Ma foi, monsieur, _la bécasse est bridée_; et vous avez cru
faire un jeu qui demeure une vérité.
(_Am. méd._ III. 9.)
«Cela se dit figurément, à cause d’une chasse que les paysans
font aux bécasses avec des lacets et collets qu’ils tendent, où
elles se brident elles-mêmes.»
(TRÉVOUX.)
BEC CORNU, ou mieux BECQUE CORNU:
Et sans doute il faut bien qu’à ce _becque cornu_
Du trait qu’elle a joué quelque jour soit venu.
(_Éc. des fem._ IV. 6.)
Que maudit soit le _bec cornu_ de notaire qui m’a fait signer
ma ruine!
(_Méd. m. lui._ I. 2.)
_Becque_ est formé de l’italien _becco_, _un bouc_, mot qui reçoit deux
sens métaphoriques, injurieux l’un et l’autre. _Becco_ est un lourdaud,
ou un homme que déshonore l’inconduite de sa femme ou de sa sœur
(_Trésor des trois langues_). L’épithète _cornu_ s’explique d’elle-même.
BÉJAUNE, erreur grossière:
C’est fort bien fait d’apprendre à vivre aux gens, et de leur
montrer leur _béjaune_.
(_Am. méd._ II. 3.)
Monsieur, souffrez que je lui montre son _béjaune_, et le tire
d’erreur.
(_Mal. im._ III. 16.)
Les jeunes oiseaux ont le bec garni d’une sorte de frange jaune. Ainsi,
par métaphore, avoir le bec jaune, c’est manquer d’expérience, être
dupe. Molière a écrit aussi _bec jaune_; conformément à l’étymologie:
Oui, Mathurine, je veux que monsieur vous montre votre _bec
jaune_.
(_D. Juan._ II. 5.)
«Ce sont six aulnes.... ne sont mie?
«Et non sont; que je suis _bec jaulne_!»
(_Pathelin._)
Dans l’origine, les consonnes finales étant muettes lorsque suivait une
consonne; on prononçait pour _bec_, _mer_, _fer_, _bé_, _mé_, _fé_.
(_Des variations du langage français_, p. 44.)
BESOIN, FAIRE BESOIN, être nécessaire:
Aussi bien _nous fera-t-il ici besoin_ pour apprêter le souper.
(_L’Av._ III. 5.)
BIAIS, dissyllabe:
Nous n’aurions pas besoin maintenant de rêver
A chercher les _biais_ que nous devons trouver.
(_L’Ét._ I. 2.)
Des _biais_ qu’on doit prendre à terminer vos feux.
(_Ibid._ IV. 1.)
Il faut voir maintenant quel _biais_ je prendrai.
(_Ibid._ IV. 8.)
Pour tâcher de trouver un _biais_ salutaire.
(_Ibid._ V. 12.)
Et du _biais_ qu’il faut vous prenez cette affaire.
(_Sgan._ 21.)
Le pousser est encor grande imprudence à vous,
Et vous deviez chercher quelque _biais_ plus doux.
(_Tart._ V. I.)
--Monosyllabe:
J’ai donc cherché longtemps _un biais_ de vous donner
La beauté que les ans ne peuvent moissonner.
(_Fem. sav._ III. 6.)
--SAVOIR LE BIAIS DE FAIRE QUELQUE CHOSE:
Mais, encore une fois, madame, _je ne sais point le biais de
faire entrer_ ici des vérités si éclatantes.
(_Ép. dédic. de la Critique de l’Éc. des fem._)
BICÊTRE, voyez BISSÊTRE.
BIEN; AVOIR LE BIEN DE... le plaisir, l’avantage de...:
... _J’ai le bien d’être_ de vos voisins.
(_Éc. des mar._ I. 5.)
Il s’est dit grand chasseur, et nous a prié tous
Qu’il pût _avoir le bien de courir_ avec nous.
(_Fâcheux._ II. 7.)