IMPOSER, pour _en imposer_, mentir.
Tous les grammairiens font une loi d’exprimer _en_ dans ce sens;
Molière ne le met jamais:
Jamais l’air d’un visage,
Si ce qu’il dit est vrai, _n’imposa davantage_.
(_L’Ét._ III. 2.)
C’est bien assez pour moi qu’il m’ait désabusé
De voir par quels motifs _tu m’avois imposé_.
(_Ibid._ III. 4.)
Faites-moi pis encor: tuez-moi si _j’impose_.
(_Dép. am._ I. 4.)
Vous verrez si _j’impose_, et si leur foi donnée
N’avoit pas joint leurs cœurs depuis plus d’une année.
(_Éc. des mar._ III. 6.)
Je ne sais pas s’il _impose_;
Mais il parle sur la chose
Comme s’il avoit raison.
(_Amph._ III. 5.)
Hélas! à vos paroles je puis répondre ici, moi, que vous
_n’imposez point_.
(_L’Av._ V. 5.)
«On demande s’il ne lui seroit pas plus aisé _d’imposer_ à
celle dont il est aimé, qu’à celle qui ne l’aime point.»
(LA BRUYÈRE, ch. III.)
Tout le XVIIe siècle a parlé ainsi.
«Quelques écrivains, dit Bouhours, ont voulu établir _imposturer_. Le
public s’est contenté du verbe _imposer_, qui signifie la même chose:
_vous imposez_; _il impose à tout l’univers_.» (_Rem. nouv._)
La Touche, qui écrivait en 1730, dit pareillement: «_Imposer_ tout seul
veut dire _mentir_.» (_Art de bien parler françois._ II. p. 23.)
La distinction entre _imposer_ et _en imposer_, dont le premier se
prendrait en bonne part, _imposer du respect_, et l’autre en mauvaise
pour _tromper_, est donc une subtilité chimérique, invention des
grammairiens de notre âge. M. N. Landais, par exemple, après avoir cité
la phrase de la Bruyère, ajoute: «C’est une faute: il fallait d’_en
imposer_.» M. Boniface s’y accorde. Mais d’où vient à M. Landais et à
M. Boniface l’autorité sur Molière et sur la Bruyère?
Les Latins disaient _imponere_ tout seul pour signifier mentir.
_Imposuit Catoni._ (CICER.) _Imposuit mihi caupo._ (MARTIAL.)
_Præfectis Antigoni imposuit._ (CORN. NEPOS.)--Il a trompé Caton;--le
cabaretier m’a dupé;--il donna le change aux lieutenants d’Antigonus.
Quand la pythonisse d’Endor reconnut l’ombre de Samuel, elle s’écria
vers Saül: _Quare imposuisti mihi?_ Pourquoi _m’avez-vous imposé_ par
votre déguisement?» (_Rois_, I, cap. 28.)
--IMPOSER, verbe actif, comme IMPUTER; IMPOSER UNE TACHE A QUELQU’UN:
On ne peut _imposer de tache_ à cette fille.
(_L’Ét._ III. 4.)
--IMPOSER A QUELQU’UN, dans le même sens:
«Quand Diana rapporte avec éloge les sentiments de
Vasquez....... il n’est ni calomniateur ni faussaire, et vous
ne vous plaignez point _qu’il lui impose_; au lieu que quand
je représente ces mêmes sentiments de Vasquez, mais sans le
traiter de phénix, je suis un imposteur, un faussaire, et un
corrupteur de ses maximes.»
(PASCAL. 11e _Prov._)
Dans l’affaire de Carrouge et Legris, la jeune dame de Carrouge
accusait Legris de lui avoir fait violence:
«Jacques Legris s’excusoit trop fort, et disoit que rien n’en
estoit, et que la dame _lui imposoit_ induement.»
(FROISSART. _Chron._ III. ch. 49.)