GUILLEMETTE.

_C’estes vous_, par mame!»

_C’est vous_, par mon âme!

A la fin, le drapier reconnaît son voleur dans l’avocat:

«Je puisse Dieu desadvouer

«Se _ce n’estes vous_, vous, sans faulte...»

Je renie Dieu si ce n’est vous!

Et dans la scène où Pathelin subtilise le drap: L’honnête homme que feu

votre père!

«Vrayment, _c’estes vous_ tout craché!»

_C’est vous_ tout craché.

«On trouve douze rois choisis par le peuple, qui partagèrent

entre eux le gouvernement du royaume. _C’est eux_ qui ont bâti

les douze palais qui composoient le labyrinthe.»

(BOSSUET. _Disc. sur l’hist. un._ 3e p.)

«_Ce n’est_ pas seulement _des hommes_ à combattre, _c’est des

montagnes_ inaccessibles, _c’est des ravines et des précipices_

d’un côté; _c’est_ partout _des_ forts élevés....»

(_Or. fun. du pr. de Condé._)

On voit que Bossuet veut présenter une idée d’ensemble: les rois qui ont

bâti le labyrinthe, et ce qu’il y a à combattre; et non pas attirer la

pensée, la divertir sur les détails, sur les éléments qui forment cette

unité. Il ne veut pas nous faire compter les rois égyptiens ni les

sommets des montagnes, mais nous frapper par un tableau; il emploie le

singulier.

Cependant, après avoir rapporté ce passage, l’auteur des _Remarques sur

la langue française et le style_ déclare avec dureté: «Il faut partout

_ce sont_.» «Il est certain, ajoute-t-il par forme d’atténuation, que

les Latins disaient poétiquement _animalia currit_.» Les Latins n’ont

jamais parlé de la sorte, ni en vers ni en prose; l’auteur confond la

grammaire latine avec la grecque. Au surplus, la locution ζῶα τρέχει

n’a pas le moindre rapport à ce dont il s’agit. On aimerait mieux

trouver dans ce livre moins d’érudition, et un peu plus d’égards pour

les grandes gloires littéraires de la France. C’est à l’instant même

où il vient d’inventer cet _animalia currit_, que l’auteur reproche à

Bossuet des _solécismes_: «Bossuet a commis cette faute à outrance....

_Le solécisme_ est commis avec une telle insistance, qu’il est permis

de croire que Bossuet n’était pas bien fixé sur cette règle d’usage,

_qu’il rencontre néanmoins quelquefois_.» (I. p. 445.) Non, Bossuet n’a

pas fait ici de solécisme, et il parlait français autrement que par

rencontre et par hasard.

«_Ce n’est plus ces promptes saillies_ qu’il savoit si vite et

si agréablement réparer.»

(_Or. f. du pr. de Condé._)

Substituez _ce ne sont_, vous déchirez l’oreille: _ce ne sont plus

ces_....

Voltaire dit pareillement:

«Les saints ont eu des foiblesses; _ce n’est pas leurs

foiblesses_ qu’on révère.»

(_Canonis. de s. Cucufin._)

L’idée porte sur _ce qu’on révère_, et non sur les faiblesses des

saints.

Et Racine:

«Ce _n’est_ pas _les Troyens_, c’est Hector qu’on poursuit.»

(_Androm._)

L’idée porte de même ici non pas sur _les Troyens_, mais sur _ce qu’on

poursuit_.

Et comme après un nom collectif au singulier on peut mettre le verbe au

pluriel, par rapport à la pensée que ce singulier réveille, de même on

peut mettre le verbe au singulier à côté d’un substantif au pluriel,

quand il y a unité dans l’idée.

Ainsi, dans Pourceaugnac, Molière a pu dire, et devait dire en effet:

_Quatre ou cinq mille écus_ EST un denier considérable.

(III. 9.)

_Sont_ un denier eût été impropre.

Par la même raison, M. de Chateaubriand a dû écrire:

«Qui racontera ces détails, si je ne les révèle? _Ce n’est pas

les journaux._»

(_De la censure._)

Concluons qu’il y a un art, une délicatesse de style à choisir l’une ou

l’autre forme, selon le besoin de la pensée ou de l’harmonie; et c’est

à l’usage qu’il fait de cette liberté qu’on reconnaît le bon écrivain.

C’EST A.... A (un infinitif), et non pas _de_:

C’est _aux_ gens mal tournés, aux mérites vulgaires,

_A_ brûler constamment pour des beautés sévères.

(_Mis._ III. 1.)

C’EST POUR (un infinitif), cela mérite que....:

Certes _c’est pour en rire_, et tu peux me le rendre.

(_Mélic._ I. 2.)

--C’EST POUR (un infinitif) QUE....:

Et _c’est pour essuyer_ de très-fâcheux moments,

_Que_ les soudains retours de son âme inégale.

(_Psyché._ I. 2.)

Cela est fait pour.... Cela, savoir que....

C’EST (un infinitif) DE (un infinitif); et non _que de_:

_C’est m’honorer_ beaucoup _de vouloir_ que je sois témoin

d’une entrevue si agréable.

(_Mal. im._ II. 5.)

C’EST QUE, par syllepse, sans relation grammaticale avec ce qui précède:

Et afin, madame Jourdain, que vous puissiez avoir l’esprit

tout à fait content, et que vous perdiez aujourd’hui toute

la jalousie que vous pourriez avoir conçue de monsieur votre

mari, _c’est que_ nous nous servirons du même notaire pour nous

marier, madame et moi.

(_B. gent._ V. 7.)

Je vais vous dire une chose, c’est que nous nous servirons, etc.

C’EST TOUT DIT, adverbe; c’est tout dire, tout est dit quand on a dit

cela:

Il est fort enfoncé dans la cour, _c’est tout dit_:

La cour, comme l’on sait, ne tient pas pour l’esprit.

(_Fem. sav._ IV. 3.)

CE QUI EST DE BON, pour _ce qu’il y a de bon_:

Le mari ne se doute point de la manigance, voilà _ce qui est de

bon_.

(_G. D._ I. 2.)

Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle · 第 97 / 467 题