Eh bien! _ne voilà pas_ mon enragé de maître?
(_L’Ét._ V. 7.)
_Ne voilà pas_ de mes mouchards qui prennent garde à ce qu’on
fait?
(_L’Av._ I. 3.)
Ne _voilà pas_ ce que je vous ai dit?
(_G. D._ III. 12.)
--IL; deux _il_ se rapportant à des sujets divers:
L’éloge de Louis XIV, dans le ve acte de _Tartufe_, présente un
singulier exemple de mauvais style, où l’incorrection des deux _il_ se
montre plusieurs fois. Cette tirade, si souvent reprochée à Molière,
vaut la peine d’être examinée. Molière commence par dire de Louis XIV:
Il donne aux gens de bien une gloire immortelle,
_Mais_ sans aveuglement il fait briller ce zèle;
Et l’amour pour les vrais ne ferme point son cœur
A tout ce que les faux doivent donner d’horreur.....
Ce _mais_ et cette remarque ne semblent-ils pas dire que d’ordinaire
l’amour de la vertu exclut la haine du vice?
D’abord _il_ (le roi) a percé par ses vives clartés
Des replis de _son cœur_ toutes ces lâchetés.
_Son cœur_ est le cœur de Tartufe.
_Venant_ vous accuser, _il_ s’est trahi lui-même;
Le sujet change: _il_ n’est plus le roi, c’est Tartufe.
Et, par un juste trait de l’équité suprême,
S’est découvert au prince un fourbe renommé,
Dont sous un autre nom _il_ étoit informé.
_Il_ revient au monarque; _sous un autre nom_ s’applique à Tartufe, et
non pas à Louis XIV; c’est Tartufe qui était connu sous un autre nom.
Ce monarque, en un mot, a vers vous détesté
_Sa_ lâche ingratitude et _sa_ déloyauté.
On ne s’exprimerait pas autrement si c’était Louis XIV qui se repentît
d’avoir été ingrat et déloyal envers Orgon.
A _ses_ autres horreurs _il_ a joint cette suite,
Le roi a joint cette suite, ou ce supplément, aux autres horreurs de
Tartufe.
Et ne m’a jusqu’ici soumis _à sa conduite
Que_ pour voir l’impudence aller jusques au bout.
_Sa conduite_, pour dire que Tartufe commandait à l’exempt.
Oui, de tous vos papiers, dont _il_ (Tartufe) se dit le maître,
_Il_ (le roi) veut qu’entre vos mains je dépouille le traître.
Tant d’impropriété de termes, d’incorrection et de négligence, feraient
à bon droit soupçonner que ce morceau de placage n’est pas de Molière.
Molière en aura donné l’idée et confié l’exécution à quelqu’un des
versificateurs de sa troupe. C’est ce qui expliquerait l’étrange
disparate de cette tirade dans une pièce qui, parmi toutes celles de
Molière, peut réclamer le prix du style.
Enfin, si Molière a versifié lui-même ce passage, il fallait qu’il
n’attachât guère d’importance à la matière.
L’amant n’a point de part à ce transport brutal.
Il a pour vous, ce cœur, pour jamais y penser,
Trop de respect, trop de tendresse:
Et si de faire rien à vous pouvoir blesser
_Il_ avoit eu la coupable foiblesse,
De cent coups à vos yeux _il_ voudroit le percer.
(_Amph._ II. 6.)
Le premier _il_ se rapporte au cœur; le second, à l’amant, qui est
nommé dans la phrase précédente.
Peut-être faudrait-il lire _se percer_; mais aucune édition ne le donne.
Enfin le _Malade imaginaire_ offre de fréquents exemples de cette
incorrection:
Tout le spectacle se passe sans qu’_il_ (le berger) y donne la
moindre attention. Mais _il_ se plaint qu’_il_ est trop court,
parce qu’_en finissant il_ se sépare de son adorable bergère.
(_Mal. im._ II. 6.)
Le premier _il_ représente le berger; le second, le spectacle; et le
troisième, encore le berger. _En finissant_, qui grammaticalement ne
peut se rapporter qu’au berger, se rapporte au spectacle.
On lit dans la même scène:
Des manières de vers libres _tels que_ la passion et la
nécessité _peuvent faire trouver_.
(_Ibid._)
Il paraît qu’il faut _en_ ou _les faire trouver_.
On l’avertit que le père de la belle a conclu _son_ mariage
avec un autre.
(_Ibid._)
_Son_ ne désigne pas le mariage du père, comme la phrase le ferait
entendre, mais celui de la belle.
Cette pièce est de toutes celles de Molière la plus négligemment
écrite. On y sent en quelque sorte la rapidité de l’auteur fuyant
devant la mort, qui l’atteignit à la quatrième représentation. Au
reste, cette faute d’employer dans la même phrase deux _il_ relatifs à
des sujets différents, se rencontre dans les meilleurs écrivains. En
voici un exemple de Pascal:
«Les confesseurs n’auront plus le pouvoir de se rendre jugés
de la disposition de leurs pénitents, puisqu’_ils_ (les
confesseurs) sont obligés de les croire sur leur parole, lors
même qu’_ils_ (les pénitents) ne donnent aucun signe suffisant
de douleur.»
(10e _Prov._)
Et l’on sait pourtant avec quel soin les Provinciales étaient
travaillées! Mais nul n’est exempt de faillir, ni Pascal, ni Molière,
ni Bossuet.
--IL surabondant:
Chacun fait ici-bas la figure qu’il peut,
Ma tante; et bel esprit, _il_ ne l’est pas qui veut!
(_Fem. sav._ III. 2.)
Cette tournure a une naïveté qui donne du piquant à l’adage. On se
tromperait fort de prendre cet _il_ pour une cheville commandée par la
mesure.
Son cœur, pour se livrer, à peine devant moi
S’est-_il_ donné le temps d’en recevoir la loi.
(_Ibid._ IV. 1.)
«La source de tout le mal est que _ceux qui_ n’ont pas craint
de tenter au siècle passé la réformation par le schisme, ne
trouvant point de plus fort rempart contre leurs nouveautés que
la sainte autorité de l’Église, _ils_ ont été obligés de la
renverser.»
(BOSSUET. _Or. fun. de la r. d’A._)
--IL, construit avec _qui_, dans le sens de _celui qui_:
_Il_ est bien heureux _qui_ peut avoir dix mille écus chez soi!
(_L’Av._ I. 5.)
Corneille a dit de même:
«_Il_ passe pour tyran _quiconque_ s’y fait maître.»
(_Cinna._ II. 1.)
Sur quoi voici la remarque de Voltaire: «Cet _il_ était autrefois un
tour très-heureux; la tyrannie de l’usage l’a aboli.»
«_Qui_ se contraint au monde, _il_ ne vit qu’en torture.»
(REGNIER, sat. XV.)
«Et _qui_ jeune n’a pas grande dévotion,
«Il faut que pour le monde à le feindre _il_ s’exerce.»
(_Id._ sat. XIII.)
«Ha, ha! _il_ n’a pas paire de chausses _qui_ veult!»
(_Gargantua._ I. 9.)
Pathelin fait au drapier compliment sur son activité: