CRIER QUELQU’UN, LE GRONDER:

Tu ne me diras plus, toi qui toujours _me cries_,

Que je gâte en brouillon toutes tes fourberies.

(_L’Ét._ II. 14)

Pourquoi _me criez-vous_?--J’ai grand tort, en effet!

(_Éc. des fem._ V. 4.)

Cet archaïsme rappelle le petit pays où Agnès a été élevée _loin de

toute pratique_, comme dit Arnolphe.

--CRIER APRÈS QUELQU’UN:

... de zèles indiscrets qui... _crieront_ en public _après

eux_, qui les accableront d’injures.

(_D. Juan._ V. 2.)

Ses plus célèbres philosophes (de l’antiquité) ont donné des

louanges à la comédie, eux qui.... _crioient_ sans cesse _après

les vices de leur siècle_.

(_Préf. de Tartufe._)

--CRIER VENGEANCE AU CIEL:

Voilà qui _crie_ vengeance _au ciel_.

(_L’Av._ I. 5.)

CRINS-CRINS, de méchants violons, par onomatopée:

Monsieur, ce sont des masques,

Qui portent des _crins-crins_ et des tambours de basques.

(_Fâcheux_, III. 5.)

CROIRE, actif; CROIRE QUELQUE CHOSE, croire à quelque chose:

Un Turc, un hérétique, qui _ne croit ni ciel, ni saint, ni

Dieu, ni loup-garou_......

(_D. Juan._ I. 1.)

Mais encore faut-il _croire quelque chose_ dans le monde.

_Qu’est-ce donc que vous croyez?_

(_Ibid._ II. 1.)

Molière emploie _croire quelque chose_ et _croire à quelque chose_:

Un homme qui _croit à ses règles_ plus qu’_à_ toutes les

démonstrations des mathématiques.

(_Mal. im._ III. 3.)

--CROIRE A QUELQU’UN:

Allez, _ne croyez point à monsieur votre père_.

(_Tart._ II. 2.)

_A qui croire_ des deux?

(_Am. méd._ II. 5.)

Et, au contraire, dans l’_Étourdi_:

Oh! oh! _qui_ des deux _croire_?

Ce discours au premier est fort contradictoire.

(_L’Ét._ I. 4.)

--CROIRE DU CRIME A QUELQUE CHOSE:

Un homme qui croit à ses règles plus qu’à toutes les

démonstrations des mathématiques, et qui _croiroit du crime à

les vouloir examiner_.

(_Mal. im._ III. 3.)

Qui croiroit qu’il y a du crime. La forme elliptique de Molière est

cent fois préférable.

CUL-DE-COUVENT, comme _cul-de-basse-fosse_, _cul-de-sac_, c’est-à-dire

sac, fosse, et couvent sans issue par l’extrémité opposée à l’entrée:

Vous rebutez mes vœux et me poussez à bout;

Mais un _cul-de-couvent_ me vengera de tout!

(_Éc. des fem._ V. 4.)

Voltaire a beaucoup raillé cette expression, _cul-de-sac_: la métaphore

peut manquer de noblesse (quoique, après tout, l’habitude efface le

relief de ces locutions), mais elle ne manque pas de justesse, puisque

le sac se tient assis sur son fond, et qu’une personne obstinée à

traverser une impasse n’en viendrait non plus à bout qu’une obstinée à

sortir d’un sac par le fond.

_Cul-de-couvent_ est par analogie. Ce terme énergique est arraché à

Arnolphe par la fureur. On voit qu’il est, comme au reste il le dit

lui-même, poussé à bout.

CURIOSITÉS au pluriel, dans la même acception qu’au singulier:

Pour les nouveautés

On peut avoir parfois _des curiosités_.

(_Éc. des mar._ I. 5.)

La faiblesse humaine est d’avoir

_Des curiosités_ d’apprendre

Ce qu’on ne voudroit pas savoir.

(_Amph._ II. 3.)

Molière, en ce passage, s’est rencontré avec un poëte du XIIIe siècle,

Gibert de Montreuil, qui introduit Gérard de Nevers chantant, dans un

couplet:

«Si s’en doit on bien garder

D’enquerre par jalousie

Chou qu’on ne vouroit trouver.»

(_La Violette_, p. 68.)

_D_ EUPHONIQUE:

Il porte une jaquette à grands basques plissées,

Avec _du dor dessus_.

(_Mis._ II. 6.)

Il a _du dor_ à son habit tout depis le haut jusqu’en bas.

(_D. Juan._ II. 1.)

Dans l’origine du langage, tous les mots étaient armés d’une consonne

finale, pour préserver la voyelle précédente du choc et de l’élision

contre une voyelle initiale du mot suivant. Quelquefois cette voyelle

est demeurée attachée au commencement du mot auquel elle n’appartenait

pas. Ainsi le substantif _or_ avait fait le verbe _orer_, comme

_argent_, _argenter_; mais, par suite de quelque locution, comme _c’est

oré_, on aura écrit _c’est doré_, et le mot _dorer_ est resté.

_Ma(t) ante_ (_mea amita_) est, par la même façon, devenu _ma tante_.

(Voyez au mot D’AUCUNS).

Le _d_ euphonique jouait un grand rôle dans l’ancienne prononciation;

on le trouve écrit à chaque page du _Livre des Rois_, de la _Chanson de

Roland_, des _Sermons de saint Bernard_, etc.

«Cument Semeï ki maldist nostre seignur le rei _escaperad il_

de mort?»

(_Rois_, p. 193.)

Nous écrivons aujourd’hui entre deux tirets _échappera-t-il_; il

est certain cependant que ce _t_ final appartient au verbe, dont il

caractérise la troisième personne.

«Il y en a _d’aucunes_ qui prennent des maris seulement pour se

tirer de la contrainte de leurs parents.»

(_Mal. imag._ II. 7.)

Le _d_ appartient au verbe: _il y en ad_, comme dans ce vers du Roland:

«En l’oret punt i _ad_ asez reliques.»

«Dans la poignée dorée de Durandal il y a beaucoup de reliques.»

Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle · 第 135 / 467 题