LIBERTIN:

C’est être _libertin_ que d’avoir de bons yeux.

(_Tart._ I. 6.)

Je le soupçonne encor d’être un peu _libertin_:

Je ne remarque pas qu’il hante les églises.

(_Ibid._ II. 2.)

Laissez aux _libertins_ ces sottes conséquences.

(_Ibid._ V. 1.)

_Libertin_, aujourd’hui restreint à la débauche des femmes, signifiait

dans l’origine un esprit fort, un libre penseur, et n’emportait pas

nécessairement une idée désavantageuse.

«Ce mot, dit Bouhours, signifie quelquefois une personne qui hait la

contrainte, qui suit son inclination, qui vit à sa mode, sans s’écarter

néanmoins des règles de l’honnêteté et de la vertu. Ainsi l’on dira

d’un homme de bien qui ne sauroit se gêner, et qui est ennemi de tout

ce qui s’appelle servitude: _Il est libertin_. Il n’y a pas au monde

un homme plus _libertin_ que lui. Une honnête femme dira même d’elle,

jusqu’à s’en faire honneur: Je suis née _libertine_. _Libertin_ et

_libertine_, en ces endroits, ont un bon sens et une signification

délicate.» (_Remarques nouvelles sur la langue françoise_, p. 395, édition

de 1675.)

LIBERTINAGE, indépendance d’esprit poussée jusqu’à la témérité:

Mon frère, ce discours sent _le libertinage_.

(_Tart._ I. 6.)

«Il y en a bien qui croient, mais par superstition; il y en a

bien qui ne croient pas, mais par _libertinage_.»

(PASCAL. _Pensées._ p. 227.)

Ainsi le libertinage était l’excès opposé à la superstition; ce que le

néologisme dévot de la Harpe, de Mme de Genlis et autres tels apôtres,

appelait, au XIXe siècle, _le philosophisme_.

(Voyez LIBERTIN.)

LICENCIER (SE) A (un infinitif), se donner licence jusqu’à...:

Quoi! ta bouche _se licencie_

_A_ te donner encore un nom que je défends?

(_Amph._ III. 7.)

LIEU comme _endroit_:

Vous le trouverez maintenant vers _ce petit lieu_ que voilà,

qui s’amuse à couper du bois.

(_Méd. m. lui._ I. 5.)

LOGIS DU ROI, c’est-à-dire, donné par le roi, la prison:

J’ai peur, si _le logis du roi_ fait ma demeure,

De m’y trouver si bien dès le premier quart d’heure,

Que j’aye peine aussi d’en sortir par après.

(_L’Ét._ III. 5.)

LONGUEUR, pour _durée de temps_, _lenteur_, _délais_:

Vous pourriez éprouver, _sans beaucoup de longueur_,

Si mon bras sait encor montrer quelque vigueur.

(_Sgan._ 1.)

Et la grande _longueur_ de son éloignement

Me le fait soupçonner de quelque changement.

(_Ibid._ 2.)

Allons donc, messieurs et mesdames, vous moquez-vous avec votre

_longueur_?

(_Impromptu._ 1.)

LOUP-GAROU, employé comme une sorte d’adjectif invariable:

Il a le repart brusque et _l’accueil loup-garou_.

(_Éc. des mar._ I. 6.)

LUI, que nous employons au datif pour le masculin et le féminin, est

souvent, dans Molière, remplacé par _à lui_, _à elle_, qui permettent

de distinguer les genres:

Venez avec moi, je vous ferai parler _à elle_.

(_G. D._ II. 6.)

--LUI, où Molière met ordinairement _soi_:

Mais il (l’amour) traîne après _lui_ des troubles effroyables.

(_Mélicerte._ II. 2.)

Je voudrois bien vous demander qui a fait ces arbres-là, ces

rochers, cette terre et ce ciel que voilà là-haut; et si tout

cela s’est bâti _de lui-même_.

(_D. Juan._ III. 1.)

Je pense qu’il faut dans ces deux passages _après soi_ et _de

soi-même_, comme on lit dans les passages suivants:

Oui, madame, on s’en charge; et la chose, _de soi_...

(_Tart._ IV. 5.)

Le choix du fils d’Oronte est glorieux, _de soi_.

(_Éc. des fem._ V. 7.)

La noblesse, _de soi_, est bonne.

(_G. D._ I. 1.)

_De lui_, _d’elle_ feraient ici le même solécisme qu’en latin _per

illum_ au lieu de _per se_. (Voyez SOI.)

LUMIÈRE; PARLER AVEC LUMIÈRE; c’est la même métaphore que parler

clairement:

Et j’en veux, dans les fers où je suis prisonnière,

Hasarder un (_avis_) qui _parle avec plus de lumière_.

(_Éc. des mar._ II. 5.)

--DONNER DE LA LUMIÈRE DE; manifester:

Un cœur _de son penchant donne assez de lumière_,

Sans qu’on nous fasse aller jusqu’à rompre en visière.

(_Mis._ V. 2.)

--OUVRIR DES LUMIÈRES:

_Ouvre_-nous des _lumières_.

(_L’Av._ IV. 1.)

_Lumières_ n’est pas ici dans le sens du latin _faces_, mais dans celui

de _fenêtres_, ou toute ouverture par où la lumière s’introduit et la

vue peut saisir une perspective. _Ouvrir des lumières_ signifie donc,

en style moderne, _ouvrir des jours_.

La _lumière_ d’un canon est une ouverture au canon.

La vieille langue disait, par une de ces apocopes si fréquentes chez

elle, _un lu_, pour _une lumière_, c’est-à-dire, une fenêtre. Le paysan

picard dit encore: _freme ch’ lu_, ferme cette lumière. De _lu_ s’est

formé _lucarne_, qui est un _lu_ carré.

(Voyez au mot CARNE.)

Chez les Latins, _lumina_, en termes d’architecture, signifie également

des fenêtres, des jours.

--PETITES LUMIÈRES, au figuré, capacité étroite:

Et comme ses _lumières sont fort petites_....

(_Pourc._ III. 1.)

LUMINAIRE (LE) les yeux:

Oui! je devois au dos avoir mon _luminaire_!

(_L’Ét._ I. 8.)

L’UN, en parlant de plus de deux:

Je m’offre à vous mener _l’un de ces jours_ à la comédie.

(_Préc. rid._ 10.)

Ce n’est ici qu’un bal à la hâte; mais _l’un de ces jours_ nous

vous en donnerons un dans les formes.

(_Ibid._)

Mais par ce cavalier, _l’un de ses plus fidèles_,

Vous en pourrez sans doute apprendre des nouvelles.

(_Don Garcie._ V. 5.)

C’est mal à propos que les grammairiens ont voulu défendre d’employer

l’_un_ en parlant de plus de deux. Cet usage du mot l’_un_ date de

l’origine de la langue:

«E partid son pople en _treis_, e livrad _l’une_ partie à Joab,

e l’altre à Abisaï, e la tierce à Ethaï.»

(_Rois._ p. 185.)

«Sa femme commença à devenir _l’une_ des plus belles femmes qui

feust en France.»

(MARGUERITE, _Heptam._ nouv. 15.)

«Voilà _l’un_ des péchés où mon âme est encline.»

(REGNIER. Sat. 12.)

«_L’un_ des plaisirs où plus il dépensa

«Fut la louange: Apollon l’encensa.»

(LA FONT. _Belphégor._)

«J’ai vu les lettres que vous débitez contre celles que j’ai

écrites _à un de mes amis_ sur le sujet de votre morale, où

_l’un des principaux points_ de votre défense est que.....»

(PASCAL. 11e _Prov._)

--L’UNE par ellipse, pour _l’une de vous_, _l’une ou l’autre_:

Non, je veux qu’il se donne à _l’une_ pour époux.

(_Mélicerte._ I. 5.)

--L’UN NI L’AUTRE, pour _ni l’un ni l’autre_:

Vous n’aurez _l’un ni l’autre_ aucun lieu de vous plaindre.

(_Mélicerte._ II. 6.)

«Mais, aussitôt que l’ouvrage eut paru,

«Plus n’ont voulu l’avoir fait _l’un ni l’autre_.»

(RACINE. _Épigr. sur l’Iphigénie de Leclerc._)

Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle · 第 296 / 467 题