NAPOLÉON.

Schoenbrünn, le 6 nivose an 14 (27 décembre 1805).

_Proclamation aux habitans de Vienne._

Habitans de la ville de Vienne,

«J'ai signé la paix avec l'empereur d'Autriche. Prêt à partir pour ma

capitale, je veux que vous sachiez l'estime que je vous porte, et le

contentement que j'ai de votre bonne conduite pendant le temps que

vous avez été sous ma loi. Je vous ai donné un exemple inoui, jusqu'à

présent, dans l'histoire des nations. Dix mille hommes de votre garde

nationale sont restés armés, ont gardés vos portes; votre arsenal tout

entier est resté en votre pouvoir; et, pendant ce temps-là, je courais

les chances les plus hazardeuses de la guerre. Je me suis, confié en vos

sentimens d'honneur, de bonne foi, de loyauté: vous avez justifié ma

confiance.

«Habitans de Vienne, je sais que vous avez tous blâmé la guerre que des

ministres vendus à l'Angleterre ont suscitée sur le continent. Votre

souverain est éclairé sur les menées de ces ministres corrompus; il

est livré tout entier aux grandes qualités qui le distinguent; et,

désormais, j'espère pour vous et pour le continent des jours plus

heureux.

«Habitans de Vienne, je me suis peu montré parmi vous, non par dédain ou

par un vain orgueil; mais je n'ai pas voulu distraire en vous aucun des

sentimens que vous deviez au prince avec qui j'étais dans l'intention de

faire une prompte paix. En vous quittant, recevez, comme un présent qui

vous prouve mon estime, votre arsenal intact, que les lois de la guerre

ont rendu ma propriété; servez-vous en toujours pour le maintien de

l'ordre. Tous les maux que vous avez soufferts, attribuez-les aux

malheurs inséparables de la guerre; et tous les ménagemens que mon armée

a apportés dans vos contrées, vous les devez à l'estime que vous avez

méritée».

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome III. · 第 339 / 342 题