DONNER; DONNER A PLEINE TÊTE DANS....:

Il ne faut point douter qu’elle ne _donne à pleine tête dans

cette tromperie_.

(_Am. magn._ IV. 4.)

--DONNER AU TRAVERS DE:

Un homme...... _qui donne au travers des purgations et des

saignées_.

(_Mal. im._ III. 3.)

_Donner_, dans cette locution, et dans celles qui vont suivre jusqu’à

_se donner de garde_, est pris au sens de _tomber_ ou _se lancer avec

impétuosité_, et il est verbe neutre, ou plutôt réfléchi, mais dépourvu

de son pronom. Les Latins disaient de même _dare se_:--_dare se in

viam_ (CIC.); _dare se præcipitem_: _dabit me præcipitem in pistrinum_

(PLAUT.); _dare se fugæ_ (CIC.)

Molière aussi construit _donner_ avec le datif et avec l’accusatif,

c’est-à-dire, avec _à_ et _dans_.

--DONNER CHEZ QUELQU’UN:

_Nous donnions chez les dames romaines_,

Et tout le monde là parloit de nos fredaines.

(_Fem. sav._ II. 4.)

--DONNER DANS:

_Vous donnez_ furieusement _dans le marquis_!

(_L’Av._ I. 5.)

..... les riches bijoux, les meubles somptueux _où donnent_ ses

pareilles avec tant de chaleur.

(_Ibid._ II. 6.)

--DONNER DANS LA VUE, éblouir:

Ce monsieur le comte qui va chez elle _lui donne peut-être dans

la vue_?

(_B. gent._ III. 9.)

--DONNER A UN BRUIT, c’est-à-dire, croire à ce bruit:

Enfin il est constant que l’on n’a point _donné

Au bruit_ que contre vous sa malice a tourné.

(_Mis._ V. 1.)

On n’a point donné créance au bruit, _etc._ Mais, sans recourir à cette

ellipse violente, _donner au bruit_ est dit comme _donner au piége_,

c’est-à-dire, _dans le piége_.

--DONNER DE GARDE (SE), prendre ses précautions:

Je venois l’avertir de _se donner de garde_.

(_L’Ét._ IV. 1.)

Il y a deux manières d’expliquer cette locution: en y considérant _de_

comme surabondant, ce qui ne me plaît guère; ou bien en expliquant _se

donner_, par _se faire_, _se mettre_. _Se donner de garde_, _se faire

de garde_, se tenir à l’erte, au guet.

On disait aussi, avec un complément indirect, _se donner de garde de

quelque chose_:

MORON.--_Donnez-vous-en bien de garde_, seigneur, si vous

voulez m’en croire.

(_Pr. d’Él._ III. 2.)

_Se donner de garde_ est une ancienne façon de dire _s’apercevoir de

quelque chose_, _s’en mettre en garde_:

«Et fut tout ce fait si soubdainement, que les gens de la ville

_ne s’en donnerent de garde_.»

(FROISSART.)

--DONNER DES REVERS, renverser d’un soufflet, métaphoriquement:

Toutefois n’allez pas, sur cette sûreté,

_Donner de vos revers_ au projet que je tente.

(_L’Ét._ II. 1.)

--EN DONNER A QUELQU’UN, lui en donner à garder, le tromper:

Tu couches d’imposture, et _tu m’en as donné_.

(_L’Ét._ I. 10.)

(Voyez COUCHER DE.)

Ah, ah! l’homme de bien, _vous m’en vouliez donner_!

(_Tart._ IV. 7.)

Cet _en_ ne se rapporte grammaticalement à rien, comme dans plusieurs

expressions analogues: _en tenir_, _en faire_, etc.

--EN DONNER DU LONG ET DU LARGE:

_Donnons-en_ à ce fourbe _et du long et du large_.

(_L’Ét._ IV. 7.)

Donnons-lui-en dans tous les sens, accommodons-le de toutes les façons

possibles, de toutes pièces.

--DONNER LA BAIE....:

Le sort a bien _donné la baie_ à mon espoir.

(_L’Ét._ II. 13.)

(Voyez BAIE.)

--DONNER LA MAIN ou LES MAINS A..., métaphoriquement, soutenir:

_Donne la main à mon dépit_, et soutiens ma résolution.....

(_B. gent._ III. 9.)

Pourvu que votre cœur veuille _donner les mains_

Au dessein que j’ai fait de fuir tous les humains.

(_Mis._ V. sc. dernière.)

Un cœur qui donne les mains est une image fausse, et une expression

forcée.

La Fontaine a dit absolument _donner les mains_, dans le sens où le

vulgaire dit aujourd’hui _mettre les pouces_:

«De façon que le philosophe fut obligé de _donner les mains_.»

(_Vie d’Ésope._)

--DONNER UN CRIME, UNE RÉPUTATION:

J’ignore le détail du _crime qu’on vous donne_.

(_Tart._ V. 6.)

C’est le latin _dare crimen alicui_.

Je me souviens toujours du soir qu’elle eut envie de voir

Damon, sur _la réputation qu’on lui donne_, et les choses que

le public a vues de lui.

(_Critique de l’École des fem._ sc. 2.)

On disait de même, au XVIe siècle, _donner un bruit à quelqu’un_:

c’était lui attribuer une réputation. Bonnivet était

«Des dames mieux voulu que ne feut oncques François, tant pour

sa beauté, bonne grace et parole, que pour _le bruit que chacun

luy donnoit_ d’estre l’un des plus adroits et hardis aux armes

qui feust de son temps.»

(La R. DE NAV. _Heptaméron_, nouvelle 14.)

«Elle connoissoit le contraire du faux _bruit que l’on donnoit

aux François_.»

(_Ibid._)

(Voyez BRUIT.)

DONT, au sens de _par qui_, _de qui_:

C’est moi, vous dis-je, moi, _dont_ le patron le sait.

(_Dép. am._ III. 7.)

Cette expression pèche par l’équivoque: il semble que Mascarille

veuille dire: _ego_, CUJUS _dominus id rescivit_,--et il veut dire: A

QUO OU _per quem dominus id rescivit_.

L’ancienne orthographe eût évité cette confusion (aux yeux du moins),

en écrivant: _dond_ le patron le sait.--_Unde id rescivit._

--DONT, pour _de qui_, avec un nom de personne:

Messieurs les maréchaux, _dont_ j’ai commandement.

(_Mis._ II. 7.)

Mon fils, _dont_ votre fille acceptoit l’hyménée.....

(_Sgan._ 7.)

Et principalement ma mère étant morte, _dont_ on ne peut m’ôter

le bien.

(_L’Av._ II. 1.)

Comme ami de son maître de musique, _dont_ j’ai obtenu le

pouvoir de dire qu’il m’envoie à sa place.

(_Mal. im._ II. 1.)

--DONT, par laquelle:

La beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède

facilement à cette douce violence _dont_ elle nous entraîne.

(_D. Juan._ I. 2.)

La bassesse de ma fortune, _dont_ il plaît au ciel de rabattre

l’ambition de mon amour.....

(_Am. magn._ I. 1.)

--DONT A LA MAISON, pour _à la maison de qui_:

L’objet de votre amour, lui, _dont à la maison_

Votre imposture enlève un brillant héritage.

(_Dép. am._ II. 1.)

Molière ne s’est permis qu’une seule fois cette tournure entortillée,

et c’est dans son premier ouvrage; car, malgré la chronologie reçue, je

tiens le _Dépit amoureux_ aîné de l’_Étourdi_.

Bossuet fournit un exemple d’une construction aussi bizarre:

«On a peine à placer Osymanduas, _dont_ nous voyons de si

magnifiques monuments dans Diodore, et de si belles marques _de

ses combats_.

(_Hist. un._ IIIe p. § 3.)

_Dont nous voyons de si belles marques de ses combats!_ pour _des

combats de qui nous voyons de si belles marques_. Il n’y a point de

doute que ce ne soit là une construction très-vicieuse. Les saints ont

eu leurs faiblesses, dit Voltaire; ce n’est point leurs faiblesses

qu’il faut imiter.

--DONT, au neutre, pour _de quoi_:

Ah! poltron, _dont_ j’enrage!

Lâche! vrai cœur de poule!

(_Sgan._ 21.)

Ah! poltron que je suis, de quoi j’enrage; c’est-à-dire, d’être

poltron. _Unde venit mihi rabies._

--DONT relatif, séparé de son sujet:

Comme _le mal_ fut prompt, _dont_ on la vit mourir.

(_Dép. am._ II. 1.)

(Voyez QUI RELATIF, séparé de son sujet.)

Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle · 第 163 / 467 题