MORON.

Et sa gueule faisoit une laide grimace,

Qui _parmi de l’écume_, à qui l’osoit presser,

Montroit de certains crocs.

(_Pr. d’Él._ I. 2.)

Quelle est ton occupation _parmi_ ces arbres?

(_D. Juan._ III. 2.)

Ne voyez-vous pas bien quel tort ces sortes de querelles nous

font _parmi le monde_?

(_Amour méd._ III. 1.)

Il faut _parmi le monde_ une vertu traitable.

(_Mis._ I. 1.)

Il court _parmi le monde_ un livre abominable.

(_Ibid._ V. 1.)

Et _parmi leurs contentions_

Faisons en bonne paix vivre les deux Sosies.

(_Amph._ III. 7.)

On ne demeure point tout seul, pendant une fête, à rêver _parmi

des arbres_.

(_Am. magn._ I. 1.)

Et, _parmi cette grande gloire_ et ces longues prospérités que

le ciel promet à votre union.....

(_Ibid._ IV. 7.)

_Parmi l’éclat du sang_ vos yeux n’ont-ils vu qu’elle?

(_Psyché._ I. 2.)

Mais c’est, _parmi tant de mérite_,

Trop que deux cœurs pour moi, trop peu qu’un cœur pour vous.

(_Ibid._ I. 3.)

_Parmi_ a pour racines _par_ et _mi_, apocope de _milieu_. _Mi_, au

moyen âge, s’employait comme substantif, pour moitié:

«Et le bacon faisoit _par mi_ tranchier.»

(_R. d’Ogier le Danois._)

«Il faisait couper le porc par la moitié.»

Ainsi, sans s’arrêter aux distinctions chimériques ni aux subtilités

des grammairiens, _parmi_ s’emploie légitimement où il s’agit

d’exprimer, _au milieu de_.

(Voyez PAR.)

PAROLE, ÊTRE EN PAROLE QUE...: être en pour-parler (pour convenir)

que...:

Il _est_ avec Anselme _en parole_ pour vous

_Que_ de son Hippolyte on vous fera l’époux!

(_L’Ét._ I. 2.)

--ÊTRE EN PAROLE, absolument, converser ensemble:

Juste ciel, qu’ils sont prompts! je les vois _en parole_.

(_L’Ét._ II. 2.)

--AVOIR DE LA PAROLE POUR TOUT LE MONDE, être affable:

Qu’on dise que je suis une bonne princesse, que _j’ai de la

parole pour tout le monde_, de la chaleur pour mes amis.....

(_Am. magn._ I. 2.)

PAR OU, pour _comment_ ou _de quoi_:

Voit-on, dans les horreurs d’une telle pensée,

_Par où_ jamais se consoler

Du coup dont on est menacée?

(_Amph._ I. 3.)

PAR SOI, tout seul, _per se_:

E par soi, _é_.

(_Am. magn._ I. 1.)

C’est-à-dire _e_ tout seul, pris à par soi (et non à _part_ soi), _é_.

Cette valeur de _par_ est un débris de notre langue primitive. Les

Latins disaient _per me_, _per te_, dans le sens de _moi seul_, _toi

seul_:

«Quamvis, Scæva, satis _per te_ tibi consulis, et scis...»

(HOR. Ep. 17, lib. 1)

Et nos pères disaient, à l’imitation des Latins, _tout par moi_, _par

lui_, _par eux_, _par elles_:

«Et Felix li sains homs _tout par li_ demoura.»

(_Des Trois Chanoines._)

Demeura tout seul.

«Les cloches de l’eglise, de ce soyez certains,

«Sonnerent _tout par elles_, sans mettre piez ne mains.»

(_Le Dit du Buef._)

On écrit mal à propos, avec un _t_, _à part_, _à part soi_. _Par_, ici,

vient de _per_, et non de _pars_, _partis_.

Au contraire, il faut mettre un _t_ dans cette autre formule où l’usage

moderne l’a supprimé: _De part le roi_; _de part Dieu_.

(Voyez DE PAR, à l’article PAR, et _des Variations du langage

français_, p. 407 à 411.)

PARTAGER UN SORT A QUELQU’UN, le lui donner en partage:

Ne faites point languir deux amants davantage,

Et nous dites _quel sort_ votre cœur _nous partage_.

(_Mélicerte._ II. 6.)

_Partager_ est construit ici comme le latin _impertire_, _dispertire_

et _dispertiri_.

PARTI; FAIRE PARTI, monter un coup:

Léandre _fait parti_

Pour enlever Célie.

(_L’Ét._ III. 6.)

_PARTICIPE PRÉSENT_ mis au lieu de _si_, suivi d’un conditionnel:

Et _trouvant_ son argent, qu’ils lui font trop attendre,

Je sais bien qu’il seroit très-ravi de la vendre.

(_L’Ét._ I. 2.)

Si Trufaldin trouvait son argent.

Le plus parfait objet dont je serois charmé

N’auroit pas mes tributs, _n’en étant point aimé_.

(_Dép. am._ I. 3.)

Si je n’en étais pas aimé.

Pascal se sert aussi de cette espèce de participe absolu:

«Quand on auroit décidé qu’il faut prononcer les syllabes _pro

chain_, qui ne voit que, _n’ayant point été expliquées_, chacun

de vous voudra jouir de la victoire?»

(PASCAL. 1re _Prov._)

Ces syllabes n’ayant point été expliquées; si elles n’ont pas été

expliquées.

--PARTICIPE PRÉSENT _qui s’accorde_:

De ces petits pourpoints sous les bras se _perdants_,

Et de ces grands collets jusqu’au nombril _pendants_.

(_Éc. des mar._ I. 1.)

On veut que _pendant_ s’accorde, parce qu’il est, dit-on, _adjectif

verbal_: une manche _pendante_; mais on commande de laisser _se

perdant_ invariable, parce qu’il est participe. Cette distinction

toute moderne a bien l’air d’une chimère et d’un raffinement

sophistique; le XVIIe siècle n’en avait nulle idée, et moins encore les

siècles précédents:

Si quatre mille écus de rente bien _venants_,

Une grande tendresse et des soins complaisants...

(_Éc. des mar._ I. 2.)

De ces brutaux fieffés, qui sans raison ni suite

De leurs femmes en tout contrôlent la conduite,

Et, du nom de maris fièrement _se parants_,

Leur rompent en visière aux yeux des soupirants.

(_Ibid._ I. 6.)

1er MÉDECIN. Cette maladie _procédante_ du vice des hypocondres.

(_Pourc._ I. 11.)

Pour remédier à cette pléthore _obturante_, et à cette

cacochymie _luxuriante_ par tout le corps...

(_Ibid._)

Une jeune fille toute _fondante_ en larmes.

(_Scapin._ I. 2.)

Boileau, tout sévère grammairien qu’il était, a dit:

«Et plus loin des laquais, l’un l’autre _s’agaçants_,

«Font aboyer les chiens et jurer les passants.»

(_Sat._ VI.)

«Entendra les discours sur l’amour seul _roulants_,

«Ces doucereux Renauds, ces insensés Rolands.»

(_Sat._ X.)

«Cent mille faux zélés, le fer en main _courants_,

«Allèrent attaquer leurs amis, leurs parents.»

(_Sat._ XII.)

«Infâmes scélérats à sa gloire _aspirants_,

«Et voleurs revêtus du nom de conquérants.»

(_Ibid._)

Et Racine:

«Les ennemis, offensés de la gloire,

«Vaincus cent fois et cent fois suppliants,

«En leur fureur de nouveau _s’oubliants_[65].»

(_Idylle sur la Paix._)

[65] Cette pièce est de 1685, Phèdre est de 1677; ainsi Racine

avait composé tous ses ouvrages, hormis _Esther_ et _Athalie_.

Et Voltaire:

«De deux alexandrins côte à côte _marchants_,

«Que l’un est pour la rime et l’autre pour le sens.»

(_Ép. au roi de la Chine._)

Ce sont vestiges de l’ancienne langue. Dans l’origine, le participe

présent, placé après son substantif, s’y accordait, comme fait encore

le participe passé:

«Les femmes et les meschines vindrent encuntre le rei Saul...

_charolantes_, e _juantes_, e _chantantes_ que Saul out ocis

mille David dis mille.»

(_Rois._ p. 70.)

«Et ele descirad sa gunelle... si s’en alad _criante_ e

_plurante_.»

(_Ibid._ p. 164.)

«Li fiz le rei entrerent, et vindrent devant le rei _crianz_ e

_pluranz_.»

(_Ibid._ p. 167.)

Je trouve, à la vérité, un exemple du participe présent invariable dans

le Merlin de Robert de Bouron, écrit au XVe siècle:

«Il voit issir fors bien cent damoiselles et plus, qui viennent

_carolant_ et _dansant_ et _chantant_.»

(DU CANGE, _in Charolare_.)

Peut-être est-ce à cause de l’intermédiaire _qui viennent_; et puis sur

quel manuscrit Du Cange ou ses continuateurs ont-ils pris ce texte?

Ce qui est certain, c’est que Montaigne fait accorder le participe

présent, même des auxiliaires _être_ et _avoir_:

«Aulcuns _choisissants_ plustost de se laisser desfaillir

par faim et par jeusne, _estants_ prins... Combien il eust

esté aysé de faire son proufit d’ames si neufves, si affamées

d’apprentissage, _ayants_ pour la pluspart de si beaux

commencements naturels!»

(_Essais._ III. 6.)

Mais, comme dans le passage de Robert de Bouron, il tient le participe

invariable construit avec un autre verbe:

«Ceulx qui, pour le miracle de la lueur d’ung mirouer ou d’un

coulteau, _alloient eschangeant_ une grande richesse en or et

en perles.»

(_Ibid._)

Cette méthode de l’accord n’était pas sans avantages; par exemple,

Montaigne dit des Espagnols qui torturèrent Guatimozin:

«Ils le pendirent depuis, _ayant_ courageusement entreprins de

se deslivrer par armes d’une si longue captivité et subjection.»

(_Essais_, III. 6.)

_Ayant_, au singulier, fait voir que la phrase se rapporte au cacique,

et non à ses bourreaux, qui sont le sujet de la phrase. Si c’étaient

les Espagnols qui eussent entrepris, Montaigne eût écrit _ayants_, avec

une _s_. C’est au reste l’usage latin; voilà pourquoi il a passé dans

notre langue: _Occiderunt eum luctantem et conantem plurima frustra_.

La grammaire de Sylvius, ou Jacques Dubois, rédigée en latin en 1531,

ne pose point de règles particulières pour le participe présent; mais,

en conjuguant le verbe _avoir_, elle dit, p. 132:--«habens, habentis;

haiant, _haiante_;» et dans la conjugaison du verbe _aimer_: «amans,

aimant, _aimante_.»

Jehan Masset, dont l’_Acheminement à la langue françoyse_ est imprimé

à la suite du dictionnaire de Nicot (1606), ne dit rien non plus du

participe; mais, dans les modèles de conjugaison, il le met aussi

variable. Page 15: «_habens_; masculin _ayant_, féminin _ayante_.»

Le langage du palais, qui est un témoin si fidèle, fait le participe

présent variable. Regnard, dans _le Joueur_, a reproduit la formule

exacte:

«. . . . . . A Margot de la Plante,

«Majeure, et de ses droits _usante_ et _jouissante_.»

En somme, on trouve que l’invariabilité absolue du participe présent

ne s’est guère établie que dans le courant du XVIIIe siècle, et que

la distinction entre ce participe et l’adjectif verbal est du XIXe.

Jusque-là, on ne savait ce que c’était que l’adjectif verbal.

Ce sont les grammairiens très-modernes qui ont enrichi notre langue

de ces distinctions souvent insaisissables, et de ces difficultés de

participes parfois insolubles.

--_PARTICIPE PRÉSENT_ rapporté par syllepse à un sujet autre que le sujet

de la phrase:

Je prétends, s’il vous plaît,

Dût le mettre au tombeau le mal dont il vous berce,

Qu’avec lui désormais vous rompiez tout commerce;

Que, _venant_ au logis, pour votre compliment,

Vous lui fermiez au nez la porte honnêtement.

(_Éc. des fem._ II. 6.)

_Venant au logis_, lorsqu’_il_ viendra au logis, _vous_ lui fermiez,

etc...

Et lui _jetant_, s’il heurte, un grès par la fenêtre,

L’obligiez tout de bon à ne plus y paroître.

(_Ibid._ II. 6.)

_Et lui jetant_: ce second participe se rapporte régulièrement à Agnès,

et rend plus sensible l’incorrection du premier.

_N’ayant_ ni beauté ni naissance

A pouvoir mériter leur amour et leurs soins,

_Ils_ nous favorisent au moins

De l’honneur de la confidence.

(_Psyché._ I. 3.)

Aglaure veut dire à sa sœur: Comme nous n’avons ni beauté ni naissance,

_ils_, les princes, nous favorisent...

On peut hardiment proscrire cette tournure, parce qu’elle prête à

l’équivoque; il semble ici que ce soient les deux princes qui, sans

avoir ni beauté ni naissance, favorisent Aglaure et Cydippe...

_PARTICIPE ABSOLU_, comme en latin:

Le bon Dieu fasse paix à mon pauvre Martin!

Mais j’avois, _lui vivant_, le teint d’un chérubin.

(_Sgan._ 2.)

La plupart des exemples de l’article précédent, où l’on voit le

participe présent employé d’une manière sujette à l’équivoque, peuvent

se rapporter au participe absolu, que les Latins mettaient à l’ablatif.

On connoîtra sans doute que, _n’étant autre chose qu’un poëme

ingénieux_,... on ne sauroit la censurer sans injustice.

(_Préf. de Tartufe._)

_N’étant autre chose_, se rapporte à la comédie dont le nom ne se

trouve pas dans cette phrase, mais seulement dans la précédente.

Mais je l’ai vue ailleurs, où _m’ayant fait_ connoître

Les grands talents qu’elle a pour savoir l’avenir,

Je voulois sur un point un peu l’entretenir.

(_L’Ét._ I. 4.)

_Je l’ai vue..._, _je voulois_, se rapportent à Mascarille, et _m’ayant

fait connaître_, à _elle_, à Célie, qui n’est désignée qu’après. En

sorte que le nominatif est changé, avant que l’auditeur ou le lecteur

en puisse être prévenu.

Mais savez-vous aussi, _lui trouvant des appas_,

Qu’autrement qu’en tuteur sa personne me touche...

(_Éc. des mar._ II. 3.)

Savez-vous, Valère, que moi, Sganarelle, lui trouvant des appas, sa

personne me touche autrement qu’en tuteur?

Ces tournures sont fréquentes dans Molière.

J’ai voulu l’acheter, l’édit, expressément,

Afin que d’Isabelle il soit lu hautement;

Et ce sera tantôt, _n’étant plus occupée_,

Le divertissement de notre après-soupée.

(_Ibid._ II. 9.)

Isabelle n’étant plus occupée, quand Isabelle ne sera plus occupée.

_PARTICIPE PASSÉ_ invariable en genre:

Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle · 第 349 / 467 题