Bologne, le 5 messidor an l3 (24 juin 1805).
_Réponse de l'empereur au discours du gonfalonier de la république de
Lucques, qui était venu le prier de se charger du gouvernement._
Monsieur le gonfalonier, messieurs les députés des Anciens et du peuple
de Lucques, mon ministre près votre république m'a prévenu de la
démarche que vous faites. Il m'en a fait connaître toute la sincérité.
La république de Lucques, sans force et sans armée, a trouvé sa
garantie, pendant les siècles passés, dans la loi générale de l'empire
dont elle dépendait. Je considère aujourd'hui comme une charge attachée
à ma couronne l'obligation de concilier les différens partis qui peuvent
diviser l'intérieur de votre patrie.
«Les républiques de Florence, de Pise, de Sienne, de Bologne, et toutes
les autres petites républiques, qui, au quatorzième siècle, partageaient
l'Italie, ont eu à éprouver les mêmes inconvéniens. Toutes ont été
agitées par la faction populaire et par celle des nobles. Cependant
ce n'est que de la conciliation de ces différens intérêts que peuvent
naître la tranquillité et le bon ordre. La constitution que vous avez
depuis trois ans est faible; je ne me suis point dissimulé qu'elle ne
pouvait atteindre son but. Si je n'ai jamais répondu aux plaintes qui
m'ont été portées souvent pas différentes classes de vos citoyens, c'est
que j'ai senti qu'il est des incouvéniens qui naissent de la nature
des choses, et auxquels il n'est de remède que lorsque les différentes
classes de l'état éclairées sont toutes réunies dans une même pensée,
celle de trouver une garantie dans l'établissement d'un gouvernement
fort et Constitutionnel. J'accomplirai donc votre voeu. Je confierai le
gouvernement de vos peuples à une personne qui m'est chère par les liens
du sang. Je lui imposerai l'obligation de respecter constamment vos
constitutions. Elle ne sera animée que du désir de remplir ce premier
devoir des princes, l'impartiale distribution de la justice. Elle
protégera également tous les citoyens qui, s'ils sont inégaux par la
fortune, seront tous égaux à ses yeux. Elle ne reconnaîtra d'autre
différence entre eux que celle provenant de leur mérite, de leurs
services et de leurs vertus.
«De votre côté, le peuple de Lucques. sentira toute la confiance que je
lui donne, et aura pour son nouveau prince les sentimens que des enfans
doivent à leur père, des citoyens à leur magistrat suprême, et des
sujets à leur prince. Dans le mouvement général des affaires, ce sera
pour moi un sentimens doux et consolant de voir que le peuple de Lucques
est heureux, content et sans inquiétude sur son avenir. Je continuerai
d'être pour votre patrie un protecteur qui ne sera jamais indifférent à
son sort.