Lettre de Charlotte de Bourbon à son frère. 28 août 1576. (Bibl.
nat., mss. f. fr., vol. 3.415, fº 78.)
«Monsieur, je vous ay escript depuis quinze jours, par un nommé le
capitaine Avalon, par lequel je vous faisois entendre le contentement
que j'avois reçu de la dernière lettre que m'aviés faict cest honneur
de m'escrire, qui m'a esté rendue il n'y a point longtemps, vous
asseurant, monsieur, que celuy qui se passe sans que j'aye cest heur
et bien de sçavoir de vos nouvelles, m'est fort ennuieux, pour n'avoir
point plus grant plaisir que quand je puis estre certaine de la bonne
santé de vous, de madame ma soeur et de monsieur mon nepveu,
dépeschant ce porteur exprès pour vous aller trouver là part où vous
serez. Il vous meine quatre chiens de Vaterland, que j'avois prié, il
y a bien longtemps, au gouverneur de choisir les meilleurs qu'il
pourroit trouver, et les faire bien dresser, ce qu'il m'a asseuré
d'avoir faict; mais ce n'a pas esté si promptement que j'eusse bien
désiré, à cause des incommoditez que nous avons quand le passage de la
mer est entre deux, le vent ne pouvant, aucunes fois, servir à venir
de Waterland en Hollande et de Hollande en ces quartiers-cy. Si ceste
guerre pouvoit prendre une bonne fin, j'aurois tant meilleur moyen de
faire mon debvoir et bonne espérance d'estre encore si heureuse, une
fois en ma vie, d'avoir cest honneur de vous revoir, que je desire de
tout mon coeur, et qu'il vous plaise me donner aussi bonne part en
vostre bonne grâce, comme d'aultre fois je me suis asseurée d'estre si
heureuse de le voir, et feray encore qu'un jour je m'y verrai en
pareil ranc; et n'y a, ce me semble, que l'absence qui me retarde ce
bien; et, en ceste assurance, je vous vais présenter mes très humbles
recommandations, et supplie Dieu vous donner, monsieur, en très bonne
santé, très heureuse et longue vie.
»A Middlebourg, ce 28 d'aoust.
»Vostre très humble et très obéissante soeur,
»CHARLOTTE DE BOURBON.»
«Monsieur le prince m'a commandé de vous supplier très humblement de
l'excuser si sa lettre est de vieille date; car, à cause qu'il craint
que le vent se change, il n'a point sceu prendre le loisir de la
refaire; avec ce qu'il court icy ungue fiebvre dont tous nos
secrétaires sont malades; et, si nous eûssions remis ceste dépesche à
ungue aultre fois, c'eust esté pour ung mois ou deux à faire, sy le
vent se fust changé.»
X
§ 1.
Lettres-patentes en faveur de Charlotte de Bourbon et de ses
enfants. 4 mai 1577.
(L'original de ces lettres-patentes, sur vélin, avec sceau en cire
rouge, fait partie de notre collection de documents
historiques.)
»Guillaume, par la grâce de Dieu, prince d'Orange, conte de Nassau, de
Catzenellenboghen, de Vianden, de Dietz, de Bueren, de Furdaem,
seigneur et baron de Bréda, de Diestz, de Grimberghen, d'Arlon, de
Auzerow, et vicomte héréditaire d'Anvers et de Besançon, gouverneur
et lieutenant général d'Hollande, Zélande, West-Frize et d'Utrecht, à
tous ceux qui ces présentes lettres verront ou lire orront, salut.
»Comme ainsi soit que, dès le mois d'aoust 1574, l'abbaïe de
Saint-André des Ramières située en nostre principauté d'Orange seroit
vacante par le trespas de feu dame Polixène de Grasse, dernière
abbesse et possesseresse d'icelle, et que les religieuses auroient
abandonné ladicte abbaïe, estans les unes décédées et les aultres
changées de profession; au moïen de quoy estant ladicte abbaïe
demeurée vuide, le bien temporel aussi d'icelle se trouve vacant, et
venant le droit à nous appartenir, pour d'icy en avant disposer ainsi
que nous plaira;
»A cause de quoy, et pour le desir que nous avons de en tout ce que
nous pouvons gratifier notre très chère et très aimée femme et
compaigne, dame Charlotte de Bourbon, en contemplation de nostre
mariage, et des enfans qu'il a pleu desjà à Dieu et luy plaira encore
par cy-après nous donner, avons donné comme nous donnons par cestes à
ladite dame Charlotte de Bourbon, en usufruit, sa vie durant, et en
après aux enfans desjà procrées et à procréer de nostredict mariage,
en succession et propriété à perpétuité, sçavoir est tout le bien
temporel et revenu de ladite abbaïe de Saint-André des Ramières et ce
qui en peut dépendre,
»Voulons aussi et entendons bien expressément qu'en cas qu'en la
jouissance tant de l'usufruit que de la propriété susdite, soit donné
par cy-après à ladite dame Charlotte de Bourbon, nostre très aimée
femme, ou à ses enfans, trouble, empeschement ou destourbier
quelconque par mes enfans procréés des précédens mariages, ou aultres,
lors ils aient aultant en propriété et usufruit, que l'effect de ceste
donation peult porter sur tous et chacuns mes aultres biens, de
quelque condition et en quelque lieu qu'ils soyent situés; à quoy nous
les avons desjà dès à présent affectez et affectons par cestes.
»En tesmoing et confirmation de quoy avons signé la présente patente
de nostre main et y fait appendre le sceau de nos armes.
»En la ville de Leyden, le 4e jour de may, l'an de grâce 1577.
»GUILLAUME DE NASSAU.»
§ 2.
Mandement pour l'exécution des lettres-patentes ci-dessus. 22
juin 1577. (Archives de M. le duc de La Trémoille.)
«Guillaume, par la grâce de Dieu prince d'Orange, conte de Nassau,
etc., etc., à vous, Guillaume de Barchon, escuyer, gouverneur et
lieutenant-général de nostre principauté d'Orange, ensemble à tous noz
officiers de nostredite principauté, et autres à qui ces présentes
toucheront, salut.
»Comme ainsi soit que pour certaines considérations, et pour gratifier
nostre très chère et très aimée femme et compaigne, dame Charlotte de
Bourbon, nous, de nostre bon gré et propre mouvement luy avons donné
en usufruit, sa vie durant, et en après à noz enfans desjà procréés et
à procréer de nostre mariage, en succession et propriété, à
perpétuité, tout le bien temporel et revenu de l'abbaye de Saint-André
des Ramières et ce qui en peut dépendre, assiz en nostre dite
principauté; desirons que nostre dite très chère et très aimée femme
et compaigne en jouisse doresnavant en la forme et manière portée par
noz lettres-patentes de donation à elle sur ce expédiées, du 4e de may
de cette année 1577, nous vous ordonnons et commandons bien
expressément par ceste, que vous ayez à mettre nostre dite très chère
et très aimée compaigne, dame Charlotte de Bourbon, en la rélle,
entière et effectuelle possession de tout le bien et revenu de ladite
abbaye de Saint-André et de ce qui en dépend, et l'en laisser jouir
par tel ou telle que bon luy semblera de commettre et constituer en la
recepte ou perception d'iceulx, et à cet effet luy faire donner ou à
celuy ou icelle que luy plaira commettre pour ses agens et procureurs,
par nostre recepveur-général de nostredicte principauté ou aultres,
tous les congés, mandemens et documens servant en l'éclaircissement
desdits biens et revenus, pour en faire une perception et part, et au
surplus de luy donner, ou à ses agens, en tout ce qui dépendra de ce
que dit est, toute ayde, adresse et service à vous possible; car ainsi
nous le voulons. Tesmoing ceste signée de nostre main et confirmée de
nostre scéel.
»Faict en la ville de Leyden, le 22e jour de juin, l'an de grâce 1577.
»GUILLAUME DE NASSAU.»