GROS-RENÉ.

Viens, viens _frotter ton nez auprès de ma colère_!

(_Dép. am._ IV. 4.)

FUIR DE (un infinitif), comme éviter de....:

Si votre âme les suit, et _fuit d’être coquette_....

(_Éc. des fem._ III. 2.)

Il ne _fuit_ rien tant tous les jours que _d’exercer_ les

merveilleux talents qu’il a eus du ciel pour la médecine.

(_Méd. m. lui._ I. 5.)

C’est le _fuge quærere_ d’Horace.

_De_, dans l’expression française, est la marque de l’ablatif employé

dans ce vers de Virgile:

Quanquam animus meminisse horret, _luctuque refugit_.

(_Æneid._ II.)

«Mon esprit recule d’horreur à ces images de deuil, et _fuit de s’en

souvenir_.»

--«J’ay monstré, en la conduite de ma vie et de mes

entreprinses, que j’ay plustost _fuy_ qu’aultrement

_d’enjamber_ par dessus le degré de fortune auquel Dieu logea

ma naissance.»

(MONT. III. 7.)

FULIGINES, terme technique:

Beaucoup de _fuligines_ épaisses et crasses, etc.

(_Pourc._ I. 11.)

FURIEUX, dans le sens d’_extrême_:

Voilà _une furieuse imprudence_, que de nous envoyer querir.

(_G. D._ III. 12.)

FUSEAUX; FAIRE BRUIRE SES FUSEAUX. Voyez BRUIRE.

FUTURS (DEUX), _commandés l’un par l’autre_:

Ce ne _sera_ pas là qu’il _viendra_ la chercher.

(_Éc. des fem._ V. 4.)

Cette symétrie des temps, empruntée du latin, est aussi négligée au

XIXe siècle qu’elle était soigneusement observée au XVIIe. On dirait

aujourd’hui sans scrupule: Ce n’_est_ pas là qu’il _viendra_.

_Je reviendrai_ voir sur le soir en quel état elle _sera_.

(_Méd. m. l._ II. 6.)

Et non: en quel état elle _est_.

Lorsqu’on me _trouvera_ morte, il n’y aura personne qui mette

en doute que ce ne soit vous qui _m’aurez_ tuée.

(_G. D._ III. 8.)

Et non: _qui m’avez_.

J’ai des raisons à faire approuver ma conduite,

Et _je connoîtrai_ bien si vous _l’aurez_ instruite.

(_Fem. sav._ II. 8.)

Cette symétrie des temps s’observait aussi pour le conditionnel.

(Voyez CONDITIONNELS.) (DEUX.)

--Futur suivi d’un présent de l’indicatif:

_Ce ne sera point_ vous que je leur _sacrifie_.

(_Ibid._ V. 5.)

L’exigence du mètre, et la nécessité de rimer à _philosophie_, ont

apparemment ici forcé la main à Molière, dont l’usage constant est

de mettre les deux futurs, même en des cas où ils sont bien moins

nécessaires.

GAGE QUE...., adverbialement, ou par une sorte d’ellipse pour _je gage

que_:

_Gage qu’_il se dédit.--Et moi, _gage que_ non.

(_L’Ét._ III. 3.)

GAGER QUELQU’UN POUR (un substantif), c’est-à-dire, _en qualité de_:

Je suis auprès de lui _gagé pour serviteur_:

Vous me voudriez encor payer _pour précepteur_.

(_L’Ét._ I. 9.)

(Voyez POUR, en qualité de.)

GAGNER; GAGNER AU PIED, s’enfuir:

Ah! par ma foi, je m’en défie, et je m’en vais _gagner au pied_.

(_Préc. rid._ 10.)

La Fontaine a dit, dans le même sens, _gagner au haut_:

«....... Le galant aussitôt

«Tire ses grègues, _gagne au haut_.

(_Le Renard et le Coq._)

Nicot et Trévoux ne donnent que _gagner le haut_.

(Voyez HAUT.)

--GAGNER DE (un infinitif), obtenir:

Et qu’il n’est repentir ni suprême puissance

Qui _gagnât_ sur mon cœur _d’oublier_ cette offense.

(_D. Garcie._ V. 5.)

--GAGNER LE TAILLIS, fuir, s’évader:

Tant pis!

J’en serai moins léger à _gagner le taillis_.

(_Dép. am._ V. 1.)

--GAGNER LES RÉSOLUTIONS _de quelqu’un_, les surmonter:

Pied à pied _vous gagnez mes résolutions_.

(_B. gent._ III. 18.)

GALANT, substantif, un nœud de rubans:

Voilà

Ton beau _galant_ de neige, avec ta nonpareille:

Il n’aura plus l’honneur d’être sur mon oreille.

(_Dép. am._ IV. 4.)

GALANT, adjectif, au sens d’_élégant_, _distingué_:

Il me montra toute l’affaire, exécutée d’une manière, à la

vérité, beaucoup plus _galante_ et plus spirituelle que je ne

puis faire.

(_Préf. de la Crit. de l’Éc. des fem._)

GALANTERIE, FAIRE GALANTERIE DE (un infinitif):

N’a-t-il pas (Molière), ceux...... qui, le dos tourné, _font

galanterie de se déchirer_ l’un l’autre?

(_Impromptu._ 3.)

Rien n’a remplacé cette excellente expression; il faut, pour en rendre

le sens, recourir à une longue périphrase.

GALIMATIAS au pluriel:

Mon Dieu, prince, je ne donne point dans _tous ces galimatias_

où donnent la plupart des femmes.

(_Am. magn._ I. 1.)

GARANT; ÊTRE GARANT DE QUELQUE CHOSE, en fournir la garantie, la preuve:

Moi, je lui couperois sur-le-champ les oreilles,

S’il _n’étoit pas garant_ de tout ce qu’il m’a dit.

(_L’Ét._ III. 3.)

GARD’, en style familier, pour garde:

Dieu te _gard’_, Cléanthis!

(_Amph._ II. 3.)

GARDE; SE DONNER DE GARDE DE.... Voyez à DONNER.

GARDER DE (un infinitif), se garder de, prendre garde de:

Mon Dieu, Éraste, _gardons_ d’être surpris.

(_Pourc._ I. 3.)

Rentrez donc, et surtout _gardez de babiller_.

(_Éc. des fem._ IV. 9.)

Rentrez dans la maison, et _gardez de rien dire_.

(_Ibid._ V. 1.)

_Gardez de vous tromper!_

(_Georg. D._ II. 9.)

Molière emploie indifféremment, et selon le besoin de la circonstance,

_garder_ ou _se garder de_:

Et surtout _gardez-vous de la quitter_ des yeux.

(_Éc. des fem._ V. 5.)

--GARDER QUE (sans _ne_):

_Gardons bien que_, par nulle autre voie, _elle en apprenne_

jamais rien.

(_Am. magn._ I. 1.)

(Voyez DONNER DE GARDE (SE).)

GARDIEN, en trois syllabes:

Suis-je donc _gardien_, pour employer ce style,

De la virginité des filles de la ville?

(_Dép. am._ V. 3.)

Il est probable que plus tard Molière eût écrit: Suis-je donc _le_

gardien.....

GATER QUELQU’UN DE, c’est-à-dire, à l’aide, par le moyen de....:

Je veux être pendu, si nous ne les verrions

Sauter à notre cou plus que nous ne voudrions,

Sans tous ces vils devoirs _dont_ la plupart des hommes

_Les gâtent_ tous les jours, dans le siècle où nous sommes.

(_Dép. am._ IV. 2.)

Cette tournure se rapporte à DE, exprimant la cause, la manière.

--GATER (SE) SUR L’EXEMPLE D’AUTRUI; par l’exemple, d’après l’exemple

d’autrui:

Mais _ne vous gâtez pas sur l’exemple d’autrui_.

(_Éc. des fem._ III. 2.)

GAUCHIR, aller à gauche; GAUCHIR DE QUELQUE CHOSE, s’en écarter:

Notre sort ne dépend que de sa seule tête;

_De ce qu’elle s’y met_, rien ne la fait _gauchir_.

(_Éc. des fem._ III. 3.)

GAULIS, terme technique, branche d’arbre:

Je pousse mon cheval et par haut et par bas,

Qui plioit des _gaulis_ aussi gros que le bras.

(_Fâcheux._ II. 7.)

«Les gaulis, dit Trévoux, sont, en terme de vénerie, des branches

d’arbre qu’il faut que les veneurs plient ou détournent pour percer

dans un bois.»

_Gault_, en vieux français, est une forêt:

«Onc charpentier en bos ne sot si charpenter,

«Ne mena telle noise en parfont _gault_ ramé.»

(_Renaut de Montauban._)

«Que florissent cil prez, e cil _gault_ sont foilli.»

(_Rom. d’Aïe d’Avig._)

«Cerchant prés et jardins et _gaults_.»

(_Rom. de la Rose._)

«_Gault_ paraît venir du bas latin _caula_, d’où s’est formé _gaule_,

par l’adoucissement du _c_ en _g_. Dans un compte de 1202: «pro

perticis et _caulis_.... pro L _caulis_.» Pour des perches et des

gaules..... pour 50 gaules.» (DU CANGE, au mot CAULA.)

J’avoue que j’aimerais mieux dériver _gault_ de _saltus_, et _gaule_

de _caula_. Le _nom_ propre _Gault de Saint-Germain_ signifie _Bois de

Saint-Germain_.

GAYETÉ, en trois syllabes:

Mais je vous avouerai que cette _gayeté_

Surprend au dépourvu toute ma fermeté.

(_D. Garcie._ V. 6.)

Mais que de _gayeté_ de cœur

On passe aux mouvements d’une fureur extrême....

(_Amph._ II. 6.)

Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle · 第 249 / 467 题