IV.--LAIS

Les deux compositions que Christine nous donne sous forme de lais ne

présentent aucun caractère particulier qui puisse nous permettre

de leur assigner une date quelconque ou de supposer avec la moindre

apparence de vraisemblance les motifs possibles de leur confection.

Nous n'y remarquons qu'un nouveau mode de poésie d'un genre encore

inconnu à notre poète, et sur lequel il a voulu exercer la verve de

son talent en se conformant d'une façon générale aux principes exposes

par Eustache Deschamps dans son «_Art de dictier et de fere chançons,

balades, virelais et rondeaux_[24]» et en montrant son habileté à

assembler les rimes léonines.

[Note 24: Voy. _Poésies d'Eustache Deschamps_, éd. Crapelet, p.

278. M. de Queux de Saint-Hilaire a reproduit dans son édition le

passage relatif aux _Lais_, t. II, p. 357.]

Malheureusement, les règles étroites auxquelles se trouve assujettie

la diction de l'auteur ont pour inconvénient d'obscurcir fortement la

pensée et de ne laisser entrevoir le plus souvent qu'un sens à peine

intelligible. Car il serait assez difficile de déterminer exactement

la raison d'être du premier lai dont le sujet réside tout entier dans

une éloge vague de l'amour en général.

Le second lai a pour objet la louange intarissable d'un parfait

gentilhomme; l'allure du poète est ici plus dégagée, plus précise, sa

pensée devient plus claire, la strophe lyrique prend en même temps une

forme plus nette, plus harmonieuse, et l'on y trouve des réminiscences

de la littérature classique parmi lesquelles nous devons surtout

signaler une longue exposition d'impossibilités évidemment inspirée

des auteurs anciens. (Voy. Virgile, Egl. I.)

Oeuvres poétiques Tome 1 · 第 17 / 339 题