation, comme _en vérité_:
_Pour ce qui est de cela_, la jalousie est une étrange chose!
(_G. D._ I. 6.)