Monsieur, je suis _mal propre à_ décider la chose.
(_Mis._ I. 2.)
Les comédiens, par la crainte d’une équivoque ignoble, substituent _je
suis peu propre_. Le sens n’est pas le même. On employait autrefois
_mal_ et _peu_ à cet office avec des nuances différentes. _Mal
gracieux_, _mal habile_, étaient des expressions moins fortes que _peu
gracieux_, _peu habile_. Il est regrettable que l’on ait laissé perdre
cet emploi de _mal_. La prononciation a soudé inséparablement l’adverbe
à l’adjectif dans _maussade_ (_mal sade_), c’est-à-dire qui est mal
sérieux, d’un sérieux désagréable, déplaisant, et non _peu sérieux_[62].
[62] _Sade_ marquait un sérieux doux, une contenance réservée
avec grâce. Plusieurs écrivains du XVe siècle ont pris _sade_
et son diminutif _sadinet_ pour _gentil_, _agréable_. Les
Anglais, entraînant l’exagération du mot dans le sens opposé,
ont gardé _sad_ pour signifier _triste_. Le sens primitif était
intermédiaire. «_Sadde_, dit Palsgrave (en 1530), discrete;
_sadde_, full of gravity.» (_Fol. 94 verso._)
_Sade_ paraît venir de _sedatus_, et en exprime parfaitement
le sens. Borel dérive _maussade_ de _male satus_; c’est une
étymologie à la façon de Ménage, qui se contente de quelques
lettres communes ou analogues pour conclure la filiation. Si
_maussade_ vient de _satus_? Borel n’y a pas réfléchi.
Je me sens _mal propre_ à bien exécuter ce que vous souhaitez
de moi.
(_Am. magn._ I. 2.)
«........ Le galant aussitôt
«Tire ses grègues, gagne au haut,
«_Mal content_ de son stratagème.»
(LA FONT. _Le Renard et le Coq._)
MALVERSATIONS, dans le sens étendu de désordres de conduite: