Grâce à Dieu, _mon bonheur n’est plus en concurrence_.
(_Éc. des fem._ V. 38.)
En effet, l’amour d’Horace n’a plus à craindre de concurrent, puisque
Agnès s’est enfuie du logis d’Arnolphe, pour se mettre sous sa
protection.
CONDAMNER D’UN CRIME, c’est-à-dire, pour un crime, à cause d’un crime;
latinisme, _damnare de..._:
Ne me _condamnez point d’_un deuil hors de saison.
(_Sgan._ 10.)
Je veux que vous puissiez un peu l’examiner,
Et voir si _de mon choix_ l’on peut me _condamner_.
(_Éc. des fem._ I. 1.)
L’erreur trop longtemps dure,
Et c’est trop _condamner ma bouche d’imposture_.
(_Tart._ II. 3)
C’est trop me pousser là-dessus,
Et d’_infidélité_ me voir trop _condamnée_.
(_Amph._ II. 2.)
Loin de te _condamner d’un si perfide trait_,
Tu m’en fais éclater la joie en ton visage.
(_Ibid._ II. 3.)
Pascal a dit de même _blâmer de_:
«_Ne blâmez donc pas de fausseté_ ceux qui ont pris un choix,
car vous n’en savez rien.»
(_Pensées._ p. 262.)
(Voyez DE dans tous les sens du latin _de_.)
CONDITIONNELS: deux conditionnels, le second commandé par le premier:
Pour moi, _j’aurois_ toutes les hontes du monde, s’il falloit
qu’on vînt à me demander _si j’aurois_ vu quelque chose de
nouveau que je n’aurois pas vu.
(_Préc. rid._ 10.)
Nous dirions aujourd’hui, _si j’ai vu_; mais on suivait alors pour les
conditionnels une certaine loi de symétrie qui s’appliquait aussi aux
futurs. (Voyez FUTURS.)
S’il falloit qu’il en vînt quelque chose à ses oreilles, je
_dirois_ hautement que _tu en aurois menti_.
(_D. Juan._ I. 1.)
Je leur disois que si quelqu’un leur venoit dire du mal
de vous, elles se gardassent bien de le croire, et _ne
manquassent_ pas de lui dire qu’_il en auroit_ menti.
(_Ibid._ II. 7.)
_Je croirois_ que la conquête d’un tel cœur ne _seroit_ pas une
victoire à dédaigner.
(_Pr. d’Él._ IV. 3.)
Si je n’étois sûre que ma mère étoit honnête femme, _je dirois_
que _ce seroit_ quelque petit frère qu’elle m’_auroit_ donné
depuis le trépas de mon père.
(_Mal. im._ III. 8.)
L’usage actuel mettrait: Je _dirais_ que _c’est_ quelque petit frère
qu’elle _m’a_ donné, etc.
La Fortune dit à l’enfant qu’elle trouve endormi sur le rebord d’un
puits:
«Sus, badin, levez-vous. Si vous tombiez dedans,
«De douleur, vos parents, comme vous imprudents,
«Croyant en leur esprit que de tout je dispose,
«_Diroient_, en me blâmant, que j’en _serois_ la cause.»
(REGNIER. sat. XIV.)
Cette symétrie, empruntée du latin, était, dans l’ancienne langue, une
règle inflexible. Guillemette dit à Patelin, son mari, dans la scène de
la folie feinte:
«Par ceste pecheresse lasse,
«Si j’_eusse_ aide, je vous _liasse_[46].»
[46] _Si_ gouvernait le subjonctif devant l’imparfait, comme en
latin.
Si adjutorium _haberem_, te _ligarem_.
Et Patelin, moqué par Aignelet:
«Par saint Jaques, se je _trouvasse_
«Un bon sergent, te _feisse_ prendre.»
(_Pathelin._)
Pascal ne manque jamais à cette loi:
«Si vous ne m’aviez dit que c’est le père le Moine qui est
l’auteur de cette peinture, _j’aurois dit_ que _c’eût été_
quelque impie qui l’_auroit_ faite, à dessein de tourner les
saints en ridicule.»
(9e _Provinciale_.)
«S’il s’en trouvoit qui _crussent_ que j’_aurois_ blessé la
charité que je vous dois en décriant votre morale...»
(11e _Prov._)
--CONDITIONNEL construit avec un indicatif:
Si _je me dispense_ ici de m’étendre sur les belles et
glorieuses vérités qu’on pourroit dire d’elle, c’est par la
juste appréhension que ces grandes idées _ne fissent éclater_
encore davantage la bassesse de mon offrande.
(_Ép. dédic. de l’École des maris._)
Racine a dit de même, dans _Andromaque_:
«On _craint_ qu’il _n’essuyât_ les larmes de sa mère.»
Sur quoi d’Olivet élève une chicane grammaticale aussi pédante qu’elle
est injuste. Rien n’est plus logique, ni plus irréprochable que cette
alliance de temps, puisqu’il existe entre les deux l’ellipse bien
claire d’une condition:--on craint (_si l’on me laissait mon fils_)
qu’il _n’essuyât_ un jour, _etc._.....--Je me dispense de cet éloge, de
peur que (_si je l’essayais_) le contraste des idées _ne fît_ ressortir
la bassesse de mon offrande.
De peur qu’elle _revînt_, fermons à clef la porte.
(_Éc. des mar._ III. 2.)
De peur que (_si je laissais la porte ouverte_) elle ne _revînt_.
(Voyez SUBJONCTIF.)
CONDUITE, direction:
Et nous verrons ensuite
Si je dois de vos feux reprendre la _conduite_.
(_L’Ét._ III. 5.)
--CONDUITE, celui qui conduit, comme _sentinelle_, _garde_, celui qui
fait sentinelle, celui qui garde:
A vous mettre en lieu sûr je m’offre pour _conduite_.
(_Tart._ V. 6.)
CONFIRMER QUELQU’UN A (un infinitif), le fortifier dans la résolution
de...:
L’air dont je vous ai vu lui jeter cette pierre
...............................................
_Me confirme_ encor mieux _à ne pas différer_
Les noces, où j’ai dit qu’il vous faut préparer.
(_Éc. des fem._ III. 1.)
CONFORME, absolument, et en sous-entendant le complément:
Son cœur, qui vous estime, est solide et sincère,
Et ce choix plus _conforme_ étoit mieux votre affaire.
(_Mis._ I. 1.)
Philinte veut dire que le caractère d’Éliante se rapproche du
caractère d’Alceste, et qu’ainsi Alceste, choisissant Éliante au lieu
de Célimène, eût fait un choix plus conforme à ses goûts et à ses
principes.
Cette absence du complément paraît rendre l’expression trop vague, et
laisser la pensée incertaine.
CONGÉ, permission:
Et si dans quelque chose ils vous ont outragé,
Je puis vous assurer que c’est sans mon _congé_.
(_L’Ét._ I. 3.)
Nous n’oserons plus trouver rien de bon sans _le congé_ de
messieurs les experts.
(_Crit. de l’Éc. des fem._ 7.)
Et je pense, seigneur, entendre ce langage.
Mais sans votre _congé_, de peur de trop risquer,
Je n’ose m’enhardir jusques à l’expliquer.
(_Princ. d’Él._ I. 1.)
Je lui donne à présent _congé_ d’être Sosie.
(_Amph._ III. 10.)
CONGRATULANT, adjectif verbal, comme _chatouillant_:
Ne vous embarquez nullement
Dans ces _douceurs congratulantes_.
(_Amph._ III. 11.)
CONSCIENCE; C’EST UNE CONSCIENCE, c’est-à-dire, un cas de conscience:
_C’est une conscience_
Que de vous laisser faire une telle alliance.
(_Tart._ II. 2.)
_C’est une conscience_ de voir une pauvre jeune femme mariée de
la façon.
(_G. D._ III. 12.)
CONSEILLER; (SE) CONSEILLER A QUELQU’UN, prendre le conseil de
quelqu’un:
_Je me suis_ même encore aujourd’hui _conseillé au ciel_ pour
cela.
(_D. Juan._ V. 3.)
Mais si _je me conseillois à vous_ pour ce choix?--Si _vous
vous conseilliez à moi_, je serois fort embarrassé.
(_Am. magn._ II. 4.)
«Il est droit que _je me conseille_!»
(RUTEBEUF. _Le Testam. de l’asne._)
«Comment Panurge _se conseille à_ Her Trippa.--Comment Panurge
_se conseille à_ Pantagruel.»
(RABELAIS.)
Sur le fréquent emploi des verbes réfléchis au commencement de la
langue, voyez au mot ARRÊTER.
CONSENTIR, verb. act., CONSENTIR QUELQUE CHOSE:
Mais je mourrai plutôt que de _consentir rien_.
(_D. Garcie._ I. 5.)
--CONSENTIR QUE, accorder que:
Mais je veux _consentir qu’_elle soit pour une autre.
(_Mis._ IV. 3.)
_Consentir à ce que_ rendrait une pensée différente. Alceste ne consent
pas _à ce que_ la lettre de Célimène soit pour un autre; il consent,
c’est-à-dire, il accorde par hypothèse qu’elle soit pour un autre que
lui.
Si _consentir que_ eût été une expression fautive ou seulement
insolite, il était facile à Molière de mettre:
Mais je veux _accorder_ qu’elle soit pour un autre.
Pascal, Montaigne et Molière lui-même disent, _consentir que_ pour _à
ce que_:
«Elle (la société de Jésus) _consent qu’_ils gardent leur
opinion, pourvu que la sienne soit libre.»
(PASCAL. 1re _Prov._)
«Homere a esté contrainct de _consentir que_ Venus feust blecée
au combat de Troie.»
(MONTAIGNE. III. 7.)
_Je consens qu’_une femme ait des clartés de tout.
(_Fem. sav._ I. 3.)