Guillaume de Nassau jugeait, avec raison, qu'il lui était
indispensable, pour le soin de son honneur et de celui de sa nouvelle
compagne, d'avoir en sa possession tous les documents établissant la
culpabilité d'Anne de Saxe, afin qu'il pût, au besoin, s'en prévaloir
pour repousser d'indignes attaques que ses ennemis dirigeaient contre
son mariage avec Charlotte de Bourbon.
De là, les deux lettres suivantes:
§1.
Lettre de Guillaume au comte Jean. 2 décembre 1576.
(Groen van Prinsterer, _Correspondance_, 1re série, t. V, p. 544.)
»Monsieur mon frère,... la principale occasion qui me fait depescher
le sieur Taffin pour vous aller trouver est pour communiquer avec vous
touchant l'affaire de celle de Saxe, et avoir sur le tout vostre bon
conseil et advis, comme l'on se pourroit le mieulx gouverner pour
éviter tous ultérieurs débats et fascheries que l'on pourroit faire
cy-après à ma femme, ce que je désire en temps pourvoir. Et combien
qu'il n'y a que trop de preuves, si est-ce, pour plus de contentement
de ma femme, je vous prie de vouloir bien collationner à l'original
les coppies que en avés desjà envoié sur ce fait, et m'envoyer par le
mesme les procédures qui se sont faites, dont ay faict faire un petit
mémoire pour ledit Taffin, pour le vous porter, duquel entendrés plus
amplement mon intention sur ce faict; auquel vous prie, monsieur mon
frère, vouloir adjouster foy et créance comme à ma propre personne, et
au reste luy assister en tout pour satisfaire à sa charge, selon
l'entière confiance, que j'ay en vous, de tant plus puisque c'est ung
affaire fondée en toute justice et équité, etc.--De Middelbourg, 2 de
décembre 1576.