De mon camp impérial de Schoenbrünn, le 6 nivose an 14 (27 décembre
1805).
_Proclamation à là grande armée._
Soldats,
«Depuis dix ans, j'ai tout fait pour sauver le roi de Naples; il a tout
fait pour se perdre.
«Après la bataille de Dego, de Mondovi, de Lodi, il ne pouvait m'opposer
qu'une faible résistance. Je me fiai aux paroles de ce prince, et fus
généreux envers lui.
«Lorsque la seconde coalition fut dissoute à Marengo, le roi de Naples,
qui, le premier, avait commencé cette injuste guerre, abandonné à
Lunéville par ses alliés, resta seul et sans défense. Il m'implora; je
lui pardonnai une seconde fois.
«Il y a peu de mois, vous étiez aux portes de Naples. J'avais d'assez
légitimes raisons, et de suspecter la trahison qui se méditait, et de
venger les outrages qui m'avaient été faits. Je fus encore généreux. Je
reconnus la neutralité de Naples; je vous ordonnai d'évacuer ce royaume;
et, pour la troisième fois, la maison de Naples fut raffermie et sauvée.
«Pardonnerons-nous une quatrième fois? nous fierons-nous une quatrième
fois à une cour, sans foi, sans honneur, et sans raison? Non! non. La
dynastie de Naples a cessé de régner; son existence est incompatible
avec le repos de l'Europe et l'honneur de ma couronne.
«Soldats, marchez; précipitez dans les flots, si tant est qu'ils vous
attendent, ces débiles bataillons des tyrans des mers. Montrez au
monde de quelle manière nous punissons les parjures. Ne tardez pas à
m'apprendre que l'Italie est toute entière soumise à mes lois ou à
celles de mes alliés; que le plus beau pays de la terre est affranchi du
joug des hommes les plus perfides; que la sainteté du traité est vengée,
et que les mânes de mes braves soldats égorgés dans les ports de Sicile
à leur retour d'Egypte, après avoir échappé aux périls des naufrages,
des déserts, et de cent combats, sont enfin apaisés.
«Soldats, mon frère marchera à votre tête; il connaît mes projets;
il est le dépositaire de mon autorité; il a toute ma confiance;
environnez-le de toute la vôtre».