Charles V affranchit les tisserands de drap et de toile de
l’obligation de fournir des hommes et de l’argent pour le guet
et les autorise à faire le service en personne.
Avril 1372.
Charles, par la grace de Dieu roy de France, savoir faisons à tous
presens et avenir nous avoir receu humble supplicacion des tissarrans
de lange et de linge de nostre bonne ville de Paris, contenant comme
jà pieça, ou temps que leur mestier estoit si grant que il y avoit
bien trois cens maistres et plus, ilz eussent accordé à livre[r] pour
le guet de nostre dicte ville de trois sepmaines en trois sepmaines,
soixante hommes, et à nous paier vint solz et pour celui qui asseoit le
dit guet dix solz pour sa peine, et pour le temps delors feust et ait
de puis esté longement le dit mestier bon et bien puissant de soustenir
et porter la dicte charge, et de puis, tant pour les mortalitéz qui
sont seurvenues et ont esté, comme pour occasicion de nos guerres, ilz
soient telement diminuéz et appeticiéz en nombre de personnes et en
chevances que plus ne pourroient bonnement paier, ne souffrir le dit
fait et charge, dont il a convenu que de tant pou comme il en y estoit
demouré, la greigneur partie se soient partiz et vuydiés de nostre
terre là où les dis tissarranz souloient demourer, et sont alés prandre
leur demeure es terres des doyen et chapitre de Paris, des religieux
de l’Ospital, de saint Martin des Champs, de sainte Genevieve, à saint
Marcel et en autres lieux et terres privileges (_sic_) pour ce que eulx
et ceulx qui y demeurent sont quittes et exemps du dit guet et charge,
et par tele maniere s’estoient dispars qu’il n’en est pas demouré en
nostre terre plus de seize mesnages ou environ, jusques à ce que le
maistre et les jurés du dit mestier qui estoient et sont demourans en
nostre terre se sont nagaires trais devers nos améz et feaulz gens
de nos comptes pour requerir et avoir sur ce provision et remede,
lesquelz, oÿe ladicte requeste, par leur response leur donnerent
bonne et grant esperance d’estre briefment par nous gracieusement
pourveuz, et pour ce les dis maistre et jurés, en eulz souzmettant en
nostre bonne ordenance et en attendant nostre grace, aient tant fait
et par tele maniere induit les dis tissarrans que par leurs grans
peines, travaulx et bonnes diligences, pluseurs dudit mestier sont
retournéz et revenus demourer nouvelement en nostre dicte terre et
desmaintenent y sont demourans bien jusques au nombre de cinquante
mesnages ou environ, si comme il dient, en nous suppliant que, afin
qu’il ne les conviengne retourner arriere hors de nostre dicte terre
et pour donner matiere et occasion à autres du dit mestier d’y revenir
et retourner, dont il ont bonne voulenté, nous leur vueilliens sur ce
pourveoir et nostre grace leur elargir, pour quoy nous, considerans
les choses dessus dictes, oÿe la relacion de nos prevost et receveur
de Paris et de nos procureur et advocat en nostre Chastellet, avons
par bonne et meure diliberacion (_sic_) de nostre grant conseil, et
pour certaines et justes causes qui nous ont meu et meuvent ad ce,
octroyé et octroyons par ces presentes de nos certaine science, grace
especial et auctorité royal aus dis supplians et voulons et ordenons
que doresenavant les dis tissarrans qui à present sont demourans et
demouront pour le temps avenir en nostre dicte ville de Paris soubz
nous sans moyen et en nostre dicte terre, sont, seront et demouront
perpetuelment et à tous jours franz, quittes et delivres du guet et
charge dessus dis, et tous les arrerages qui de tout le temps passé
nous sont et peuent estre deuz à cause du dit guet et pour occasion
d’icellui, nous leur avons donné, quittés et remis, donnons, quittons
et remettons à plain, sans ce que de present ou pour le temps avenir,
il en puissent ou doient estre molestéz ou contrains à en paier
aucune chose, parmi ce que de ci en avant il feront et seront tenuz
de faire seulement autel guet et par autelle maniere comme font et
doivent faire les autres mestiers de Paris qui doivent le dit guet. Si
donnons en mandement par la teneur de ces presentes à nos dictes gens
de nos comptes, aux diz prevost et receveur de Paris et à tous autres
à qui il appartient et puet appartenir, ou à leurs lieuxtenans, et à
chascun d’eulx qui apresent sont et pour le temps avenir seront, que,
de nostre presente grace, ordenance et ottroy facent perpetuelment,
sueffrent et laissent joïr et user paisiblement les dis tissarranz,
sans les contraindre, molester ou empescher ou souffrir estre molestéz
ou empeschéz de present ou pour le temps avenir au contraire en aucune
maniere, et se, pour cause de ce, aucuns des biens des dis tissarrans
ou d’aucun d’eulx estoient pour ce prins, saisis ou arrestés, nous
voulons qu’il leur soient renduz et mis à plaine delivrance, non
obstant quelconques autres ordenances, registres fais ou à faire,
mandemens, deffenses ou lettres empetrées ou à empetrer à ce contraire.
Et que ce soit perpetuelle chose ferme et estable à tous jours, nous
avons fait mettre nostre seel à ces presentes lettres, sauf en autres
choses nostre droit et l’autrui en toutes. Donné à Paris en nostre
chastel du Louvre l’an de grace mil CCC soixante et douze et de nostre
regne le IXe ou mois d’avril après Pasques.
(Trésor des Chartes, reg. 103, pièce 57.)