CHEMIN DE FER ATMOSPHÉRIQUE.

L'attention des ingénieurs et de tous ceux qui s'occupent de la

construction et de l'exploitation des chemins de fer, soit au point de

vue pratique, soit au point de vue théorique, est vivement excitée en ce

moment par les essais, qui vont avoir lieu en Irlande, d'un nouveau

système de locomotion rapide, dans lequel le moteur ne sera plus la

vapeur, mais simplement la pression atmosphérique.

Le public lui-même, préoccupé de la gravité des accidents auxquels a

donné lieu jusqu'à ce jour le mode de remorquage des convois par la

locomotive, désire vivement que la science puisse substituer à ce moteur

un moteur plus sûr et tout aussi rapide; car, il faut bien le dire, à

quelque degré de perfection qu'on pousse la construction de la

locomotive, et quelque prudence qu'on apporte à la conduite d'un convoi,

on aura toujours à redouter certains accidents que rien ne peut faire

prévoir, et dont on ne peut amortir les funestes effets que dans un

cercle assez restreint. D'un autre côté, la rapidité de locomotion due à

ces nouvelles voies de communication commence à si bien entrer dans nos

moeurs et dans les besoins industriels et commerciaux du pays, qu'on ne

pourrait plus y renoncer, dût le danger être mille fois plus grand. Tous

les efforts ont donc dû tendre vers l'amélioration du pouvoir moteur,

et, dans la persuasion où sont les ingénieurs que la locomotive la plus

perfectionnée sera encore une machine imparfaite, on a cherché ailleurs

la puissance nécessaire pour mouvoir d'énormes masses avec une vitesse

considérable.

Cette puissance, qu'on n'avait pas encore songé à appliquer directement

à la locomotion, entre cependant dans tous les calculs des différentes

espèces de moteurs employés jusqu'à ce jour; mais on n'en tient compte

dans ces calculs que comme d'une puissance qu'il faut vaincre et

détruire, et les machines reçoivent toujours un supplément de force

destinée à contre-balancer la _pression atmosphérique_. Aujourd'hui, au

lieu de la détruire, on l'emploie. Le moteur, c'est cet élément (pour

nous servir de l'appellation en usage, quand les chimistes ne

connaissaient que quatre éléments, qui, aujourd'hui, n'en sont même

plus), c'est cet élément au milieu duquel nous vivons, nous marchons, et

qui est répandu partout, si bien que nulle part n'existe le vide; c'est

cette pression tellement puissante qu'elle fait équilibre à une colonne

d'eau de 32 pieds, on de 10m 40 de hauteur.

[Illustration: Fig. 4.--Coupe perpendiculaire au tube et Vue de face du

chariot après le passage du piston voyageur.]

Déjà, en 1821, un inventeur anglais nommé Vallance, frappé de

l'imperfection de la locomotive, qui n'était pas arrivée au degré de

force qu'elle possède aujourd'hui, avait proposé de se servir de la

pression atmosphérique, pour mouvoir les convois. Il imaginait, pour y

arriver, de construire des cylindres en fonte assez larges pour recevoir

à leur intérieur les voitures de passagers et le chemin de fer qui les

portait. On conçoit tout le ridicule de ce projet, qui prouvait

seulement toute la confiance qu'inspirait à l'auteur la puissance de la

pression atmosphérique.

Cette idée fermenta cependant, et quelques personnes, parmi lesquelles

nous citerons M. Pinkus, s'occupèrent du mode de propulsion

atmosphérique, et proposèrent des systèmes de soupapes plus ou moins

ingénieuses; mais c'est seulement entre les mains de MM. Clegg et Samuda

frères que cette invention a revêtu le caractère pratique qui la

recommande aujourd'hui, et a fait naître le système dont nous allons

donner la description.

[Illustration: Fig. 5.--Détails d'assemblage de la soupape longitudinale

G avec le tube de propulsion.]

[Illustration: Fig. 1.--Élévation d'un convoi en marche sur un chemin de

fer atmosphérique.]

[Illustration: Fig. 2.--Plan du chemin de fer atmosphérique et vue de la

soupape d'entrée _f_.]

[Illustration: Fig. 3.--Coupe longitudinale suivant l'axe du tube de

propulsion.]

Dans ce nouveau système, la voie est composée, comme dans les chemins de

fer ordinaires, de deux rails réunis de distance en distance par des

traverses. Au milieu de cette voie, et à égale distance des rails, se

trouve un tube A (Fig. 1, 2 et 3), qui offre dans le sens de sa

longueur, et à sa partie supérieure, une ouverture assez large pour

donner passage à une tige métallique verticale C (fig. 3). C'est à cette

tige métallique, à laquelle on peut à volonté attacher les voilures qui

sont sur les rails, qu'est lié invariablement le système de propulsion,

c'est-à-dire le piston.

Pour bien comprendre le jeu de ce mécanisme, supposons, pour un instant,

que l'ouverture longitudinale on tube A, qui sert à donner passage à la

tige métallique, soit hermétiquement fermé, et qu'une machine

pneumatique, située à son extrémité, aspire l'air qu'il contient, un

vide plus ou moins parfait s'établira, et si l'on présente à l'orifice

du tube un piston, ce piston, soumis à la pression atmosphérique par une

de ses faces, s'avancera dans le tube, où on a fait le vide, en vertu de

la différence de pression entre l'air extérieur et l'air qui est encore

dans le tube, et la marche de ce piston ou sa vitesse sera d'aillant

plus grande que le vide du tube sera plus parfait. De plus, en vertu de

l'impulsion que lui donne la pression atmosphérique, il pourra

entraîner, après lui, un poids plus ou moins considérable.

La difficulté, à vaincre consistait donc ici dans le mode d'attache du

poids à remorquer avec le piston voyageur, et surtout dans le système à

employer pour que le piston communiquât de l'intérieur du tube le

mouvement à la masse extérieure, sans cesser d'être soumis à la pression

atmosphérique et sans que le vide diminuât sur sa face antérieure.

A la tige métallique C (fig. 3) est lié un châssis dont la longueur peut

varier, et qui porte à une de ses extrémités le piston voyageur B, et à

l'autre un contrepoids M, destiné à équilibrer le piston. Ce châssis

supporte également quatre galets II, II, II, II, destinés à soulever la

soupape longitudinale après le passage du piston, pour permettre à la

tige métallique de passer. En arrière de cette tige sont deux autres

galets D, D, inclinés à l'horizon, qui soulèvent la couverture I

destinée à abriter la soupape contre les intempéries de l'air. Cette

couverture I est formée de plaques minces en tôle de 1m 50 à 2m de

longueur, formant ressort au moyen d'une bande de cuir. L'extrémité de

chaque lame passe sous la suivante dans la direction du mouvement du

piston, assurant ainsi le mouvement de chacune successivement.

On peut voir déjà, d'après ce qui précède, toute la manoeuvre de ce

nouveau système. Nous allons la restituer en peu de mots, au moyen de la

seule fig. 3. Le vide est fait dans le tube A; la pression atmosphérique

agissant sur la face postérieure du piston B, le met en mouvement; dés

qu'il est passé, les galets II soulèvent la soupape longitudinale et

livrent passage à la tige métallique qui lie le convoi au piston. Les

lames dont se compose la couverture I se sont déjà levées

successivement, comme nous venons de le dire, avant le passage de la

tige métallique, et elles sont soutenues par les galets D, pendant que

la soupape longitudinale retombe et qu'un tube N, rempli de charbons

incandescents, contribue à la fermer hermétiquement en liquidant une

matière composée de cire et de suif qui en assure l'adhérence

parfaite.

La fig. 4 montre une coupe du tube A, après le passage de la tige

métallique et en élévation l'appareil complet destiné à fermer la

soupape longitudinale.

Nous donnons (fig. 5) une section transversale du tube avant l'arrivée

du piston voyageur. Cette figure permet de bien saisir le mode

d'établissement de la soupape et la manière dont elle agit.

Le tube porte une côte ou un talon ce qui est fondu et fait corps avec

lui. Le cuir de la soupape G étant mis en place, on l'assujettit au

moyen de la barre de fer a, que l'on recouvre avec la plaque métallique

a'; on serre alors fortement a' sur a et sur e, au moyen de l'écrou en

équerre _b_; puis, au moyen d'un second écrou _ce_, on règle

invariablement l'écartement de _a_ et de _c_. La bande de cuir G est

serrée entre deux plaques de tôle découpées par morceaux juxtaposés. La

plaque supérieure est plus large que l'ouverture longitudinale, et a

pour but d'empêcher que l'air extérieur n'enfonce la bande de cuir dans

le tube quand le vide s'opère; la plaque inférieure remplit la rainure

lorsque la soupape est fermée, et en terminant ainsi le cylindre dans sa

partie supérieure, empêche que l'air ne dépasse le piston.

[Illustration: Fig. 6.--Section transversale dans le tube après le

passage de la tige métallique.].

[Illustration: Fig. 7--Section transversale dans le tube pendant le

passage de la tige métallique.]

La figure 6 représente une section transversale du tube de propulsion

dans un point où la soupape longitudinale est fermée et immédiatement

après le passage de la tige de propulsion; R représente le rouleau qui

marche en avant du tube N, et qui ferme la soupape après le passage de

la tige. N est le tube rempli de charbons incandescents destinés à

fondre la composition de cire et de suif placée en F (fig. 5); I est la

couverture soulevée; M M est le manchon d'assemblage des deux tubes

consécutifs, oo les oreilles au moyen desquelles le tube est fixé sur

les traverses de la voie.

La figure 7 représente la coupe transversale du tube au moment du

passage de la tige verticale C. On voit quelle est la forme donnée à

cette tige. V est le système d'attache de la tige au chariot de tête; p

p sont les plaques de fer qui lient ensemble le piston, la tige et le

contrepoids, et qui soutiennent les galets H H.

Une seule chose nous reste à expliquer, c'est comment le piston peut

s'insérer dans le tube de propulsion, sans permettre à l'air extérieur

d'entrer en même temps que lui, et comment il peut quitter le tube et le

refermer après en être sorti. Les méthodes employées pour parvenir à ces

deux résultats ne sont pas les parties les moins ingénieuses du système

que nous examinons.

Le tube (fig. 2) est terminé en entonnoir, et à quelque distance de son

extrémité se trouve une soupape _f_. A cet endroit et sur le côté est

un espace demi-circulaire qui renferme une autre soupape plus grande que

_f_, et reliée à la première au moyen d'une branche recourbée: ce

système peut tourner autour d'une charnière. Quand on fait le vide, la

soupape _f_ est pressée sur une de ses faces par la pression

atmosphérique qui tend à l'ouvrir, mais elle est retenue par l'autre

soupape qui, étant plus grande qu'elle, oppose à l'ouverture une

résistance proportionnelle à sa surface. Sur le haut de l'espace

demi-circulaire, on pratique deux trous, un de chaque côté de la plus

grande des deux soupapes: ces deux trous peuvent être couverts par une

boîte à coulisse. Pendant que le vide s'opère, ou ne couvre qu'un des

trous, qui est ainsi en communication avec la partie où s'opère le vide,

et l'autre reste ouvert à l'air extérieur. Mais, quand le convoi

s'avance, il pousse la boîte à coulisse qui, recouvrant alors les deux

trous, les met en communication, la pression sur la grande soupape

diminue, puisque ses deux faces sont maintenant en communication avec la

partie où l'on a opéré le vide, et la soupape _f_, soumise maintenant à

une pression prépondérante, peut tourner autour de son axe et donner

passage au piston.

Pour la sortie, la manoeuvre est plus simple encore; le tuyau

d'aspiration qui communique avec la machine pneumatique s'embranche sur

le tube de propulsion à 4 ou 5 mètres de l'extrémité de ce tube, en

sorte que, dès que le piston a dépassé le point d'embranchement, il

accumule l'air qui se trouve à l'extrémité du tube et qui, pressant sur

la soupape, la force à s'ouvrir en tournant autour d'une simple

charnière; elle tombe sur un levier à deux branches, dont l'une, choquée

aussitôt après la sortie du piston par une tige attenante au convoi,

relève la soupape et l'applique de nouveau contre le tube, où elle est

maintenue par la raréfaction de l'air, qu'on recommence immédiatement.

Le piston est un simple rouleau de fonte d'un diamètre inférieur à celui

du tube, armé à ses deux extrémités d'une mâchoire pinçant une lame de

cuir: il est placé à 1m 40 en avant de la tige de connexion. Le piston

est donc flexible; la pression de l'air qui s'exerce sur lui force les

lames de cuir dont il se compose à s'appliquer exactement sur les parois

du tube, rend le contact partait, quelles que soient les défectuosités

de forme de ce tube, et prévient la rentrée de l'air.

On conçoit très-bien que si le tube était aussi hermétiquement fermé que

nous l'avons supposé, si l'air ne pouvait s'introduire en avant du

piston ni par les interstices de la soupape longitudinale ni par ceux

des lames de cuir du piston, une seule machine à vapeur suffirait pour

faire un vide parfait sur une longueur de tube illimitée, et même que,

dès que le piston aurait commencé son voyage, cette machine devrait

rester en repos; mais il n'en est pas ainsi dans la pratique: à chaque

instant l'air extérieur doit trouver et trouve, en effet, des

interstices par lesquels il rentre. L'action de l'appareil pneumatique

doit donc à la fois contre-balancer l'effet de ces prises d'air et

enlever successivement l'air primitivement contenu dans le tube pour

produire le mouvement. Une même machine ne peut donc desservir qu'une

longueur de tube limitée.

Du reste, ce projet n'est pas à l'état d'utopie; il est en exécution

depuis plusieurs années.

Tout l'appareil que nous venons de décrire marche régulièrement, non pas

sur un modèle en petit (depuis longtemps on sait que ces modèles,

exécutés avec une précision mathématique et entretenus avec soin, ne

prouvent rien et induisent même en erreur sur les résultats de

l'application en grand), mais sur un chemin de fer de dimensions

ordinaires de 800 mètres de longueur, qui, depuis quatre ans, sert à

toutes les expériences qu'a suggérées aux ingénieurs le désir d'étudier

sous toutes ses faces ce nouveau système. Il est établi à

Wormwood-Scrubs près de Londres, et on atteint régulièrement des

vitesses de 36 kilomètres à l'heure avec une charge de 15 tonnes, dans

une partie de railway en courbe de 1,000 mètres de rayon et sur une

pente ascendante de 8 millimètres et demi. La machine à vapeur qui met

en mouvement l'appareil pneumatique a une force de 16 chevaux-vapeur,

mais ne déploie ordinairement que les deux tiers ou les trois quarts de

cette puissance. Le tube a un diamètre de 22 cent. 85.

Quand on veut faire fonctionner l'appareil, on laisse descendre le

chariot par l'action de la gravité: pour cette manoeuvre, la tige,

métallique et le châssis armé du piston, du contrepoids et des galets,

qui peuvent se déplacer horizontalement, sont en dehors du tube; quand

le chariot est en bas et attaché au train, l'appareil pneumatique se met

en mouvement et en une minute et demie opère le vide convenable; on

insère alors le piston dans le tube, on ouvre la soupape d'entrée, et la

voiture se met en mouvement et augmente progressivement de vitesse

jusqu'à ce qu'elle atteigne une rapidité de marche maximum qui se

produit environ aux deux tiers du parcours. Si l'un veut s'arrêter en un

point quelconque, il suffit de serrer les freins; le conducteur du

convoi a de plus à sa disposition une soupape, et peut, en la soulevant,

laisser passer l'air extérieur à travers le piston, ce qui diminue

immédiatement le vide.

Il est évident que la force de l'appareil pneumatique et de la machine à

vapeur qui le fait agir doivent avoir, avec la longueur et le diamètre

du tube de propulsion ainsi qu'avec la vitesse que l'on veut obtenir, un

rapport que le calcul peut indiquer. Plus le tube de propulsion est

long, plus la rentrée d'air par la soupape longitudinale est importante;

on trouve que le nombre de coups de piston nécessaires pour enlever cet

air est le tiers du nombre total des coups nécessaires pour faire un

vide convenable. Il parait certain qu'une machine de cinquante

chevaux-vapeur serait plus que suffisante pour opérer et maintenir le

vide dans un tube de 8 kilomètres de longueur. (Les lecteurs de

l'_Illustration_ comprendront que nous ne pouvons entrer ici dans tous

les calculs relatifs aux propriétés de cet appareil ingénieux, et que

nous devons nous borner à indiquer des résultats.)

La pression atmosphérique a, dans l'appareil, à vaincre des frottements

considérables qui diminuent d'autant son effet utile; ainsi le

frottement du piston absorbe 5 pour 100 de la force motrice, le

soulèvement de la soupape longitudinale et sa compression 6 pour 100

environ, et la couverture 4 pour 100, quantité énorme quand on songe à

l'utilité restreinte de ce dernier appareil.

M. Teisserene, qui avait reçu de M. le ministre des Travaux publics la

mission d'aller étudier l'appareil atmosphérique sur les lieux, et dont

le rapport nous a été fort utile pour la description que nous venons de

faire, s'est livré à une série d'expériences sur ce chemin de fer,

desquelles il a déduit certains principes assez curieux.

Ainsi, 1° il y a économie relative à employer des tuyaux de plus grand

diamètre; 2° sur les grandes longueurs, le travail est d'autant plus

économique qu'il s'effectue sous de moindres pressions; mais alors, pour

arriver à des vitesses égales, le tube doit avoir un diamètre plus

grand.

Il nous reste maintenant à comparer ce système à celui des locomotives,

et nous avouons que nous craignons qu'on ne nous accuse d'engouement

pour la chose nouvelle, si nous disons qu'il nous paraît supérieur à ce

dernier sous le triple point de vue des dépenses de construction et

d'exploitation, de la vitesse et de la sécurité.

Pour la construction, on peut aborder des pentes infranchissables aux

locomotives, et pour ainsi dire aux voitures tirées par des chevaux; les

courbes à petit rayon n'ont plus d'importance, l'absence de locomotive

permet de diminuer le poids des rails, la hauteur des tunnels, la

solidité des ponts et viaducs. On peut se borner à une seule voie sans

que le service en souffre, puisqu'il n'y a pas de collision possible, un

piston ne recevant de l'impulsion par l'air extérieur que si le vide

existe devant lui, et ce vide n'existant plus dès qu'un autre piston

voyage déjà dans le tube. Il y a donc économie sur tous ces objets; le

pouvoir moteur seul est plus cher. En effet, on calcule que, pour

assurer un bon service sur nos chemins de fer, il faut par kilomètre un

tiers de locomotive, ou 15,000 francs environ, tandis que, sur le chemin

atmosphérique, l'appareil complet, tube et machine, est évalué à 100,000

francs. Malgré le prix plus élevé du pouvoir moteur, il y aura cependant

une économie considérable dont les détails ne peuvent pas entrer dans

cet article, mais que nous ne craignons pas de perler à 50 pour 100.

Pour les dépenses d'exploitation, les frais généraux restant les mêmes

dans les deux systèmes, les frais variables seront bien moindres dans le

système atmosphérique; en effet, les dépenses de combustible et de

réparation des locomotives varient proportionnellement aux distances

parcourues; les mêmes frais avec les machines fixes ne dépendent que du

temps pendant lequel l'appareil est chauffé, et ils décroissent

relativement avec la quantité d'ouvrage effectuée dans ce temps.

La vitesse peut être indéfiniment augmentée avec le diamètre du cylindre

de la pompe pneumatique. Pour les locomotives, on ne peut dépasser

certaines vitesses; à 80 kilomètres à l'heure, ces machines ne peuvent

plus remorquer aucune charge.

Enfin, au point de vue de la sécurité, outre que les collisions, comme

nous l'avons dit, sont impossibles, le convoi ne peut pas dérailler, le

piston le maintient toujours sur la voie; la rupture des essieux de

locomotives, qui est la source de tant de graves accidents, disparaît.

Le chemin pouvant se modeler sur le terrain et aborder les pentes

naturelles du sol, ou n'a plus à craindre les éboulements des grandes

tranchées; l'incendie, les scènes affreuses du 8 mai sur la rive gauche

ne peuvent plus se présenter dans ce système.

Les ingénieurs anglais qui, s'ils ont de la persévérance à poursuivre

une idée quand ils la trouvent bonne, sont toujours en défiance contre

les nouveautés quand il s'agit de les mettre en pratique, ont visité

avec un puissant intérêt le railway atmosphérique de Wormwood-Scrubs, et

attendent le résultat de l'épreuve qu'on va tenter en Irlande sur le

chemin de Dublin à Dalkey, entre Kingstown et Dalkey, sur une longueur

de 2,722 mètres. MM. Clegg et Samuda établissent en ce point une machine

de la force de 100 chevaux; ils ont adopté cette puissante machine,

parce que, si le succès est complet, on étendra le tube jusqu'à Dublin

d'une part, et la longueur desservie par la machine serait de 12

kilomètres et demi, et jusqu'à Bray de l'autre, et cette machine

desservirait alors 22 kilomètres.

On conçoit quel intérêt s'attache à ces essais, qui, s'ils réussissent,

renverseront complètement le système actuel. Quant à nous, nous ne

formons qu'un voeu: c'est que le gouvernement, engagé par la loi du 11

juin 1842 dans les dépenses considérables d'exécution du grand réseau

des chemins de fer, concentre son attention sur les essais du chemin de

Kingstown à Dalkey, fasse suivre les expériences par une commission

expérimentée; et si le système atmosphérique présente tous les avantages

que nous avons signalés, son devoir et son intérêt seront d'entrer

franchement dans cette nouvelle voie, qui épargnera à la France, déjà

obérée, des dépenses si peu en rapport avec l'état actuel de ses

finances.

Moeurs parisiennes.

L'Illustration, No. 0026, 26 Août 1843 · 第 5 / 17 题