Ces rondeaux sont au nombre de 69; le recueil débute, comme les _Cent
Ballades_, par l'expression de la douleur et des regrets de Christine,
qui fait remonter son deuil à sept années, ce qui nous a permis de
donner au premier rondeau la date de 1396. Notre poète commença donc
la composition de ses rondeaux deux ou trois ans seulement après avoir
écrit ses premières ballades, et poursuivit la confection de ces jolis
morceaux parallèlement à celle des _Cent Ballades_ et de la plupart de
ses petites poésies.
Jusqu'au rondeau VIII nous voyons Christine s'abandonner à sa douleur;
mais plus loin, craignant sans doute de fatiguer le lecteur par la
monotonie d'un sujet aussi triste, elle fait un effort sur elle-même,
et, comme elle l'exprime si bien dans le rondeau XI, il lui faut
désormais «_de triste cuer chanter joyeusement_».
A partir de ce moment se succèdent en effet les peintures des
sentiments multiples auxquels peuvent donner lieu les différentes
formes de l'amour. Inutile d'insister à nouveau sur le mobile de ces
compositions légères, nous savons depuis longtemps que nous ne devons
y voir que des jeux d'esprit et de sentiment. Mais on nous permettra
toutefois de recommander le mérite de ces petites poésies si
remarquables par leur douce monotonie et leur finesse d'expression,
et où la grâce, s'alliant à une harmonie parfaite, révèle toutes les
délicatesses de la femme sentimentale que devait être Christine.