FOURBISSIME:

Mascarille est un fourbe, et fourbe _fourbissime_.

(_L’Ét._ II. 5.)

La forme en _issime_ fut naturellement la forme primitive de notre

superlatif. La traduction des _Rois_, la chanson de Roland, saint

Bernard, l’emploient constamment; d’ordinaire elle est contractée en

_isme_: _saintisme_, _grandisme_, _altisme_, _cherisme_, etc., y sont

pour _saintissime_, _grandissime_, etc. On disait même _bonisme_, et

non _optime_, formé de _bon_, par analogie.

C’est donc à tort que le P. Bouhours (_Entretiens d’Ariste et Eugène_)

prétend ces superlatifs contraires au génie de notre langue.

En 1607, Malherbe, dans ses lettres, se sert fréquemment de

_grandissime_; et Perrot d’Ablancourt, dans sa traduction de César: «Il

y avait un _grandissime_ nombre de villes.» Mais on les en a repris

l’un et l’autre. Par conséquent, c’est du commencement du XVIIe siècle

qu’il faut dater dans notre langue la déchéance de l’ancienne forme

latine, et l’emploi exclusif de _très_ pour marquer le superlatif.

Les Latins, outre la forme en _issimus_, formaient aussi le superlatif

par le mot _ter_, soit séparé, soit en composition. Ils avaient

emprunté cela des Grecs, qui disaient τρισόλβιος, τρισευδαίμων,

τρισκατάρατος, etc.

Plaute dit de même, _trifur_, _triveneficus_, _tricerberus_.

Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle · 第 244 / 467 题