NAPOLÉON.

Milan, le 18 prairial, an 13 (7 juin 1805).

_Discours prononcé par l'empereur au sein du corps législatif du royaume

d'Italie, en annonçant sa volonté de laisser les soins du gouvernement à

son beau-fils, le prince Eugène, avec la qualité de vice-roi._

Messieurs, du corps législatif,

«Je me suis fait rendre un compte détaillé de toutes les parties

de l'administration. J'ai introduit dans ces diverses branches la

simplicité, qu'avec le secours de la consulte et de la censure, j'ai

portée dans la révision des constitutions de Lyon. Ce qui est bon, ce

qui est beau, est toujours le résultat d'un système simple et uniforme.

J'ai supprimé la double organisation des administrations départementales

et des administrations de préfecture, parce que j'ai pensé qu'en faisant

reposer uniquement l'administration sur les préfets, on obtiendrait

non-seulement une économie d'un million dans les dépenses, mais encore

une plus grande rapidité dans la marche des affaires. Si j'ai placé

auprès des préfets un conseil pour le contentieux, c'est afin de me

conformer à ce principe qui veut que l'administration soit le fait

d'un seul, et que la décision des objets litigieux soit le fait, de

plusieurs.

«Les statuts dont vous venez d'entendre la lecture étendent à mon peuple

d'Italie les bienfaits du Code à la rédaction duquel j'ai moi-même

présidé. J'ai ordonné à mon conseil de préparer une organisation de

l'ordre judiciaire qui rende aux tribunaux l'éclat et la considération,

qu'il est dans mon intention de leur donner. Je ne pouvais approuver

qu'un prêteur seul fût appelé à prononcer sur la fortune des citoyens,

et que des juges cachés aux yeux du public décidassent en secret,

non-seulement de leurs intérêts, mais encore de leur vie. Dans

l'organisation qui vous sera présentée, mon conseil s'étudiera à faire

jouir mon peuple de tous les avantages qui résultent des tribunaux

collectifs, d'une procédure publique et d'une défense contradictoire.

C'est pour leur assurer une justice plus évidemment éclairée que j'ai

établi que les juges qui prononceront le jugement soient aussi ceux qui

auront présidé aux débats. Je n'ai pas cru que les circonstances

dans lesquelles se trouvent l'Italie me permissent de penser à

l'établissement des jurés; mais les juges doivent prononcer comme les

jurés, d'après leur seule conviction, et sans se livrer au système de

semi-preuves, qui compromet bien plus souvent l'innocence, qu'il ne sert

à découvrir le crime. La règle la plus sûre d'un juge qui a présidé aux

débats, c'est la conviction de sa conscience.

«J'ai veillé moi-même à l'établissement de formes régulières et

conservatrices dans les finances de l'état, et j'espère que mes peuples

se trouveront bien de l'ordre que j'ai ordonné à mes ministres des

finances et du trésor public de mettre dans les comptes qui seront

publiés. J'ai consenti que la dette publique portât le nom de

_monte-Napoleone_, afin de donner une garantie de plus de fidélité aux

engagemens qui la constituent et une vigueur nouvelle au crédit.

«L'instruction publique cessera d'être départementale, et j'ai fixé

les bases pour lui donner l'ensemble, l'uniformité et la direction qui

doivent avoir tant d'influence sur les moeurs et les habitudes de la

génération naissante.

«J'ai jugé qu'il convenait, dès cette année, de mettre plus d'égalité

dans la répartition des dépenses départementales, et de venir au secours

de ceux de mes départemens, tels que le Mincio et le Bas-Pô, qui se

trouvent accablés par la nécessité de se défendre contre le ravage des

eaux.

«Les finances sont dans la situation la plus prospère, et tous les

paiemens sont au courant. Mon peuple d'Italie est, de tous les peuples

de l'Europe, le moins chargé d'impositions. Il ne supportera pas

de nouvelles charges; et s'il est fait des changemens à quelques

contributions, si l'enregistrement est établi dans le projet du budget

d'après un tarif modéré, c'est afin de pouvoir diminuer des impositions

plus onéreuses. Le cadastre est rempli d'imperfections qui se

manifestent tous les jours. Je vaincrai, pour y porter remède, les

obstacles qu'oppose à de telles opérations beaucoup moins la nature des

choses que l'intérêt particulier; je n'espère cependant point arriver

à des résultats tels qu'ils fassent éviter l'inconvénient d'élever une

imposition jusqu'au terme qu'elle peut atteindre.

«J'ai pris des mesures pour redonner au clergé une dotation convenable,

dont il était en partie dépourvu depuis dix ans; et si j'ai fait

quelques réunions de couvens, j'ai voulu conserver, et mon intention est

de protéger ceux qui se vouent à des services d'utilité publique, où

qui, placés dans les campagnes, se trouvent dans des lieux ou dans des

circonstances où ils suppléent au clergé séculier. J'ai eu même temps

pourvu à ce que les évêques eussent le moyen d'être utiles aux pauvres,

et je n'attends, pour m'occuper du sort des curés, que les renseignement

que j'ai ordonné de recueillir promptement sur leur situation véritable.

Je sais que beaucoup d'entre eux, surtout dans les montagnes, sont dans

une pénurie que j'ai le plus pressant désir de faire cesser.

«Indépendamment de la route du Simplon, qui sera achevée cette année, et

à laquelle quatre mille ouvriers, dans la seule partie qui traverse le

royaume d'Italie, travaillent en ce moment, j'ai ordonné de commencer le

pont de Volano, et que des travaux si importans soient entrepris sans

retard et poursuivis avec activité.

« Je ne néglige aucun des objets sur lesquels mon expérience en

administration pouvait être utile à mes peuples d'Italie. Avant de

repasser les monts, je parcourrai une partie des départemens, pour

connaître de plus près leurs besoins.

«Je laisserai dépositaire de mon autorité ce jeune prince que j'ai élevé

dès son enfance, et qui sera animé de mon esprit. J'ai d'ailleurs pris

des mesures pour diriger moi-même les affaires les plus importantes de

l'état.

«Des orateurs de mon conseil vous présenteront un projet de loi pour

accorder à mon chancelier, garde-des-sceaux, Melzi, pendant quatre

ans, dépositaire de mon autorité comme vice-président, un domaine qui,

restant dans sa famille, atteste à ses descendans la satisfaction que

j'ai eue de ses services.

«Je crois avoir donné des nouvelles preuves de ma constante résolution

de remplir envers mes peuples d'Italie tout ce qu'ils attendent de

moi; j'espère qu'à leur tour ils voudront occuper la place que je leur

destine dans ma pensée; et ils n'y parviendront qu'en se persuadant bien

que la force des armes est le principal soutien des états.

«Il est temps enfin que cette jeunesse qui vit dans l'oisiveté des

grandes villes, cesse de craindre les dangers et les fatigues de la

guerre, et qu'elle se mette en état de faire respecter la patrie, si

elle veut que la patrie soit respectable.

«Messieurs du corps législatif, rivalisez de zèle avec mon conseil

d'état, et par ce concours de volontés vers l'unique but de la

prospérité publique, donnez à mon représentant l'appui qu'il doit

recevoir de vous.

«Le gouvernement britannique ayant accueilli par une réponse évasive

les propositions que je lui ai faites, et le roi d'Angleterre les ayant

aussitôt rendues publiques en insultant mes peuples dans son parlement,

j'ai vu considérablement s'affaiblir les espérances que j'avais conçues,

du rétablissement de la paix. Cependant les escadres françaises ont

depuis obtenu des succès auxquels je n'attache de l'importance que parce

qu'ils doivent convaincre davantage mes ennemis de l'inutilité d'une

guerre qui ne leur offre rien à gagner et tout à perdre. Les divisions

de la flottille et les frégates construites aux frais des finances

de mon royaume d'Italie, et qui font aujourd'hui partie des armées

françaises, ont rendu d'utiles services dans plusieurs circonstances. Je

conserve l'espoir que la paix du continent ne sera point troublée; et,

toutefois, je me trouve en position de ne redouter aucune des chances

de la guerre. Je serai au milieu de vous au moment même où ma présence

deviendrait nécessaire au salut de mon royaume d'Italie.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome III. · 第 315 / 342 题