BONAPARTE.

Saint Cloud, le 5 floréal an 12 (25 avril 1804).

_Au sénat conservateur._

Sénateurs,

J'ai nommé le sénateur Serrurier gouverneur des Invalides. Je désire

que vous pensiez que les fonctions de cette place ne sont point

incompatibles avec celles de sénateur.

Rien n'intéresse aussi vivement la patrie que le bonheur de ces huit

mille braves, couverts de tant d'honorables blessures et échappés à tant

de dangers. Eh! à qui pouvait-il être mieux confié qu'à un vieux soldat,

qui, dans les temps les plus difficiles, et en les conduisant à la

victoire, leur donna toujours l'exemple d'une sévère discipline et de

cette franche intrépidité, première qualité du général. En voyant

leur gouverneur assis parmi les membres d'un corps qui veille à la

conservation de cette patrie, à la prospérité de laquelle ils ont tant

contribué, ils auront une nouvelle preuve de ma sollicitude pour tout ce

qui peut rendre plus honorable et plus douce la fin de leur glorieuse

carrière.

_Le premier consul_, BONAPARTE.

Saint-Cloud, le 5 floréal an 12 (25 avril 1804).

_Au sénat conservateur._

Votre adresse du 6 germinal dernier n'a pas cessé d'être présente à ma

pensée[67]. Elle a été l'objet de mes méditations les plus constantes.

Vous avez jugé l'hérédité de la suprême magistrature nécessaire pour

mettre le peuple français à l'abri des complots de nos ennemis et

des agitations qui naîtraient d'ambitions rivales. Plusieurs de nos

institutions vous ont, en même temps, paru devoir être perfectionnées

pour assurer, sans retour, le triomphe de l'égalité et de la liberté

publique, et offrir à la nation et au gouvernement la double garantie

dont ils ont besoin.

Nous avons été constamment guidés par cette grande vérité: que la

souveraineté réside dans le peuple français, dans ce sens que tout, tout

sans exception, doit être fait pour son intérêt, pour son bonheur

et pour sa gloire. C'est afin d'atteindre ce but que la suprême

magistrature, le sénat, le conseil d'état, le corps législatif, les

collèges électoraux et les diverses branches de l'administration sont et

doivent être institués.

A mesure que j'ai arrêté mon attention sur ces grands objets, je me suis

convaincu davantage de la vérité des sentimens que je vous ai exprimés,

et j'ai senti de plus en plus que, dans une circonstance aussi nouvelle

qu'importante, les conseils de votre sagesse et de votre expérience

m'étaient nécessaires pour fixer toutes mes idées.

Je vous invite donc à me faire connaître votre pensée toute entière.

Le peuple français n'a rien à ajouter aux honneurs et à la gloire dont

il m'a environné; mais le devoir le plus sacré pour moi, comme le plus

cher à mon coeur, est d'assurer à ses enfans les avantages qu'il a

acquis par cette révolution qui lui a tant coûté, surtout par le

sacrifice de ce million de braves, morts pour la défense de ses droits.

Je désire que nous puissions lui dire le 14 juillet de cette année: «Il

y a quinze ans, par un mouvement spontané, vous courûtes aux armes, vous

acquîtes la liberté, l'égalité et la gloire. Aujourd'hui ces premiers

biens des nations, assurés sans retour, sont à l'abri de toutes les

tempêtes; ils sont conservés à vous, et à vos enfans: des institutions

conçues et commencées au sein des orages de la guerre intérieure et

extérieure, développées avec constance, viennent se terminer, au

bruit des attentats et des complots de nos plus mortels ennemis, par

l'adoption de tout ce que l'expérience des siècles et des peuples

a démontré propre à garantir les droits que la nation avait jugés

nécessaires a sa dignité, à sa liberté, et à son bonheur.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome III. · 第 283 / 342 题